Célibat

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« Célibataire » : Gravure américaine de 1846 montrant un jeune homme seul dans sa chambre tenant mélancoliquement une gravure intitulée « Mariés » où figure un couple avec trois enfants.

Le célibat est l'état d'une personne qui est en âge de vivre en couple ou d’être mariée mais qui n'a pas de conjoint dans sa vie amoureuse et sexuelle. En général, on considère que le célibat ne s’applique pas aux personnes veuves. Le célibat peut inclure ou exclure, selon les cas, les personnes mariées (séparées ou non) et les divorcés qui ne cohabitent pas avec un conjoint.

En démographie, le célibat désigne en général la situation d'une personne qui n’a jamais été mariée, reflétant un concept notablement différent de celui du langage courant et de celui des sociologues.

Les sexologues font une distinction entre la chasteté et le célibat, ce dernier étant considéré comme le refus de toute activité sexuelle avec un ou une partenaire, sans toutefois exclure les pratiques sexuelles telle que la masturbation. Un célibat chaste, en revanche, interdit toute activité sexuelle quelle qu'elle soit.

En démographie[modifier | modifier le code]

En démographie, le célibat est un état matrimonial légal, c’est-à-dire la situation conjugale d’une personne au regard de la loi[1]. Les démographes soit considèrent que les enfants sont « célibataires »[2], soit restreignent l’analyse au-delà d’un âge minimal (15 ans dans les pays développés, 12 ans ou même moins dans certains pays).

La définition du célibat dépend ainsi des autres situations reconnues. Si seules sont reconnues les situations de célibataire, marié, divorcé et veuf (en distinguant éventuellement les personnes mariées mais séparées), les célibataires seront les personnes qui n’ont jamais été mariées[3]. Les célibataires incluent alors les personnes qui vivent en union libre (concubinage), mais ne sont ni divorcé(e)s ni veufs ou veuves ; ou sont liées par une union civile autre que le mariage (comme le pacs en France) et qui n’ont jamais été mariées.

Ne seront pas considérées comme célibataires :

  • les personnes mariées mais ne cohabitant pas avec leur conjoint, qu’elles soient ou non séparées ;
  • les personnes liées par une union civile (pacs en France) mais ayant déjà été mariées (personnes divorcées ou veuves)
  • les veufs et veuves.

En raison de la rareté des mariages aux âges élevés, les démographes considèrent parfois que les personnes au-delà d’un certain âge (à partir de 50 ans en France) entrent dans un célibat définitif[4].

La définition usuelle du célibat en démographie, qui est à la base des mesures de primo-nuptialité, repose ainsi sur la législation du pays à un moment donné, ce qui pose des problèmes de comparabilité internationale des données. Elle diffère aussi notablement de la définition sociologique[5], mais les démographes développent également des classifications de situations conjugales plus fines en distinguant plusieurs catégories de célibataires.

Causes[modifier | modifier le code]

Selon Charles Maccio[6],[7], les causes du célibat peuvent être autant sociales que personnelles.

Causes sociales[modifier | modifier le code]

Le célibat existe dans la mesure où la société a atteint un certain niveau d'évolution qui permette à la femme de s'affranchir et de ne pas dépendre de la protection d'un mari :

  • démographie : dans certaines sociétés – pour des raisons particulières dont la guerre – le nombre de femmes excède celui des hommes ;
  • famille : certains se sentent obligés de s'occuper de leurs vieux parents et ne veulent pas que cette disponibilité pèse sur un conjoint ;
  • profession : les contraintes d'environnement, de disponibilité horaire ou d'éloignement sont trop fortes (agriculteurs, marins, infirmiers, assistantes sociales, etc.) ;
  • religion : elle peut pousser à rester disponible pour mieux répondre ou servir les sollicitations du monde extérieur ;
  • patriarcat : souhait de ne pas voir tous ses enfants se marier pour ne pas diviser ce qui reviendra à l'ainé ou celui qui a été « choisi » ;
  • peur de la mésalliance: phénomène qui voit des personnes ne pas vouloir se marier avec quelqu'un « d'autre » (étranger, classe, religion, etc.) ;
  • mère célibataire : comportement voulu ou subi, à titre de défense personnelle ou du ou des enfants à charge.

Causes personnelles[modifier | modifier le code]

Selon Charles Maccio, il ne s'agit pas de réduire le problème du célibat à une classification, mais le constat de certaines distinctions peut favoriser une meilleure compréhension du phénomène[6] :

  • célibat de ceux qui sont marginalisés et prisonniers d'une situation personnelle difficile ou stigmatisante (homosexuel(le)s, prostitué(e)s) ;
  • célibat de répulsion : peur de l'autre sexe ou de la maternité/ paternité ;
  • célibat de démission : peur de ne pas être « à la hauteur », de s'engager, manque de confiance en soi ;
  • célibat par défaut : manque de réussite dans les quêtes amoureuses, timidité, ou rejet systématique de soi par l'autre sexe, ce type de célibat n'est pas forcément souhaité.
  • célibat de résignation : n'ayant pas trouvé le « partenaire idéal », souvent fantasmé, un certain ressentiment s'exprime contre l'autre sexe ou contre les couples mariés ;
  • célibat d'acceptation : il résulte d'une évolution depuis la résignation au projet volontaire d'en tirer le meilleur parti de vie ;
  • célibat de vocation : par un effort de sublimation, on choisit librement de mobiliser toute son énergie vers d'autres fins, en étant plus disponible.

En religion[modifier | modifier le code]

La vision qu'ont les religions sur le célibat dépend des plusieurs raisons: la position de chacune au sujet du mariage, des relations charnelles, ou parfois, des raisons pratiques d'opportunité et/ou d'exemplarité.

Pour les patriarches, puis les juifs sous la loi de Moïse, ne pas avoir d'enfant était une calamité (Voyez Sara, Hannah...)[non neutre]

Catholicisme[modifier | modifier le code]

L'abstinence sexuelle semble avoir été encouragée très tôt chez les clercs, et notamment les évêques, sans toutefois exclure la possibilité du mariage des prêtres : il existe ainsi un certain nombre d'exemples historiques d'évêques mariés aux premiers siècles de l'église. L'idéologie de la virginité, exaltée par Ambroise de Milan et Saint Jérôme au IVe siècle et fortement influencée par le courant philosophique néoplatonicien de Plotin, s'appuie sur une interprétation stricte de la phrase de Saint Paul dans l'Épître aux Romains : « ... ceux qui sont dans la chair[8] ne peuvent plaire à Dieu » (Rm 8, 5-10).

La première prescription connue en la matière est un canon du Concile d'Elvire, tenu en Espagne, vers 306 : « Les évêques, prêtres, diacres et autres personnes occupant un ministère doivent s'abstenir totalement de rapports sexuels avec leur femme et de procréer des enfants. Quiconque désobéirait serait exclu de sa position. »[9]. Cette directive est étendue lorsque le premier concile œcuménique, le concile de Nicée, en 325, prescrit dans son 3e canon : « Le grand concile a défendu absolument aux évêques, aux prêtres et aux diacres, et en un mot à tous les membres du clergé, d'avoir avec eux une sœur-compagne, à moins que ce ne fût une mère, une sœur, une tante, ou enfin les seules personnes qui échappent à tout soupçon[10]. »

Le célibat ecclésiastique a ensuite connu une évolution différente dans les églises d'Orient et d'Occident : « Le célibat ecclésiastique qui, du Ier au IVe siècle, avait été en honneur sans être obligatoire, tomba du IVe au XIIe siècle sous le coup de lois très précises et beaucoup plus rigoureuses en Occident qu’en Orient : tout l’Occident reste en effet très ferme à proclamer que les évêques, prêtres et diacres mariés doivent s’abstenir de tous rapports conjugaux. Le mariage est interdit aux Clercs déjà engagés dans les ordres »[11].

Ainsi le célibat des prêtres est une décision d'ordre disciplinaire influencée par le néoplatonisme et le stoïcisme, propre au catholicisme de rite latin, et non doctrinale. Au contraire, dans les églises catholiques orientales, des hommes mariés peuvent être ordonnés prêtres (mais pas évêques ; en outre, les prêtres des Églises orientales, catholiques ou orthodoxes, ne peuvent se marier, ou se remarier s'ils deviennent veufs).

Les prêtres catholiques de rite latin s'engagent volontairement à conserver le célibat. Au XIe siècle, le mariage des prêtres est encore la norme jusqu'à la réforme grégorienne qui veut relever le niveau spirituel du clergé séculier en leur appliquant l'idéal monastique, ce qui passe par l'interdiction du nicolaïsme. Cette réforme est difficile à mettre en œuvre : dans plusieurs pays européens à la fin du Moyen Âge, on trouve encore plus de 50 % de prêtres vivant maritalement[12]. Le deuxième concile du Latran prend un décret en 1132 interdisant d'ordonner des hommes mariés. Les canons 6, 7 et 11 de 1139[13] précisent que si des prêtres ou des religieux sont mariés, ce mariage est déclaré nul (c'est-à-dire invalide et non plus seulement illicite). Les canons de Latran II statuent aussi que les prêtres ne doivent jamais cohabiter avec des femmes, sauf s'il s'agit de leur mère, leur tante, leur sœur ou « une servante ayant atteint l'âge canonique[14] ». Ce décret n'a pas qu'un but spirituel et théologique mais aussi financier : le développement de la féodalité à la suite du démembrement de l'Empire romain d'Occident touche aussi l'Église dans la mesure où l'existence de prêtres de père en fils risquait d'aboutir à une appropriation par ces familles sacerdotales des biens de l'Église car à tout office (fonction ecclésiastique) correspondait un bénéfice (revenus substantiels selon les paroisses). Le concile de Latran II évite ainsi la patrimonialisation privée des biens de l'Église mais a pour conséquence de chasser des presbytères plusieurs femmes qui se retrouvent sur les routes en tant que « prostituées » (comme le montre l'histoire de Robert d'Arbrissel). Alors que certaines tombent dans l'esclavage, le palais du Vatican en recueille de nombreuses qui y deviennent servantes. Ces mesures sont cependant peu efficaces[15], si bien qu'en 1074, le synode du Latran condamne de nouveau les prêtres concubinaires qui sont interdits de célébration de messe et en 1075, Grégoire VII excommunie plusieurs évêques ou archevêques. Les siècles suivants, cette politique stricte se relâche, appliquant l'adage Si non caste, tamen caute (it), « si tu ne peux vivre chastement, fais preuve au moins de prudence » (scholie du traité Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum) qui montre que les évêques ferment les yeux lorsque leurs prêtres concubinaires se montrent discrets. La publication des bans instaurée par le IVe concile du Latran en 1215 rend tout mariage secret invalide, si bien que le mariage des prêtres disparaît progressivement au bénéfice du concubinage. Jusqu'au XIVe siècle, les clercs des ordres mineurs pouvaient être mariés, bien que la bigamie cléricale leur soit interdite : ils ne pouvaient pas se remarier s'ils étaient veufs, ni se marier avec une veuve. Après le Concile de Trente, les ordres mineurs de l'Église catholique furent supprimés (seulement pour le rite latin) dans leur caractère autonome, étant vus comme des préambules à l'ordination presbytérale. Suivant le Concile Vatican II l'Église catholique rétablit (toujours pour le rite latin), par le Motu proprio du pape Paul VI « Sacrum Diaconatus Ordinem », le diaconat permanent ainsi que l'ordination au diaconat des hommes mariés. Ainsi un diacre catholique peut être marié (avant de recevoir l'ordination diaconale) mais il s'engage à ne pas se remarier en cas de veuvage. Si un ministre anglican ou épiscopalien décide d'entrer en pleine communion avec l'église catholique, avec une licence spéciale papale il peut être ordonné prêtre même s'il est marié.

Dans les Églises catholiques orientales, les hommes mariés peuvent être ordonnés prêtres, suivant les mêmes règles que les diacres dans le rite latin : en cas de veuvage, ils s'engagent à ne pas se remarier. Il n'y a donc pas de mariage des prêtres à proprement parler puisque aucun homme une fois ordonné prêtre n'a le droit de se marier (et encore moins d'entretenir des relations hors mariage).

Le pape Benoît XVI justifie ainsi le célibat des prêtres dans l'église catholique : « Le dévouement qui conforme le prêtre au Christ et l’offrande exclusive de lui-même pour le Règne de Dieu trouvent une expression particulière. Le fait que le Christ lui-même Fils de Dieu par Nature, ait vécu sa mission jusqu’au Sacrifice de la croix dans l’état de virginité constitue le point de référence sûr pour recueillir le sens de la tradition de l’Église latine sur cette question. Il n’est donc pas suffisant de comprendre le célibat sacerdotal en termes purement fonctionnels. En réalité, il est une conformation particulière au style de vie du Christ lui-même »[16].

Islam[modifier | modifier le code]

Les imams et les savants ne sont pas soumis au célibat. L'Islam recommande même fortement de se marier afin de trouver une paix intérieure (Sourate 30 verset 21), et afin d'éviter toute tentation à la fornication (acte sexuel hors mariage)[17].

Orthodoxie[modifier | modifier le code]

La discipline du clergé est fixée par le concile Concile in Trullo en 691 et qui est toujours en vigueur. Dans le monde orthodoxe (comme dans les églises catholiques orientales), on peut ordonner prêtre un homme déjà marié (par contre, on ne peut se marier après l'ordination). Les popes peuvent être mariés mais les évêques sont choisis parmi les moines et sont donc célibataires.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Les pasteurs protestants ne sont pas soumis au célibat, et peuvent donc se marier.

Antoine Firn est le premier prêtre de Strasbourg qui se maria. La bénédiction nuptiale eut lieu le 9 novembre 1523 dans la Cathédrale. Firn fut le premier d'entre les prêtres, passés à la Réforme, qui dit la messe en langue allemande. Il mourut en 1530 comme pasteur de Saint-Nicolas de Strasbourg[18].

Débats[modifier | modifier le code]

Phénomènes sociaux[modifier | modifier le code]

Vision[modifier | modifier le code]

Période faste où les personnes de chaque sexe peuvent pratiquer l'amour libre sans aucune réelle implication sentimentale et sans aucune contrainte existant chez les couples mariés ou engagés[réf. souhaitée].

Sociétés traditionnelles[modifier | modifier le code]

Sociétés modernes[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

Mères célibataires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Insee « État matrimonial légal » ; Ined « État matrimonial (légal) ».
  2. Insee « Enfant (au sens des enquêtes auprès des ménages) » ; Insee [http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/enfant-recensement.htm « Enfant d'une famille (recensement de la population) »..
  3. Ined « Célibat » « Célibat : Condition d'une personne n'ayant jamais été mariée, qui ne doit pas être confondue avec la condition des personnes qui ne vivent pas en couple ».
  4. Ined « Célibat définitif »
  5. Les démographes anglophones utilisent le terme « never married » (mais aussi le terme « single ») pour éviter la confusion avec « celibate ».
  6. a et b Pour une éducation de la Liberté, Chronique sociale de France, Edit du cerf? Paris 1978
  7. Cours de Joseph Folliet à la Semaine sociale de Bordeaux en 1957
  8. Les exégètes ont une interprétation plus large : la caro, la chair, ne désigne pas simplement la vie charnelle mais symbolise chez Saint Paul toutes les tendances mauvaises de l'homme.
  9. (en) The Council of Elvira, ca. 306
  10. Canons du Concile
  11. Odette Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Cerf, 1989, p. 265
  12. André Vauchez, « L'Église et le mariage des prêtres », dans L'Histoire no 185, p. 56-63
  13. Canons du IIe concile de Latran
  14. Estimé à 50 ans à l'époque alors que l'espérance de vie est de 35 ans.
  15. Les « visites pastorales » des évêques dans les paroisses montrent des taux de prêtres concubinaires pouvant monter à 15 voire 40 % selon les régions et époques. Source : André Vauchez, op. cité
  16. Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, voir le texte sur le site du Vatican.
  17. http://www.doctrine-malikite.fr/forum/Le-Mariage-est-il-une-obligation-divine-ou-bien-une-sounnah_m49492.html
  18. Source : Le livre de bourgeoisie de la ville de Strasbourg 1440-1530, tome II, p. 683 - de Ch. Wittmer et J.Ch. Meyer - Strasbourg, 1954.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Oraison, Le cêlibat: aspects nêgatifs, rêalitês positives, Paris, Le Centurion, 1966, 191pp.
  • Gabrielle Suchon, Du célibat volontaire ou la vie sans engagement (1700), éd. par Séverine Auffret, Indigo et Côté femmes, 1994.
  • Pierre de Locht, Célibat et sexualité, Paris, Seuil, 1970.
  • Xavier Thévenot, Les célibats ; risques et chances, dans Études, vol. 352 (mai 1980).
  • Pierre Bourdieu, Le bal des célibataires : crise de la société paysanne en Béarn, Paris, Seuil, coll. « Points. Essais » (no 447),‎ 2002, 266 p. (ISBN 9782020525701, OCLC 422185429).
  • Geneviève Guilpain, Les célibataires, des femmes singulières : le célibat féminin (XVIIe-XXIe siècle), l’Harmattan, Paris, 2012.