Fontaine Wallace

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Une fontaine Wallace à Montmartre, Paris.

Les fontaines Wallace sont des points d’eau potable publics, des fontaines qui se présentent sous la forme de petits édicules en fonte présents dans plusieurs villes dans le monde.

Dessinées par Charles-Auguste Lebourg, elles tiennent leur nom du philanthrope britannique Richard Wallace qui finança leur édification. Elles sont souvent associées par les étrangers à l'image de Paris[1], car c'est dans cette ville qu’elles furent implantées en premier et qu’on en trouve le plus grand nombre.

Contexte[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre de 1870 déclarée par Napoléon III contre la Prusse, Paris connaît des temps très durs. Le rétablissement de la République, l'épisode de la Commune de Paris, les bombardements destructeurs des Prussiens, la défaite cuisante qui laisse l'Alsace-Lorraine à ces derniers, sont autant de bouleversements qui nuisent à la ville.

La reconstruction de la capitale est très rapide, malgré les ravages. En moins de dix ans, elle est transformée : nouveaux bâtiments (Sacré-Cœur), nouveaux boulevards (Raspail, Saint-Germain). La mode est à la philanthropie : les bourgeois fortunés financent de nombreuses « bonnes œuvres » (Croix-Rouge, Armée du salut, Société philanthropique), soit pour entretenir leur réputation, soit le plus souvent de façon anonyme, par charité chrétienne et pour que leur argent serve à soulager la misère[2].

Caricature de 1873 de Sir Richard Wallace en fontaine Wallace[Note 1].

Le commanditaire : Sir Richard Wallace[modifier | modifier le code]

Parmi ces philanthropes, Sir Richard Wallace est l'un des plus éclectiques et des plus discrets.

Ayant hérité de son père une grande fortune en août 1870, il décide d'en faire profiter les Parisiens, ce qui lui vaut une grande popularité. On peut le considérer comme un philanthrope, au sens propre du terme, comme il y en avait beaucoup à l'époque. Son dévouement le pousse à rester dans sa villa parisienne assiégée pour pouvoir être là où on avait besoin de lui, plutôt que de se réfugier dans une de ses luxueuses propriétés.

Il fonde également un hôpital, s'occupe de l'accueil des victimes des bombardements et de la distribution de vivres à la population. Il reste toujours fidèle à sa nation d'adoption, la France, où il repose désormais, au cimetière du Père-Lachaise.

Les fontaines portant son nom comptent parmi ses nombreuses contributions au patrimoine parisien.

Pourquoi des fontaines ?[modifier | modifier le code]

À la suite du siège de Paris et à la Commune, de nombreux aqueducs sont détruits, et le prix de l'eau, déjà élevé, en est considérablement augmenté. De nombreux démunis se trouvent dans l'impossibilité d'en trouver gratuitement.

Dès lors, la tentation des « marchands de vin » est grande chez les indigents, et c'est un devoir moral que de les aider et de leur permettre de ne pas plonger dans l'ivrognerie. Le besoin urgent de ces « brasseries des quatre femmes » est clairement prouvé par la vitesse à laquelle le projet est concrétisé. Encore aujourd'hui, où l'eau et l'hygiène ne sont pas un problème pour la grande majorité des Parisiens, ces fontaines sont souvent les seuls points d'eau gratuits pour des personnes comme les SDF. Riches ou pauvres, tous les passants peuvent s'y désaltérer.

Personnes se désaltérant à une fontaine Wallace à Paris, lors de la revue du 14 juillet 1911.

La philosophie de Wallace est d'aider efficacement et discrètement ceux qui en ont besoin : les fontaines sont la manière d'y parvenir tout en réalisant son souhait d'embellir Paris, sans faire dans le spectaculaire.

Choix de l'emplacement[modifier | modifier le code]

À Paris, le choix de l'emplacement des fontaines est laissé à la ville de Paris. Celles-ci doivent être facilement accessibles au public et s'intégrer de la façon la plus harmonieuse possible dans leur environnement. La plupart sont érigées sur des places ou à l'angle d'une rue. C'est Eugène Belgrand qui est chargé de choisir leur emplacement. Ingénieur hydrologue (directeur des Eaux et Égouts de Paris, il travaille beaucoup avec le préfet Haussmann).

La première fontaine Wallace est installée et mise en eau en août 1872 boulevard de la Villette ; les chroniqueurs de l'époque rapportent qu'un nombre considérable de Parisiens sont présents et tentent de s'en approcher dans une bousculade effrénée[3]. Aucun personnage officiel n'était présent à cette inauguration.

Conception[modifier | modifier le code]

Richard Wallace conçoit lui-même ces fontaines, faites pour allier esthétique et utilité. Elles sont conçues dans le respect d'un strict cahier des charges :

  • la taille : assez grande pour être visible de loin, mais pas trop pour ne pas rompre l'harmonie du paysage ;
  • la forme : à la fois pratique d'utilisation et esthétique ;
  • le prix : abordable pour permettre l'installation de dizaines d'exemplaires ;
  • le matériau utilisé : résistant, facile à travailler, et commode d'entretien.

Les emplacements sont choisis par la mairie, ainsi que la couleur : vert profond, comme tout le mobilier urbain de cette époque, afin d'être discret et en harmonie avec les parcs et allées bordées d'arbres.

Wallace crée quatre modèles différents, de taille et de conception différentes. Le matériau utilisé est la fonte, matériau économique, facile à mouler, robuste, et très utilisé à l'époque. La quasi-totalité de la dépense est prise en charge par Wallace. La ville de Paris participe à hauteur de 1 000 francs pour le grand modèle, et 450 francs pour le modèle mural.

La réalisation des fontaines sera l'œuvre des fonderies du Val d'Osne, situées en Haute-Marne, près de Saint-Dizier, grande région de production de fonte d'art alors. On peut lire sur le socle des plus anciennes fontaines la signature de l'usine. Plus tard, la production (qui se prolonge toujours actuellement) se fera à Sommevoire (Haute-Marne) par la Générale d'hydraulique et de mécanique, Antoine Durenne ayant racheté le Val d'Osne et continuant à produire d'innombrables statues, fontaines et pièces de mobilier urbain.

Le succès des fontaines Wallace engendrera naturellement des copies par des fonderies concurrentes, ce qui explique qu'on trouve des fontaines qui sont « à la manière de », sans être d'authentiques fontaines Wallace.

Souhaitant que son projet se concrétise le plus rapidement possible, Wallace en confie la charge à Charles-Auguste Lebourg, un sculpteur à qui il a déjà fait appel. Ce Nantais améliore les croquis de Wallace, pourtant déjà très précis et réfléchis, pour faire de ces fontaines de véritables œuvres d'art.

Les différents modèles[modifier | modifier le code]

Grand modèle[modifier | modifier le code]

(2,71 m pour 610 kg)

Conçu par Sir Richard Wallace, ce modèle s'inspire de la fontaine des Innocents.

Sur un soubassement de pierre de Hauteville, repose un socle à huit pans sur lequel vient s'ajuster la partie supérieure composée de quatre cariatides se tournant le dos et soutenant à bout de bras un dôme orné d'une pointe, et décoré de dauphins.

Les quatre cariatides
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Les quatre cariatides représentent la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété. Elles sont toutes différentes, soit par la position de leur genou et de leurs pieds, soit par la manière dont leur tunique est nouée au niveau du corsage.

Simplicité et Sobriété ont les yeux fermés ; Bonté et Charité les ont ouverts. Elles représentent également les 4 saisons : Simplicité symbolise le printemps, Charité l'été, Sobriété l'automne et Bonté l'hiver.

Le symbolisme est présent sur les huit faces du soubassement : les 4 plus larges sont décorées d'un trident autour duquel s'enroule un triton et les 4 autres montrent une conque de laquelle s'écoule un chapelet de perles. Conque et perles représentant l'ouïe et la parole. Ces quatre faces plus étroites sont en « excroissance » par rapport aux grandes faces ; de délicats roseaux les ornent latéralement.

L'eau est distribuée en un mince filet depuis le centre du dôme, puis tombe dans une vasque qui est désormais protégée par une grille. Pour faciliter la distribution, deux gobelets en fer étamé retenus par des chaînettes, sont à la disposition du consommateur, restant toujours immergés pour plus de propreté. Ceux-ci sont supprimés en 1952 « par mesure d'hygiène », sur demande du Conseil d'Hygiène Publique de l'ancien département de la Seine[4].


Galerie d’images
Détail d'une fontaine Wallace grand modèle, Paris.
Fontaine Wallace, Avenue d’Ivry, Paris.
Fontaine Wallace à Saint-Sébastien, Espagne.
Fontaine Wallace rue St-Paul à Québec, Canada.
Fontaine Wallace rue Jean-Anouilh, Paris.
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Modèle à colonnettes[modifier | modifier le code]

L'exemplaire à colonnettes de la rue de Rémusat, 16e arrondissement de Paris.

(2,50 m pour un peu plus de 500 kg)

Ce dernier modèle est réalisé par la suite. Les cariatides sont remplacées par des colonnettes pour réduire le coût de fabrication. La forme générale de la fontaine est comparable à celle du grand modèle, bien que le chapiteau ne soit pas aussi pointu, et la partie inférieure plus incurvée. Les quatre faces sont identiques.

Le fabricant est Chappée et fils. Fabriqué en une trentaine d'exemplaires, il n'en reste aujourd'hui que deux à Paris, l'un rue de Rémusat, l'autre avenue des Ternes.

Un exemplaire de cette fontaine existe aussi au cœur des halles de la ville napoléonienne de La Roche-sur-Yon.

Modèle en applique[modifier | modifier le code]

Modèle de fontaine en applique.

(1,96 m pour 300 kg)

Au milieu d'un fronton semi-circulaire, un mascaron sous forme d'une tête d'une naïade déverse un petit filet d'eau qui vient tomber dans une vasque marine reposant entre deux pilastres. Deux gobelets permettaient également d'y boire, mais ils furent retirés au titre de la loi de 1952 citée au paragraphe précédent.

Ce modèle, peu coûteux à installer, devait être multiplié le long des murs des édifices à forte concentration humaine du type hôpitaux, casernes, etc. Cela n'est plus le cas et il ne reste aujourd'hui qu'un seul exemplaire, situé rue Geoffroy-Saint-Hilaire.

Fontaine de petit modèle[modifier | modifier le code]

Fontaine de petit modèle.

(1,32 m pour 130 kg)

Ce sont de simples bornes-fontaines à bouton-poussoir, qu'on peut trouver dans les squares ou les jardins publics, marquées de l’écu parisien (celle installée sur la place des Invalides ne possède pas ces écus).

Ne mesurant que 1,32 m pour une masse de 130 kg, elles sont entièrement financées par la mairie de Paris.

Fontaines Wallace et fontaines dites Wallace[modifier | modifier le code]

Les deux premiers modèles sont conçus et financés par Sir Richard Wallace, d'où leur nom. Les deux autres modèles sont créés dans le même style, et la ressemblance est flagrante, mais elles sont créées à la suite du succès des précédentes.

Cependant, les conceptions plus récentes n'égalent pas celles de Wallace, passionné de la Renaissance. Ainsi, on ne retrouve pas les figures de femmes dans les suivantes, alors que, selon la conception de Wallace, elles font partie de la symbolique omniprésente dans l'art de la Renaissance, qui fait un parallèle entre l'eau et la femme, deux mères, tendres et sensuelles.

Les fontaines aujourd’hui[modifier | modifier le code]

La plupart des fontaines encore présentes dans la ville fonctionnent toujours et distribuent, contrairement à ce que pensent de nombreux passants, de l'eau potable. Elles fonctionnent du 15 mars au 15 novembre (les risques de gel durant les mois d'hiver mettant en péril la plomberie interne), sont régulièrement entretenues et repeintes tous les deux ans.

Elles font partie intégrante du paysage parisien, typique et pittoresque, au même titre que la tour Eiffel ou les poulbots. Au cinéma, un plan sur une fontaine Wallace permet d'indiquer clairement que l'action se déroule à Paris. Ce n'est pas un hasard si Jean-Pierre Jeunet, dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, a baptisé un des personnages Madeleine Wallace : « Elle pleure comme une madeleine, ou comme une fontaine… Wallace ! ». Par ailleurs Georges Brassens, dans sa chanson Le bistrot, envisage comme pensum de s'abreuver à « l'eau de toutes les fontaines Wallace ».

Depuis plus d'un siècle qu'elles sont en place, ces fontaines n'ont quasiment jamais subi la critique et ont été respectées même par les nazis, qui ont pourtant fondu de nombreuses statues parisiennes pour en faire des armes. Cependant, de même que les non moins célèbres colonnes Morris, elles ne sont toujours pas classées monuments historiques.

Dans la première moitié de 2011, trois nouvelles fontaines sont installées dans le 13e arrondissement à l'occasion des travaux de rénovation urbaine de l'arrondissement. Peintes de couleur vives lors de leur installation, elles seront à l'issue des travaux repeintes dans le vert usuel[5].

Emplacements actuels[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Une des fontaines de l'An 2000 à Paris, près de l'église Notre Dame.
Article détaillé : Fontaine Millénaire.

En 2000, la Société anonyme de gestion des eaux de Paris a lancé un concours pour la conception d'un nouveau type de fontaine à boire dans la lignée des fontaines Wallace. Le projet retenu est celui de la société Radi Designers. Trois fontaines, dans un premier temps (2000-2001), ont été installées dans Paris pour un budget d'environ 23 000 €[6]. Une se trouve sur le parvis de Notre-Dame (au coin de la rue d’Arcole), une autre sur la place Saint-Michel, la troisième au centre de la place de la Garenne (dans le 14e arrondissement). Elles sont aussi appelées fontaines de l'an 2000, mais leur généralisation semble avoir été abandonnée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Caricature parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1873.
Références
  1. Jean-Marc Labordière, Haussmann à Paris, Massin, 2012, p. 290
  2. Voir par ex. Catherine Duprat, Usage et pratiques de la philanthropie.
  3. Journal L'Illustration en date du 17 août 1872, intitulé « Les fontaines de Sir Richard Wallace »
  4. Voir la fiche technique.
  5. « De nouvelles fontaines Wallace dans le 13e ! »,‎ 2011
  6. « Conférence de presse du 14 avril 2000 - Mairie de Paris », paris.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Hélène Levadé et Hugues Marcouyeau, Les fontaines de Paris : l'eau pour le plaisir - Paris, 2008 - (ISBN 9782915345056)
  • Roland Montebianco, Sir Richard Wallace : [cet illustre inconnu] - Paris, 2007 - (ISBN 9782841674886)
  • Daniel Rabreau, Paris et ses fontaines - Paris, 1997 - (ISBN 9782905118806)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Général

Liens externes[modifier | modifier le code]