Valence (linguistique)

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La valence est un trait syntaxique concernant principalement les verbes mais aussi quelques noms et adjectifs. On nomme valence d'un tel terme le nombre d'actants qu'il peut recevoir ou qu'il doit recevoir pour être saturé, c'est-à-dire fournir un syntagme grammaticalement correct.

La valence chez Tesnière[modifier | modifier le code]

La théorie de la valence a surtout été développée par le linguiste français Lucien Tesnière. Dans sa terminologie valencielle, le sujet est dénommé prime actant, le COD second actant et le COI tiers actant ; Tesnière reprend ici le schéma de la phrase canonique.

Valence verbale[modifier | modifier le code]

Par exemple, le verbe dormir est monovalent, il a une valence 1. En effet, dans « Je dors », le verbe dormir n'est syntaxiquement rattaché qu'au sujet je.

En revanche, le verbe manger est bivalent (valence 2). En effet, on mange quelque chose : ce verbe a un sujet et un complément.

Quant au verbe donner, il est trivalent. En effet, on donne quelque chose à quelqu'un : ce verbe est rattaché syntaxiquement à un sujet, un COD et un COI.

Il existe quelques verbes quadrivalents en français, notamment :

  • le verbe traduire : « on traduit des paroles d'une langue vers une autre ». Le verbe est rattaché à un sujet, un COD et deux COI.
  • le verbe acheter : « Il lui a acheté sa maison 50000 euros. »

Enfin il existe des verbes sans actant, dont la valence est nulle (ou à valence zéro) : il s'agit, en français, des verbes impersonnels comme il pleut, il vente, etc. Ces verbes sont dits avalents. Cependant, il existe des langues où les verbes impersonnels ne sont pas tous avalents, comme le latin : me pudet alicuius (litt. « il y a de la honte en moi à propos de quelque chose », d'où « j'ai honte de quelque chose »), où le verbe pudet n'a pas de sujet, mais a deux compléments objets.

Valence des noms et des adjectifs[modifier | modifier le code]

Valence des noms[modifier | modifier le code]

Certains noms sont en réalité des nominalisations d'actions verbales. La notion de valence leur est donc applicable.

Ainsi, de même que dans la proposition « Cette loi s'applique à d'autres cas. », on constate que le verbe s'appliquer est divalent, ayant un sujet et un complément d'objet, de la même manière, dans le GN prédicatif « L'application de cette loi à d'autres cas.. », le nom prédicatif application est divalent.

Autre exemple : dans « La Grèce a été envahie par les Barbares. » on remarque que le verbe envahir est divalent puisqu'il a un sujet (agent) et un complément d'objet, ou encore, au passif, un sujet (patient) et un complément d'agent ; donc si l'on prend la structure nominalisée « L'invasion de la Grèce par les Barbares... », alors on peut dire que le nom prédicatif invasion est divalent, ayant à la fois un sujet et un complément d'agent.

Valence des adjectifs[modifier | modifier le code]

Certains adjectifs ont une valence non nulle et un complément appelé complément de l'adjectif : dans « Il est différent de moi », de moi est complément de l'adjectif différent. Certains adjectifs n'ont pas besoin d'un complément pour être utilisés, voire ne peuvent pas en avoir : rond, confortable, idiot.

En aucun cas la valence de l'adjectif ne modifie la valence du verbe de la phrase.

Le complément est introduit par les prépositions à, de, pour, contre, envers, avec, en :

  • Il est las de tout.
  • Il est semblable à lui-même.
  • Il est furieux contre son professeur.
  • Il est généreux envers ses parents.
  • Il est taillé pour la lutte.
  • Il est aimable avec tout le monde.
  • Il est fort en latin.

Compléments essentiels et compléments non essentiels[modifier | modifier le code]

La valence d'un verbe est déterminée une fois pour toutes par le sens qui lui est donné dans un dictionnaire.

Ainsi, on peut rattacher au verbe dormir un complément circonstanciel (« je dors dans mon lit »), il n'en reste pas moins monovalent, car le complément circonstanciel n'est pas un complément essentiel.

Inversement, on peut utiliser le verbe traduire avec un seul complément : « Je traduis le polonais », au sens de « mon métier est traducteur de polonais ». Le verbe traduire n'en reste pas moins quadrivalent, car cette quadrivalence lui est essentielle, même si elle est parfois sous-entendue : « je traduis (des textes) du polonais (vers une autre langue) ».

Modification de la valence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : transitivité (grammaire).

Le verbe parler peut être monovalent : « il parle », ou bien bivalent, « il parle à Jean » (deux actants, le sujet-acteur il et le bénéficiaire-objet indirect Jean), au moyen un changement du sens contextuel, non nucléaire, du verbe. Ce verbe parler peut changer de valence avec un changement de sens presque imperceptible. Beaucoup de verbes changent de valence avec plus ou moins de modification de sens :

Par exemple, le verbe monovalent vivre devient bivalent dans « il vit sa vie », par restriction du sens du verbe vivre.

Inversement, le verbe trivalent donner devient monovalent par extension de son sens dans « j'ai déjà donné ».

Enfin, certains verbes ne peuvent changer de valence sans agrammaticalité : c'est le cas des verbes qui apportent peu d'informations sur la situation, comme faire : « je fais quelque chose », et non « *je fais ».

D'autre part, la périphrase verbale actantielle (se) faire + infinitif modifie systématiquement la valence d'un degré supplémentaire en ajoutant un actant de plus dans le procès verbal initial. Ainsi, un verbe avalent devient monovalent : « il pleut », « ce dieu fait pleuvoir la foudre », un verbe monovalent devient bivalent : « Pierre dort », « j'essaye de faire dormir Pierre », « il est tombé dans le fossé », « je le fais tomber dans le fossé », un verbe bivalent devient trivalent : « j'aime Vivaldi », « je fais aimer Vivaldi à mon épouse », un verbe trivalent devient quadrivalent : « il a acheté un cadeau à Marie », « il a fait acheter un cadeau à Marie par son domestique », « Lucien s'offre un cadeau », « Lucien se fait offrir un cadeau par une amie ».

Toutes les langues ne permettent pas de tels changements de valence.

La valence n'est pas une règle absolue. Pour des raisons stylistiques, un écrivain par exemple peut parfaitement « transgresser » la valence habituelle d'un verbe. Nul ne reprochera à Baudelaire l'agrammaticalité de :

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse (...)[1]

Valence des verbes attributifs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Fleurs du mal

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]