Néo-luddisme

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Le néo-luddisme est un mouvement moderne d'opposition à tout ou partie du progrès technologique.

Le néo-luddisme est également une philosophie personnelle contre la technologie moderne[1]. Le néo-luddisme est basé sur l'héritage historique des luddites, mouvement de revendication ouvrier et artisan actifs entre 1811 et 1816[1]. Le néo-luddisme n'équivaut pas à la technophobie et comprend plutôt l'examen critique des technologies et de leurs effets sur les individus et les communautés[2].

Les néo-luddites prônent un retour à des valeurs plus « naturelles » et plus simples que celles de la technologie moderne, jugée artificielle et de plus en plus complexe voire dangereuse.

Positions[modifier | modifier le code]

L'opposition à l'adoption de la technologie et les défis à la notion de progrès technologique supposé sont des sentiments qui font écho à travers l'histoire. Dans Les Voyages de Gulliver (1794), Jonathan Swift se moquait de la Royal Society, la plus ancienne société scientifique en Grande-Bretagne, et les deux auteurs Henry David Thoreau et Ralph Waldo Emerson ont loué les vertus de la nature inaltérée[2].

La culture chrétienne est par ailleurs tournée vers l'humain, l'humanisme c'est-à-dire un universalisme, qui n'est apparu que dans les sociétés européennes et ne s'est mis en place nulle part ailleurs. On peut également considérer que les premiers mouvements chrétiens étaient des mouvements révolutionnaires (c'est-à-dire contre un ordre établi[3]).

« L'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence de l'ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie de l'avarice ; la physique d'une vaine curiosité ; toutes et la morale même, de l'orgueil humain » écrit Jean-Jacques Rousseau dans Discours sur les sciences et les arts.
Et Gandhi : « Les sept fautes sociales de l'humanité sont la politique sans principes, la richesse sans travail, le plaisir sans conscience, la connaissance sans volonté, les affaires sans morale, la science sans humanisme, et la religion sans sacrifice. »

Une tendance parmi les néo-luddites évoque la vie pré-technologique comme la meilleure perspective post-technologique (voir aussi primitivisme), mais, comme le montre Theodore Kaczynski, c'est sans manquer de pragmatisme au sujet de la rudesse de la nature. Kaczynski est contre le système technologique, qu'il faut, pour lui, rapprocher du totalitarisme.

Ou comme Robin et Webster ont dit, « un retour à la nature et le fait de s'imaginer comme des communautés plus naturelles [4]. »

La Société industrielle et son avenir (1995) est une expression récente du néo-luddisme défendue par Theodore Kaczynski[5]. Le manifeste précise :

La révolution industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Elle a accru la durée de vie dans les pays "avancés", mais a déstabilisé la société, a rendu la vie aliénante, a soumis les êtres humains à des humiliations, a permis l’extension de la souffrance mentale (et de la souffrance physique dans les pays du Tiers-Monde) et a infligé des dommages terribles à la biosphère. Le développement constant de la Technologie ne fera qu’aggraver la situation. Ce qu’auront à subir les hommes et la biosphère sera de pire en pire ; le chaos social et les souffrances mentales s’accroîtront, et il est possible qu’il en aille de même pour les souffrances physiques, y compris dans les pays "avancés"[5].

Le système techno-industriel peut survivre ou s’effondrer. S’il survit, il PEUT éventuellement parvenir à assurer un faible niveau de souffrances mentales et physiques, mais seulement après être passé par une longue et douloureuse période d’ajustements, et après avoir réduit les êtres humains et toutes les créatures vivantes à de simples rouages, des produits calibrés de la machine sociale. En outre, si le système perdure, les conséquences sont inéluctables : il n’y a aucun moyen de réformer ou modifier le système de façon à l’empêcher de dépouiller les hommes de leur dignité et de leur autonomie.

Le néo-luddisme peut également être exprimé en des doutes quant à savoir si le nouvel ordinateur, Internet et les hautes technologies profitent réellement, ou si nous vivions dans de meilleures conditions avant la société technologique[5]. Le néo-luddisme critique la Technophilie, c'est-à-dire la conviction que le progrès technologique permettra de remédier à tous les maux. Le néo-luddisme conteste l'idée que ce qui se passait avant la technologie est redondant et devrait être écarté en raison de son infériorité[5]. Alors que le néo-luddisme est un mouvement marginal, certaines de ses idées, des ses critiques et des solutions ont une large résonance dans la culture contemporaine, par exemple, des aspirations à un "simple" mode de vie, et une capacité critique et un principe de précaution vis-à-vis des technologies[4].

Le néo-luddisme peut s'exprimer dans les prédictions de Stark sur l'effet des nouvelles technologies. John Philip Sousa considère par exemple l'introduction du phonographe avec suspicion[5]:

"Une détérioration marquée de la musique américaine et du goût musical, une interruption dans le développement musical du pays, et une foule d'autres blessures à la musique dans sa manifestation artistique, en vertu — ou plutôt par le vice — de la multiplication de la musique de diverses machines de production."[5]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Steven E. Jones, Against Technology: From the Luddites to Neo-luddism, Routledge, 2006, 208 p. (ISBN 041597867X)
  • Sale, Kirkpatrick (1996) Rebels Against The Future: The Luddites And Their War On The Industrial Revolution: Lessons For The Computer Age Basic Books (ISBN 978-0201407181)
  • Postman, Neil (1992) Technopoly: The Surrender of Culture to Technology Knopf, New York (ISBN 0-394-58272-1)
  • Quigley, Peter (1998) Coyote in the Maze: Tracking Edward Abbey in a World of Words University of Utah Press, Salt Lake City (ISBN 0-87480-563-5)
  • Roszak, Theodore (1994) The Cult of Information: À Neo-Luddite Treatise on High-Tech, Artificial Intelligence, and the True Art of Thinking (2nd ed.) University of California Press, Berkeley, California (ISBN 0-520-08584-1)
  • Tenner, Edward (1996) Why Things Bite Back: Technology and the Revenge of Unintended Consequences Knopf, New York (ISBN 0-679-42563-2)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) contre la technologie: d'Luddites au néo-luddisme, New York, CRC Press,‎ 2006, poche (ISBN 978-0-415-97868-2, LCCN 2005031322, lire en ligne), p. 20
  2. a et b Karen Christensen et David Levinson, Encyclopedia of Community: From the Village to the Virtual World, Volume 3, Sage Publications,‎ 2003 (ISBN 0-7619-2598-8, lire en ligne), p. 886
  3. Fragile absolu, Pourquoi l'héritage chrétien vaut-il d'être défendu ?, Flammarion, 2008.
  4. a et b Voir L'Internet: une enquête philosophique, McGraw-Hill International (lire en ligne), p. 7

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Auteurs néo-luddites[modifier | modifier le code]

Auteurs liés à la critique de la technologie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Mouvement annexe[modifier | modifier le code]

Concepts liés[modifier | modifier le code]

Concepts attaqués[modifier | modifier le code]

Auteurs critiqués[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]