Inquisition médiévale

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L’Inquisition médiévale est un tribunal ecclésiastique d'exception chargé de lutter contre les hérésies au Moyen Âge. Elle est introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231 et avait pour but principal la lutte contre le catharisme, à la suite de quoi son activité décline, concurrencée par les juridictions nationales. En 1542, le pape Paul III remplace l'Inquisition médiévale par la Sacrée congrégation de l'Inquisition romaine et universelle[1].

D'autres formes d'Inquisition sont apparues dans l'Histoire : l'Inquisition espagnole et l'Inquisition romaine. On se reportera à l'article « Inquisition » si l'on souhaite un éclairage plus général.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'Inquisition est inintelligible à des esprits contemporains. Il faut se replacer dans le contexte médiéval pour la comprendre. Au Moyen Âge et surtout dans la période qui va du Xe à la fin du XIIIe siècle, la société est chrétienne. Il est impensable de ne pas l'être. Le concept de liberté religieuse est incompréhensible, autant que le relativisme moral. On est chrétien parce qu'on est convaincu de la vérité du Christianisme. Or, la Vérité est une et indivisible. Donc, par définition, il n'y a pas de place pour d'autres religions ou opinions. C'est dans ce contexte que se développe la lutte contre les hérésies, notamment le catharisme[2].

Historique[modifier | modifier le code]

  • En 1139, le Deuxième concile du Latran prescrit la punition des hérétiques, condamnant les cathares et les béguines.
  • En 1184, la bulle Ad abolendam du pape Lucien III instaure des mesures concrètes pour lutter contre l'hérésie, prévoyant l'établissement d'une inquisition épiscopale décentralisée dans les diocèses[3] et obligeant le pouvoir séculier à collaborer avec l'Église dans la traque des hérétiques[4].
  • En 1198, Innocent III devient pape. Dès 1199, il prend conscience des problèmes posés par le catharisme. Pendant 10 ans, il organise des missions et des débats contradictoires dans le midi de la France (Narbonne/Carcassonne) pour lutter contre l'hérésie [5]. Ces missions sont d'abord confiées aux Cisterciens, ordre monastique chrétien.
  • En 1205, devant les piètres résultats obtenus par les Cisterciens, Diego, évêque d'Osma, et Dominique de Guzman (futur saint Dominique) partent en mission à leur tour et multiplient les débats contradictoires (Montréal, Fanjeaux, Toulouse).
  • En 1208, Pierre de Castelnau, chargé par le pape de lutter contre les Cathares, est assassiné. Les soupçons se portent sur le Comte de Toulouse, Raymond VI, connu pour être conciliant avec les Cathares [6].
  • En 1209, constatant l'impuissance des méthodes pacifiques, le pape prêche la croisade contre les Albigeois. L'intervention militaire commence la même année. L'effort missionnaire n'est pas interrompu.
  • En 1213, Innocent III affirme la nécessité de traquer l'hérésie non sur la base de rumeurs, mais d'une enquête, en latin inquisitio [7]. L'Inquisition se caractérise avant tout par la procédure à laquelle elle recourt : l’inquisitio, par laquelle le juge peut entamer une action d'office, par opposition à l’accusatio, dans laquelle le juge n'instruit un dossier qu'à la suite d'une accusation. Pour autant, l’inquisitio n'est pas réservée à l'hérésie : par exemple, les procès concluant à la nullité des mariages d'Henri VIII d'Angleterre relèvent tous de cette procédure[8]. Pour l'Église, le but premier reste la conversion des égarés. Notons que l'Inquisition n'est pas compétente pour juger les fidèles des autres religions, notamment les Juifs. Elle ne s'adresse qu'aux hérétiques chrétiens[7].
  • En 1216, l'ordre des Dominicains est fondé. Il prend en main la lutte contre l'hérésie cathare [9].
  • En 1229 se termine la croisade contre les Albigeois. Raymond VII et les seigneurs occitans sont battus. Mais le problème cathare n'est pas résolu [6].
  • En 1231, Grégoire IX publie Excommunicamus, acte fondateur de l'Inquisition. Les inquisiteurs seront essentiellement les Dominicains et les Franciscains car ce sont eux qui ont l'expérience des hérésies [10].
  • Dès 1240, l'Inquisition se répand dans toute l'Europe sauf l'Angleterre [11].

L'Inquisition est une institution religieuse parallèle et indépendante de la justice civile. Les inquisiteurs sont des théologiens qui ne dépendent que du pape. Leur mission est ponctuelle. La procédure n'a pas été fixée par Excommunicamus. Elle est variable selon les régions. Cependant, les procès se déroulent selon les grandes lignes suivantes [11].

La Procédure[modifier | modifier le code]

Déroulement d'un procès[modifier | modifier le code]

  • L'inquisiteur commence par une prédication générale [12].
  • L'inquisiteur publie l'édit de foi, qui oblige les fidèles à dénoncer les hérétiques de leur connaissance. Le nom des dénonciateurs est tenu secret pour éviter les représailles. Mais certains inquisiteurs préfèrent procéder à une confrontation contradictoire entre accusé et dénonciateur afin que l'accusé puisse démasquer un dénonciateur qui aurait intérêt à lui nuire. Rappelons qu'en cas de faux témoignage, le dénonciateur risque la peine encourue par l'accusé [13].
  • L’inquisiteur publie l’édit de grâce, qui accorde un délai de 15 à 30 jours aux hérétiques pour se rétracter. Passé ce délai, l’hérétique présumé est justiciable du tribunal inquisitorial.
  • Le procès n’est pas le règne de l’arbitraire. C’est tout le contraire. L’Inquisition est méthodique, formaliste, paperassière et…plus tempérée que la justice civile.
  • L’accusé est en détention préventive ou libre. Il a le droit de produire des témoins à décharge, de récuser ses juges et même de récuser l’Inquisiteur lui-même. Il bénéficie d’un défenseur.
  • Le premier interrogatoire a lieu en présence de prud'hommes, jury local composé de clercs et de laïcs dont l’avis est entendu avant la sentence.
  • Les assesseurs du procès doivent contrôler la véracité des accusations, notamment auprès des dénonciateurs.
  • Si l’accusé est reconnu coupable et maintient ses dénégations, il subit un interrogatoire complet dont le but est de recueillir ses aveux. La condamnation doit être prononcée après un aveu formel ou au vu de preuves irréfutables. En cas de doute, le mot d’ordre de l’Inquisition est qu’il vaut mieux relâcher un coupable que condamner un innocent.
  • On célèbre une messe et on prononce un sermon.
  • Après consultation du jury, la sentence est prononcée. Les acquittés sont libérés et on prononce la peine des coupables. Notons ici que le verdict relève de la délibération d’un jury et non de l’arbitraire d’un seul juge. C’est révolutionnaire à l’époque et c’est bel et bien une création de l’Inquisition [14].

Les Inquisiteurs[modifier | modifier le code]

Conrad de Marbourg, le premier inquisiteur connu, détail d'un vitrail de l'église Sainte-Élisabeth, à Marbourg

L'établissement d'une institution judiciaire est officialisée par la bulle Ille humani generis (20 avril 1233), qui retire aux tribunaux ecclésiastiques la compétence contre les hérétiques lorsqu’un tribunal d'inquisition existe[15].

D'un point de vue canonique, les inquisiteurs sont des commissaires pontificaux, spécialement chargés de lutter contre l'hérésie et censés collaborer avec les évêques. La délégation pontificale rend théoriquement impossible le traditionnel appel au pape, prohibé par Excommunicamus[16]. — au reste, cet appel est traditionnellement dénié dans les cas d'hérésie[17]. Le mandat est d'abord limité au pontificat du pape ayant nommé l'inquisiteur[16]. En 1267, Clément IV le rend perpétuel (mais toujours révocable)[16]. Parallèlement, il existe des commissions temporaires[16].

Cependant, les évêques n'ont pas été dessaisis de leurs prérogatives en matière d'hérésie, non plus que les légats : sur un même territoire, ces différents dispositifs peuvent coexister et donc se recouvrir, entraînant ainsi des querelles de juridiction. Autre conséquence, l'Inquisition se définit par la présence d'un inquisiteur, il est vain de vouloir définir des juridictions bien délimitées géographiquement. On peut seulement relever l'existence de centres inquisitoriaux importants comme dans le sud de la France, Toulouse et Carcassonne. Enfin, il n'existe pas une seule Inquisition, au sens d'une administration cohérente, mais de nombreux tribunaux inquisitoires, distincts et ne coopérant pas les uns avec les autres[18].

En 1232, la nouvelle institution s'étend en Aragon et à partir de 1235, en Italie centrale, puis en Lombardie[15]. En France, elle s'introduit d'abord par le Nord, en avril 1233, avant de pénétrer en Languedoc en 1233-1234 avec l'établissement de deux tribunaux fixes d'Inquisition : l'Inquisition n'a donc pas eu pour but premier la lutte contre les cathares.

L'Inquisition se heurte initialement à la volonté des princes de mener eux-mêmes la lutte contre les hérétiques. Dès le départ, certains avaient tout bonnement refusé son intervention : en Espagne, seul l'Aragon l'avait accepté. En Scandinavie, l'Inquisition est quasiment absente[19]. En Angleterre, la répression contre les Lollards — disciples de John Wyclif — reste l'affaire du roi et du clergé anglais. La République de Venise préfère également régler elle-même le sort de ses hérétiques. En France, en Aragon, dans certaines parties de l'Italie et du Saint-Empire, ainsi que dans les Pays-Bas, au contraire, les princes appuient l'Inquisition dès le début, lui permettant ainsi de travailler efficacement. Au fil du temps, la collaboration entre les deux acteurs se renforce.

La plupart du temps, les inquisiteurs sont choisis dans les nouveaux ordres religieux, dominicain et franciscain. Ceux-ci sont précisément fondés à l'époque, et leur expansion géographique est encore restreinte autour de leur aire d'origine. En Italie, l'Inquisition revient plutôt aux franciscains — François, le fondateur, est d'Assise ; dans le Midi, la répression est confiée au tout nouvel ordre des dominicains : la naissance de l'ordre en terre cathare et l'action de Dominique de Guzmán contre les hérétiques expliquent ce choix[16]. Dominique lui-même, contrairement à une légende que les dominicains eux-mêmes ont contribué à entretenir, n'est pas « le premier inquisiteur » : d'abord, il quitte le Languedoc dès 1216 pour se consacrer à l'institution de son ordre ; ensuite, il meurt dix ans avant l'institution de la fonction. Contrairement aux bénédictins traditionnels de l'époque, ces ordres sont spécialisés dans une fonction — la prédication —, ils ne sont pas soumis au vœu de stabilité locale — pas de clôture — et n'ont pas charge d'âme, c’est-à-dire de responsabilité territoriale. Les dominicains en particulier ont pour vocation de prêcher et bénéficient d'une solide formation intellectuelle : ce sont des théologiens. Les deux ordres sont des « ordres mendiants », qui vivent des quêtes faites aux sermons et non du revenu de leur terre, ce qui leur attire la sympathie populaire : vivant pauvrement, ils sont mieux vus de la population que les riches bénédictins ou chanoines.

Compte tenu de leur compétence théologique, de leur vocation à être près du peuple, et de leur bonne image dans la société médiévale, le pape choisit préférentiellement dans leurs rangs ses représentants pour en faire des juges de l'Inquisition. Pour pouvoir se consacrer pleinement à leur tâche, ils sont fréquemment relevés de certaines des obligations que leur règle leur impose, comme celle de vie conventuelle.

Cependant, des chanoines réguliers sont également employés à l'office d'inquisiteur : ainsi, Conrad de Marbourg est un prémontré[20]. En outre, de 1249 à 1255, ce sont des membres du clergé séculier qui dirigent le tribunal de Toulouse. L'expression « Inquisition monastique » est donc un abus de langage[16].

L'obtention de l'aveu[modifier | modifier le code]

Pour obtenir l’aveu, la contrainte peut être utilisée, soit par la prolongation de l’emprisonnement, soit par la privation de nourriture, soit par la torture. Longtemps, l’Église a été hostile à cette 3e solution. La torture a été condamnée dès la fondation de l’Inquisition par le décret de Gratien (12e siècle). Mais, au 13e siècle, la redécouverte du droit romain entraine le rétablissement de la torture dans la justice civile. En 1252, Innocent IV autorise de même son usage par les tribunaux ecclésiastiques, à condition que la victime ne risque ni la mutilation ni la mort, que l’évêque du lieu ait donné son accord et que les aveux soient renouvelés librement[21]. Elle reste cependant peu pratiquée: moins de 10% des cas [22] alors qu’elle est très utilisée par les tribunaux séculiers. L’Inquisition espagnole l’utilise aussi très peu  : avant 1500, sur 300 procès devant le tribunal inquisitorial de Tolède, on relève 6 cas de torture. De 1480 à 1530, sur 2000 procédures du tribunal inquisitorial de Valence, on dénombre 12 cas de torture.

Le manuel d’inquisition de Nicolas Eymerich (inquisiteur général d’Aragon) dit explicitement qu’il faut réserver la torture aux cas extrêmes et met en doute son utilité : « La question est trompeuse et inefficace ». L’historien américain du 19e siècle Henri-Charles Lea, hostile à l’Inquisition, reconnaît que « dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares »’[23].

Les peines prononcées[modifier | modifier le code]

En réalité, la plupart des condamnations prononcées par l'Inquisition sont religieuses. Réciter des prières, assister à certains offices, jeûner, effectuer des dons aux églises, faire un pèlerinage dans un sanctuaire voisin ou, dans les cas graves, à Rome, St Jacques de Compostelle ou Jérusalem. La peine prononcée peut aller jusqu'à l'emmurement. Cette peine ne correspond pas à la définition actuelle du terme: il s'agit de prison. Il existe le mur étroit, la prison proprement dite, et le mur large, peine comparable à la résidence surveillée actuelle. En cas de deuil, de maladie ou de fête religieuse, les prisonniers obtiennent des permissions qu'ils passent chez eux. Jean Guiraud souligne que « le pouvoir d’atténuer les peines étaient fréquemment exercé »[24]. Dans tous les cas, les peines de prison les plus lourdes n'excèdent pas 3 ans [25].

Il existe plusieurs cas d'inquisiteurs qui ont été révoqués et punis par Rome parce qu'ils appliquent des sentences trop sévères. L'exemple le plus connu est celui de Robert le Bougre. Ce dominicain prononce des peines telles que trois évêques se plaignent de lui au Pape. Suspendu temporairement une première fois en 1233, il récidive et est condamné à la prison à vie en 1241[12].

Quant aux condamnations capitales, elles sont rares [26]. Les cas les plus graves de sorcellerie, sodomie ou hérésie (notamment les relaps, accusation pour laquelle fut condamnée Jeanne d’Arc) sont déférés à la justice temporelle qui se charge alors des peines et de leur exécution car l'Inquisition ne peut pas faire couler le sang.

Les condamnations à mort[modifier | modifier le code]

La recherche historique ne cesse de revoir le nombre de condamnés à mort par l’Inquisition à la baisse [27].

  • À Albi, sur 8000 habitants et une population cathare estimée à 250 croyants, sur la période 1286-1329, 58 personnes seulement subissent des peines afflictives, ce qui ne veut pas dire la mort.
  • À Turin, on répertorie 200 condamnations en un peu plus de 80 ans (de 1312 à 1395), parmi lesquelles : 22 peines capitales, 41 ports de croix et 22 peines médicinales (amende, pèlerinage, etc.)[28]
  • L'analyse des archives de Bernard Gui[29] a montré qu'en seize ans (1307-1323) d'exercice à Toulouse, il a prononcé 501 peines et 243 remises de peine, la plupart du temps pour mettre fin à une détention. Plus précisément, il ordonne 29 sentences capitales, 80 condamnations au bûcher concernant des cadavres exhumés, 13 peines de mur étroit (prison ferme), 231 peines de mur large (assignation à résidence) et 107 peines infamantes. Le plus important bûcher, ordonné le 5 avril 1310, fait 17 victimes[30]. Les condamnations à mort sont au nombre de 42, soit 3 par an sur 15 ans à une période où l’Inquisition est très active.

L'historien Yves Dossat qualifie la peine du feu d'exceptionnelle, et souligne que « les exécutions massives ne sont guère compatibles avec un tel système de répression[30]. »

L'Inquisition et le catharisme[modifier | modifier le code]

Le difficile travail des Inquisiteurs[modifier | modifier le code]

En France, l'Inquisition mit fin à l'hérésie cathare. La population et la noblesse sont globalement favorables à l'Inquisition qui combat l'hérésie jugée comme étant un fléau par la société du Moyen Âge. Les assassinats d'inquisiteurs qui eurent lieu çà et là sont le fait des minorités cathares qui existaient dans le peuple comme dans l'aristocratie. Le massacre le plus célèbre est celui d'Avignonet, aboutissement d'une longue période de contestation de l'Inquisition dans le Midi. Une première crise a lieu à la fin de 1235, quand la population expulse l'inquisiteur dominicain Guillaume Arnaud, puis l'ensemble des dominicains[31]. De retour en 1236, ceux-ci se retrouvent impuissants face au mutisme de la population, à l'inertie des autorités municipales et au manque de soutien du pape occupé par ailleurs[32]. En 1241, les inquisiteurs partent en tournée ; en mai 1242, ils s'installent dans le château d'Avignonet. Le 28 mai 1242, ils y sont assassinés par des chevaliers cathares menés par Pierre-Roger de Mirepoix[33]. Épouvanté par le massacre, le concile de Béziers, tenu en 1243, décide de faire tomber la place forte cathare de Montségur. Lorsque la forteresse se rend en 1244 aux croisés, la volonté de représailles explique la rigueur exceptionnelle de la répression : près de deux cents cathares sont brûlés.

La violence n'est pas l'apanage d'un seul camp. Emmanuel Le Roy Ladurie a montré qu'afin de s'imposer, les Cathares ne reculaient pas devant la terreur : "Pierre Clergue faisait couper la langue d'une ex-camarade. Les Junac, eux, étranglent de leurs blanches mains, ou peu s'en faut, le père de Bernard Marty, suspect de trahison possible à leur égard" [34]. Spécialiste des Cathares, Michel Roquebert convient que l'Église médiévale n'aurait pas pu combattre les Cathares avec d'autres moyens que ceux progressivement mis en œuvre, de la persuasion à l'emploi de la force par le bras séculier [35].

De 1250 à 1257, l'Inquisition parachève son travail dans la région et met fin à l'hérésie cathare: elle remet 21 personnes à la justice civile et en condamne 239 au « mur étroit ». Le dernier éclat de violence a lieu dans la cité-État de Sirmione, en Lombardie, accusée en 1273 de cacher un évêque cathare : deux cents de ses habitants sont envoyés au bûcher par les autorités civiles. Un des derniers bûchers pour hérésie est celui de Pierre Autier, brûlé en 1310. Les derniers croyants, comme le berger Peire Maury de Montaillou, seront mis au « mur étroit » en 1318 par l'évêque inquisiteur cistercien Jacques Fournier, futur pape Benoît XII. À Villerouge-Termenès, Bélibaste, qui se revendique comme un des derniers dignitaires des Églises cathares, est brûlé en 1321. Les derniers bûchers sont attestés en 1328 à Carcassonne.

Beaucoup d'évêques n'apprécient guère son irruption dans un champ qui leur était auparavant réservé : les papes émettent à plusieurs reprises des rappels à l'ordre. Ainsi, en 1279, Nicolas III condamne l'évêque de Padoue, coupable de manque de zèle dans sa coopération avec les inquisiteurs[20]. L'attitude de la papauté elle-même est rien moins que constante : dès 1248, par exemple, Innocent IV tente de rétablir une tutelle sur eux, plaçant ceux de la région d'Agen sous le contrôle de l'évêque du diocèse, en 1248. Outrés de cette atteinte à leur liberté d'action, les juges dominicains se démettent. En outre, des rivalités entre les deux ordres mendiants se font jour : en 1266, à Marseille, les dominicains accusent les inquisiteurs franciscains et produisent des témoins qui s'avèrent être parjures[20]. Le pape doit intervenir pour rétablir l'ordre. Au sein des ordres eux-mêmes, enfin, la vie particulière menée par les religieux inquisiteurs ne satisfait pas toujours les hiérarchies : ainsi, les chapitres provinciaux dominicains tentent de faire respecter à leurs inquisiteurs leur vœu de pauvreté, en leur imposant de se déplacer simplement, à pied[36].

L'Inquisition se heurte également à des oppositions ponctuelles dans la population. Outre les assassinats d'inquisiteurs en terre cathare, il faut mentionner celui de Conrad de Marbourg dès juillet 1233. En Italie, Pierre de Vérone, inquisiteur à Milan, est assassiné le 6 avril 1252. Surnommé « saint Pierre Martyr », il fera l'objet d'une dévotion importante à partir de la Renaissance et deviendra le modèle des inquisiteurs, bien qu'il n'ait occupé ce poste que quelques mois[37], ce qui témoigne bien de l'appui de la société de l'époque à l'institution de l'Inquisition. Sa canonisation très rapide (en moins d'un an) témoigne du soutien apporté alors par Innocent IV et par la société dans son ensemble à ses inquisiteurs. De même, celui-ci déploie des efforts importants pour traquer tous les coupables et adresse au chapitre général de l'ordre une lettre encourageant les dominicains à poursuivre leur tâche et à ne pas craindre le martyre. Ces massacres, ponctuels mais saisissants pour l'opinion publique, témoignent du climat difficile dans lequel l'Inquisition est amenée à travailler [19]. Ils expliquent également la rigueur des premières procédures[19]. Cependant, l'Inquisition n'aurait pu fonctionner sans le consentement global des populations concernées qui souvent, se réjouissent de la punition des hérétiques. Ainsi, les grands bûchers du Midi de la France ne sont pas l'œuvre de l'Inquisition, mais celle des croisés et autres « pèlerins »[38].

La petite phrase[modifier | modifier le code]

"Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens" est une phrase apocryphe attribuée au légat Arnaud Amaury qui l'aurait prononcée en 1209 lors du sac de Béziers. Cette phrase a été trouvée dans le Livre des Miracles écrit plus de cinquante ans après les faits par Césaire de Heisterbach, moine allemand dont Régine Pernoud précise qu'il est "un auteur peu soucieux d'authenticité" [39].

L'Inquisition et la Papauté[modifier | modifier le code]

La papauté est déterminée à donner à l'Inquisition les moyens d'agir efficacement : pour ce faire, elle la libère des tutelles traditionnelles. Elle est conçue comme une institution rattachée directement au pape, et non à la Curie romaine ou aux évêques. Alexandre IV (1254-1261) la soustrait également à la tutelle des légats pontificaux — le privilège sera étendu à tous les inquisiteurs en 1265. Mieux encore, Alexandre IV autorise les juges toulousains à se relever mutuellement de l'excommunication qui pèse sur les clercs répandant le sang, sans besoin de dispense pontificale ; l'autorisation est étendue à tous les inquisiteurs en 1262 par Urbain V[40].

Parallèlement, les prérogatives de l'Inquisition s'élargissent. Outre les cathares et les vaudois, elle est appelée à combattre des éléments de plus en plus divers : l'apostasie de juifs et musulmans convertis ou encore la sorcellerie, laquelle leur est assignée formellement en 1261 par Jean XXII[19]. Mais on appelle aussi hérétiques les schismatiques à l'occasion de la lutte contre Frédéric II ou, au XIVe siècle, du Grand Schisme d'Occident — ou encore ceux qui refusent de payer les dîmes. La frontière se brouille également entre indiscipline et hérésie : Jean XXII appelle l'Inquisition contre les Spirituels, dissidents de l'ordre des franciscains, puis les béguins[19].

La papauté intervient aussi ponctuellement pour assurer un meilleur contrôle de l'activité des inquisiteurs : 12 ans après avoir nommé les premiers inquisiteurs, dès 1248, par exemple, Innocent IV tente de rétablir une tutelle sur eux, plaçant ceux de la région d'Agen sous le contrôle de l'évêque du diocèse, en 1248. Cependant, les inquisiteurs considèrent qu'un tel contrôle va à l'encontre de l'efficacité de leur action. Outrés de cette entrave mise à leur mission, les juges dominicains se démettent.

Après l'apogée de la seconde moitié du XIIIe siècle, l'accumulation des requêtes dénonçant des abus persuade la papauté d'entreprendre une réforme d'ensemble. Clément V confie en 1306 une enquête concernant les inquisiteurs de Carcassonne à deux cardinaux, Béranger Frédol et Pierre Taillefer de La Chapelle[41]. En 1311-1312, à la suite du concile de Vienne, il promulgue les constitutions Multorum querela et Nolentes, qui prescrivent la collaboration avec l'ordinaire pour les actes les plus importants de la procédure : recours à la torture (déjà autorisée depuis 1252, bulle Ad Extirpenda), sentence, contrôle des prisons, etc[41]. Ici encore, l'Inquisition proteste contre ces nouvelles règles, le célèbre inquisiteur Bernard Gui dénonçant leur caractère selon lui contre-productif[41]. En 1321, Jean XXII doit réitérer les règles dans sa constitution Cum Mathaeus[41].

Par la suite, l'évolution ira toujours vers plus de contrôle de l'inquisiteur, et une intégration croissante au fonctionnement judiciaire local. Progressivement, l'Inquisition devient une annexe du tribunal ecclésiastique, dont l'inquisiteur devient progressivement le procureur général avant la lettre.

L'Inquisition et les Juifs[modifier | modifier le code]

Comme on l’a dit plus haut, l’Inquisition ne peut juger que des hérétiques chrétiens. Elle n’est pas compétente pour juger des Juifs. L’imagerie populaire représentant des Juifs rôtissant sur des bûchers est, encore une fois, dénuée de fondement.

Dès 1190, Clément III déclare prendre les Juifs sous sa protection. Il défend à tout chrétien de baptiser un Juif contre son gré, de gêner les célébrations judaïques ou de profaner les cimetières juifs. Ceux qui violeraient ces prescriptions risquent l’excommunication, ni plus ni moins, ce qui, à l’époque, est extrêmement grave [27].

En 1244, Grégoire IX reprend cet acte pontifical et lui donne force de loi [27]. À l’époque de la lutte de l’Inquisition contre le catharisme, les Juifs sont présents à Toulouse, à Carcassonne, à Narbonne, à Agde, à Béziers, à Lunel, à Montpellier. Il existe des synagogues et des écoles rabbiniques. Certains biens juifs sont placés sous la garantie légale de l’Église. Si le XXe siècle a pu avoir l’impression que les Juifs étaient maltraités par la société chrétienne du Moyen Âge, cela est dû à deux causes : 1-certains Juifs convertis au christianisme et revenus au judaïsme furent poursuivis comme renégats, ce qui choque notre conscience moderne, mais est tout à fait logique dans l’esprit de la société médiévale. Ces cas furent rares en France. Ils concernent surtout l’Inquisition espagnole. Quoiqu’il en soit, on ne peut pas parler d’antisémitisme de l’Inquisition puisqu’il ne s’agit pas d’éliminer les Juifs comme race. Ce qui est visé, c’est la conversion théologique volontaire. Cela est plus à assimiler à de l’antijudaïsme [42]. 2-seuls les Juifs et les Lombards peuvent prêter de l’argent au Moyen Âge. Lorsque la conjoncture économique est défavorable et que les endettés commencent à se livrer à des actes de violence sur leurs prêteurs, les rois capétiens décident d’une expulsion générale des usuriers. Le calme revenu, ces usuriers ne tardent pas à reprendre leurs anciennes affaires. L’histoire des Juifs en France est donc une suite d’allers et retours entre la France et l’étranger, ce qui n’a rien à voir avec des persécutions organisées comme on a pu le voir pendant la Seconde Guerre mondiale et ce qui n’a rien de racial ni de religieux non plus. C’est l’usurier seul qui est visé. En outre, l’Église n’a rien à voir avec cela [43].

En ce qui concerne l’Inquisition espagnole, fondée beaucoup plus tardivement que l’Inquisition médiévale, en 1478, elle ne s’adresse également qu’aux chrétiens. Cependant, en Espagne, les choses sont plus complexes. Trois communautés cohabitent, qui se détestent cordialement : les Juifs, les conversos (Juifs convertis au christianisme) et les « vieux chrétiens » (par opposition aux conversos). Les « vieux Chrétiens » reprochent aux conversos des conversions de façade. Les Juifs, quant à eux, reprochent aux conversos d’avoir trahi leur religion d’origine. Les conversos reprochent aux deux autres camps de les mépriser (de les discriminer comme on dirait aujourd’hui). C’est dans ce contexte explosif que les conversos font pression sur les souverains espagnols Isabelle et Ferdinand pour qu’ils demandent au pape de mettre en place une Inquisition, afin de prouver l’authenticité de leur foi ! Le plus actif de ces conversos est Pablo de Santa Maria, un ancien rabbin devenu évêque de Burgos. Les masses populaires de « vieux chrétiens » veulent aussi que les conversos fassent leurs preuves. Ainsi, si de nombreux « Juifs » sont passés devant l’Inquisition espagnole, ce sont en fait des conversos, donc des chrétiens à part entière, abusivement nommés « Juifs » par des « vieux chrétiens » méfiants. Notons au passage que le fameux Torquemada ainsi que Sainte Thérèse d’Avila sont issus de familles de conversos[44].

L'Inquisition dévoyée[modifier | modifier le code]

Avec l’extinction de l'hérésie cathare, l’Inquisition perd peu à peu sa raison d’être. A la fin du XIIIe siècle, la monarchie et la puissance publique s’affirment. Forts du développement de la centralisation et des administrations, les princes entendent contrôler eux-mêmes l'Inquisition. L’État reprend en main l’ensemble du système judiciaire. Les tribunaux royaux montent en puissance. L’Inquisition existe toujours mais elle est de plus en plus contrôlée par le pouvoir séculier comme on le voit au moment du procès des Templiers en 1310. Le procès suit bien la procédure inquisitoriale, mais c’est Philippe IV le Bel qui en a l’initiative et qui le dirige en sous main pour des raisons politiques et non religieuses [45]. De même, En 1302 et 1304, Philippe le Bel se pose comme arbitre dans le conflit qui oppose la population du Languedoc et l'Inquisition de Carcassonne[41]. Et aussi, en 1403, le Parlement de Paris se saisit d'un conflit entre l'Inquisiteur de Cambrai et l'archevêque de Reims, et tranche en faveur de ce dernier[41]. En 1412, le roi fait arrêter l'inquisiteur de Toulouse, jugé trop inféodé à la papauté[41].

Le schisme catholique et la multiplication des papes entre 1378 et 1417 retirent encore plus de crédibilité et de pouvoir à l’Inquisition. L’Inquisition médiévale tardive n’est plus indépendante. Les inquisiteurs sont des instruments au service d’autres institutions, notamment des universités ou à la botte des milieux d’influence. C’est le cas en 1431, lors du procès de Jeanne d’Arc, où l’Inquisition est manipulée par le parti bourguignon et les Anglais qui y voient un moyen de gagner la guerre de Cent Ans[46].

Dans le même ordre d’idée, on retrouve les traces des premiers procès en sorcellerie… au XIVe siècle seulement, dans la région toulousaine, donc assez tardivement. Ils deviendront habituels au XVIe siècle avec l’intérêt grandissant pour la sorcellerie. La réponse d’une Église « libre » aurait été l’évangélisation. Mais au XVIe siècle, l’Église d’État française ne s’appartient plus, elle est un instrument et la répression seule lui est dictée. Il faut dire qu’il est bien tentant, pour se débarrasser d’un ennemi, de lui faire un « bon » procès en sorcellerie. Les gens d’influence, qui ne s’y tromperont pas, useront et abuseront de ce stratagème. Là encore, c’est le pouvoir temporel qui a le sang des sorcières sur les mains.

Instrumentalisée, appelée sur le devant de la scène en cas de besoin et reléguée en arrière-plan le reste du temps, l'Inquisition perd peu à peu sa substance, alors que ses prérogatives passent aux États. Même si des tribunaux subsistent à Toulouse et Carcassonne jusqu'au XVIIe siècle, elle disparaît en pratique au XVe siècle. Lors de la Réforme protestante, ce sont les Parlements français qui connaîtront des cas d'hérésie[41].

L'Inquisition et les Templiers[modifier | modifier le code]

Entre les années 1307 et 1311[47] l’Inquisition, aidée par le roi de France Philippe IV le Bel et le pape Clément V, a participé au procès contre les Templiers qui étaient accusés des actes d’hérésie[48].

Le rôle du roi[modifier | modifier le code]

L’étendue de l’influence de Philippe IV le Bel sur les actions de l’Inquisition n’est pas claire, mais on sait qu’il eut beaucoup de « raisons » politiques et matérielles pour vouloir faire disparaître les Templiers[49]. Les Templiers étaient riches, privilégiés et puissants[50],[51]. Ils répondaient seulement au pape[50] et n’étaient pas sous le contrôle du roi. Le roi leur devait beaucoup car dans l’année 1299 ils lui avaient prêté 500 000 livres pour la dot de sa sœur[50]. Aussi, ils l’ont protégé d’une foule après qu’il avait dévalué la monnaie[50]. Il pourrait avoir cru que les Templiers étaient coupables parce que dans l’année 1305, il entendit d’Esquieu de Floyran (qui n’avait pas réussi à vendre ces rumeurs à Jacques II d'Aragon) [52] que les Templiers pratiquaient des rites scandaleux[53]. Cependant, Philippe IV le Bel avait désespérément besoin d’argent[50],[54] Comme il avait déjà pillé les Juifs et les Lombards[50],[53], il croyait pouvoir faire la même chose aux Templiers[54]. Ce roi est aussi connu comme « le roi des procès »[54].

Les arrestations[modifier | modifier le code]

Le 14 septembre 1307 Philippe IV le Bel a donné des ordres secrets pour l’arrestation simultanée des Templiers à ses baillis et à ses sénéchaux partout en France, qui auraient lieu le 13 octobre 1307[50],[53],[55] Frère Guillaume de Nogaret, l’inquisiteur de France, confesseur et conseiller du roi et aumônier papal, fut responsable des arrestations[50]. Les Templiers, qui se sentaient en sécurité dans leur innocence[56]se sont laissés prendre sans résistance[57] Le pape Clément V n’aimait pas que le roi soit intervenu[58] parce que les Templiers étaient sujets immédiats de l’Église[59]. Clément V avait écrit à Philippe IV le Bel avant les arrestations, disant que les accusations semblaient être impossibles et que l’Ordre du Temple voulait une enquête pour prouver son innocence[50]. Les actions suivantes du pape sont les résultats de la pression de l’influence dominatrice de Philippe IV de France et du scandale public[60].

Les accusations[modifier | modifier le code]

Les Templiers furent inculpés par l’Inquisition de 127 accusations d’hérésie, du blasphème, de pratiques religieuses indécentes et d’autres défauts religieux[61]. Quelques exemples d’accusation sont :

  • d’avoir renoncé au Christ[50] ;
  • d’avoir craché sur la croix[50] ;
  • des baisers indécents[50] ;
  • d’actions homosexuelles[50] ;
  • de blasphème[50] ;
  • d’avoir cessé de célébrer la messe[50].

L’Inquisition se concentrait sur les péchés sexuels, alors ils pensaient avoir raison de faire une enquête[49] mais ils employèrent des méthodes inappropriées.

La torture et les confessions[modifier | modifier le code]

Dès le 15 mai 1252, la bulle Ad extirpanda a autorisé les inquisiteurs à utiliser la torture et l’effusion de sang[62]. Les Templiers avouèrent les accusations pour arrêter la torture et pour se sauver de la mort[49],[63] En effet, il y eut de nombreuses morts et des suicides à cause de la torture[50]. La majorité était détenue dans des prisons dans des conditions déplorables. Leur seule forme de nutrition était des vieux pains rassis et un peu d’eau. Les cellules étaient bâties en pierre et les prisonniers étaient enchaînés aux murs. La dislocation des articulations, la brûlure des extrémités et la mutilation, pour nommer juste quelques-unes des formes de torture étaient fréquemment employées à l’époque[64],[65]. Même la menace de torture a tiré des confessions[49]. Les archives montrent une corrélation distincte entre l’utilisation de la torture et les confessions[61]; le baiser indécent [pas clair] fut souvent avoué par la torture en France et en Italie, mais pas du tout en Angleterre où la torture était interdite[49]. Il n’y eut de confessions qu’après que l’Inquisition papale fut venue prendre contrôle, introduisant la torture[53]. Le fait qu’une confession devait être spontanée ne posait pas de problème; l’Inquisition forçait les confessions des Templiers qui seraient amenés au pape où ils avoueraient les accusations « librement »[50].

La défense et la fin[modifier | modifier le code]

Dès que la menace de torture fut « enlevée » en 1310[50], presque 600 Templiers, dont beaucoup avaient déjà avoué les accusations, sont venus défendre l’Ordre du Temple[66]. Le 7 avril, neuf députés[50] menés par Peter de Bologna et Reginald de Provins[66] ont donné la défense de l’Ordre[66]. Cet effort de défense se délita[49] après une démonstration par Philippe IV le Bel. Selon le droit canon, si quelqu’un rétracte sa confession, il peut être torturé encore ou brûlé comme hérétique relaps[50]. 54 de ces 600 défendeurs avaient rétracté leur confession et ont été condamnés sans procès et puis brûlés[61],[50] (Barber). Le grand maître Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent brûlés en mars 1314 pour le même crime; étant des hérétiques relapsi ou pour la rétraction de leur confession[67],[68],[66].

Comment est vue l'Inquisition par le peuple du XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

On l’a déjà dit, les hommes du Moyen Âge sont profondément croyants. La Vérité du Christ n’est pas négociable. Les autres religions et les hérésies sont donc fausses. Elles indignent et scandalisent les gens de l’époque. Dans ce contexte, l’Inquisition ne révolte personne. Au contraire, elle est vue comme un bien qui délivre la société des hérésies [69].

De plus, la méthode judiciaire employée par l’Inquisition est progressiste par rapport à une justice civile plus expéditive et plus sévère et par rapport aux réactions incontrôlées que suscitaient les hérésies (émeutes populaires, lynchages). L’Inquisition a rationalisé la justice en s’appuyant sur l’enquête, sur le contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et sur la délibération d’un jury qui résiste aux passions de l’opinion [70].

Conclusion[modifier | modifier le code]

La légende noire de l’Inquisition a été lancée au XVIIIe siècle par les philosophes et les savants des Lumières[71], soucieux de décrédibiliser le christianisme qui était à l’époque fortement associé au concept de monarchie. Elle continua à être forgée au XIXe siècle par une IIIe république anticléricale et volontiers amnésique en créant la caricature d'un Torquemada fanatique [72].

En histoire, le péché majeur est l’anachronisme. Juger l’Inquisition sur des critères contemporains est toujours une faute. La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle, mais un pilier de la société auquel on ne peut porter de coup sans risquer de nuire gravement à toute la communauté [73]. L’Inquisition fut donc acceptée par ses contemporains non seulement comme gardienne de l’orthodoxie catholique et donc comme assurance de la cohésion de la communauté, mais aussi comme tribunal progressiste aux méthodes novatrices.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Lempert, « L'Inquisition », Le Monde des Religions, n° 29, 1er mai 2008, lire en ligne
  2. Historiquement correct-Jean Sévillia-Éditions Perrin-2006-p. 54, 59 et 64
  3. Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Albin Michel, 1994, p.106.
  4. Edina Bozoky, « Les cathares comme étrangers », in L'étranger au Moyen Âge, Publications de la Sorbonne, 2000, p.112.
  5. idem p. 56
  6. a et b idem p. 57/58
  7. a et b idem p. 66
  8. Kelly, p. 441.
  9. idem p. 56/57
  10. idem p. 60
  11. a et b idem p. 61
  12. a et b idem p. 62
  13. idem p. 62/63
  14. idem p. 62 et 63
  15. a et b Dossat (1967), p. 535.
  16. a, b, c, d, e et f Guyotjeannin, p. 904.
  17. Dossat (1967), p. 537.
  18. Richard Kieckhefer, Repression of Heresy in Medieval Germany, 1979, p. 4-6 ; cité par Given, p. 339.
  19. a, b, c, d et e Guyotjeannin, p. 905.
  20. a, b et c Dossat (1967), p. 536.
  21. idem p. 63
  22. Olivier Tosseri in 150 idées reçues sur l’Histoire, Historia, 2011
  23. Henri-Charles Lea in Histoire de l’Inquisition au Moyen Âge
  24. Jean Guiraud, L'Inquisition médiévale, Grasset, 1928
  25. Historiquement correct-Jean Sévillia-Éditions Perrin-2006-p. 65
  26. idem p. 65
  27. a, b et c Historiquement correct-Jean Sévillia-Éditions Perrin-2006-p. 66
  28. Grado G. Merlo, Eretici e inquisitori nella società piemontese del trecento, Turin 1977.
  29. Annette Palès-Gobilliard, « Pénalités inquisitoriales au XIVe siècle », Crises et Réformes dans l'Église (Actes du 115e congrès national des sociétés savantes, Avignon, 1990), Paris, 1991, p. 143-154.
  30. a et b Dossat (1971 c), p. 370.
  31. Dossat (1971 b), p. 342.
  32. Dossat (1971 b), p. 345-346.
  33. Dossat (1971 b), p. 350-352.
  34. Emmanuel Le Roy Ladurie - Montaillou village occitan-Gallimard-1975
  35. Michel Roquebert-Histoire des Cathares-Perrin-1999
  36. Cf. Ralph F. Bennett, The Early Dominicans. Studies in the 13th Century Dominican History, Cambridge, 1937, p. 157. Cité par Dossat (1967), p. 535.
  37. Antoine Dondaine, « Saint Pierre Martyr », Études, « Archivum Fratrum Prædicatorum » 23 (1953), p. 66-162.
  38. Dossat (1971 c), p. 373.
  39. Historiquement correct-Jean Sévillia-Éditions Perrin-2006-p. 59
  40. Guyotjeannin, p. 906.
  41. a, b, c, d, e, f, g et h Dossat (1967), p. 540.
  42. Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias in Les Juifs ont-ils un avenir ? Lattès - 2001
  43. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006 p. 67
  44. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006, p. 70 à 82
  45. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006, p. 67/68
  46. idem
  47. Gilmour-Bryson, Anne (2000). “The Templar Trials: Did the System Work?”. The Medieval History Journal; 3; 41. DOI: 10.1177/097194580000300103. Sage Publications.
  48. Lea, Henry Charles (1887). “Political Heresy Utlized by the State.” A History of the Inquisition of the Middle Ages. Harper & brothers.
  49. a, b, c, d, e et f Gilmour-Bryson, Anne (2000).
  50. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u Lea, Henry Charles (1887).
  51. Dailliez, Laurent (1972). « Les Templiers : ces inconnus » Librairie Academique Perrin, France.
  52. Spiegal, Gabrielle M. (1980). “The Trial of the Templars.” Speculum [0038-7134] vol.55 iss.2 pg.329. Medieval Academy of America.
  53. a, b, c et d Spiegal, Gabrielle M. (1980).
  54. a, b et c Dailliez, Laurent (1972).
  55. Barber, Malcolm (2006). “The Trial of the Templars” 2e ed. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom.
  56. Bordonove, Georges (1977). “Les Templiers.” Librairie Arthème Fayard, Paris.
  57. Bordonove, Georges (1977).
  58. Gilmour-Bryson, Anne (1996). “Sodomy and the Knights Templar”. Journal of the History of Sexuality, Vol.7, No.2, p. 151-183. University of Texas Press.
  59. Lobet, Marcel (1943). “Histoire mystérieuse et tragique des Templiers” 2e ed. Soledi – Liége, Belgique.
  60. Frale, Barbara (2004). "The Chinon chart—Papal absolution to the last Templar, Master Jacques de Molay". Journal of Medieval History 30 (2): 109–134. doi:10.1016
  61. a, b et c Gilmour-Bryson, Anne (1996).
  62. Dossat (1967) : article « Inquisition », The New Catholic Encyclopedia, VII, New York, p. 535-41 [pdf]
  63. Murray, A. (2005).
  64. Napier Gordon “The Rise and Fall of the Knights Templar” United Kingdom 2003 p. 109-122
  65. Partner Peter “The Murdered Magicians: The Templars and the Myth Great Britan” 1982 p. 59-85
  66. a, b, c et d Barber, Malcolm (2006).
  67. Murray, A. (2005). “Proceeding – British Academy.” 2004 lectures, British Academy. Oxford University Press.
  68. Rittenhouse, Jason (2004). “The Templars.” Medieval History. Retrieved February 9, 2009 from http://ritt02.googlepages.com/thetemplars.doc.
  69. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006, p. 54/59
  70. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006, p. 64
  71. Essentiellement Voltaire, Diderot, et d'Alembert, voir l'article Image de l'Inquisition
  72. Jean Sévillia, Historiquement correct, 2006, p. 61
  73. Jean Sévillia, Historiquement correct, Éditions Perrin, 2006, p.55 et 64


Références[modifier | modifier le code]

  • Le Credo, la morale et l'inquisition, Cahiers de Fanjeaux no6, Privat, Toulouse, 1971 (ISBN 2-7089-3405-8) ::
    • Dossat (1971 a) : « La répression de l'hérésie par les évêques », p. 217-251,
    • Dossat (1971 b) : « Le massacre d'Avignonet », p. 342-359.
    • Dossat (1971 c) : « Le bûcher de Montségur et les bûchers de l'Inquisition », p. 361-378.
  • Yves Dossat :
    • Dossat (1999) : article « Inquisition », Miroir du Moyen Âge. Institutions, figures, savoirs, Encylopædia Universalis, 1999,
    • (en) Dossat (1967) : article « Inquisition », The New Catholic Encyclopedia, VII, New York, 1967, p. 535-41 [PDF] [lire en ligne]
  • James Given, « The Inquisitors of Languedoc and the Medieval Technology of Power », The American Historical Review, vol. 94, no2 (avril 1989), p. 336-359.
  • Olivier Guyotjeannin, article « Inquisition (Moyen Âge) », Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 2-213-618577), p. 902-907.
  • (en) Henry Ansgar Kelly, « Inquisition and the Prosecution of Heresy: Misconceptions and Abuses », Church History, vol. 58, no4 (décembre 1989), p. 439-451.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Albaret :
    • L'Inquisition, rempart de la foi ?, Gallimard, coll. « Découvertes », Paris, 1998 (6e édition, 2006) (ISBN 2-07-053458-8),
    • Les Inquisiteurs. Portraits de défenseurs de la foi en Languedoc (XIIIeXIVe siècles), Privat, coll. « Domaine cathare », Toulouse, 2001 ;
  • (en) Malcolm Barber, “The Trial of the Templars” 2e ed. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom, 2006.
  • Jean-Louis Biget, Hérésies et Inquisition dans le Midi de la France, éd. Picard, Paris, 2007.
  • Cahiers de Fanjeaux, Privat, Toulouse :
  • (en) Dossat (1967) : article « Inquisition », The New Catholic Encyclopedia, VII, New York, p. 535-41 [pdf];
  • Yves Dossat, Église et hérésie en France au XIIIe siècle, Variorum Reprints, Londres, 1982 ;
  • Nicolas Eymerich, Francisco Peña, Le Manuel des inquisiteurs, Introduction et traduction de Louis Sala-Molins, Albin Michel, 2001 ;
  • (en) Gilmour-Bryson, Anne (2000). “The Templar Trials: Did the System Work?”. The Medieval History Journal; 3; 41. DOI: 10.1177/097194580000300103. Sage Publications;
  • Henry Charles Lea, Histoire de l'Inquisition au Moyen Âge, t. I : Origines et procédures de l'Inquisition, t. II : L'Inquisition dans les divers pays de la Chrétienté, t. III : Domaines particuliers de l'activité inquisitoriale, Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1900-1902. Réédition : Grenoble, Jérôme Millon, 3 vol. , 1986, 1988 et 1990, présentation de Louis Sala-Molins ;
  • (en) Henry Charles Lea (1887), “Political Heresy Utlized by the State.” A History of the Inquisition of the Middle Ages. Harper & brothers;
  • Henri Maisonneuve, L'Inquisition, Desclée-Novalis, 1989 ;
  • Annette Palès-Gobilliard, L'inquisiteur Geoffroy d'Ablis et les cathares du comté de Foix : (1308-1309), Paris, Editions du Centre national de la recherche scientifique,‎ 1984 (ISBN 2222032881);
  • Julien Théry, "Une politique de la terreur. L'évêque d’Albi Bernard de Castanet (v. 1240-1317) et l’Inquisition", dans Laurent Albaret, Les Inquisiteurs. Portraits de défenseurs de la foi en Languedoc (XIIIe-XIVe siècles), Toulouse, Privat,‎ 2001 (ISBN 978-2-7089-7521-7), p. 71-87 [lire en ligne]
  • Julien Théry, Le Livre des sentences de l'inquisiteur Bernard Gui. Extraits choisis, traduits et présentés, CNRS éditions, coll. « Lire le Moyen Âge (poche) »,‎ 2010 (ISBN 978-2-271-06859-0)
  • Julien Théry, « Les hérésies, du XIIe au début du XIVe siècle », dans Structures et dynamiques de la vie religieuse en Occident (1179-1449), dir. Marie-Madeleine de Cevins, Jean-Michel Matz, Rennes : PUR, 2010, p. 373-386. Lire et télécharger librement sur le site Halshs

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]