Château de Montségur

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Château de Montségur
Image illustrative de l'article Château de Montségur
Le château de Montségur dominant le village
Nom local Montsegur (oc)
Protection Logo monument historique Classé MH (1862, 1898)
Coordonnées 42° 52′ 32″ N 1° 49′ 57″ E / 42.87556, 1.832542° 52′ 32″ Nord 1° 49′ 57″ Est / 42.87556, 1.8325  
Pays Drapeau de la France France
Région historique Comté de Foix
Région Midi-Pyrénées
Département Ariège
Commune Montségur

Géolocalisation sur la carte : Ariège

(Voir situation sur carte : Ariège)
Château de Montségur

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées

(Voir situation sur carte : Pyrénées)
Château de Montségur

Le château de Montségur (Montsegur en occitan), construit en 1206, est un château qualifié de « cathare ». En effet, ce château fut implanté à l'emplacement arasé de l'ancien village fortifié qui constituait, jusqu'au siège de 1244, le lieu de résistance des cathares et des faydits. Les cotes architecturales démontrent que le château actuel fut conçu sur la base de la canne anglaise qui ne fut introduite qu'ultérieurement ce qui prouve que celui-ci a été partiellement reconstruit par la famille du nouveau seigneur des lieux, le Maréchal de la Foi Guy II de Lévis après la reddition cathare de 1244.

Géographie[modifier | modifier le code]

Située sur la commune de Montségur dans le département de l'Ariège et la région Midi-Pyrénées.

Le château, restauré, est situé sur le point culminant de la montagne qui surplombe le village, à 1 207 mètres d'altitude au-dessus du Pays d'Olmes.

Carte des châteaux cathares

Le château serait postérieur au bûcher et construit par les membres de la maison de Lévis après 1244.[réf. nécessaire]

Histoire[modifier | modifier le code]

Le château sur le site actuel a connu trois époques majeures au cours desquelles la forteresse se transforma peu à peu.

Une première forteresse, signalée dès le XIIe siècle, fut érigée au sommet de la montagne, appelée aussi pog (un Pog, est l'interprétation libre, par Napoléon Peyrat, d'une forme ariégeoise du mot occitan puèg / puòg, du latin pŏdĭum, signifiant « éminence », pour désigner la montagne en forme de pain de sucre de Montségur. Cette version est désormais communément admise, mais exclusivement au bénéfice de Montségur), dont on ne sait peu de choses si ce n'est qu'elle était en ruines aux alentours de 1204, date à laquelle le village fortifié cathare fut bâti sous la direction de Raymond de Péreille. C'est le village fortifié ou castrum auquel les archéologues ont donné le nom de Montségur II.

La forteresse cathare[modifier | modifier le code]

Vue intérieure du château
Ruines d'habitations cathares

Le dispositif défensif de cette forteresse était différent de celui que l'on connaît actuellement. Le castrum en lui-même comprenait la demeure fortifiée du seigneur des lieux, le castellum ou castèl en occitan (qui fut sans doute restauré par la maison de Lévis pour donner la forteresse actuelle) et le village cathare de l'époque entourés par une enceinte fortifiée. Du côté de la route actuelle, se dressaient trois murs de défense dont le premier se situait au niveau du guichet actuel pour la visite payante du château. De l'autre côté du pog, à 800 mètres environ, se trouvait une tour de guet (au Roc dit de « La Tor » la tour) surplombant une falaise de 80 mètres. L'entrée du castrum qui donne sur cette tour de guet était défendue par une barbacane. À l'intérieur de l'enceinte de la forteresse, se dressait un village dont il ne reste que quelques terrasses au nord-ouest du château actuel. Sur ces dernières, on trouve les fondations de plusieurs habitations, des escaliers pour communiquer entre les terrasses, une citerne et un silo.

Montségur abrita une communauté cathare importante. En 1215, le concile de Latran cite la forteresse comme étant un repaire d'hérétiques. En 1229, le rôle de Montségur comme abri pour l'Église cathare est réaffirmé dans le traité de Meaux-Paris. À partir de 1232, ce rôle ne cesse de se renforcer. Parallèlement, le château accueille également les chevaliers faydits qui furent dépossédés de leur terres par le traité de 1229. Au nombre de ces derniers figure Pierre-Roger de Mirepoix, cousin de Raymond de Péreille qui fut le maître militaire de Montségur.

Le siège du castrum[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié du XIIIe siècle, la forteresse subit pas moins de quatre sièges dont un seul fut couronné de succès :

Ce dernier fut déclenché par le massacre de quelques inquisiteurs en 1242 à Avignonet par une soixantaine d'hommes issus de la garnison de Montségur. Le sénéchal de Carcassonne et l'archevêque de Narbonne (Pierre Amiel) furent chargés d'assiéger la forteresse, sur l'ordre de Blanche de Castille et de Louis IX. En mai 1243, les croisés, au nombre d'environ 6 000 hommes, entourent Montségur.

L'équilibre des forces perdura jusqu'à Noël 1243 où une poignée d'« alpinistes » parvint, à la suite d'une escalade audacieuse effectuée de nuit, à se rendre maître de la tour de guet. À partir de ce moment, un trébuchet fut acheminé et monté, qui bombarda sans relâche la position des assiégés comme en témoignent les nombreux boulets de pierre taillée retrouvés sur le site. Environ un mois plus tard, peut-être à la suite d'une trahison locale, la barbacane tomba aux mains des assaillants.

Un dernier assaut lancé en février fut repoussé mais laissa les assiégés très affaiblis.

La reddition de la place forte[modifier | modifier le code]

Cour intérieure du château

Le 1er mars 1244, Pierre-Roger de Mirepoix se vit contraint de négocier la reddition de la place forte. Les termes en furent les suivants :

  • la vie des soldats et des laïcs sera épargnée,
  • les parfaits qui renieront leur foi seront sauvés,
  • une trêve de 15 jours est accordée pour les cathares qui voudront se préparer et recevoir les derniers sacrements.

Le 16 mars, la forteresse s'ouvrit à nouveau. Tous les cathares qui refusèrent de renier leur foi périrent sur le bûcher qui fut dressé pour un peu plus de 200 suppliciés dont la femme, la fille et la belle-mère de Raymond de Péreille : après avoir distribué tout ce qu'ils possédaient à ceux qui les avaient défendus durant dix mois, les parfaits de Montségur furent enfermés dans un enclos préparé au pied de la montagne puis les croisés mirent le feu aux fagots qui y étaient entassés. En tout, deux cent vingt hommes, femmes et une jeune fille (tous « volontaires »; les jeunes furent dissuadés par leurs parents de se joindre à eux…) périrent dans le brasier. Parmi eux se sacrifièrent des soldats de la garnison qui n'avaient pas voulu les abandonner. Il fut rapporté que certains chantaient.

Pour certains, le bûcher aurait été monté à 200 mètres du castrum dans le « Camp dels Cremats » (le champ des brûlés) où une stèle fut par la suite érigée par la contemporaine Société du souvenir et des études cathares. Sur la stèle figure l'inscription : « Als catars, als martirs del pur amor crestian. 16 de març 1244 ». Pour d'autres, il semblerait que le lieu réel du bûcher fut sur la colline au-dessus du parking à droite du col en se rendant sur Montferrier.

Sur les 220 suppliciés du 16 mars, on peut en identifier 64 :

  • 1 Raymond Agulher, diacre du Sabarthès puis évêque du Razès
  • 2 Guillelme Aicard
  • 3 Pons Ais, meunier originaire de Moissac
  • 4 Pierre Arrau
  • 5 Bernard d'Auvezines
  • 6 Raymonde Barbe
  • 7 Raymnond de Belvis, arbalétrier
  • 8 Arnaud de Bensa, sergent
  • 9 Étienne Boutarra, sergent
  • 10 Brezilhac de Cailhavel, chevalier faidit
  • 11 Pons Capelle
  • 12 Guiraude de Caraman, châtelaine de Caraman
  • 13 Arnaud des Casses, chevalier co-seigneur des Casses (Aude)
  • 14 Clamens
  • 15 Jean de Combel
  • 16 Saissa du Congost
  • 17 Raymonde de Cuq
  • 18 Guillaume Dejean, diacre
  • 19 Guillaume Delpech de Fanjeau
  • 20 Arnaud Domergue, sergent
  • 21 Bruna, femme d'Arnaud Domergue
  • 22 Rixende Donat
  • 23 India de Fanjeaux
  • 24 Guillaume Garnier, bouvier puis sergent
  • 25 Arnaud-Raymond Gaut, chevalier de Sorèze
  • 26 Bernard Guilhem
  • 27 Marquesia Hunaud de Lanta, noble du Lauragais
  • 28 & 29 Étienne et Raymond Isarn, frères originaires des Casses
  • 30 Guillaume d'Issus, chevalier de Montgaillard
  • 31 Jean de Lagarde
  • 32 Bruna de Lahille
  • 33 Guillaume de Lahille, chevalier, frère de Bruna
  • 34 Limoux
  • 35 Raymond de Marceille, chevalier de Laurac
  • 36 Bertrand Marty
  • 37 Guillelme d'En-Marty, boulangère
  • 38 Pierre du Mas
  • 39 Maurine, parfaite
  • 40 Braida de Montserver
  • 41 & 42 Arsende et Pons Narbonna
  • 43 Guillaume Narbonna
  • 44 Raymond de Niort
  • 45 Arnaud d'Orliac
  • 46 Esclarmonde de Pereille
  • 48 Peronne, parfaite
  • 49 Guillaume Raseire, parfait
  • 50 Guillaume Razoul, parfait
  • 51 Jean Rey
  • 52 Pierre Robert, parfait
  • 53 Pierre Robert, marchand de Mirepois
  • 54 Martin Roland
  • 55 Raymond de Saint Martin
  • 56 Bernard de Saint Martin, chevalier
  • 57 Pierre Sirven
  • 58 Taparel, parfait
  • 59 Rixende de Telle
  • 60 Arnaud Teuly de Limoux
  • 61 Raymond de Tounebouix
  • 62 Ermengarde d'Ussat
  • 63 Azalaïs Raseire : elle fut conduite à Bram, son village d'origine, où elle fut brûlée
  • 64 un fabricant de bourse, cité comme présent le 13 mars ; il dut être brûlé le 16

Montségur sous le règne de la famille de Lévis[modifier | modifier le code]

Après la prise du château en 1244, la possession du pog revint à Guy II de Lévis, Maréchal de la Foi, seigneur officiel de Mirepoix depuis le traité de 1229. Les restes du village cathare furent rasés ainsi que l'enceinte fortifiée extérieure. Le castellum fut restauré et réaménagé pour y poster une garnison d'une trentaine d'hommes qui resta présente jusqu'au Traité des Pyrénées au XVIIe siècle. Certains documents[Lesquels ?] mentionnent le château comme étant « défensable » en 1510.

Au fil des décennies, le château finit par être abandonné

Réhabilitation du château[modifier | modifier le code]

Mur d'enceinte extérieur

Le château fut classé monument historique en 1862 et le puòg sur lequel il est situé rejoint ce classement en 1883; Les vestiges archéologiques et les lignes de défenses sont, elles, classés en 1989[1].

Depuis, le site n'a cessé d'enflammer les imaginations à un tel point que beaucoup n'ont pas hésité à fouiller le puòg à titre personnel en raison des mythes développés autour du site. Paradoxalement, la campagne de restauration du château débutée en 1947 freina ces dégradations et effaça dans le même temps certains indices archéologiques. Cette restauration motiva une prospection spéléologique de la montagne, menée par la Société spéléologique de l'Ariège. Cette dernière aboutit, en 1964 à l'exhumation d'une sépulture dans l'avenc du trébuchet.

En 1968, le GRAME (Groupe de Recherche Archéologique de Montségur et Environs) fut fondé. Ce dernier a déjà conduit plusieurs campagnes de fouilles sur le site.

Les mythes autour de Montségur[modifier | modifier le code]

On doit à l'ariégeois Napoléon Peyrat, vers 1870, la redécouverte enthousiaste de Montségur ; et à sa plume inspirée, l'atmosphère romantique qui depuis lors habite le lieu. Au point qu'il est encore difficile aujourd'hui à un certain public d'admettre que le temple de Paraclet n'est qu'un petit château français du XIVe siècle. En outre, une légende voudrait que Montségur ait été le lieu de refuge des derniers Templiers, après la suppression de l'Ordre par le pape Clément V.

Le phénomène solaire de Montségur[modifier | modifier le code]

Chaque année, au solstice d'hiver, le premier rayon de soleil à l'horizon traverse le château dans sa longueur et, au solstice d'été, il traverse les quatre archères du donjon au nord-ouest avec une précision millimétrique[réf. nécessaire]. Un phénomène comparable est visible à Quéribus. Certaines personnes[Qui ?] y voient un lien entre le culte solaire, d'origine manichéenne, et la religion des Cathares.

Le trésor de l'église cathare[modifier | modifier le code]

Montségur est supposé avoir abrité le riche trésor de l'église cathare. De ce supposé trésor nous ne savons que peu de choses. Deux faits alimentent les suppositions autour de ce trésor.

Le premier, est la fuite à cheval du parfait Mathieu et du diacre Bonnet aux environs de Noël 1243 emportant avec eux « de l'or et de l'argent et une grande quantité de monnaie ». On pense que ce trésor est parvenu en Italie à Crémone, lieu d'Italie où une autre communauté cathare importante a vécu. Cette supposition est renforcée par les correspondances épistolaires avérées entre les deux communautés.

Un deuxième trésor aurait été sauvé durant la trêve de mars 1244 puisqu'il est fait état de quatre individus s'enfuyant de Montségur avec un chargement. Les historiens conjecturent que ce trésor réunissait les nombreux textes hérétiques conservés par les Parfaits dans la forteresse.

Le Graal pyrénéen[modifier | modifier le code]

Montségur a été considéré comme étant le château du Graal. Le Graal aurait été une des pièces du trésor de l'église cathare : la coupe dans laquelle Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang du Christ sur le mont Golgotha ou bien l'émeraude tombée de la couronne de Lucifer lors de la chute des Anges. L'Allemand Otto Rahn a été l'artisan zélé de ce mythe que lui avait inspiré un érudit d'Ussat-les-Bains, Antonin Gadal. Une autre tradition nous dit que le Graal serait toujours enfermé à l'intérieur de la montagne de Montségur[2].

Otto Rahn avait étudié l'histoire des cathares et était passionné par ce Languedoc riche en « légendes ». En 1932, il s'était installé dans la petite station thermale d'Ussat-les-Bains à l'hôtel Les Marronniers dont il avait pris la gérance. Grâce aux théories poétiques d'Antonin Gadal, il écrivit la « Croisade contre le Graal » qui participa activement, après le premier essai sur Montségur de Napoléon Peyrat, au regain d'intérêt pour l'Occitanie.

Romans historiques[modifier | modifier le code]

  • Gérard Bavoux, Le Porteur de lumière, Pygmalion, 1996
  • Henri Gougaud, L'Expédition, Éditions du Seuil, 1991
  • Michel Peyramaure, La Passion cathare, Robert Laffont, 1999
  • Antoine, Pierre, Marie, duc de Lévis Mirepoix, Montségur, Albin Michel, 1924
  • Hervé Gagnon, Damné, Hurtubise, 2010, France-Loisirs, 2011
  • X.B. Leprince, La Neuvième croisade (La Quête fantastique 2) - Alsatia, 1956 collection Signe de Piste

Inspiration musicale[modifier | modifier le code]

Le siège de Montségur et le bucher du " Camp dels Cramats" qui a suivi ont inspiré divers artistes et groupes dont le célèbre groupe de heavy metal Iron Maiden qui en a fait une chanson présente sur l'album Dance of Death. Mais l'oeuvre majeure centrée sur le chateau ariègeois est la chanson que lui a consacré le poète et chanteur Occitan Claude Marti dans les années 1970. Aussi, Le premier CD d'Era tourne autour des cathares.

En 2003, Maxime Aulio compose un poème symphonique pour trombone solo et orchestre d'harmonie, intitulé Montségur, La Tragédie Cathare.

Jeu de rôle[modifier | modifier le code]

Dans le livre d'initiation au jeu de rôle Nephilim, le scénario proposé se déroule en partie dans le château de Montségur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Château cathare », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Goulven Péron, Dictionnaire des lieux arthuriens, Rennes, Ar Strobineller,‎ 2013 (ISBN 978-2-954-32470-8), p. 51

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gauthier Langlois et Charles Peytavie, « Châteaux en Pays cathare », Archéothéma, no 23,‎ juillet-août 2012 (ISSN 1969-1815)
  • Duc de Lévis Mirepoix, de l'Académie Française, Montségur, 1924 Éditions Albin Michel.
  • Jean Duvernoy, Le dossier de Montségur : interrogatoires d'inquisition, 1242-1247, Toulouse, Pérégrinateur éditeur,‎ 1998 (ISBN 2-910-35208-0)
  • Zoé Oldenbourg, Le bûcher de Montségur : 16 mars 1244, Paris, Galimard, coll. « Les journées qui ont fait la France »,‎ 1989 (1re éd. 1959) (ISBN 978-2070325078, OCLC 462694702)
  • Publications du GRAME (Groupe de recherches archéologiques de Montségur et ses environs)
  • Henri-Paul Eydoux - Châteaux des pays de l'Aude - p. 218-224, dans Congrès archéologique de France. 131e session. Pays de l'Aude. 1973 - Société Française d'Archéologie - Paris - 1973
  • Michel Roquebert, Mourir à Montségur (Tome IV de L'Epopée cathare), Privat 1989 et Perrin, Collection de poche Tempus no 172, (775 pages) 2007
  • les cendres de la liberte MICHEL ROQUEBERT ( privat juin 1992 )