Daniel Iffla

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tombe de Daniel Iffla au cimetière de Montmartre.
Pavillon Osiris dans le Domaine du Château de la Malmaison.

Daniel Iffla dit Osiris (1825 à Bordeaux, France - 1907 à Paris) est un financier et un mécène.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille juive marocaine, il fait fortune à Paris dans la banque après avoir commencé dans la société de Jules Mirès et Moïse Polydore Millaud.

Il investit dans les chemins de fer espagnols, ce qui lui vaut d'être décoré de l'ordre d'Isabelle la Catholique.

Il aurait pris le patronyme d'Osiris officiellement en 1861 après avoir été associé à une faillite retentissante.
Il se consacra au mécénat à la mort de son épouse - chrétienne - Léonie Carlier, un an après qu'elle lui eut donné deux enfants.

« Il s'appelait Daniel Iffla mais, par décret impérial, avait ajouté "Osiris" à son patronyme (...). À la Bourse, il était connu de tous simplement comme Osiris. Rue La Bruyère où il possédait cinq hôtels particuliers dont celui où il vivait, on lui donnait avec respect et sympathie du Monsieur Osiris (...). Il était le prototype du mécène moderne doublé d'un homme d'œuvres (...). Son obsession philanthropique procédait à la fois de la tradition juive de la tsedaka (charité), des valeurs républicaines et de l'irrépressible désir d'étaler sa fortune (...). Il fera édifier une statue en l'honneur de Jeanne d'Arc à Nancy, constituera une impressionnante collection de reliques napoléoniennes, léguera une fortune à l'Institut Pasteur, rachètera le domaine de La Tour Blanche (Sauternes) à Bommes, et offrira la Malmaison à l'État à condition qu'on y poursuive le retour du mobilier d'origine et qu'un Pavillon Osiris y présente en permanence sa collection[1]. »

Passionné par Napoléon Ier, en 1896 il achète aux enchères « en souvenir du siège de Toulon auquel son grand'père avait participé[1] », l'ex-maison de campagne de Joséphine de Beauharnais et du général Bonaparte, le château de Malmaison proche de la ruine au domaine démembré, le sauvant ainsi de la démolition; il le fait restaurer par Pierre Humbert, l'offre à l'État français en 1903, et lègue sa collection au musée qui vient d'y être créé. Désapprouvant la conduite de ses nièces, dont l'une est la maîtresse de Claude Debussy, il lègue sa fortune à l'Institut Pasteur (qui, sur la suggestion de la comtesse Greffulhe, relayée par le député Denys Cochin, l'utilise en partie pour la création de l'Institut du Radium[2]) ainsi qu'à des institutions charitables. Inversement, il aurait servi une rente annuelle de 20 000 francs à une de ses cousines, l'actrice Charlotte Augustine Hortense Lejeune (1877-1956), dite Charlotte Lysès, qui devint en 1907 la première épouse et l'agent artistique de Sacha Guitry[3].

Iffla fait construire des synagogues à Paris, rue Buffault[1], à Arcachon, à Bruyères, à Tours, à Vincennes, à Tunis et à Lausanne. À cette dernière ville, il offre aussi une statue de Guillaume Tell (en remerciement aux Suisses pour leur accueil fait à l'armée de Bourbaki en 1871).

Il fit également construire la villa Alexandre Dumas dans la « ville d'hiver » d'Arcachon et est à l'origine de l'école de viticulture et d'œnologie de la Tour Blanche dans le Bordelais.

Il peut aussi être considéré comme le fondateur des premiers « restaurants du cœur » car il lègue à la Ville de Bordeaux 2 millions de francs pour, selon ses propres mots « y créer un asile de jour installé sur un bateau où seront reçus des ouvriers âgés et indigents des deux sexes, sans distinction de culte », « bateau-soupe » qui fonctionna de 1913 à 1940.

« Même dans sa judéité, il était excentrique (...) Il ne ratait pas une occasion de s'opposer au Consistoire israélite, qui dut lui interdire formellement de se faire aménager un caveau monumental. En revanche, quand les rabbins lui refusèrent de marier l'une de ses nièces dans une synagogue, il contourna le problème en en faisant construire une juste pour l'occasion[4]. »

Sa tombe parisienne en marbre blanc est surmontée d'une grande reproduction en bronze du Moïse de Michel-Ange érigé dans la Basilique Saint-Pierre-aux-Liens. (Cimetière Montmartre, division 3, chemin Halévy).

Hommage tardif de l'État français au mécène[modifier | modifier le code]

Le chantier de réouverture du Pavillon Osiris, financé par l'État, a duré de 2003 à 2011; y est désormais présentée la quasi-intégralité de la collection personnelle du mécène dans son salon et son bureau reconstitués.

« En 1898, il avait prévu de laisser une somme d'argent pour construire un petit pavillon à l'entrée du domaine de la Malmaison (qui) devait abriter la collection de son hôtel particulier de la rue Labruyère, à Paris (...) cette seconde donation a été acceptée en 1912, le pavillon ne sera ouvert qu'en 1924 et les collections rapidement remisées (...) Il n'aura pas été un collectionneur d'exception, versant plutôt dans l'éclectisme (...) L'accrochage met en valeur ce savoureux mélange bourgeois entre plats en faïence italienne, vases en cloisonné chinois, statuettes d'Osiris, mobilier XVIIIe, armes et portraits sculptés de grands hommes ou de célébrités de l'époque. La petite collection de peinture ne compte guère de grands noms, seul un Portrait de femme étant généreusement attribué à van Dyck. Les vedettes - Callot, Boucher ou Delacroix... - sont plutôt à rechercher du côte des dessins. »[5]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pierre Assouline, Le dernier des Camondo, Gallimard, 1997, pp.104 à 106
  2. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, Flammarion,‎ 2014 (lire en ligne), pp 156-159
  3. Hervé Lauwick, Sacha Guitry et les femmes, Plon,‎ 1965, pp.114 et 115
  4. Assouline, p.105
  5. Sophie Flouquet, "La Résurrection d'Osiris" ds "Le Journal des Arts" n°347, du 13 au 16 mai 2011, p.8

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Jarrassé, Osiris, mécène juif, nationaliste français. Daniel Iffla (1825-1907). Editions Esthétiques du Divers, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]