Dorothée de Courlande

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Dorothée von Biron, princesse de Courlande
Portrait de la duchesse de Dino (1793-1862) (détail) par Joseph Chabord (1786-1848) ; huile sur toile conservée au château de Valencay
Portrait de la duchesse de Dino (1793-1862) (détail) par Joseph Chabord (1786-1848) ; huile sur toile conservée au château de Valencay

Titre princesse de Courlande, duchesse de Sagan (1845)
Autre titre (du chef de son époux) comtesse de Périgord (1809), duchesse de Dino (1817), duchesse de Talleyrand (1838)
Autres fonctions dame du palais de l'impératrice Marie-Louise (1809-1814)
Biographie
Dynastie Maison von Biron
Nom de naissance Dorothea von Biron
Naissance 21 août 1793
château de Friedrichsfelde, Berlin
Décès 19 septembre 1862 (à 69 ans)
château de Sagan
Père Pierre von Biron duc souverain de Courlande
Mère Dorothée von Medem
Conjoint Edmond de Talleyrand-Périgord comte de Périgord, duc de Dino, duc de Talleyrand
Liaisons Karel von Clam-Martinic
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
Théobald Piscatory
Enfants Napoléon-Louis de Talleyrand-Périgord duc de Sagan, de Talleyrand et de Valençay (1811-1898)
Alexandre de Talleyrand-Périgord duc de Dino (1813-1894)
Pauline de Talleyrand marquise de Castellane
Marie Henriette Dessalles (1816-1905)
Antonine Arcambal-Piscatory (1827-1908)

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Dorothée von Biron, princesse de Courlande (1793 Berlin - 1862 Sagan), comtesse de Périgord (1809), duchesse de Dino (1817, titre sous lequel elle est passée à la postérité), puis duchesse de Talleyrand (1838) et duchesse de Sagan (1845), fut une princesse allemande célèbre dans toute l'Europe du XIXe siècle pour sa beauté et son intelligence. Elle fut la compagne de Talleyrand.

Enfance[modifier | modifier le code]

Dorothée de Courlande fut la quatrième fille de Pierre von Biron, duc souverain de Courlande.
Elle nait le 21 août 1793 aux environs de Berlin, au château de Friedrichsfelde ; domaine acquis par le duc de Courlande en 1785. Sa mère Dorothée von Medem est issue d'une vieille famille courlandaise. Elle est la troisième épouse du duc, qui est de trente sept ans son aîné. Le duc et la duchesse vivent séparés de corps, et le véritable géniteur de Dorothée semble être le comte Batowski, aristocrate polonais, qui fut l'amant de sa mère. Dorothée, qui était dotée d'une beauté fascinante, était aussi brune que ses sœurs étaient blondes.
Elle fut toutefois reconnue par le duc de Courlande, dont elle héritera une partie de l'immense fortune en 1800. Elle n'est alors âgée que de sept ans.
Elle passe son enfance aux côtés de sa mère, aux châteaux de Löbichau et Tannenfelde en Thuringe et à Berlin ou elle est élevée dans l'intimité de la famille royale de Prusse.
En septembre 1806 la guerre éclate quand le roi de Prusse, agissant sous la pression du Tsar Alexandre Ier de Russie, envahie la Saxe, alliée de Napoléon Ier. La riposte fut vive et les armées prussiennes anéanties aux batailles d'Iéna et d'Auerstaedt. La famille royale de Prusse dut se réfugier en Prusse Orientale, suivie par la jeune Dorothée, qui parvint à rallier Mittau, ancienne possession des ducs de Courlande, annexée par la Russie en 1795. Dans cet endroit froid et sinistre (le palais n'était plus habité depuis l'annexion), elle rencontra le comte de Provence, qui vécut là en réfugié avec la famille royale française. Cet épisode lui déplut car elle se retrouvait dépendante de sa mère. Elle fut de retour à Berlin en septembre 1807 et le spectacle des désastres de la guerre entretint sa détestation de la France.

Son mariage[modifier | modifier le code]

Lors de son séjour à Berlin en 1807, Talleyrand qui cherchait une riche héritière pour son neveu Edmond de Talleyrand-Périgord, avait entendu parler de la dernière fille à marier de la duchesse de Courlande et de sa richesse, qu'on lui décrivit comme une « véritable mine du Pérou ». A sa requête, le Tsar de Russie intercéda auprès de la duchesse pour favoriser cette union.

Le mariage de Dorothée de Courlande avec Edmond de Talleyrand-Périgord fut célébré, en pleine période des guerres napoléoniennes, le 21 et le 22 avril 1809, à Francfort-sur-le-Main par le prince Primat Dalberg, ami de Talleyrand.
Dorothée devint par son mariage comtesse de Périgord et nièce du prince de Bénévent.
La jeune fille, d'éducation allemande, se trouva plongée en milieu français, donc ennemi. Ses trois sœurs, également très hostiles à la France impériale, n'assistèrent pas au mariage.

Le mariage fut malheureux, Edmond étant plus occupé par le jeu, la guerre et les femmes que par son épouse. Malgré la naissance de trois enfants entre 1811 et 1813, le ménage se sépara après le congrès de Vienne. C'est à partir de cette époque qu'elle occupe une grande place et joue un grand rôle dans la vie de son oncle par alliance Charles-Maurice de Talleyrand, qui fut envoyé à Vienne par Louis XVIII pour représenter la France. Elle l'accompagne, et joue le rôle de maitresse de maison au palais Kaunitz.

Le 31 août 1817, Talleyrand est doté par le roi du titre de duc et de pair. Le roi des Deux Siciles Ferdinand Ier le dote aussi, le 2 décembre, du duché de Dino, une petite île au large de la Calabre (1500 x 1200 m.), parce qu’il lui est reconnaissant de ses services à Vienne. Ce titre est immédiatement transmissible à ses neveux. C’est ainsi que Dorothée devient duchesse de Dino.

Le 24 mars 1818, les époux Dino se séparent; la séparation de corps n'étant prononcée que le 6 novembre 1824.

Sa vie avec Talleyrand[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet 1820, Talleyrand quitte Paris pour Valençay, accompagné de Dorothée de Dino, qui est enceinte de son troisième enfant, Pauline, dont la paternité est parfois attribuée à Talleyrand.

Malgré la compagnie de cet homme, de trente-neuf ans son aîné, elle a plusieurs amants, ce qui lui valut une réputation de redoutable séductrice, et elle met au monde trois filles illégitimes :
Marie Henriette Dessales (1816-1905) qu'elle aurait conçu avec le comte von Clam Martinic, son amant du congrès de Vienne.
Les deux autres, Antonine et Julie Zulmé, naquirent en 1825 et en 1827, de sa relation avec Théobald Piscatory

Elle devient duchesse de Talleyrand le 28 avril 1838. Le 6 janvier 1845, un diplôme du roi de Prusse investit Dorothée comme duchesse de Sagan, son fils Louis-Napoléon, filleul de Napoléon et le petit-fils de cette dernière, Boson de Talleyrand-Périgord, prenant immédiatement le titre de prince de Sagan. Ainsi, le titre de duc de Sagan présente la particularité de pouvoir se transmettre en ligne féminine.

Ce nom appartient aussi à l'histoire de la littérature française pour être devenu vers 1950 le "nom de plume" de la jeune Françoise Sagan, née Quoirez (1935 - 2004), qui se cherchait un pseudonyme en lisant Marcel Proust ; elle fut séduite par la sonorité du nom lu dans un passage évoquant le duc de Sagan de l'époque.

Quand Talleyrand devient ambassadeur de France à Londres en 1830, Dorothée l'accompagne et se sent plus à l'aise que dans Paris qu'elle déteste, où tout le Faubourg Saint-Germain lui fait sentir qu'elle est étrangère. Ce fut le drame de toute sa vie : partout où elle vécut, elle fut regardée comme une étrangère - à la cour de Prusse elle était la Française, à Paris elle était l'Allemande. Elle s'y lie étroitement avec un collaborateur de son oncle Adolphe Fourier de Bacourt dont elle dira

" Il est plaisant d'être aimée par des âmes chrétiennes car elles ont une fidélité qui n'appartiennent qu'à elles ".

À Londres, après la mort de Talleyrand (1838), elle donne en août 1847 son domaine tourangeau de Rochecotte à sa fille Pauline de Castellane. "Il me prend des profonds et mélancoliques regrets pour ce doux et tranquille Rochecotte..." écrira-t-elle plus tard (lettre de 1862).[réf. nécessaire]

Elle choisit dès 1843 de résider en souveraine dans le château de Sagan, en Silésie, composé de 130 pièces sur un domaine de 1 200 hectares, acheté par son père et racheté par elle à sa sœur, Pauline de Hohenzollern[réf. nécessaire].

Elle règne sur ce duché immense, très riche, mais seule avec ses souvenirs ; elle a un "accident de voiture" en juin 1861 et meurt le 19 septembre 1862 à Sagan soutenue par Adolphe Fourier de Bacourt qu'elle nomme son exécuteur testamentaire.

Malgré le souhait exprimé à son oncle - et très probable amant - dans une lettre d'avril 1838, et par testament, de faire mettre son cœur auprès de sa tombe à Valencay, elle fut inhumée dans la Kreuzkirche de Sagan, avec sa sœur Wilhelmine et son fils Louis.

Ses rapports avec ses contemporains[modifier | modifier le code]

Selon ses mémoires[1], elle se serait trouvée dans l'obligation de garder Honoré de Balzac à dîner au château de Rochecotte à cause du mauvais temps alors qu'il cherchait une propriété dans la région de Saché avec Monsieur de Margonne. Elle le décrit comme lourd, laid, et sans esprit[2]. Balzac ne l'a d'ailleurs pas épargnée. Il l'a représentée, dans La Comédie humaine, sous les traits de la terrible marquise d'Espard, en particulier dans Les Secrets de la princesse de Cadignan« Anne-Marie Meininger a analysé de singulières ressemblances entre le personnage de la princesse de Cadignan et la comtesse Cordélia de Castellane[3], la duchesse de Dino lui tenant lieu de marquise d'Espard[4]. »

« De grands yeux bleu foncé, très beaux, si ardents qu'ils en paraissaient noirs. Il y avait en elle quelque chose de hardi, de sauvage, d'indompté et de brûlant qui retenait le regard. » (Casimir Carrère, Talleyrand amoureux, Éditions France-Empire, 1975[précision nécessaire]

Les jugements qu’elle inspira sont divers; ceux des hommes, admiratifs devant sa beauté et son intelligence, sont élogieux, ceux des femmes, jalouses de sa position et de sa richesse, sont plus venimeux. Il est étonnant qu’on ne lui ait pas connu d’amie proche [réf. nécessaire].

Elle fut assez seule, sinon solitaire, mais entretint une grande correspondance avec de nombreuses personnalités de son époque. Née entre deux cultures, parlant trois langues, elle fut une vraie Européenne, à une époque où le mot était inconnu.

La duchesse de Dino compte encore une descendante en Touraine, « région paisible et humaine, d'une beauté pure, très poétique » [réf. nécessaire], en la personne de Béatrice de Andia, une de ses arrières-arrières-petites-filles, présidente de l'association des amis du château d'Azay-le-Rideau et propriétaire du château de La Chatonnière (37).

Propriétés de la duchesse de Dino[modifier | modifier le code]

Mémoires[modifier | modifier le code]

  • Dorothée, princesse de Courlande, duchesse de Dino, Mémoires. Tome I, 1794-1808 : souvenirs d'enfance de la princesse de Courlande (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2003. – 173 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-022-0.

Chronique:

    • Mémoires. Tome II, 1831-1834 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2003. – 258 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-039-5.
    • Mémoires. Tome III, 1835-1837 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2004. – 228 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-065-4.
    • Mémoires. Tome IV, 1838-1840 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2004. – 243 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-071-9.
    • Mémoires. Tome V, 1840-1843 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2004. – 244 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-092-1.
    • Mémoires. Tome VI, 1844-1853 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2004. – 220 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-109-X.
    • Mémoires. Tome VII, 1854-1862 (texte établi par Clémence Muller). – Clermont-Ferrand : Paleo, coll. « Sources de l'histoire de France », 2004. – 203 p., 21 cm. – ISBN 2-84909-112-X.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Micheline Dupuy, La Duchesse de Dino, égérie de Talleyrand, princesse de Courlande, Perrin 2002
  • Françoise Kermina, Les Dames de Courlande. Égéries russes au XIXe siècle, Paris, Perrin, 394 pages, 2013

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Chronique de 1831 à 1862", Plon 1909, pp. 108-109)
  2. Boni de Castellane, souvenir de la duchesse de Dino, Mémoires, Perrin, 1986, p. 21
  3. née Greffulhe, épouse du maréchal de Castellane
  4. Anne-Marie Meininger, L'Année balzacienne, 1962, citée par Samuel Sylvestre de Sacy dans : Les Secrets de la princesse de Cadignan, notice et notes, Paris, Gallimard, coll. Folio classique, 2003, p. 352 (ISBN 2070372502)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]