Culture libre

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Lawrence Lessig, à l'origine des licences Creative Commons.

La culture libre est un mouvement social qui promeut la liberté de distribuer et de modifier des œuvres de l'esprit sous la forme d'œuvres libres[1] par l'utilisation d'internet ou d'autres formes de médias. Le mouvement de la culture libre puise sa philosophie de celle du logiciel libre en l'appliquant à la culture, dans des domaines aussi variés que l'art, l'éducation, la science, etc[2].

Les mécanismes juridiques des licences libres attachées à la culture sont également inspirés du logiciel libre ; l'utilisation des licences art libre ou Creative Commons a ainsi permis l'émergence de la musique libre et de l'art libre.

La culture libre défend notamment l'idée que les droits d'auteurs ne doivent pas porter atteinte aux libertés fondamentales du public. Elle agit, entre autres en utilisant de façon détournée les monopoles accordés par les droits d'auteur, à travers des licences libres, cela afin d'autoriser précisément les usages que ces lois proscrivent par défaut.

Histoire[modifier | modifier le code]

« Tu dis : “Cette pensée est à moi.” Non mon frère,
Elle est en toi, rien n'est à nous.
Tous l'ont eue ou l'auront. Ravisseur téméraire,
Au domaine commun bien loin de la soustraire,
Rend-la comme un dépôt : Partager est si doux ! »

— Henri-Frédéric Amiel, Rien n'est à nous[3]

Le point de départ de la culture libre, telle qu'on la connaît aujourd'hui, est la création du mouvement du logiciel libre et du projet GNU par Richard Stallman en 1984[2]. Une véritable communauté se crée autour du logiciel libre dans laquelle commence à se développer un ensemble de références culturelles.

Au vu du succès du logiciel libre, les licences libres ont été appliquées à d'autres domaines, avec la création de l'encyclopédie Wikipédia en 2001, puis avec la naissance de l'art libre, et notamment de la musique libre avec la création du site musique-libre.org en 2004, puis Jamendo en 2005. En parallèle, une partie de la communauté du libre s'attache à défendre un internet libre, avec notamment la création du collectif La Quadrature du Net en 2008.

Culture libre et licence libre[modifier | modifier le code]

Les licences libres sont une forme de concrétisation de la culture libre. Une œuvre sous licence libre possède quatre caractéristiques fondamentales :

  • la liberté d'utiliser l'œuvre pour tous les usages ;
  • la liberté de la copier et de diffuser des copies ;
  • la liberté de l'étudier ;
  • la liberté de la modifier et de diffuser des copies de l'œuvre résultante.

Si la liberté d'étudier une œuvre est acquise pour un texte, elle est plus complexe et contraignante dans le cas d'autres œuvres, car elle implique que l'auteur distribue aussi les documents permettant de reproduire l'œuvre. Par exemple, pour une œuvre musicale, cela implique la distribution non seulement de l'interprétation de l'œuvre musicale, mais aussi de la partition musicale[note 1] et des autres détails de l'enregistrement de l'œuvre. Pour un logiciel informatique, la liberté d'étudier implique la distribution du code source du logiciel.

Un certain nombre d'acteurs du logiciel libre estiment que les libertés données par les licences libres doivent s'adapter au type d’œuvre. Ainsi Richard Stallman, promeut l'usage des licences libres uniquement pour la première des trois catégories d'œuvres qu'il distingue :

  1. les œuvres à usages pratiques ;
  2. l'expression d'opinion ;
  3. l'art[4].

Ce point de vue est contesté par les personnes attachées à une idée plus large de la culture libre[5],[note 2].

Culture libre et Internet libre[modifier | modifier le code]

Le réseau internet est le vecteur privilégié de propagation de la culture libre. Inversement l’existence d'internet repose sur les logiciels libres[6]. Ainsi selon Benjamin Bayart, Internet et logiciels libres "sont deux facettes d'un même objet"[7].

De nombreuses associations de défense des libertés et de la neutralité d'Internet héritent de la culture libre comme La Quadrature du net[8]. C'est également le cas de beaucoup de fournisseurs d’accès associatifs à Internet comme FDN[9],[10] ou Ilico[11].

Les références culturelles libre[modifier | modifier le code]

Projets principaux[modifier | modifier le code]

Les projets suivants sont devenus de véritables références au sein de la communauté du libre[12] :

Personnalités[modifier | modifier le code]

La communauté s'organise autour de personnages clefs, qui ont acquis une certaine influence, et qui sont une référence dans le milieu du libre :

En France, Benjamin Bayart, président de FDN, est également une figure du libre depuis sa conférence « Internet libre ou minitel 2.0 ? »[7] devenue culte[13]. Jérémie Zimmermann, cofondateur de la quadrature du net et membre de l'April, est de plus en plus une figure marquante de la communauté du libre.

Le libre et la politique[modifier | modifier le code]

La communauté du libre est engagée politiquement, pour combattre les lois ou projets de lois pouvant porter atteinte à la diffusion d’œuvres libres, comme les brevets logiciels[14], mais également les lois visant à contrôler le réseau Internet ou menaçant sa neutralité (comme ACTA[15] , Hadopi[16], Loppsi 2[17]). La communauté propose inversement des lois visant à défendre la neutralité d'internet[18].

Des outils ont été développés par les acteurs du libre afin de faciliter l'action politique. C'est par exemple le cas du site candidats.fr développé par l'April, et de Mémoire Politique développé par la quadrature du net[19].

Valeurs[modifier | modifier le code]

Les valeurs qui sous-tendent la culture libre sont :

  • la liberté ;
  • la liberté d'expression[20] ;
  • le contrôle par l'utilisateur ;
  • vie privée ;
  • le partage du savoir ;
  • la dynamique citoyenne et participative dans l'économie du savoir ;
  • le modèle économique de la coopétition (basé sur l'intelligence collective).

Le libre est mercantile[modifier | modifier le code]

Le mouvement libre ne s'oppose pas aux transactions commerciales tant que les libertés définies dans la licence libre sont respectées[21]. On retrouve une approche économique assez classique selon laquelle la suppression des barrières à l'entrée due à la rétention d'information doit concourir à la création d'un prix équitable[22].

Les licences qui restreignent les droits accordés aux utilisateurs à d'autres fins que la préservation des libertés conférés, notamment des restrictions commerciales, ne sont donc pas des licences libres.

Le libre n'est pas conditionné par la gratuité, et la gratuité n'implique rien vis-à-vis du libre[5]. Cette erreur est d'autant plus difficile à dissiper que le mot libre est parfois synonyme de gratuité (entrée libre, etc.). Cet amalgame est encore plus marqué dans les pays anglophones[note 3] où le mot « free » est homonyme de libre et de gratuit[note 4]

Enfin du fait même des libertés caractérisant le mouvement du libre, tout acquéreur d'une œuvre libre peut en distribuer autant de copies qu'il le souhaite, au prix qu'il le veut. Chaque possesseur d'une copie d'une œuvre libre peut donc partager des copies gratuites. Pour le libre la gratuité n'est donc pas un objectif, mais un simple effet de bord.

La confusion s'est également grandement amplifiée depuis l'apparition de Creative Commons qui diffuse les populaires licences éponymes. Certaines de ces licences sont libres, et d'autres non, car elles interdisent par exemple la diffusion commerciale, ou les modifications. Les tensions créées par l'emploi de l'expression de licence libre pour désigner de telles licences ont engendré de nombreux et longs débats houleux sur internet[note 5], avec des interrogations sur « la liberté du mot libre ». Les partisans de ces licences plus restrictives emploient désormais généralement le terme de licences de libre diffusion. Elle correspondent en définitive plus à des licences de gratuiciel. Creative Commons signale les licences libres par le logo « approved for free cultural works » (ndt : « approuvé pour les œuvres culturelles libres ») dans les résumés de celles-ci, mais ne présente pas de logo contraire pour ses autres licences.

Perceptions[modifier | modifier le code]

La bataille du copyright autour des licences libres, des licences propriétaires et du domaine public

Étant donnée l'émergence récente du libre, il en existe différentes perceptions[réf. nécessaire]. Les deux principales perceptions de la culture libre sont :

  1. La perception qui se concentre sur les questions de production et diffusion des créations artistiques. On parle ici de culture au sens culture artistique, de nouveaux enjeux de la propriété intellectuelle, de nouveaux modes de création.
  2. La perception qui aborde les enjeux de la société de l'information et de l'économie du savoir dans sa globalité environnementale, sociale et économique, en incluant aussi les aspects de la création artistique. On parle ici de culture au sens comportement social. Le comportement culturel dit libre est fondé sur les valeurs et les modèles de gestion du libre, tels la hiérarchie de contribution (approche dite bazar, qui s'oppose aux modèles dits cathédrale)[note 6], les médias participatifs (sur des plates-formes de type blogs, wiki, sites web communautaires…), la certification par les pairs, l'autoformation permanente par la veille…

Ces deux perceptions (artistique/comportementale) de la libre culture sont complémentaires. Toutes deux agissent principalement en détournant l'aspect juridique du droit d'usage d'une information : les licences libres, qui offrent une alternative sérieuse aux licences propriétaires.

Selon le milieu (économique, pédagogique, milieux de la création artistique), le public comprendra libre culture plutôt sous son angle art/artiste, et plutôt sous son angle au sens art/manière.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quand cela fait sens, une musique électro. n'aura probablement pas de partition, mais nécessitera la publication des échantillons.
  2. D'une part je doute justement que Stallman y ait bien réfléchi. Son choix des licences "verbatim" (cf. aussi les sections invariantes de la GFDL) date d'une époque où il n'avait pas réfléchi du tout à la question - qui, il est vrai, se posait encore peu. De plus, un échange de mails avec lui il y a quelques années m'a montré que sa réflexion sur le sujet était, là encore, peu affinée (c'est en partie grâce à cet échange que la LAL a été mentionnée à la fin de http://www.gnu.org/licenses/ - "We don't take the position that artistic or entertainment works must be free, but if you want to make one free, we recommend the Free Art License").
  3. ndr : le mouvement du logiciel libre a été initié aux États-Unis, pays anglophone ; ce qui a influé le discours «libriste» même dans les langues où le mot pour « libre » est distinct de « gratuit ».
  4. Voir les définitions de free sur le wiktionnaire.
  5. Par exemple
  6. En référence au livre La cathédrale et le bazar d'Éric Raymond qui utilise ces métaphores pour comparer les mécanismes de mise en place des logiciels respectivement libre et propriétaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Branches du libre
Sujets connexes

Liens externes[modifier | modifier le code]