Henri Gisquet

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Henri Joseph Gisquet est un banquier, industriel, haut fonctionnaire et homme politique français né à Vezin (ancienne Moselle, actuelle Meurthe-et-Moselle) le 14 juillet 1792 et mort à Paris le 23 janvier 1866.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'Henry-Joseph Gisquet (1761-1841), propriétaire, rentier et officier des Douanes et de sa première épouse, Marie-Madeleine Felten, Henri Gisquet se destina d'abord à la carrière militaire, mais une blessure reçue à la chasse, et qui nécessita l'amputation de l'avant-bras, le contraignit à rentrer dans la vie civile. Admis, en 1808, comme simple commis dans la maison de banque des frères Perier à Paris, il s'associa en 1818 à une maison de commerce du Havre et revint à Paris l'année suivante comme associé de Casimir Perier. En 1825, avec l'aide de son ancien associé, il fonda une maison de banque sous son seul nom. L'année suivante, une avance de fonds lui permit d'acquérir à Saint-Denis une grande raffinerie de sucre qu'il transforma en une fabrique d'huiles qui resta longtemps sa propriété.

Affilié à l'opposition libérale sous la Restauration et l'un des premiers membres de la société « Aide toi, le ciel t'aidera », il prit une part active aux Trois Glorieuses en 1830 et fut nommé, au mois d'août, membre du conseil général de la Seine.

Au milieu des menaces et des préparatifs de guerre européenne, Gisquet fut chargé par le gouvernement de l'achat de 300 000 fusils et parvint à négocier l'acquisition de 566 000 armes de provenance anglaise. La presse de l'opposition dirigea à ce propos contre le commissionnaire et les ministres de graves accusations. La Tribune, journal républicain, posa cette question : « N'est-il pas vrai que, dans les marchés de fusils et de draps, M. Casimir Perier et le maréchal Soult ont reçu chacun un pot-de-vin qui serait d'un million ? » Un autre journal, La Révolution, répéta la question. Tous deux furent saisis et leurs directeurs traduits devant la cour d'assises. L'instruction établit que Gisquet avait traité l'affaire pour son propre compte, qu'il avait payé très cher des fusils défectueux, et qu'une partie de ces armes, refusées par le maréchal Gérard (ministre de la Guerre jusqu'au 17 novembre 1830), avaient été acceptées par son successeur, le maréchal Soult. Le rédacteur de La Tribune, Armand Marrast, fut condamné le 29 octobre 1831 à 6 mois de prison, 3 000 francs d'amende et 25 francs de dommages-intérêts. L'affaire des « fusils Gisquet » est demeurée comme un des scandales politiques de la monarchie de Juillet.

Décoré de la Légion d'honneur, Gisquet fut nommé préfet de police de Paris par Casimir Perier le 15 octobre 1831 en remplacement de Sébastien Louis Saulnier. Il devait rester à ce poste pendant cinq ans, cette longévité contrastant avec l'instabilité qui avait prévalu depuis la Révolution de Juillet. Il fut vivement attaqué par l'opposition démocratique en raison des mesures politiques exceptionnelles prises par lui ou en son nom et par le zèle répressif dont il fit preuve, notamment à l'occasion des obsèques du général Lamarque et des événements du cloître Saint-Merri.

C'est ainsi qu'après l'insurrection de juin 1832, Gisquet ne craignit pas d'enjoidre, par un arrêté, les médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc. de déclarer dans les vingt-quatre heures à la préfecture de police, les noms des blessés à qui ils avaient donné des soins. Cette mesure souleva une réprobation générale et les intéressés refusèrent de s'exécuter.

Pendant l'épidémie de choléra de 1832, Gisquet eut à veiller à l'hygiène et à la salubrité publiques et fit preuve, dans des circonstances terribles, d'un réel courage personnel. Il augmenta les effectifs des sergents de ville[1] et créa un corps de maîtrise, les brigadiers, recrutés au choix parmi les sergents de ville ou les inspecteurs. Mais alors que des bruits d'empoisonnement circulaient, une de ses proclamations, rédigée de manière imprudente, contribua à les accréditer.

À la fin de 1833, Gisquet se signala à nouveau en prenant un arrêté interdisant aux colporteurs vendeurs de journaux, publications et estampes de crier sur la voie publique des écrits qui n'auraient pas été autorisés par l'administration. Cet arrêté fut invalidé par la justice en première instance, puis en appel, mais le gouvernement réagit en faisant adopter la loi du 16 février 1834 soumettant à autorisation administrative l'activité des crieurs publics (Voir l'article Grandes lois sous la monarchie de Juillet).

Pour donner satisfaction à l'opinion, la première mesure du ministère Molé fut d'écarter Gisquet de la préfecture de police, où il fut remplacé dès le 6 septembre 1836 par Gabriel Delessert. Il fut alors nommé conseiller d'État en service extraordinaire.

Le 4 novembre 1837, Gisquet fut élu député par le 14e collège de la Seine (Saint-Denis)[2]. À la Chambre des députés, il prit une attitude presque hostile au ministère et qui ne laissa pas de causer de sérieuses difficultés au cabinet. Il intervint, par exemple, dans la discussion sur les fonds secrets et en demanda la réduction du chiffre proposé de 4 millions à celui de 2,4 millions, qui n'avait pas été dépassé, affirma-t-il, sous son administration.

À la fin de 1838, de vagues rumeurs accusèrent Gisquet de concussions auxquelles il aurait mêlé sa maîtresse et sa famille. Le Messager, qui s'en fit l'écho, fut poursuivi en diffamation par l'intéressé et condamné au minimum de la peine (500 francs d'amende), après des réquisitions de l'avocat du roi, M. Plougoulm qui, dit le Dictionnaire des parlementaires, « faisaient pressentir les rigueurs du pouvoir contre le plaignant » (28 décembre). En effet, dès le lendemain, celui-ci était privé de ses fonctions au Conseil d'État. Il reprit ses occupations industrielles à Saint-Denis, ne se représenta pas aux élections de 1839, et ne reparut sur la scène politique qu'en 1848, comme délégué de la ville de Saint-Denis auprès du comité central de l'Union électorale.

En 1844, il effectua un voyage en Égypte dont il a donné la relation sous le titre : L'Égypte, les Turcs et les Arabes. Il a publié, en 1840, ses Mémoires (4 vol.). Joyeux chansonnier à ses heures, il s'était fait recevoir membre de la Société du Caveau.

Décorations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Henri Gisquet », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  • Jean Tulard, La police parisienne entre deux révolutions (1830-1848), Paris, CNRS éditions, 2014, pp. 32-36

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il passa de 253 à 600 hommes entre 1832 et 1844
  2. 429 voix sur 685 votants et 882 inscrits contre 233 à M. Benazet