Circulation sanguine

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Répartition des principaux vaisseaux du système circulatoire de l'Homme

La circulation sanguine est un type de système circulatoire en circuit fermé qui assure le transport du sang du cœur vers les extrémités et les divers organes, et en retour, de ceux-ci vers le cœur. La circulation du sang permet le transport et l'échange interne des ressources (notamment les nutriments et le dioxygène) vers les cellules de l'organisme ainsi que la collecte des déchets métaboliques (comme le dioxyde de carbone , l'urée et l'acide urique) qui quittent les cellules.

Historique de sa découverte[modifier | modifier le code]

La relation entre le saignement et la mort a sans doute été mise en évidence très tôt dans l'histoire de l'humanité.

Dans Béreshit, premier livre de la Bible, aussi appelé Genèse dans les traductions en langues européennes, la relation entre le saignement et la mort a été mise en exergue. Ainsi, l'Eternel dit à Caïn qui vient de tuer Abel : "Qu'as-tu fais! le(s) voix des sangs de ton frère crient vers moi de la terre (ch 4 v 10) ".  A Noah après le déluge : "Mais la chair en son âme son sang tu ne mangeras pas; mais vos sangs de vos âmes, je le réclame de la main de tout vivant, je le réclame, et de la main de l'homme, de la main de chacun son frère, je réclame cette âme de l'homme (ch 9 v.4-5). " Au Sinaï pendant l'Exode du peuple hébreu, devenu nation israélite par la révélation à la montagne du Horev à Shavouot (50e jour de la sortie d'Egypte), le Créateur législateur est encore plus précis dans la loi alimentaire : « Car l’animation de la chair est son sang … (Vaïkra ou Lévitique,  ch. 17 v. 14). »

Les Égyptiens avaient identifié le sang comme source de vie et siège de l'âme[1].

Les dissections pratiquées par les médecins grecs de Cos au Ve siècle av. J.-C., dans la lignée d'Hippocrate, sur des animaux égorgés induisent des erreurs de représentation : les artères sont retrouvées vides, on pense donc qu'elles transportent de l'air, tandis que le foie et la rate sont gorgés de sang, ces deux organes sont donc considérés comme des éléments importants du transport du sang. Hérophile, médecin d'Alexandrie du IVe siècle av. J.-C., décrivit le premier la palpation du pouls. C'est à Erasistrate de Keos (320250 av. J.-C.) que l'on doit la première description des valves veineuses[1].

Galien (131-201) fait une description précise du réseau de veines et d'artères à partir de dissection de porcs[2], mais interprète faussement le rôle des organes. Selon lui, le sang est créé dans le foie à partir des aliments, il circule par les veines et va d'une part vers les poumons pour se mélanger à de l'air, d'autre part passe du ventricule droit au ventricule gauche par la paroi poreuse où il prélève la chaleur qu'il redistribue dans le corps ; arrivé aux extrémités du corps, le sang est consommé et ressort sous forme de transpiration[1].

Les médecins musulmans traduisent les traités de médecine égyptiens découverts lors de l'invasion de l'Égypte au VIIe siècle, dont le traité de Galien sur la circulation (traduit par Averroès). À partir du Xe siècle, ils décrivent de nombreuses maladies cardiovasculaires (thrombose et collapsus pour Avicenne, péricardite pour Avenzoar). Ibn Al-Nafis, le père de la physiologie fait partie des autres précurseurs de la dissection humaine. En 1242 il a été le premier à décrire la circulation pulmonaire, les artères coronaires et la circulation capillaire qui forment la base du système circulatoire. En 1543, Andreas Vesalius publie ses travaux De humani corporis fabrica[3],[4] dans lesquels la théorie phisiologique de Galien fut adaptée à ses nouvelles observations[5]. La théorie de Galien sur la Physiologie du Système circulatoire a été renversée en 1551 quand Amato Lusitano (João Rodrigues de Castelo Branco, 1511-1568), médecin portugais, travaillant en Italie, a décrit la circulation du sang dans son ouvrage de sept volumes Curationum Medicinalium Centuriæ Septem en 1551 (la 1re édition) et pour la première fois a constaté que les veines avaient des valvules qui obligeaient le sang à retourner vers le cœur[6]. Cette découverte renverse ce qui était admis depuis Galien, qui disait que le sang sortait du cœur par les artères et les veines et n'y retournait pas. Au XVIe siècle, Michel Servet (espagnol) décrit la circulation pulmonaire, d'abord en 1546[7],[8], puis publié en 1553. Ce fait n'était pas connu par la société, car il a été publié dans un traité de théologie considéré comme hérétique, et à seulement trois exemplaires survivre.

L'italien Realdo Colombo est un des premiers à décrire parfaitement la circulation pulmonaire. C'est Andrea Cesalpino (1519-1603) qui utilise le premier le terme de « circulation » et qui en attribue le rôle au cœur, alors que l'on pensait jusqu'ici que le mouvement du sang dépendait de la pulsation des artères. Finalement William Harvey (1578-1657), élève de Fabrice d'Acquapendente (1537-1619), fait la première description complète du système circulatoire, dans son ouvrage Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in animalibus de 1628. Il décrit notamment le sens de circulation et le rôle exact des valvules veineuses, et établit que la circulation est importante (plusieurs litres par minute) alors qu'on la croyait au goutte-à-goutte. L'idée première en reviendrait à Walter Warner[9]. Marcello Malpighi identifie pour la première fois les capillaires au microscope en 1661.

L'œuvre d'Ibn Al-Nafis reste ignorée jusqu'en 1924 lorsque le Dr Al-Tatawi, médecin égyptien résidant en Allemagne, retrouve la traduction d'Andrea Alpago dans la Librairie nationale de Berlin[1].

L'idée du cœur comme pompe et moteur de la circulation sanguine a encore été mise en doute à l'époque contemporaine, notamment par le cardiologue Leon Manteuffel-Szoege[10].

Principes[modifier | modifier le code]

La circulation sanguine a pour fonction d'apporter aux différentes cellules les nutriments et le dioxygène dont elles ont besoin et d'éliminer leurs déchets comme le dioxyde de carbone. Cette circulation continue fonctionne grâce à des vaisseaux sanguins et une pompe : le cœur. On appelle artères les vaisseaux contenant du sang qui quitte le cœur vers les tissus tandis que les veines apportent le sang des tissus vers le cœur.

Grande et petite circulation[modifier | modifier le code]

On distingue la circulation systémique (grande circulation), dont le rôle est de recharger les muscles et organes en dioxygène et en nutriments et la circulation pulmonaire (petite circulation) dont le rôle est d'assurer la ré-oxygénation du sang par les poumons et l'élimination par ceux-ci du dioxyde de carbone (Hématose).

Dans la grande circulation, le ventricule gauche du cœur expulse le sang via l'artère aorte vers les capillaires des différents organes où s'effectuent divers échanges. L'aorte est une artère élastique et épaisse capable de résister aux hautes pressions lors de la contraction cardiaque. Son élasticité contribue à la restitution d'un débit continu alors que les contractions cardiaques sont discontinues. Le sang est ensuite ramené au cœur droit via les veines caves supérieure et inférieure.

Dans la petite circulation, le ventricule droit du cœur propulse le sang via l'artère pulmonaire vers les poumons. Le ventricule droit est moins épais que le gauche car il doit seulement assurer la vascularisation d'une partie restreinte du corps.

Ainsi dans la circulation systémique, les artères apportent du sang oxygéné aux tissus et les veines ramènent du sang appauvri en oxygène vers le cœur. Alors que dans la circulation pulmonaire, les artères pulmonaires transportent du sang pauvre en oxygène et les veines pulmonaires du sang riche en oxygène.

Retour veineux[modifier | modifier le code]

Les veines profondes et superficielles sont équipées de valvules. Ces « clapets », disposés tous les quatre à cinq centimètres, imposent un sens unique de circulation du sang, et empêchent le reflux.

L'aspiration du sang des pieds vers le cœur est le résultat de plusieurs mécanismes. Ainsi, la compression de la voûte plantaire, la contraction des muscles des mollets et des cuisses chassent le sang vers le haut. Les mouvements respiratoires facilitent également le travail en diminuant la pression au sein du thorax lors de chaque inspiration. C'est pourquoi la marche et l'exercice physique permettent de limiter les risques d'insuffisance veineuse.

Invertébrés[modifier | modifier le code]

Spongiaires[modifier | modifier le code]

Les éponges, qui appartiennent à l'embranchement des spongiaires ou porifères, n'ont pas de véritables tissus et ni d'organes, elles sont également dépourvues de système vasculaire. Le corps d'une éponge ressemble à un sac percé de pores d'où le nom "poriferia" qui veut dire en latin " qui porte de pores". Grâce à ces pores inhalants, l'eau peut pénétrer à l'intérieur d'une cavité centrale nommé spongocoele. L'eau ressort ensuite par une ouverture plus grande appelée oscule. Les éponges sont caractérisées par la présence des choanocytes. Le choanocyte est une cellule qui est dotée d'une collerette et d'un flagelle qui assure la circulation de l'eau et l'absorption des particules nutritives dans la cavité centrale des spongiaires.

Cnidaires[modifier | modifier le code]

Les cnidaires sont dépourvus de système vasculaire. Ils ont l'aspect d'un sac renfermant un compartiment digestif central appelé la cavité gastrovasculaire (qui a rapport aux vaisseau et à l'estomac). La cavité gastrovasculaire est une innovation évolutive par rapport aux éponges. Cette cavité a une seule ouverture servant à la fois de bouche et d'anus. En fait les cnidaires dépendent principalement de la diffusion pour obtenir l'oxygène dont ils ont besoin, car leur corps est formé de deux couches de cellules, l'une étant à l'extérieur appelé épiderme et l'autre étant enveloppé sur la cavité gastrovasculaire appelé gastroderme. Le contenu de la cavité gastrovasculaire doit être renouvelé en gaz et en nutriments. Pour ce faire l'organisme va "aspirer" les éléments puis les "recracher" à travers la membrane.

Plathelminthes ou vers plats[modifier | modifier le code]

Les plathelminthes sont dépourvus de système circulatoire. Contrairement aux animaux radiaires, les vers plats et les autres bilatériens sont triploblastiques. L'un des feuillets embryonnaires, le mésoderme permet la formation d'organes plus complexes, de systèmes d'organes et de vrais muscles. Cependant ils n'ont pas de cavité générale interne, autrement dit de cœlome. Les échanges se font par diffusion. Cette diffusion se fait grâce aux déplacements de l'animal qui agite les fluides interstitiels. Par contre, il existe des cellules spécialisées qui forment l'appareil excréteur.

Les vers ronds[modifier | modifier le code]

Le corps cylindrique des némathelminthes n'est pas segmenté. Les vers ronds sont revêtus d'un exosquelette appelé cuticule. Ils possèdent un tube digestif complet mais pas de système cardiovasculaire. Le liquide qui circule dans leur pseudocœlome (cavité corporelle recouverte de mésoderme) apporte des nutriments à toutes les cellules du corps. La respiration se fait par diffusion au travers de pores qui percent la cuticule imperméable.

Annélides[modifier | modifier le code]

Les annélidés tels le lombric possèdent un système circulatoire fermé; la circulation sanguine est assurée par la contractilité de certains vaisseaux et par des « cœurs » comportant des valvules et une seule cavité.

Mollusques[modifier | modifier le code]

Le corps des mollusques se compose en trois parties essentielles:

  • Un pied musculeux servant habituellement au mouvement.
  • Une masse viscérale contenant la plupart des organes internes.
  • Un manteau qui secrète la coquille et recouvre la masse viscérale.

Le prolongement de ce manteau forme un compartiment rempli d'eau appelé cavité palléale, dans lequel se trouvent les branchies, l'anus et les pores excréteurs. La cavité palléale a un rôle important : la circulation permanente de l'eau. Cette circulation permet d'apporter de l'oxygène aux branchies et d'éliminer tous les déchets. Quand l'eau transporte l'oxygène et la nourriture, l'eau pénètre dans la cavité palléale par une ouverture appelé siphon inhalant. Après être passée au-dessus des branchies, l'eau transporte maintenant le gaz carbonique et les déchets qui cette fois-ci ressortent par le siphon exhalant.

Vertébrés[modifier | modifier le code]

Poissons[modifier | modifier le code]

Le cœur des poissons est constitué d'une oreillette et d'un ventricule disposés en série. Le sang traverse 2 lits capillaires, un dans les branchies pour échanger les gaz (capillaires branchiaux) et l'autre dans le restant du corps (capillaires systémiques)[11].

Amphibiens[modifier | modifier le code]

La circulation sanguine des amphibiens est close, avec un cœur possédant deux oreillettes et un ventricule. Ainsi, il y a tout de même un mélange entre le sang oxygéné et le sang désoxygéné.

Reptiles[modifier | modifier le code]

La circulation sanguine des reptiles est double, composée d'un petit circuit capturant l'oxygène au niveau pulmonaire, puis d'un grand circuit le distribuant à l'ensemble des organes. Elle est incomplète; le cœur, n'étant pas totalement cloisonné, permet un mélange entre le sang artériel oxygéné et le sang veineux riche en dioxyde de carbone, (sauf chez les crocodiles qui possèdent une circulation complète). Les reptiles ont une circulation double, incomplète et fermée. Ils ont aussi deux oreillettes et un ventricule [12].

Mammifères et oiseaux[modifier | modifier le code]

La circulation sanguine chez l'oiseau et les mammifères (dont l'homme) implique un cœur ayant deux oreillettes et deux ventricules, ce qui permet alors une séparation entre le sang oxygéné et le sang désoxygéné. La circulation des mammifères est identique à celle de l'homme.

Maladies et accidents[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d L'hypertension artérielle aujourd'hui, Elie Arié, éd. Les Asclépiades, coll. Docteur, dites-moi tout !
  2. Serné, C. Médecine à Rome, Lamberte ed., P23, 2001
  3. (la) Andreas Vesalius, De humani corporis fabrica, Libri VII, Bâle, Suisse, Johannes Oporinus,‎ 1543 (lire en ligne)
  4. O'Malley, C., Andreas Vesalius of Brussels, 1514–1564, Berkeley: University of California Press
  5. Siraisi, Nancy G., (1991) Girolamo Cardano and the Art of Medical Narrative, Journal of the History of Ideas. p. 587–88.
  6. Amatus Lusitanus discovered valves in veins and arteries; by David Hashavit, citation: "Il y a des bases pour affirmer que c'est le Docteur Amato Lusitano qui, pour la première fois a découvert la "circulation sanguine"
  7. González Echeverría, Francisco Javier “The discovery of Lesser Circulation and Michael Servetus's Galenism” & "Medicine, Philosophy, Repression and Present"(2012) in: 43th Congress of the International de La Société Internationale d'Histoire de la Médecine. Programme Book, Padua-Albano Terme (Italy) 12-16 September 2012, p.35 & 66. pdf
  8. Michel Servet Recherche Site Web avec des images toutes les œuvres de Miguel Servet. Comprend le manuscrit de Paris, la première description européenne de fluidité pulmonaire en 1546
  9. Thomas Hearne ; ,John Aubrey : Letters written by eminent persons in the seventeenth and eighteenth publiées chez Longman, Hurst, Rees, Orme, and Brown, (1813 ) page 578
  10. (de)Leon Manteuffel-Szoege, Über die Bewegung des Blutes, Freies Geistesleben, 1977, ISBN 3-7725-0113-3 et ISBN 978-3-7725-0113-5
  11. Neil A. Campbell et Jane B. Reece, Biologie, traduit par Richard Mathieu, Éd. Éditions du Renouveau Pédagogique Inc., Saint-Laurent (Québec), 3 mars 2004, 1400 pages, ISBN 2-7613-1379-8.
  12. Simone Bertrand-Renauld, S. Bertrand, J. Mols, Je construis mes apprentissages en sciences: au premier degré, De Boeck Education,‎ 2004, 384 p. (ISBN 2804137813, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Boustani, La Circulation du sang: entre Orient et Occident : l’histoire d’une découverte, Philippe Rey, 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]