Charles-Louis Philippe

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Charles-Louis Philippe

Description de l'image  Charles-Louis Philippe.jpg.
Activités romancier, poète
Naissance
Cérilly,France
Décès (à 35 ans)
Paris, France
Langue d'écriture française
Genres roman, poésie

Charles-Louis Philippe, né le à Cérilly (Allier) et mort le à Paris, est un poète et romancier français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un sabotier, issu d'un milieu très pauvre, Charles-Louis Philippe a pu suivre des études grâce à une bourse. Il est toujours resté solidaire des humbles. Par exemple, dans sa lettre pour remercier Maurice Barrès de son aide décisive dans l'obtention d'un poste auprès de la préfecture de la Seine, de « piqueur au service extérieur des Concessions[1] » — charge de surveillance du respect concessionnaire de l'emprise des terrasses des cafés sur les trottoirs —, dans un arrondissement de Paris, Charles-Louis Philippe lui déclare sans ambages : « Ma grand-mère était mendiante, mon père, qui était un enfant plein d’orgueil, a mendié lorsqu’il était trop jeune pour gagner son pain. J’appartiens à une génération qui n’est pas encore passé par les livres. [...] Il faut que je vous rappelle qu’il est en moi des vérités plus impérieuses que celles que vous appelez « les vérités françaises ». Vous séparez les nationalités, c’est ainsi que vous différenciez le monde, moi je sépare les classes. [...] Nous avons été murés comme des pauvres et, parfois, lorsque la Vie entrait chez nous, elle portait un bâton. Nous n’avons eu comme ressource que de nous aimer les uns les autres. C’est pourquoi j’écris toujours plus tendre que ma tête ne le commande. Je crois être en France le premier d’une race de pauvres qui soit allée dans les lettres. »

Après son baccalauréat, Charles-Louis Philippe prépare sans succès les concours d'entrée à l'École polytechnique et à l'École centrale, puis monte à Paris et entre dans l’administration du département de la Seine. Désormais à l'abri du besoin, il mène à Paris une vie modeste, dans son petit appartement de l'île Saint-Louis.

Il publie quelques textes dans La revue blanche, et écrit des poèmes en prose qu'il publie dans la revue L'enclos, mais abandonne vite la poésie pour la fiction et publie à compte d’auteur Quatre histoires de pauvre amour (1897), puis La Bonne Madeleine et la Pauvre Marie (1898) et La Mère et l’enfant (1900). Une aventure avec une jeune prostituée lui donne l’idée d’un roman du trottoir parisien : ce sera Bubu de Montparnasse (1901), qui est très bien reçu. Suivent Le Père Perdrix (1902, pressenti par Octave Mirbeau pour le premier Prix Goncourt, mais paru trop tôt pour pouvoir concourir ; puis Marie Donadieu (1904), qui a peu de succès, et Croquignole (1906), tableau de la vie morose d'un petit employé, qui n'obtient pas le Prix Goncourt, malgré le soutien de Mirbeau. Philippe fait partie du « groupe de Carnetin » — du nom d'une maison louée en commun, près de Lagny, sur la Marne — avec Francis Jourdain, Marguerite Audoux, Léon Werth et Léon-Paul Fargue. Il est aussi lié d'amitié avec André Gide et Valery Larbaud. Il meurt prématurément le 21 décembre 1909, d'une typhoïde compliquée d'une méningite.

Activité éditoriale[modifier | modifier le code]

Charles-Louis Philippe après les années de Carnetin fonde avec quelques amis La Nouvelle Revue Française (à l'origine de la NRF).

Charles-Louis Philippe est actif et influent dans la discussion littéraire de son temps, non pas dans les chapelles, mais à travers le réseau de ses rencontres électives et de ceux qui le recherchent à cause de ses œuvres contrastées, comme le dira plus tard par exemple Léon-Paul Fargue, en quête de celui qui a pu écrire à la fois La mère et l'enfant et Bubu de Montparnasse (s'agissant de prostitution et de syphilis) ; et ses idées édifiées par son œuvre manifeste ont un impact critique, non seulement dans le cadre des échanges du groupe de Carnetin, mais encore dans le cadre national et international au-delà (le groupe rend la maison de Carnetin au début de 1908). D'abord il appartient au réseau connu au-delà des frontières des auteurs qui ont publié dans la revue d'« art social » L'enclos, qui portera ses ouvrages personnels après qu'il a publié dans son premier élan parmi ce groupe dans la revue Stella, autour de Louis Lumet, en Belgique, ensuite il est à l'origine de la création de La Nouvelle Revue française, théoriquement et pratiquement (lire l'article dans La République des Lettres).

Au début de l'année 1908 il anime un mouvement avec les écrivains Henri Ghéon (1875-1944), Eugène Montfort (1857-1940), André Ruyters (1876-1950) et Michel Arnauld (pseudonyme de Marcel Drouin, beau-frère d'André Gide, 1870-1943), qui décide de créer une revue littéraire spécialisée intitulée La Nouvelle Revue Française et d'en proposer la direction à Eugène Montfort ; celui-ci allie quelques auteurs de son propre réseau et en tant qu'éditeur porte le no 1 [1] ; André Gide participe solidairement par un article. Mais à l'issue du bouclage Philippe et ses amis s'unissant avec Gide s'opposent à Montfort sur les engagements éditoriaux de l'opus, notamment à propos d'une critique sur Mallarmé — auteur qu'ils défendent même s'ils combattent l'idéalisme — et d'un article en tendance d'éloge sur Gabriele D'Annunzio, qu'ils désapprouvent. Cet opus ne sera jamais distribué bien qu'il reste accessible dans la collection de la revue, redoublé par le no 1 de 1909 (quant à lui distribué comme l'opus inaugural, celui de la création des éditions de la NRF). Ultérieurement ils n'admettront pas davantage les décadentistes Décadentisme a fortiori ceux engagés dans le mouvement d'une renaissance culturelle des nations européennes, ou sensibles à ces avant-gardes idéologiques ; ils se situent contre la réaction 'historiciste' qui réintègre les nationalismes en les déplaçant vers une conception impérialiste de l'Europe, sous la nouvelle idéologie de la culture pan-européenne para-révolutionnaire qui se développe alors. Sinon discuter de cela dans leurs pages, dont l'objet formel ne peut inclure le discours politique, contrairement à La Revue Blanche (achevée en 1903), ils veulent du moins que leurs actes d'écrivains en mouvement de revue s'en démarquent radicalement (la visée stylistique constituant la base d'un consensus minimal).

Quant aux engagements stylistiques, ils concernent une critique du naturalisme et du symbolisme qu'ils veulent dépasser ou exclure. Étant en quête de renouvellement littéraire, ils ne veulent pas reproduire les revues du passé ni sur le fond littéraire ni dans le champ éditorial. Le groupe se sépare de Montfort sans délai et André Gide prend sur lui que les instigateurs de l'idée éditent par eux-mêmes la revue ; ils créent l'association "Les éditions de La Nouvelle Revue Française" (NRF) pour publier le vrai-faux no 1, avec une ligne éditoriale clairement distincte de la précédente, qui paraît le 1er février 1909. Migration et refondation de la Revue dont Charles-Louis Philippe est membre du comité de rédaction fondateur et le demeure jusqu'à sa mort.

Gide est le médiateur des éditions de la NRF auprès de Gaston Gallimard qui les soutient et en deviendra le directeur en 1911 (à la demande des fondateurs encore vivants), en même temps qu'il demandera à l'écrivain de lancer La Collection Blanche dont on peut considérer qu'elle est l'émergence de la Revue au départ des éditions Gallimard, qui naîtront en 1919. Mais pendant les années de guerre Gallimard (de surcroît irrité par le manque de discernement de Gide à propos de Proust) déserte la revue. Après l'armistice elle sera relancée magistralement par Jacques Rivière qui en avait été le secrétaire de rédaction en 1911, et auquel Gallimard créant d'autre part la société des éditions de la Librairie Gallimard, confiera l'autonomie directoriale de la NRF.

Romans[modifier | modifier le code]

  • Quatre histoires de pauvre amour (1897).
  • La Bonne Madeleine et la Pauvre Marie (1898).
  • La Mère et l’enfant, récit de son enfance (1900). Texte en ligne
  • Bubu de Montparnasse (1901). Texte en ligne
  • Le Père Perdrix (1902).
  • Marie Donadieu (1904). Texte en ligne
  • Croquignole (1906).
  • Dans la petite ville (1910). Texte en ligne
  • Lettres de jeunesse (1911).
  • Charles Blanchard (1913).
  • Les Contes du Matin (1916).
  • Chroniques du Canard Sauvage (1923).
  • Œuvres complètes, 5 volumes, avec une étude de David Roe, Ipomée, Moulins, 1986.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • David Roe (éd.), Charles-Louis Philippe romancier, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires de Clermont-Ferrand, Coll. Littératures, 2012, 230 p. (ISBN 978-2-84516-516-8)
  • Bruno Vercier, La mauvaise fortune : Charles-Louis Philippe, Gallimard, coll. L'un et l'autre (2011)
  • Claude Herzfeld, Charles-Louis Philippe, Entre Nietzsche & Dostoïevski, coll. Espaces littéraires, Littérature, éd. L’Harmattan, Paris (juin 2009).
  • Simone Raynaud, Charles-Louis Philippe - Le regard pénétrant du cœur (1996).
  • Pierre Couderc (éd.), Rencontre autour de Charles-Louis Philippe (1992).
  • René Barjavel, La faim du tigre, éd. Denoël, Paris, (1960) ; essai métaphysique au titre éponyme de l'épigraphe de Charles-Louis Philippe, extrait de Bubu de Montparnasse : « La faim du tigre est comme la faim de l’agneau. »
  • Émile Guillaumin, Mon compatriote Charles-Louis Philippe (1942).
  • Jean Giraudoux, « Charles-Louis Philippe », in Littérature, (1941).
  • T.S. Eliot, Preface, dans Bubu of Montparnasse traduit en anglais par Laurence Vail, Crosby Continental Éditions, Paris, 1932.
  • Henri Bachelin, Charles-Louis Philippe, sa vie, son œuvre (1929).
  • Georg Lukács, philosophe et théoricien matérialiste entre autres du roman, de la critique, et de l'essai sur l'art, s'est particulièrement intéressé à Charles-Louis Philippe à propos du réalisme épique moderne, dans L'âme et les formes (1910), où il considère le rôle de l'essai critique et sa relation aux grandes esthétiques, en explorant un corpus des œuvres de philosophes et d'auteurs tels Platon, Novalis, Kierkegaard, Olsen, Storm, Stefan George, Charles-Louis Philippe, Beer-Hofman, Lawrence Sterne, Paul Ernst ; l'ouvrage est traduit de l'allemand, annoté et présenté en postface par Guy Haarscher (coll. Bibliothèque de philosophie, Gallimard, 1974, Paris). Claude-Edmonde Magny dans sa préface d'un essai plus récent du philosophe Le roman historique (1937), traduit de l’allemand par Robert Sailley, (coll. Petite bibliothèque Payot no 338, éd. Payot & Rivages, Paris, 2000), signale p. 7 sans la situer cette « longue et belle étude » sur Charles-Louis Philippe. Lukács lui-même dans le texte de La Théorie du roman (1920), au chapitre II, cite un détail de sa propre étude de Charles-Louis Philippe : « une fois, parlant de Charles-Louis Philippe, j'ai nommé cette forme "Chantefable" » (ouvrage traduit de l'allemand par Lucien Goldmann, coll. Tel, Gallimard, 1989, Paris).
  • La Nouvelle Revue française, no 14 du 15 février 1910 (éd. NRF), est consacrée à Charles-Louis Philippe : hommages, témoignages, critiques, et re-publication intégrale sous le titre Les Charles Blanchard de l'autofiction inachevée Charles Blanchard, publiée en deux parties dans les numéros 12 (du 1er janvier) et 13 (du 1er février), la même année. (Source Gallimard, bibliothèque de la Librairie immatérielle sur Internet ; référence de la documentation : voir l'icône de la Première de couverture, index de l'opus 14 [2]).

Autres publications :

  • L'Association Internationale des Amis de Charles-Louis Philippe publie depuis sa date de création, en 1936, le Bulletin des amis de Charles-Louis Philippe. Le rédacteur en chef, David Roe, University of Leeds (UK), est également secrétaire de l'association.
  • À propos du groupe de Carnetin : la contribution de David Roe intitulée Charles-Louis Philippe et le groupe de Carnetin lors du colloque international de Bourges à l'occasion du centenaire de la naissance d'Alain Fournier (2006) a été publiée avec les actes par le Bulletin des amis de Jacques Rivière et de Alain Fournier, no 117 (2007) - AJRAF, Bordeaux.

Articles sur Internet :

  • Aliette G. Certhoux, Actualité de Charles-Louis Philippe et de Marguerite Audoux [3], préface de la re-publication, dans La Revue des ressources, de la nouvelle L'enfant malade, parue en 1900 dans la revue Mercure de France, et du témoignage de Marguerite Audoux, Souvenirs, paru dans l'opus 14 de La Nouvelle Revue française, en 1910 ; célébration du centenaire de la disparition de Charles-Louis Philippe le 21-12-1909 et de l'hommage de Marguerite Audoux au défunt la même année qu'elle se verra attribuer le prix Fémina-Vie Heureuse pour son roman Marie-Claire — qui sera traduit en neuf langues ; (citations à l'occasion du centenaire de la journée internationale des droits de la femme le 8 mars 2010).

Musée et Fonds patrimoniaux[modifier | modifier le code]

  • Le musée Charles-Louis Philippe, musée de France, est à Cérilly, dans sa maison natale. Il comprend du mobilier, des objets, divers documents, et une librairie : [4].
  • Le siège de l'Association Internationale des Amis de Charles-Louis Philippe, sous la loi de 1901, est à La Tour, 03350 Cérilly (contact par téléphone ou à l'adresse de l'association : [5].
  • Le fonds patrimonial Charles-Louis Philippe de la Médiathèque Valery-Larbaud à Vichy regroupe des manuscrits et une correspondance (plus de 500 lettres), des éditions originales, des périodiques littéraires, des photographies, etc. [6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nomenclature administrative de la charge précisément citée par Thierry Gillybœuf dans sa préface de l'ouvrage de Charles-Louis Philippe, Charles Blanchard (coll. Souvenance), éd. La part commune, 1998.