Guillaume de Nogaret

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nogaret (homonymie).

Guillaume de Nogaret

Naissance Né vers 1260
Saint-Félix de Lauragais
Décès 11 avril 1313 (à 53 ans)
Paris
Nationalité Français
Profession Juriste,
Conseiller du Roi
Famille
Un fils Guillaume II
Le château Guillaume de Nogaret à Marsillargues

Guillaume ou Guilhem de Nogaret (né vers 1265 à Saint-Félix de Caraman et mort le 11 avril 1313[1] à Paris). C'est son fils cadet Guillaume II qui hérite de la Seigneurie de Manduel. Juriste français, originaire du Languedoc, qui devint conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau, et fut à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale.

Les jeunes années : Nogaret homme de loi en Languedoc (1282-1295)[modifier | modifier le code]

La famille Nogaret tenait une petite propriété ancestrale à Nogaret, près de Saint-Félix-de-Caraman (aujourd'hui Saint-Félix-Lauragais), d'où elle tirait son nom. Le grand-père de Guillaume de Nogaret[2] était toulousain et fut condamné comme hérétique lors de la Croisade des Albigeois.

On sait peu de choses sur la jeunesse de Guillaume de Nogaret, si ce n'est qu'il étudia le droit à l'université de Montpellier, et qu'il y devint professeur de droit romain en 1287. Dans ces années, la carrière de Guillaume est alors celle de nombreux hommes de loi du Midi : elle se partage entre l'enseignement du droit, à Montpellier, et des activités de conseil juridique en faveur de divers « clients », tels l'évêque de Maguelonne, le roi de Majorque et le roi de France. Il s'entremit ainsi lors de l'achat par le roi de la part qu'avait dans la seigneurie de Montpellier l'évêque de Maguelonne.

En 1293, Nogaret entre au service du roi de France Philippe IV le Bel et devient juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire-Nîmes pendant deux ans, fonction à responsabilité, qui est plus que celle d'un juge au sens strict, dans l'une des sénéchaussées les plus importantes du royaume.

Nogaret « conseiller du roi » : la montée vers le pouvoir (1295-1303)[modifier | modifier le code]

Engagé au service du roi à Paris à la fin de 1295, Nogaret agit jusque vers 1301-1302 en tant qu'enquêteur en Champagne et dans les provinces orientales du royaume. Il s'agrège dans le même temps à certaines institutions, le Parlement,­ où il siège à partir de 1298, et le Conseil du roi­ où sa présence est attestée dès 1300. Nogaret fait, durant ces années, ses preuves : il effectue principalement des tâches de caractère administratif, dans lesquelles il agit en exécutant et n'a pas l'initiative.

Ses responsabilités s'accroissent à partir du tournant du siècle. En effet, il est désormais personnellement chargé de la conduite, d'un bout à l'autre, d'affaires d'importance (projet de pariage avec le roi de Majorque sur la ville de Montpellier, négociations relatives à l'acquisition par le roi de la justice de Figeac, rédaction d'une charte de franchises pour cette ville..).

C'est de cette époque également que date sa participation aux affaires religieuses, en coulisses tout d'abord ­ lors des troubles religieux du Languedoc et du procès de Bernard Saisset,­ puis au grand jour quand, en mars 1303, il fait connaître par un célèbre discours les crimes de Boniface VIII. Le nom de Guillaume de Nogaret sera principalement lié à la querelle de Philippe le Bel avec le Pape Boniface VIII. En 1300, il fut envoyé en ambassade auprès du pape, dont il a laissé un compte-rendu pittoresque et hautement coloré.

Boniface VIII et l'attentat d'Anagni (1303)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat d'Anagni.

Le 12 mars, lors d'une assemblée solennelle tenue au Louvre en présence de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret prononça un discours au cours duquel il lança des accusations d'hérésie contre Boniface VIII et réclama la convocation d'un concile général pour examiner son cas. Le roi réserva sa réponse. Aussitôt après, Nogaret partit pour l'Italie et entra en contact avec des membres de la famille Colonna, ennemie de celle du pape Gaetani. En juin suivant, à Paris, le légiste Guillaume de Plaisians (qui fit désormais figure de second de Nogaret) accusa de nouveau Boniface VIII d'hérésie devant le roi, lequel, cette fois-ci, accepta de lancer des poursuites. Boniface VIII s'apprêtait, en réponse, à promulguer une sentence d'excommunication contre le roi lorsque Nogaret et Sciarra Colonna, le 7 septembre, arrivèrent à Anagni, où le pape résidait. Avec leur petite armée, Nogaret et Colonna entrèrent par surprise dans la ville. Le palais pontifical fut pris d'assaut et le pape fait prisonnier[3]. On ne sait pas comment il fut traité pendant les quelques heures où il fut détenu (la "gifle" infligée à Boniface VIII par Sciarra Colonna avec son gantelet de métal serait une légende inventée par un chroniqueur tardif). L'objectif de Nogaret était probablement de le ramener en France pour le faire comparaître devant un concile général convoqué à l'initiative du roi de France.

Mais tout ne se passa pas comme prévu. Le 9 septembre un soulèvement de la population en faveur du pape obligea Nogaret et ses alliés à prendre la fuite et libéra Boniface VIII. La mort de celui-ci à Rome un mois plus tard, le 11 octobre, sauva la mission de Nogaret. L'élection du timide Benoît XI marque le début du triomphe de la France sur la papauté, qui trouvera son aboutissement avec l'élection, deux ans plus tard, pour succéder à Benoît XI, de l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got qui prendra le nom de Clément V et installera la Papauté d'Avignon.

À son retour, lorsqu'il rendit compte au roi de sa mission, Guillaume de Nogaret fut chaleureusement remercié par l'attribution de terres en Bas Languedoc à Marsillargues, Calvisson, Congénies dont une cloche du XVIIIe, la « cloche Nogaret » perpétue le nom de son illustre famille, et Aujargues notamment. Il reçut également une grosse somme d'argent.
Philippe IV le Bel l'envoya en ambassade auprès de Benoît XI afin de demander l'absolution pour tous les participants à la querelle avec Boniface VIII. Le pape refusa de le recevoir et l'exclut de l'absolution générale qu'il accorda le 12 mai 1304. Le 7 juin, il fulmina contre lui et ses alliés d'Anagni la bulle Flagitiosum scelus.

Nogaret maître d'œuvre de la politique royale (1306-1313)[modifier | modifier le code]

Le 21 juillet 1306, une ordonnance royale, préparée par ses soins, tenue secrète jusqu'au bout, déclenche l'arrestation, l'incarcération, puis la spoliation totale et l'expulsion des Juifs de France. Il veille en personne à la confiscation des biens juifs et recouvre contre leur débiteurs, à leur place et à son profit personnel, les créances qu'ils détenaient sur des tiers. Les juifs erreront en France vers d'éventuelles terres d'accueil, livrés aux pillards. Nombreux en mourront.

En septembre 1307, quelques jours après l'émission par la chancellerie royale de l'ordre d'arrestation des Templiers (qu'il a probablement rédigé en personne), Nogaret obtient le poste de Garde du Sceau, où il succède à Pierre de Belleperche. Il prépare en secret l'arrestation des Templiers, la destruction du Temple et la confiscation des biens.

La suppression de l'Ordre du Temple[modifier | modifier le code]

Dans ce cadre, il lance une campagne de diffamation pour préparer l'opinion. Le vendredi 13 octobre 1307 (l'opinion gardera en suspicion le vendredi 13), à l'aube, à l'office des Laudes, il fait arrêter, emprisonner, torturer les Templiers. Puis il orchestre leurs procès en joignant dépositions faites sous d'épouvantables tortures, faux témoignages, stipendiés, parfois grotesques.

Le 27 avril 1311, Guillaume de Nogaret obtint de Clément V l'absolution pour les protagonistes du conflit avec Boniface VIII, que Benoît XI lui avait refusée. Il devait en échange, à titre de repentance, s'engager à partir pour la prochaine croisade, et se rendre dans un certain nombre de lieux de pèlerinage en France et en Espagne, mais il ne le fit jamais.

Il est mort en 1313[4] rendant ainsi anachronique la malédiction qu'aurait prononcée sur le bûcher, selon Maurice Druon, le maître de l'Ordre du Temple, Jacques de Molay : « Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu… » puisque Jacques de Molay fut brûlé en 1314, mais cette malédiction pourrait avoir visé Guillaume Humbert, dit « Guillaume de Paris », Grand inquisiteur de France, et confesseur du roi de 1305 à 1314, où il instruisit, de 1307 à 1314 le procès des Templiers[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Minois. Philippe le Bel. Perrin. p. 631
  2. Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand: augmentées d'un essai sur la vie et les ouvrages de l'auteur par Delandine de Saint Esprit, François-René Chateaubriand, F. Didot, 1843, article: v.1, p. 461.
  3. Entre gloire curiale et vie commune : le chapitre cathédral d'Anagni au XIIIe siècle, Pascal Montaubin, Mélanges de l'École française de Rome, no 109-2, 1997, p. 303-442.
  4. Le petit Larousse[réf. incomplète]
  5. (en) Albert Pike, Magnum Opus Or the Great Work, Kíla, Kessinger Publishing,‎ 1992 (ISBN 978-1-56459-245-3), p. 10

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]