Femme peintre

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Judith Leyster (1609-1660).

Une femme peintre est une artiste qui pratique la peinture. Identifiées dès l'Antiquité, des femmes pratiquèrent la peinture à toutes les époques, mais furent plus ou moins marginalisées selon les périodes.

Dans les années 1970, la recherche universitaire entame une remise en perspective de la contribution des femmes dans l'art et dans la peinture[1].

Antiquité[modifier | modifier le code]

« Pinxere et mulieres » (Les femmes aussi ont peint) remarque Pline l'Ancien[2]. Les anciens attribuent la première idée de la peinture à une femme : la fille du potier Dibutades aurait dessiné sur un mur le profil de son amant en suivant l'ombre projetée par la lumière d'une torche[2]. Cette scène a été beaucoup représentée du Moyen Âge au XVIIIe siècle[3].

Pline cite aussi les noms de Timarète, fille du peintre Micon, à laquelle il attribue une Diane conservée à Éphèse, Irène, fille du peintre Cratinus, Aristarète, fille et élève de Néarque, et Lala de Cysique, active à Rome, célèbre pour ses portraits de femme. Selon Pline, ses œuvres se vendaient beaucoup plus cher que celles de ses collègues masculins[2]. Il cite également « une certaine Olympias » qui aurait eu des élèves[2].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

On trouve la trace de femmes peintres à partir du Moyen Âge où leur présence dans les ateliers d’enluminure est attestée, telle cette Jeanne de Montbaston, épouse d’un copiste parisien au XIVe siècle, Richard de Montbaston.

Renaissance[modifier | modifier le code]

Pendant la Renaissance, de nombreux peintres enseigneront leur art à leurs filles qui seront des assistantes parfois très précieuses mais ne pourront accéder à un statut de maître, les règlements des corporations et en général la structure de la société n'autorisant pas aux femmes à diriger un atelier. Véronèse, comme le Tintoret, ont eu des filles talentueuses, mais il ne sera jamais possible de savoir ce qui est de leur main dans les peintures attribuées à leurs pères respectifs. La reconnaissance, plus encore que l’accession au métier de peintre, fut longtemps refusée aux femmes. Il existe cependant des exceptions notables : Levina Teerlinc (1520-1576) fut une miniaturiste appréciée des monarques Tudor; à la fin de la Renaissance, la gênoise Sofonisba Anguissola devint peintre officiel de la cour d’Espagne.

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Artemisia Gentileschi (1593-1652).

Au début du XVIIe siècle en Italie, Artemisia Gentileschi, fille du peintre Orazio Gentileschi chez qui elle commence son apprentissage, fut une grande artiste, vivant de son travail de peintre. Son histoire est cependant marquée par les limites imposées aux femmes à l'époque. L'enseignement artistique de l'Académie de Saint-Luc de Rome était fermé au femmes. Son père la confia à son collègue Tassi qui la viola. Malgré ce malheur, les commanditaires reconnaissent sa capacité de peintre, et sa carrière, dans le courant caravagesque, se déroule à Rome, Naples, Florence, Venise et en Angleterre. Ces artistes ne signent pas leurs ouvrages, le « caravagisme » populaire et réaliste sera méprisé par les théoriciens de l'art, qui d'ailleurs se concentre sur les grands hommes : Artemisia n'intéressera à nouveau qu'au XXe siècle.

En France, Catherine Girardon fut la première femme admise à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, 15 ans après sa création. Élisabeth-Sophie Chéron le sera à son tour en 1672 en tant que portraitiste. L'Académie reçut plusieurs dizaines de femmes au cours de son siècle et demi d'existence ; elle n'en admit pourtant aucune comme peintre d'histoire, genre supérieur qui seul donnait accès au titre de professeur.

L'Académie cantonne généralement les femmes à des genres limités : le foyer, les enfants, l’intimité familiale, les fleurs, et plus rarement, le portrait. Si elles sortent de ces genres qui leur sont assignés, le public s’attache davantage aux scandales réels ou imaginaires de leur vie privée, où aux intrigues politiques et religieuses qui entourent leur carrière.

Rosalba Carriera, peintre italienne, lança la mode du pastel lors de son passage à Paris en 1720.

À la fin de l'Ancien Régime, Élisabeth Vigée-Lebrun, célèbre portraitiste de l'aristocratie française souffrit, à un degré moindre, d’une réputation imméritée de femme facile à qui l’on prêtait tous les amants possibles alors qu’elle devait fréquemment refuser les commandes de portraits que lui faisaient les galants dans le seul but de la rencontrer[réf. nécessaire]}. La révolution française affecta fortement sa carrière. Elle émigra et revint en France à la suite de sa clientèle ; dans ses mémoires publiées en 1835, elle interprétera les évènements comme « Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées ».

On citera encore Marie-Guillemine Benoist, élève de Vigée-Lebrun, dont le tableau Portrait d’une négresse, réalisé à la fin de la Révolution, fut considéré comme un manifeste de l’émancipation des femmes et des esclaves[réf. nécessaire]. Elle dut abandonner sa carrière lorsque son mari obtint un poste de ministre sous la Restauration. À la même époque, Anne Vallayer-Coster connut le succès, mais son art est maintenant oublié.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La plupart des restrictions imposées aux femmes perdurent au XIXe siècle. En France, l’Académie des beaux-arts leur est interdite, de même qu’il leur faut une dispense pour passer un baccalauréat ou entrer dans une université. La femme est cantonée au rôle de modèle et d'allégorie ou d'épouse et de mère d'artiste.

Rosa Bonheur dans son atelier, d'après George-Achille Fould 1893.

Rosa Bonheur (1822-1899), fille du peintre bordelais Raymond Bonheur, manifeste tôt des dons pour la peinture, dont elle se sert, avec son père, pour nourrir ses frères et sœurs quand la famille se trouve en difficulté à Paris après la mort de sa mère. Adolescente, elle parcourt la campagne et dessine les animaux. La peinture animalière devient sa spécialité. Elle évite ainsi la compétition avec les hommes au Salon et pour les commandes officielles ; mais elle en reçoit cependant, du Museum d'histoire naturelle. Sa clientèle est internationale. « on peut la traiter en homme. La peinture n'est pas pour elle une variété de broderie au petit point » écrit d'elle Théophile Gautier en 1855[4]. Rosa Bonheur, proposée pour la Légion d'honneur dès 1853 après le succès de son Marché aux chevaux, sera la première femme artiste à être nommée Chevalier en 1865 et la première femme nommée Grand-Croix de la Légion d'honneur (1894).

Berthe Morisot (1841-1895).

Berthe Morisot (1841-1895) est une des rares femmes impressionistes du 19e siècle. Elle participa en 1874 à la première exposition impressionniste et exposa ensuite régulièrement avec ce groupe. D’abord influencée par Edouard Manet, pour qui elle pose, qu'elle intéresse à la peinture de plein air et dont elle épouse le frère Eugène, elle trouve ensuite une thématique personnelle, tranquille et intimiste, dans un style caractérisé par une touche large et des formes vagues évoluant vers plus de modelé après 1889 sans doute sous l'influence de Renoir[5].



Mary Cassatt autoportrait.

Mary Cassatt est l’amie de Degas. Comme lui, elle a un dessin précis et assuré, mais ne partage ni les thèmes ni le manque de tendresse de Degas envers ses sujets. Cassatt raconte qu’une fois, pour faire plaisir à l’« impressionniste de salon » (comme l’a appelé Cézanne), elle avait fait le portrait d’une jeune fille à l’air particulièrement stupide. Comme elle l’avait prévu, ce portrait enchanta Degas qui, bien qu’ayant surtout compté des femmes parmi ses amis proches, était paradoxalement très misogyne. L’histoire de l’art ne retient Mary Cassatt que comme une personnalité périphérique au groupe impressionniste, pourtant, elle appartient à la génération qui succède à l’impressionnisme, contemporaine de Toulouse-Lautrec, Gauguin ou Vuillard.

Marie Bracquemond sur la terrasse de la villa Brancas.

Marie Bracquemond épouse de Félix Bracquemond, graveur, voit son talent reconnu par des critiques important de l'époque (Gustave Geffroy, Philippe Burty et par des peintres comme Edgar Degas, Alfred Sisley, Édouard Manet, mais il est bien difficile d'accéder à son œuvre que l'on ne montre que dans de rares exposition de femme-peintres, la plupart de ses œuvres étant la propriété de collectionneur privés. Les musées de l'époque n'ayant pas eu le flair d'en acheter une partie, à l'exception du Petit Palais de Paris et du Musée du Petit Palais de Genève[6]

Marie-Louise Petiet, élève d'Hector Leroux et de Jean-Jacques Henner, excelle dans l'art du Portrait et les scènes de la vie provinciale de son Aude natale. Elle est pourtant fille, nièce, sœur, femme de peintres, son mari n'était pas moins que ministre des beaux-Arts, et malgré sa courte vie (39 ans), elle a su marquer son époque par de grandes œuvres dont Les Blanchisseuses est sans aucun doute l'aboutissement de son art. Une grande majorité de ses tableaux sont exposée à Limoux dans le musée Petiet qui porte son nom.

Jeanne Baudot est une artiste peintre et unique élève d'Auguste Renoir. Elle expose notamment au Salon des Indépendants en 1906, au Salon d'automne ainsi qu'aux Tuileries. Son œuvre de peintre est consacrée essentiellement au portrait, au paysage ou à la nature morte.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Il faut attendre le XXe siècle, et même la seconde moitié de ce siècle, pour voir les femmes se dédier à la peinture en abordant tous les sujets sans que cela fasse scandale. Il faut citer Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Maria Elena Vieira da Silva, Frida Kahlo, Tamara de Lempickaetc.

Les femmes peintres restent cependant encore parfois dévalorisées. On les voit comme l'épouse de, la mère de, la sœur de, la maîtresse de, etc., avant d’être considérées comme artistes. Ainsi, Suzanne Valadon est d’abord la mère d’Utrillo ; on ne s’intéresse qu’en second lieu à ses œuvres[réf. nécessaire]. Sonia Delaunay est d’abord l’épouse de Robert Delaunay[réf. nécessaire]. De même on parle des frères Duchamp en oubliant leur sœur Suzanne qui a pourtant influencé son mari Jean-Joseph Crotti.

Les femmes ne sont admises à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris qu'à partir de 1897, et avec de nombreuses restrictions : elles n'ont droit qu'aux modèles vêtus et passent des concours différents des hommes. Ce n'est qu'en 1900 que les Beaux-Arts de Paris acceptent les élèves féminines sans restrictions.

Les premières femmes lauréates du prix de Rome de peinture furent Odette Pauvert en 1925, Jeanne Leroux en 1927, Irène Kalebdjian en 1930, et Alice Richter qui obtint deux prix de Rome : en 1933 et en 1939.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Depuis le dernier quart du XXe siècle, la différence hommes-femmes tend à se réduire dans le milieu de la peinture, au moins d'un point de vue numérique[réf. nécessaire]. Portée, en France, par les représentantes d'une nouvelle génération d'artistes que sont Lydie Arickx ou Valérie Favre, la femme peintre a acquis sa reconnaissance, même si cela passe parfois par une catégorisation qui peut aussi être une forme de ghetto. En témoignent, par exemple, les dossiers que leur consacrent les revues[7] d'art.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment l'essai de l'historienne d'art Linda Nochlin, paru dans Artnews, qui pose la question : « Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'artistes majeurs chez les femmes ? » [puisque l'histoire de l'art a été écrite par des hommes.]
  2. a, b, c et d Histoire Naturelle, livre XXXV. Un paragraphe est consacré aux femmes.
  3. Notamment par Jean-Baptiste Regnault, au Salon des Nobles du Château de Versailles, par Robert Tournières, Jean-Louis Ducis, Joseph-Benoît Suvée. Voir Nadeije Laneyrie-Dagen, L'invention du corps : la représentation de l'homme du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, Paris, Flammarion,‎ 2006, p. 9-11
  4. Les beaux-Arts en Europe, 1855, p. 120
  5. « Morisot (Berthe) », Petit Robert 2, ed. 1991.
    impressionisme.wikibi.com
  6. Sophie Monneret, L'Impressionnisme et son époque, Robert Laffont, 1987, tome 1, p. 77.
  7. Voir le hors-série n° 5 (sept. 2006) de Azart, « Femmes peintres d'aujourd'hui » qui, outre Lydie Arickx et Valérie Favre, présente également Dominique Albertelli, Marie-Laurence de Chauvigny de Blot, Claude Como, Hélène Daumain, Hélène Delprat, Marlène Dumas, Alexandra Duprez, Natacha Ivanova, Christine Jean, Natalie Lamotte, Sandra Martagex, Malgorzata Paszko, Emmanuelle Renard, Muriel Rodolosse, Yoo Hye-Sook.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]