Louis Sala-Molins

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Louis Sala-Molins (né en 1935) est un professeur de philosophie politique et essayiste catalan d'expression française.

Biographie et axes de recherche[modifier | modifier le code]

Il a été l'élève de Vladimir Jankélévitch dans les années 1960, et il a écrit sous sa direction une thèse de doctorat consacrée à La Philosophie de l'amour chez Raymond Lulle[1],[2].

Sa pensée se caractérise par une critique radicale du pouvoir (qui pourrait le rapprocher de Foucault) mais aussi par une méfiance tant vis-à-vis de la philosophie marxiste que de la phénoménologie. C'est aussi un militant anarchiste engagé. Sa pensée philosophique est une critique de la persistance de la notion de hiérarchie entre humain et animal. Elle consiste en une relecture critique des textes fondateurs de la philosophie sous l'angle de cette « hiérarchie anthropologique ». Il montre par exemple comment les philosophes des Lumières ont justifié l'existence de l'esclavage et de la traite des Noirs tout en faisant, par ailleurs, l'éloge de la liberté pour les peuples européens. La hiérarchisation de l'humain est justifiée à partir de différentes notions scientifiques ou philosophiques (climatologie, droit, théorie des humeurs...). Il montre aussi qu'à certaines époques des consciences se sont élevés pour dénoncer les génocides ou les crimes contre l'humanité de leur temps alors qu'elles étaient isolées (comme par exemple Bartolomé de las Casas). Cette mise en perspective critique a pour résultat de rendre le discours des « Lumières » d'autant plus responsable vis-à-vis de l'esclavage ou de la Traite des Noirs. Cette exigence éthique (et parfois « anachronique ») vis-à-vis de la philosophie peut le rapprocher de certains attitudes des « nouveaux philosophes ». En février 1994 à l'occasion du bicentenaire de la première abolition de l'esclavage, il publia dans Le Monde, un article réquisitoire contre le décret du 16 Pluviôse an II-4 février 1794[3].

Louis Sala-Molins, proche des mouvements antifascistes, a été amené a collaborer avec l'humoriste Dieudonné en 2002-2003, pour la réalisation d'un film sur le Code Noir (dont il est l'un des spécialistes internationalement reconnu)[4]. Le projet a avorté rapidement et il explique dans une lettre ouverte avoir pris ses distances depuis avec cette entreprise[5].


Critiques[modifier | modifier le code]

Peu après la parution du livre de Louis Sala-Molins,Le Code Noir, Yves Benot en contesta le caractère tranchant, « plus passionné que rationnel » qui à partir « d'un moralisme armé de son bon droit » ignore « la situation concrète, les obstacles socio-économiques », « le processus historique plus ou moins tortueux » comme le fait que « l'émancipation des opprimés doit (d'abord) être le fait ds opprimés »[6]. D'autres critiques plus précises relatives à la crédibilité du message véhiculé sur la complicité du siècle des Lumière et de la Révolution française, virent le jour à partir de 1998. On lui reprocha d'attribuer à l'emporte-pièce à plusieurs personnages des formules dont il ne vérifia pas l'exactitude. Claude Wanquet puis Jean-Daniel Piquet ont ainsi blâmé Louis Sala-Molins d'avoir rapporté faussement de propos de la part de l'abbé Grégoire des propos antiabolitionnistes qu'il aurait écrit en octobre 1790 dan un mémoire sur les sang-mêlés puis en juin 1791 dans une lettre ouverte aux hommes de couleur ou de les avoir gravement déformés[7]. Louis Sala-Molins rapporta le mot « géniteurs » en parlant du rapport mulâtres/esclaves là ou Grégoire avait écrit « frères ». D'après Louis Sala-Molins Grégoire aurait comparé en 1790 l'abolition immédiate de l'esclavage à une agression à coups de bâtons contre une femme enceinte. Mais l'expression ne se trouve pas dans aucun des deux écrits de Grégoire. Louis Sala-Molins récusa par ailleurs la sincérité du discours de Danton prononcé le 16 pluviôse an II- 4 février 1794 en lançant « L'Anglais voit s'anéantir son commerce » à partir du compte-rendu de son discours par le tome 84 desArchives Parlementaires. Danton aurait ainsi donné une motivation vénale à la première abolition de l'esclavage. Jean-Daniel Piquet releva, à partir de cette source, que Louis Sala-Molins avait en fait puisée à un ouvrage américain de W. B. Cohen [8], sans la vérifier lui-même, et que Danton n'avait pas prononcé cette phrase [9]. Dans Le Moniteur Universel tout son discours abolitionniste était axé sur les droits de l'homme dans les colonies françaises, sur la lutte contre les colons esclavagistes des Antilles françaises, assimilés par Danton aux aristocrates émigrés et alliés des puissances coloniales, également esclavagistes, en guerre de la France [10]. En ce qui concerne le Siècle des Lumières, Jean-Daniel Piquet notait que le texte de Montesquieu devaient se comprendre dans le cadre d'une dénonciation des persécutions imposées par l' Europe à tous les peuples de couleur : les paragraphes précédant « De L'esclavage des Noirs » traitaient des massacres des Indiens par les Espagnols au XVIème siècle [11]. Il relevait aussi certaines absences : le nègre de Surinam dans Candide, l'article « traite » par le chevalier de Jaucourt dans l'Encyclopédie[12]. Plus généralement Jean-Daniel Piquet entendit aussi montrer dans la révolution française l'existence et l'évolution d'un mouvement abolitionniste qui allait bien au delà de Condorcet.

Par ailleurs l'article que Louis Sala-Molins écrivit dans Le Monde en février 1994 fit l'objet d'une réponse signée par sept historiens -dont Yves Benot- spécialistes des questions coloniales, parue aux Annales historiques de la Révolution française [13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Louis Sala-Molins (traduction et notes), Le Dictionnaire des inquisiteurs : Valence, 1494 [« Repertorium inquisitorum »], Paris, Éd. Galilée, coll. « Débats »,‎ 1980, 24 cm, 455 p. (ISBN 2-7186-0200-7, notice BnF no FRBNF34676883k)
  • Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le Calvaire de Canaan, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Pratiques théoriques »,‎ 1987, 22 cm, 292 p. (ISBN 2-13-039970-3, notice BnF no FRBNF34973432c)
    Cet essai a fait l'objet de rééditions, chez le même éditeur, en collection « Quadrige », en 2002, 2005, 2006 et 2011.
  • (ca) Lluís Sala-Molins, De Rege ; De Libertate, Le Kremlin-Bicêtre, Éd. du Mouflon,‎ 1988, 20 cm, 137 p. (ISBN 2-9503054-0-7, notice BnF no FRBNF349883555)
    Les titres en catalan — Del Rei ; De la Llibertat — des deux textes contenus dans cet ouvrage rédigé en catalan n'apparaissent pas sur sa page de titre.
  • Louis Sala-Molins, L'Afrique aux Amériques : le Code noir espagnol, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Pratiques théoriques »,‎ novembre 1992, 22 cm, 184 p. (ISBN 2-13-044836-4, notice BnF no FRBNF355497016)
    Inclut, sous le titre « Code noir carolin », une traduction en français du Código negro carolino.
  • Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières : Sous la raison, l'outrage, Paris, Robert Laffont,‎ mars 1992, 22 cm, 206 p. (ISBN 2-221-06677-4, notice BnF no FRBNF355022228)
    Traduit en anglais, en 2006, sous le titre « Dark Side of the Light : Slavery and the French Enlightenment ». Réédité en français, en 2008, aux éd. Homnisphères, coll. « Savoirs autonomes ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Entretien à propos de la réédition du Code Noir et de la philosophie politique : [1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adriaan Pattin, « Louis Sala-Molins, La philosophie de l'amour chez Raymond Lulle. Préface de Vladimir Jankélévitch [recension] », Revue philosophique de Louvain, vol. 73, no 19,‎ 1975, p. 563 (lire en ligne)
  2. Jean-Marc Gabaude, « La Philosophie de l'amour chez Raymond Lulle. Par Louis Sala-Molins. Préface de Vladimir Jankélévitch. [compte-rendu] », Dialogue : Canadian Philosophical Review/Revue canadienne de philosophie, vol. 14, no 3,‎ septembre 1975, p. 538 (lire en ligne)
  3. Le Monde, 20-21 février 1994
  4. Stéphanie Binet et Blandine Grosjean, « La nébuleuse Dieudonné », Libération,‎ 10 novembre 205 (lire en ligne)
  5. Louis Sala-Molins, « Louis Sala-Molins met les points sur les i », L'Idée libertaire,‎ 2006 (lire en ligne)
    Cette contribution de Louis Sala-Molins n'est pas datée avec certitude, mais comme elle évoque la parution récente du livre Noir et Français !, de Géraldine Faes et Stephen Smith, initialement paru en avril 2006, on peut la supposer datée du courant de l'année 2006.
  6. Yves Benot, La Révolution française et la fin des colonies, Paris, La découverte, 1987 p. 105-106
  7. Claude Wanquet, La France et la première abolition de l'esclavage, Paris Karthala, 1998 p. 164 ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française, (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, p.66-67
  8. William B. Cohen, Français et Africains, les Noirs dans le regard des Blancs 1530-1880, Paris, Gallimard, 1981 p.169
  9. Jean-Daniel Piquet, « Le discours abolitionniste de Danton(16 pluviôse an II) »,Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses, juillet-septembre 2010, p.353-377
  10. Jean-Daniel Piquet, « Le discours abolitionniste... » art.cit.
  11. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dan la Révolution française (1789-1795) Paris, Karthala, 2002
  12. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs..., Paris, Karthala, 2002
  13. Yves Benot, Marcel Dorigny, Bernard Gainot, Florence Gauthier, Jean-Claude Halpern, Eric Mesnard, Pierre-Franklin Tavarès, « Les membres du groupe de recherches sur la colonisation européenne 1750-1850 », Université de Paris I à la rédaction du journal Le Monde, Annales Historiques de la Révolution française, n°-297, 3ème trimestre 1994, p.591-593