André Beucler

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Jules Beucler, dit André Beucler, né à Saint-Pétersbourg le 23 février 1898 et mort à Nice le 26 février 1985[1], est un écrivain français.

Une saga franco-russe[modifier | modifier le code]

Sur un très petit territoire, le pays de Montbéliard, des liens puissants se sont établis avec la Russie, son histoire et sa culture. Le grand-duc Paul Petrovitch, fils de Catherine II, marié à 19 ans, veuf sans enfants à 21, était venu chercher une nouvelle épouse, la princesse Sophie-Dorothée de Wurtemberg-Montbéliard. Sophie prit en Russie le nouveau nom de Maria Féodorovna, et devint tsarine le 1er novembre 1796. Elle donna à Paul Ier cinq filles et quatre garçons, dont les futurs tsars Alexandre Ier et Nicolas Ier. Ainsi s'explique un mouvement considérable d'échanges entretenu par un va-et-vient incessant de dames de compagnies, de précepteurs, d'aides de camp, de courtisans et de serviteurs.

Jules Beucler, de vieille souche montbéliardaise, avait été envoyé en Russie par le Quai d'Orsay comme professeur de français à l'École militaire des Cadets de Saint-Petersbourg. Il y épousa la fille du général Souvorov, et c'est là, le 23 février 1898, que vint au monde André Beucler. Son père le fit aussitôt inscrire à l'Ambassade de France, mais en même temps, par télégramme, sur les registres de la commune de Bondeval (département du Doubs), en France, où il décida de faire construire une maison familiale.

Une vie et une œuvre flamboyantes[modifier | modifier le code]

André Beucler épousa deux fois (1928-1945) la même femme, la très belle Natacha, née à Petrograd en 1907, demi-russe comme lui, mais rencontrée en France à Paris en 1927. Natacha fascinera le tout-Paris par sa beauté et deviendra la muse des peintres et des couturiers. André et Natacha se retrouveront pour la troisième fois en 1969 et termineront leur vie ensemble. Natacha ne lui survivra qu'un an. Elle a eu deux fils : Serge et Roland.

Même si sa vie fut aussi romanesque que celle des héros de ses romans, André Beucler n'écrivait rien d'autobiographique. Il plaçait ses personnages dans des lieux qu'il avait longuement observés et les faisait côtoyer des « figurants » réels. Son écriture, qui ancre la fiction dans un environnement réel, transforme par des correspondances insolites et généreuses un simple orage en spectacle féerique. Il ajoute ainsi au charme du récit un témoignage sur les paysages, l'ambiance des rues, des gares, des bistrots, et porte sur les hommes et l'évolution de la société du XXe siècle un regard juste, précis, touchant et parfois troublé.

Biographie[modifier | modifier le code]

André Beucler a été romancier, journaliste, scénariste, producteur de radio, essayiste, traducteur et parfois historien, critique d'art. Il a tenté de rendre la poésie accessible à tous. Le « Bureau de poésie », créé à l'initiative de Paul Gilson, permettait à des poètes jeunes, inconnus, débutants, d'envoyer des textes qui étaient lus à la Radiodiffusion française par des artistes connus. Durant 20 ans, cette émission reçut quelques milliers d'œuvres.

L'écriture d'André Beucler s'est aussi révélée dans la presse de l'entre-deux-guerres. S'il y fait paraître des nouvelles, il aborde également des domaines aussi divers que le cinéma, la nuit et ses excès, la musique, l'art ; mais aussi les hommes marquants de cette période. Il expose ses observations de terrain et ses réflexions politiques sur l'Europe centrale et plus particulièrement la montée du nazisme en Allemagne.

Il revient régulièrement dans la maison de ses rêves, à Bondeval (Doubs), pour écrire. Directeur de l'équipe française de la Universum Film Aktien Gesellshaft (UFA), à Berlin, qui veut créer un cinéma européen, chargé de mission dans le cabinet de Jean Giraudoux au commissariat à l'information avant guerre, il devient résistant pendant l'Occupation. Grand voyageur dès son enfance et avec ses parents, il connaît comme peu de personnes l'Europe centrale.

Plaque commémorative au no 24 de l'avenue Matignon à Paris où habita André Beucler

André Beucler fut l'ami privilégié et, bien souvent le compagnon de route pour toute une vie de nombreuses figures des arts et lettres. Il en a évoqué certaines en quatre volumes de portraits et souvenirs : Marcel Achard, Marcel Aymé, Mireille Balin, Emmanuel Berl, Pierre Bonnard, Pierre Bost, Emmanuel Bove, Pierre Brasseur, Maria Casarès, André Cayatte, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, René Crevel, Antoine de Saint-Exupéry, Robert Desnos, Pierre Drieu La Rochelle, André Dunoyer de Segonzac, Alfred Fabre-Luce, Léon-Paul Fargue, Jean Gabin, Gaston Gallimard, Jean Giraudoux, Max Jacob, Louis Jouvet, Joseph Kessel, Valery Larbaud, Marie Laurencin, André Malraux, Roger Martin du Gard, Paul Morand, Jean Prévost, Saint-John Perse, Paul Valéry.

Publications[modifier | modifier le code]

De son vivant, l'œuvre éditée d'André Beucler comporte 42 volumes, parmi lesquels 15 romans, 6 essais et 6 recueils de portraits et souvenirs, sans compter une cinquantaine de contes et nouvelles parus dans la presse.

  • 1925 : La Ville anonyme (drame social), Entrée du Désordre, Un suicide, Jacquot et l'Oncle de Marseille.
  • 1926 : Gueule d'Amour (une femme énigmatique à travers le regard de trois hommes, dont Gueule d'Amour). Ce roman a été adapté au cinéma en 1937 par Jean Grémillon avec Jean Gabin dans le rôle principal.
  • 1927 : Le Pays neuf (le hasard fait de Monsieur Visse un millionnaire qui ne veut pas être un riche comme les autres), La Belle de Banlieue, L'Amour automatique, Un nouvel Amour, Le Carnet de rêves.
  • 1928 : Le Mauvais Sort (Philippe Bohême n'a qu'un désir : dire à chaque instant ce qu'il sent. Une étroite parenté unit le Prince Muichkine de Dostoïevski et Oblomov de Gontcharov avec les héros de Beucler.), La Vallée du Doubs, Paysages et villes russes.
  • 1930...1945 : À droite par quatre, Mon chat, La vie d'Ivan le Terrible, Caucase, La belle de Banlieue, La Fleur qui chante, La Bête de Joie, Composite, Noir et vert.
  • 1947…1954 : 29 bis troisième étage, Dimanche avec Léon-Paul Fargue, Les instants de Giraudoux, Vingt ans avec Léon-Paul Fargue, Portrait de D.Galanis, Le carnet de vengeance.
  • 1956 …1982 : Charmante, Trois Oiseaux, Ténébrus, et enfin ses deux volumes de souvenirs : De Saint-Pétersbourg à Saint-Germain-des-Prés (1980) et Plaisirs de mémoire (1982).

André Beucler a laissé aussi une œuvre poétique, des essais (La vie de Ivan le Terrible), des portraits ( Les instants de Giraudoux, Vingt ans avec Léon-Paul Fargue), des traductions (Dostoïewski par sa femme).

Correspondance
  • André Beucler et Léon-Paul Fargue, Correspondance 1927-1945 (éd. Bruno Curatolo), Presses universitaires de Paris Ouest, 2014

Prix et honneurs[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les gens du cinéma