Bernard Charbonneau

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Bernard Charbonneau (né le 28 novembre 1910 à Bordeaux et mort le 28 avril 1996 à Saint-Palais) est un penseur français, auteur d'une vingtaine de livres et de nombreux articles, parus notamment dans La Gueule ouverte, Foi et vie, La République des Pyrénées.

Toute son œuvre est marquée par l'idée que « le lien qui attache l'individu à la société est tellement puissant que, même dans la soi-disant “société des individus”, ces derniers sont si peu capables de prendre leurs distances avec les entraînements collectifs que, spontanément, ils consentent à l'anéantissement de ce à quoi ils tiennent le plus : la liberté. »[1]

Durant les années 1930, il dénonce la dictature de l'économie et du développement[2] et s'impose comme pionnier de l'écologie politique [3]. Se méfiant toutefois de l'écologie partidaire, il propose de concevoir une forme d'organisation de la société, radicalement différente des idéologies du XXe siècle, solidement ancrée sur l'expérience personnelle. En cela, il affirme sa dette intellectuelle envers le personnalisme. De même, il voit dans le progrès technique la source de toujours plus d'organisation, donc de plus de conformisme, donc de moins de liberté. Ses travaux le rapprochent de Jacques Ellul, dont il est l'ami intime durant six décennies.

Bernard Charbonneau est par ailleurs le père de Simon Charbonneau, universitaire, spécialiste de l'environnement[4] et militant associatif.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Bordeaux en 1910 d'un père protestant et d'une mère catholique, issue de la bourgeoisie lot-et-garonnaise, le jeune Bernard Charbonneau se sent vite « enfermé » par la ville. Après un baccalauréat de lettres à Bordeaux, au lycée Montaigne, et des études d’histoire et géographie à l’Université de Bordeaux, il est à vingt-quatre ans, titulaire de son premier poste d'enseignant à Bayonne et décroche l’agrégation l'année suivante, en 1935.

Dès la fin de la guerre, ayant décidé de ne pas faire de carrière universitaire et « désireux de vivre à la campagne, il se fait nommer dans une petite École Normale d'Instituteurs du Piémont pyrénéen, à Lescar, près de Pau, où il restera jusqu'à sa retraite » [5]. Il marque les élèves-maîtres de sa forte personnalité, mettant simultanément à profit la proximité de la campagne béarnaise et des Pyrénées pour retrouver le contact avec la nature en menant une vie spartiate à proximité des gaves de Pau puis d'Oloron.

Il décède en 1996 d'un cancer du foie, un comble pour quelqu'un qui aime manger disait-il, (à la clinique de Saint-Palais) et a été inhumé dans un caveau personnel, sur une stèle, on peut lire la citation modifiée du Livre de Ruth : « Où tu iras, j'irai ; où tu demeureras, je demeurerai et ton Dieu sera mon Dieu. », situé dans sa propriété « Le Boucau » à Saint-Pé-de-Léren (64). Après sa mort, son épouse (Henriette (Louise) Daudin) s'occupera de faire publier ses ouvrages non encore édités, jusqu'à son propre décès (crise cardiaque), en décembre 2005.

Bernard Charbonneau a eu quatre enfants (Simon, Juliette, Catherine et Martine), dont Simon, qui est devenu un universitaire spécialiste du droit de l'environnement et qui est aujourd'hui militant associatif (Aquitaine Alternatives, ANCER : association nationale pour une chasse écologiquement responsable)[4].

Engagement[modifier | modifier le code]

Charbonneau commence à créer des « clubs de presse » et des groupes de discussion (notamment avec Jacques Ellul qui restera son ami durant toute sa vie) en vue de réfléchir aux changements qu’entraîne le « progrès » scientifique et technique.

Après la fondation (1932) de la revue Esprit par Emmanuel Mounier, son groupe devient « le groupe personnaliste du Sud-Ouest » et rejoint le mouvement. Soucieux de ne pas enfermer sa réflexion dans un cadre trop théorique mais par contre de l'incarner [6], il entraîne ses amis dans de grandes escapades en Galice, dans les îles Canaries, dans les Pyrénées espagnoles (qui sont alors sans routes ni cartes), ainsi qu'en vallée d'Aspe (Bedous) et à Saint-Pé-de-Léren.

Entre 1940 et 1947, Charbonneau conçoit l'essentiel de son œuvre, rédigeant "un énorme livre intitulé Par la force des choses, dont le contenu anticipe celui de la vingtaine d'ouvrages qu'il a publié par la suite" [7] Il analyse "les contradictions du monde contemporain à partir de l'anticipation du risque de quelque chose de pire que le totalitarisme politique : un totalisation sociale, rendue inévitable par l'accélération du progrès technique" [8] "C'est en s'appuyant sur l'analyse des évolutions sociales et politiques dont il a été le témoin dans les années trente et quarante qu'il a pu identifier les problèmes de société qui, aujourd'hui, nous semblent cruciaux : il met en effet en exergue les problèmes et questions de la technocratisation de la vie sociale et politique, de la nature, ainsi que ceux des propagandes et des médias, de la transformation de la culture en industrie du spectacle et en consommation, de la liquidation de l'agriculture paysanne, etc." [9] Ne Pouvant communiquer sa pensée comme un tout, Charbonneau essaye de la communiquer en détail. Il détache donc des morceaux de Par la force des choses pour en faire L'État et Je fus. Aucun éditeur n'en voulant, il ne peut les diffuser que sous forme ronéotée à un cercle très restreint de lecteurs (ces deux livres ne seront finalement publiés que quarante et cinquante ans plus tard). Quant à l'analyse de la société industrielle, entreprise dès avant-guerre, elle est reprise et développée sous le titre Pan se meurt, mais Charbonneau devra attendre vingt ans avant que les éditions Gallimard ne publient cet ouvrage sous le titre Le Jardin de Babylone. Les analyses du caractère désorganisateur du progrès technoscientifique et industriel devront attendre 1973 pour être éditées sous le titre Le Système et le chaos. Enfin, les réflexions sur les contradictions de la conception libérale de la liberté ne seront publiées qu'en 2002, sous le titre Prométhée réenchaîné[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Un certain nombre d'ouvrages de Charbonneau ont été édités à compte d'auteur et restent encore inédits.

Livres[modifier | modifier le code]

  • L’État, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1949. Economica, Paris, 1987. Réimpression 1999 (ISBN 978-2-7178-1360-9)
  • Teilhard de Chardin, prophète d'un âge totalitaire, Denoël, Paris, 1963 (ISBN 2207203069) (épuisé)
  • Le Paradoxe de la culture, Denoël, Paris, 1965. Réédité en 1991 dans Nuit et jour
  • Célébration du coq, Éditions Robert Morel, Haute-Provence, 1966 (épuisé)
  • Dimanche et lundi, Denoël, Paris, 1966 (ISBN 2207203085) (épuisé)
  • L'Hommauto, Denoël, Paris, 1967. Réédité en 2003 chez le même éditeur (ISBN 978-2-2072-5549-0)
  • Le Jardin de Babylone, Gallimard, paris, 1969. Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2002 (ISBN 978-2-9103-8618-4)
  • Prométhée réenchaîné édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1972. Éditions de La Table Ronde, Paris, 2001 (ISBN 978-2-7103-2445-4)
  • La Fin du paysage. Conceptions, photographies et légendes de Maurice Bardet. Anthropos, Paris, 1972
  • Le Système et le chaos. Critique du développement exponentiel, Anthropos, Paris, 1973. 2e édition : Economica, Paris, 1990 (ISBN 978-2-7178-1837-6). 3e édition : Médial éditions, novembre 2012 (ISBN 978-2-8473-0022-2).
  • Tristes campagnes, Denoël, Paris, 1973 (ISBN 979-10-92605-00-6). Réédition chez Le Pas de côté en 2013 (ISBN 979-10-92605-00-6).
  • Notre table rase, Denoël, Paris, 1974
  • Vu d'un finisterre, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1976
  • Le plus et le moins, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1978
  • Le Feu vert, Karthala, Paris, 1980. Parangon, Lyon, 2009 (ISBN 978-2-8419-0182-1)
  • Je fus. Essai sur la liberté, Imprimerie Marrimpouey, Pau, 1980. Opales, Bordeaux, 2000 (ISBN 978-2-9087-9949-1)
  • Une seconde nature, édité à compte d'auteur, Imprimerie Marrimpouey, Pau, 1981. Médial éditions, novembre 2012. (ISBN 978-2-8473-0023-9)
  • La propriété c'est l'envol, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1984
  • La société médiatisée, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1985
  • Ultima Ratio, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1986. Édité en 1991 dans Nuit et jour
  • Nuit et jour, (compilation de Le paradoxe de la culture et Ultima ratio) Economica, Paris, 1991 (ISBN 978-2-7178-2183-3)
  • Sauver nos régions, Le Sang de la Terre, Paris, 1991 (ISBN 978-2-8698-5051-4)
  • L'esprit court les rues, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1992
  • Les chemins de la liberté, édition ronéotypée (à compte d'auteur), 1994

Publications posthumes :

On trouve une bibliographie illustrée (mais non réactualisée depuis 2010) sur le site de l'Association Internationale Jacques Ellul[11].

Articles[modifier | modifier le code]

Bernard Charbonneau a publié un grand nombre d'articles, notamment dans La Gueule ouverte (de 1972 à 1977), La République des Pyrénées (de 1977 à 1983) et Combat Nature (de 1980 à 1996).

Citons ici seulement deux textes écrits dès les années 1930, où Charbonneau pose les fondements de sa pensée :

  • Directives pour un manifeste personnaliste, 1935 (corédigé avec Jacques Ellul, disponible dans les Cahiers Jacques-Ellul no 1, « Les années personnalistes », 2003)
  • Le sentiment de la nature, force révolutionnaire, 1936, texte inédit.

Une liste exhaustive des articles de Charbonneau, établie par Roland de Miller, figure à la fin du livre dirigé par Jacques Prades (voir ci-dessous).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Jacques Prades (dir.), Bernard Charbonneau une vie entière à dénoncer la grande imposture, Ramonville, Érès, coll. « Socio-economie »,‎ 1997, 222 p. (ISBN 978-2-8658-6464-5, OCLC 708343406)
  • Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté : Bernard Charbonneau : précurseur de l'écologie politique, Lyon, Parangon/Vs, coll. « après-développement »,‎ 2006, 199 p. (ISBN 978-2-8419-0153-1, OCLC 300992852)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jean Brun : « Je fus », de Bernard Charbonneau, une ascèse de la liberté, journal Réforme, 1980
  • Christian Roy, « Aux sources de l’écologie politique : le personnalisme gascon de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul », Revue des annales canadiennes d’histoire, no 28, avril 1992
  • Daniel Cérézuelle, « Critique de la modernité chez Charbonneau » in Patrick Troude-Chastenet (dir.), Sur Jacques Ellul, L’Esprit du temps, 1994 (pages 61 à 74)
  • Daniel Cérézuelle, « Bernard Charbonneau. L'artificialisation du monde » in Radicalité. 20 penseurs vraiment critiques, L'Échappée, 2013, (ISBN 978-29158304-1-5).
  • Patrick Troude-Chastenet, « Bernard Charbonneau : génie méconnu ou faux prophète ? », Revue Internationale de Politique Comparée, Vol. 4, no 1, 1997.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté. Bernard Charbonneau, précurseur de l'écologie politique, Parangon, 2006, p. 21
  2. Directives pour un manifeste personnaliste, 1935; corédigé avec Jacques Ellul; Cahiers Jacques-Ellul no 1, « Les années personnalistes », 2003
  3. Bernard Charbonneau, Le sentiment de la nature, force révolutionnaire, 1936, texte inédit.
  4. a et b Notice Simon Charbonneau sur preventique.org
  5. Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté. Bernard Charbonneau, précurseur de l'écologie politique, Parangon, 2006, p. 27
  6. Charbonneau est "convaincu qu'une pensée qui n'est pas mise en pratique est dérisoire" (Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté. Bernard Charbonneau, précurseur de l'écologie politique, Parangon, 2006, p. 16)
  7. Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté. Bernard Charbonneau, précurseur de l'écologie politique, Parangon, 2006, p. 28)
  8. ibid.
  9. ibid
  10. ibid. p. 29
  11. http://www.jacques-ellul.org/compagnonnage/bernard-charbonneau