Raymond Renefer

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Raymond Renefer, pseudonyme de Jean-Constant-Raymond Fontanet, né à Bétheny (Marne) le 2 juin 1879, mort à Andrésy (Yvelines) le 14 octobre 1957, est un peintre, illustrateur et graveur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École des beaux-arts de Paris, Raymond Renefer a une formation d'architecte et se dirige vers la peinture dès 1900. Il expose dans nombre de galeries et Salons parisiens et est particulièrement actif au Salon des indépendants auprès de Paul Signac, en tant que secrétaire général pendant près de 30 ans, puis au Salon d'automne.

La Grande Guerre[modifier | modifier le code]

En 1914, lors de sa mobilisation dans le 1er Génie, l'artiste est déjà reconnu comme un talentueux dessinateur et graveur. Les premières recherches indiquent qu'il réalise la topographie des champs de batailles. Il est décoré de la Croix de Guerre en novembre 1918 pour avoir « exécuté maintes fois de périlleuses reconnaissances dans les secteurs de la Woëvre, de Champagne, de l'Oise, de l'Aisne, se portant spontanément aux points les plus exposés pour exécuter les travaux et croquis relatifs à son service ». Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1928.

L'artiste a tous les jours l'occasion de crayonner quelques croquis sur ses innombrables carnets, s'attachant à témoigner de la vie au front, et de l'homme dans les villages et paysages dévastés. L'éditeur d'art Gaston Boutitie lui commande des eaux-fortes de Verdun et de la Somme en 1916. Il réalise 2 port-folios de 15 gravures, décrivant la vie au front par l'eau-forte. Il témoigne du quotidien des hommes dans le conflit comme le ferait aujourd'hui un reporter de guerre. Il ne le fera pas pour la propagande ou comme les modernes, pour dénoncer le progrès des machines de guerre et la destruction, mais avec humanisme, pour témoigner de la vie de ces soldats dans le « no man's land ». C'est pour la vérité de son témoignage, la justesse de son trait que l'éditeur proposa à Renefer d’illustrer la première édition du Feu d’Henri Barbusse, en 1917. « J’acceptais et exécutais 60 dessins gravés sur bois et 10 eaux-fortes. J’avais évidemment les sujets sous les yeux ! Je me souviens que pour être tranquille, je travaillais dans les boyaux d’évacuation des tranchées.[réf. nécessaire] ». Les eaux-fortes sont réalisées en un seul "état". Clément-Janin écrit à propos de cet ouvrage : « Ce qui importe c'est de voir, en regard du récit, une image aussi véridique que lui. C'est si l'on veut, une illustration parallèle, dont l'idée part du texte, mais dont l'exécution s'appuie sur la réalité. Une telle illustration ne pouvait être faite qu'à cette heure même où la lutte continue, par un artiste au front, ayant continuellement ses références sous les yeux.

M. Barbusse a montré ce qu'il a vu et M. Renefer aussi. Ce livre contient donc Deux Vérités qui marchent côte à côte, avec leur personnalité bien distincte, l'une en trois cents pages, l'autre en dix eaux-fortes et quatre-vingt bois ! M. Renefer a été aussi riche en matière que M.Barbusse, et son talent, déjà confirmé par ses albums d'eaux fortes et de lithographies en reçoit une définitive consécration. »

Sa Correspondance de guerre, le plus souvent illustrée de croquis aquarellés, est aujourd'hui redécouverte. Renefer écrit à sa fillette de 8-10 ans, lui envoyant quelques dessins parfois drôles et toujours très démonstratifs. Pour cette correspondance, et particulièrement son carnet intitulé Carnet de Poilu, leur vie racontée aux enfants par Renefer[1], il relate pour sa fille qu'il nomme affectueusement « Belle Petite Monde » en trente aquarelles le quotidien des poilus : le soldat Renefer souhaite distraire et expliquer sa perception de la guerre à sa fille. L’artiste-poilu exprime aussi les prisonniers, les avions, les maisons en ruine, les civils en errance, la réalité est sous-jacente. Renefer passe un message de mémoire poignant, qui fait de lui un passeur de mémoire pour les générations actuelles et futures et donc à nous, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de la « génération sacrifiée ». Ce Carnet est la source d'inspiration des classes participantes au concours national « Les Petits Artistes de la Mémoire, la Grande Guerre vue par les enfants », soutenue pour le Centenaire par l'Éducation nationale[2].

Citons aussi la lettre illustrée qu'il envoie à son amis Hirsch le 4 novembre 1916 :

« Pluie - boue - pourriture
Du gris morne le jour
Un noir d'encre la nuit.
Dieu que la campagne 1916 est triste !
Voici un dessin que je crois bon, le voulez-vous ?
Le trait vous dira ce que je suis et ce que je pense...
Ecrivez-moi...
C'est ce qui nous fait croire que nous sommes encore des hommes. »

Les Hauts de Meuse en Alsace est un album de 12 grandes lithographies réalisées au hasard des routes et des cantonnements, dans l’inconfort des déplacements successifs, au lendemain de l'attaque de Verdun, le 21 février 1916 et après 4 jours de combats intenses.

Dès 1917, le catalogue raisonné de la Collection Henri Leblanc, qui deviendra l’actuelle BDIC, répertorie les œuvres de Renefer réalisé pendant le conflit.

L'après Guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, les Éditions Lapina lui commandent 49 eaux-fortes pour Le Cabaret d’Alexandre Arnoux. Édité en 1922, ces illustrations ont été réalisées après la guerre, d’après croquis. Renefer prend ici soin de les reprendre et son travail est plus lent, plus soigné. C’est ce qui fait ressentir ici une douceur particulière dans la manière même de graver. Il en ressort une composition plus réfléchie. Arthème Fayard lui commande des gravures sur bois pour Gaspard de René Benjamin, dans la collection du Livre de Demain.

Ses ouvrages illustrés sont très nombreux : Mon Frère Yves de Pierre Loti, La vagabonde de Collette, Dix sept histoires de marin de Claude Farrère

Renefer habite l'ouest parisien depuis son enfance, dans les 15ème et 7ème arrondissements. Puis, après son mariage avec Yvonne Yvon, fille de l'architecte Maurice Yvon, il habitera le 16ème arrondissement, puis dans les ateliers de la rue Ordener avant de venir dans le Quartier des Batignolles.

La peinture de Renefer aborde les paysages de Paris, d'Andrésy, les bords de Seine et les ports marchands : « Renefer nous attache par sa couleur franche, claire et libre. Ici la virtuosité ne dissimule rien. Elle nous fait peut-être songer à Signac, mais avec une discrétion si délicate que cela n’est pas pour nous déplaire. » (Exposition Reitlinger, 1920)

Charles Fegdal écrit : « Renefer est le promeneur extasié de Paris et de l’Île-de-France. À toutes les saisons, baignés dans toutes les lumières, selon le temps et selon l'heure, voici les plus fluides paysages du pays séquanien. Renefer les peint, ces coins urbains et sururbains, avec une âme chaque fois neuve — et sa peinture est excellente quand il se laisse aller à la tendresse et à l'amour, ce qui lui arrive huit fois sur dix[3]. »

Les critiques contemporains lui décernent le titre de « peintre de l’air et de l’eau », de « poète de la Seine » et le comparent à Albert Marquet et Camille Corot[4].

Il est directeur des livres d'art chez Flammarion, professeur principal à l'École ABC de Peinture pendant plus de 30 ans, procurant son savoir à des milliers d'élèves, créateur de concours sur la gravure, de différentes académies et sociétés d'artistes, participe à deux ou trois expositions par an.

Depuis son enfance, il séjourne chez sa famille à Andrésy dans les Yvelines. Il s’y installe définitivement à la fin des années 1930 et y résidera jusqu’à sa mort, en 1957. Pendant près de 60 ans, il va parcourir quotidiennement les berges de la Seine et de l’Oise, pour étaler sur la toile les bleus, verts et bruns de ces paysages. Dès les années 1920, sa peinture prend de l’ampleur, il adapte sa palette à la nature et non la nature à sa palette. Peintre de la couleur vraie, « Renefer devient le « maître d’Andrésy », comme ses grand aînés furent le maître d’Aix ou le maître de Giverny. (Ernest Tisserand, « Renefer, Peintre de France », dans L’Esprit Français.) ».

Il expose 53 toiles chez Javal et Bourdeaux en avril 1931 : 19 toiles d’Andrésy, deux de Conflans-Sainte-Honorine, deux de Fin d’Oise, huit de Asnières, une de Chanteloup, deux de Poissy, Argenteuil. Les autres viennent de Montmartre, Clichy, de Bagnolet, ou des Quai parisiens, de Billancourt à l’île Saint Louis.

L'illustrateur[modifier | modifier le code]

Raymond Renefer illustre plus d'une centaine de romans, pour la plupart dans la collection « Le Livre de demain » éditée par la librairie Arthème Fayard, dont :

Collections publiques[modifier | modifier le code]

En France, ses œuvres sont conservées au musée de l'Île-de-France à Sceaux, au musée Carnavalet à Paris (croquis et eaux-fortes du Paris 1900, ainsi que ses toutes premières peintures des inondations de 1910), au musée des beaux-arts de Vannes, au musée des beaux-arts du Havre, au musée de l'Armée à Paris, à l'Historial de la Grande Guerre à Péronne, au musée de la Grande Guerre du pays de Meaux, au Mémorial de Verdun.

Élèves[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit
  • Marcus Osterwalder (dir.), Dictionnaire des illustrateurs, 1890-1945, Éditions Ides et Calendes, 2001. p. 970-971.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albin Michel, 2013.
  2. [1]
  3. André Weber, Raymond Renefer (1879-1957), Béziers.
  4. « On a parfois prononcé le nom de Marquet en face des œuvres de Renefer. Non pas pour déceler une filiation directe, mais plutôt pour attirer sur Renefer une juste considération, ces deux peintres, l’un comme l’autre, dépouillait la nature de toutes ses inutiles agréments pour n’en recueillir que les éléments constructifs, c’est-à-dire majeurs. » (Georges Turpin, Galerie Charpentier,1936)