Technophobie

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Le néologisme technophobie — de technê, τέχνη (artefact) et phobos, φόβος (peur) — qualifie péjorativement le rejet d'une ou plusieurs techniques. Son opposé est la technophilie. Le terme est généralement utilisé pour désigner les opposants, même modérés, à une technologie particulière. La « technophobie » trouve son expression politique la plus radicale dans l'anti-industrialisme, qui remet en question toutes les techniques issues des révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles. On en trouve d'ailleurs une première expression dès le début du XIXe siècle en Angleterre avec le mouvement des luddistes.

D'un usage plutôt récent, et parfois employé au pluriel (il y a autant de technophobies qu'il y a de techniques), le terme « technophobie » sert habituellement à qualifier (ou plutôt disqualifier) la teneur de certains intellectuels, tels Jacques Ellul ou, plus récemment, Paul Virilio et Philippe Breton, lesquels considèrent que les techniques, telles qu'elles se développent aujourd'hui, contribuent à aliéner les individus et donc à détruire le lien social.

Certaines de ces craintes peuvent s'avérer justifiées. Le progrès technique génère en effet de graves nuisances pour la santé et l'écosystème. Les principaux motifs d'opposition aux techniques sont non seulement d'ordre écologique (la technique est considérée comme nuisible pour l'environnement) mais éthique (la biométrie ou la vidéosurveillance, par exemple, sont considérées comme portant atteintes aux libertés individuelles et générant progressivement un contrôle social susceptible de déboucher sur une nouvelle forme de totalitarisme).

Le réflexe technophobe se développe d'autant plus vite qu'un certain nombre d'innovations ont été accompagnées de scandales sanitaires et même de catastrophes, notamment nucléaires (Tchernobyl, Fukushima). Certains cercles militants, tels par exemple en France le collectif Pièces et main d'oeuvre[1], revendiquent le qualificatif « technophobe » au motif invoqué que les techniques se multiplient sans jamais faire l'objet de débat démocratique, le principe de précaution n'existant qu'en théorie mais n'étant jamais appliqué dans les faits en raison de la pression des grands groupes industriels pour qui la technoscience constitue une source de revenus considérables. Avec le nucléaire et les OGM, les techniques de télésurveillance (notamment la RFID) et les nanotechnologies constituent leurs principales cibles.

Pour Jacques Ellul, cependant, ce ne sont pas tant les techniques en elles-mêmes qui méritent d'être questionnées et craintes que la tendance des hommes à les sacraliser dans tous les domaines de la vie : « Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » [2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=plan
  2. Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, 1973. Réed. Les Mille et une nuits, 2003, p. 316

Articles connexes[modifier | modifier le code]