Youra Livchitz

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Youra Livchitz
Description de cette image, également commentée ci-après

Youra Livchitz Georges

Alias
Georges
Naissance
Kiev
Décès
Schaerbeek
Nationalité Drapeau : Belgique Belge
Pays de résidence Belgique
Diplôme
Activité principale
Médecin
Autres activités
Résistant
Ascendants
Rachel Mitschnik
Schlema Livchitz
Famille

Youra Livchitz, Georges de son nom de guerre, né à Kiev, le , exécuté par les Allemands à Schaerbeek, le est un héros[1] juif de la résistance belge durant la Seconde Guerre mondiale. Il participa à l'attaque du XXe convoi en 1943[2]. Il est le frère cadet d'Alexandre Livchitz.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Les parents de Youra Livchitz, Rachel Mitschnik (née en 1889) et Schlema Livchitz, originaires de Kichinev en Bessarabie, s'installent à Munich en 1910. Alexandre (Choura), le frère ainé de Youra nait à Munich le . Inscrit en faculté de médecine, Schlema Livchitz décroche son diplôme en 1913. Prise dans la tourmente de la guerre, la famille fuit et s'installe à Kiev où nait Youra Livchitz, le . Le couple ne va pas bien et se sépare en 1928[2].

Bruxelles[modifier | modifier le code]

Rachel Livchitz, qui avait étudié un an à la Sorbonne à Paris, s'installe avec ses deux fils à Bruxelles. Rachel est originaire d'une famille juive bessarabe fortunée. Elle fréquente le milieu de la théosophie et intègre la vie communautaire du docteur Nyssen (la Monada) qui attiraient des artistes et des intellectuels. Ses enfants fréquentent l'athenée d'Uccle que fréquentent également, Robert Leclercq, Robert Maistriau, Jean Franklemon… Alexandre, jeune adulte, s'éprend d'une institutrice adepte de la pédagogie Montessori, la famille est priée de quitter la communauté et va s'installer non loin de là, avenue Brugmann. En 1931, Youra entre en quatrième à l'athenée d'Uccle qui s'avèrera être un véritable creuset de libres penseurs et de résistants. Il y suit l'enseignement de son professeur, Léo Moulin, socialiste convaincu, avec lequel il restera toujours en contact. À cette époque, les frères Livchitz fréquentent le milieu intellectuel de gauche que fréquentent Hertz Jospa et son épouse Yvonne. En octobre 1935, Youra entame des études de médecine à l'Université libre de Bruxelles (ULB). Il organisera avec son ami d'enfance, Robert Leclercq, le Cercle du Libre Examen (Librex), fera partie de la troupe de théâtre de l'université et il mettra sur pied la section basket-ball de l'université. Au cercle Librex, il retrouve certains amis et côtoie Richard Altenhoff et Jean Burgers, qui fonderont en 1942 le Groupe G. Pour gagner sa vie, Youra est représentant pour la société pharmaceutique belge Pharmacobel[2].

La Guerre et son action dans la résistance[modifier | modifier le code]

La lanterne et le pistolet conservés à la Caserne Dossin à Malines.

En 1940, Youra est interne à l'Hôpital Saint-Pierre de Bruxelles. En novembre 1941, l'ULB décide de fermer ses portes pour ne pas se corrompre avec les occupants. Youra passe son diplôme de médecine devant un Jury central composé de professeurs issus de toutes les universités du royaume. En juin 1942, une ordonnance allemande interdit désormais aux médecins juifs d'exercer. Rachel Livchitz, Youra et Alexandre fréquentent alors l'Atelier Marcel Hastir que fréquentent également Robert Leclercq, Ilya Prigogine, Paul Delvaux, René Magritte. Si les Allemands ont confisqué la bibliothèque de théosophie, l'atelier n'en reste pas moins un important bastion de cette philosophie et un point de chute pour les jeunes résistants qui y écoutent la BBC et participent à la distribution de tracts et de journaux clandestins. Youra, qui maîtrise le français, l'allemand, le russe et l'anglais, traduit des émissions et les retranscrit dans Radio Moscou. Souhaitant alerter ses compatriotes du sort réservé aux Juifs par les nazis, il est tenu étroitement informé, notamment par son ami, Hertz Jospa, par l'entremise duquel un sociologue, Victor Martin, s'était rendu à Auschwitz pour y enquêter. Par ailleurs, des « évadés » commençaient à témoigner. En décembre 1942, Youra aurait écrit que le projet nazi est « l'extermination totale de la population juive en Europe. » L'Université libre de Bruxelles s'organise désormais dans la clandestinité. Youra donne des cours aux débutants et c'est ainsi qu'il rencontre Jacqueline Mondo. C'est également en 1942 que Youra entame un Journal de guerre, il y reprend sur la page de garde une phrase de Saint-Exupéry : « Ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort. »[2]

Écusson du Groupe G.
Article détaillé : Groupe G.

Youra, par l'intermédiaire d'un professeur de l'Université libre de Bruxelles, travaille pour le renseignement britannique : l'Intelligence service. Il souhaite passer à l'action et met sur pied l'attaque d'un convoi de déportation. Il parle de son projet à l'Armée belge des partisans[3] auquel Alexandre appartenait, mais ceux-ci déclinent. Youra recrute alors directement deux de ses amis : Robert Maistriau et Jean Franklemon. Youra contacte son ami, Robert Leclercq, du Groupe G, qui le met en contact avec le responsable de l'armement du groupe : Richard Altenhoff qui lui fournit une arme, un 6,35 mm. L'attaque est mise au point dans l'atelier de Marcel Hastir, au 51 de la rue du Commerce à Bruxelles. Ce sera l'attaque du convoi n° XX entre Boortmeerbeek et Wespelaar[2]. Richard Altenhoff, le « quatrième homme », sera arrêté le , torturé, et fusillé par les allemands[4].

Article détaillé : Convoi n° 20 du 19 avril 1943.

Arrestation[modifier | modifier le code]

Youra Livchitz en 1943.

À son retour, Youra Livchitz est dénoncé et arrêté par la Gestapo dans les locaux de Pharmacobel dont il est désormais le directeur scientifique, le [1]. Il parvient néanmoins à s'évader de leurs locaux situés avenue Louise. Lui et son frère seront à nouveau trahis et la camionnette qui devait les conduire à travers la France vers l'Angleterre les amènent directement à la Gestapo. Ils sont arrêtés le . Ils furent tous deux condamnés et exécutés au Tir national, à une semaine d'intervalle, Alexandre, (Choura), le , Youra, le [2],[4],[5] .

Voici la lettre que Youra Livchitz adresse à sa maman depuis Breendonk :

« Chère maman, bien que les mots soient impuissants à exprimer tout ce que je ressens, je quitte cette cellule pour aller de l'autre côté de la vie avec calme — un calme qui est aussi une résignation devant l'inévitable. Te dire que je regrette tout ce qui s'est passé, cela ne servirait à rien. J'ai beaucoup plus de regret de ne pas être là pour t'aider à supporter la première épreuve — celle que tu as déjà subie : Choura. J'aurais voulu être là pour qu'à deux nous puissions travailler dans le monde qui se fait. Chère maman, ne pleure pas trop en pensant à ton petit. Ma vie a été bien remplie jusqu'à présent, remplie de tout et surtout d'erreurs. Je pense à tous nos amis qui sont en prison et je leur demande pardon. Souvenez-vous de moi sans douleur. J'ai eu de bons, d'excellents camarades jusqu'à la fin et encore maintenant je ne me sens pas seul. Mes souvenirs à tous. Chère maman, je dois te dire au revoir, le temps passe. Encore une fois ce ne sont pas les derniers moments qui auront été les plus durs. Aie confiance et courage dans la vie, le temps efface bien des choses. Pense que nous sommes morts au front, pense à toutes les familles, à toutes les mères éprouvées par la guerre, guerre que nous avons tous cru voir finir plus tôt. Ton fils qui t'aime, Youra[6]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christian Laporte, « Déportés sauvés par l'audace de trois jeunes partisans », sur lesoir.be, Le Soir, (consulté le 18 août 2012), p. 19.
  2. a, b, c, d, e et f Marion Schreiber, Rebelles silencieux, éditions Lannoo, 2000, 316 p.
  3. Dont il sera fait membre à titre posthume.
  4. a et b Maxime Steinberg, Laurence Schram, Transport XX Malines - Auschwitz, Asp/Vubpress/Upa, 2008, 63 p.
  5. Commission de l'historique de la résistance, Livre d'or de la résistance, Bruxelles, éditions Leclercq, 1949.
  6. William Ugeux, Histoires de Résistants, Paris-Gembloux, Éditions Duculot, 1979.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]