Suicide par police interposée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le suicide par police interposée (en anglais suicide by cop) est une méthode de suicide dans laquelle une personne agit délibérément d'une manière menaçante vis-à-vis d'un représentant des forces de l'ordre en vue de provoquer chez celui-ci une réponse armée, par exemple en se faisant tirer dessus.

Prévalence[modifier | modifier le code]

Selon des chiffres du système américain de recensement des morts violentes qui collecte les morts violentes dans 17 états, 18% des personnes tuées par des représentants de l'ordre relèvent de cette forme de suicide[1]. Cette forme de mort liée à l'usage des armes par les forces de police concerne davantage les blancs que les noirs ou les personnes d'origine hispanique, alors même que plus de noirs que de blancs sont tués par la police américaine, proportionnellement à l'importance de ces communautés dans la population générale. Les individus qui optent pour cette forme de suicides sont souvent jeunes, ont un passé psychiatrique ou judiciaire et ont vécu des tensions amoureuses problématiques[2].

Description[modifier | modifier le code]

Selon l'association américaine de suicidologie, le terme renvoie à « un événement suicidaire au cours duquel le sujet suicidaire s'expose sciemment à un risque mortel par un comportement dans lequel il contraint un policier à réagir en mobilisant une force mortelle »[3]. L'association et certains spécialistes considèrent qu'il y a en le cas d'espèce deux victimes, le sujet suicidaire et le policier qui a tiré[4].

Le cas échéant désespérée, une personne peut ne pas vouloir commettre elle-même l'acte de s'ôter la vie. Une autre raison pour le choix de ce type de suicide est la volonté d'éviter des méthodes lentes, incertaines et plus douloureuses : la personne détourne ainsi l'obligation qu'ont les policiers de porter une arme, dans l'espoir de mourir. Des causes psychiatriques sont évoquées, elles sont reconnaissables par certaines caractéristiques de mise en scène de la situation avec la police, comme par exemple des évocations bibliques en lien avec la résurrection[5]. Des conséquences en termes de syndrome post-traumatique chez les policiers ont été décrites[5] .

Scénario type[modifier | modifier le code]

Dans la configuration typique décrite, un individu qui a des intentions suicidaires met en scène ou réalise une action criminelle au cours de laquelle il fait usage d'une arme ou d'une arme factice afin d'attirer la police. Une fois que la police arrive sur les lieux, il s'engage alors dans un échange avec le représentant de l'ordre au cours duquel il refuse clairement d'abandonner son arme réelle ou factice. L'individu suicidaire va ensuite intentionnellement intensifier la conflictualité de l'échange en menaçant les policiers ou des civil avec son arme, qui est souvent une arme à feu. Cela contraint alors les officiers à tirer sur lui en situation de légitime défense ou dans le but de protéger les civils[6].

Formes proches de suicide[modifier | modifier le code]

De façon moins fréquente, le candidat au suicide cherchant à provoquer une réaction violente peut s'attaquer à un criminel réputé ou à d'autres types de personnes qui font couramment usage d'une forme de force meurtrière. La motivation finale reste la même, avec en plus le désir de mettre le tireur en situation périlleuse[source insuffisante].

Ces types de suicide peuvent être vu comme des formes modernes d'amok, où le suicidant attaque son entourage jusqu'à être tuée.

Anamnèse et diagnostic[modifier | modifier le code]

Des indices de ce comportement suicidaire peuvent être décelés a posteriori, comme l'usage d'une arme non fonctionnelle (jouet, pistolet de départ) ou non chargée. Une lettre retrouvée sur la victime et précisant son intention de se donner la mort est une autre forme d'indice. De nombreux programmes d'entraînement destinés aux forces de l'ordre incluent aujourd'hui des chapitres spécifiques pour gérer ce type de situation.

Selon le consensus établi par les chercheurs, quatre éléments sont requis pour qu'un décès lié à l'usage de la force par la police puisse être qualifié de suicide : la preuve de l'intention suicidaire; la preuve que l'individu voulait que les officiers de police lui tirent dessus; la possession par la victime soit d'une arme mortelle soit d'une arme mortelle factice , et la preuve qu'ils avaient intentionnellement recherché la rencontre avec les forces de l'ordre et incité des officiers de police à leur tirer dessus pour se défendre ou pour protéger des civils[6].

Localisation et utilisation du terme[modifier | modifier le code]

Le suicide par police interposée (suicide by cop) est un phénomène essentiellement américain où l'usage des armes à feu et les techniques de neutralisation des individus armés par la police ne sont pas les mêmes qu'en Europe.

Le suicide par police interposée a été cité pour la première fois dans les journaux en 1981 et dans les revues scientifiques depuis 1985, bien que ce terme ne devienne courant qu'au début des années 1990. Certains historiens pensent que Giuseppe Zangara, l'homme qui essaya d'assassiner le président Franklin D. Roosevelt fraîchement élu, ait pu tenter un suicide par police interposée. Parfois le terme suicide par police interposée est utilisé ironiquement, pour dissimuler le fait que la victime a été tuée de façon volontaire par la police, en des circonstances qui peuvent laisser penser à un cas de légitime défense du policier. Les raisons réelles sont fréquemment une volonté d'écourter une situation périlleuse, une malice qui pousse à punir l'attaquant au-delà de ce qui est permis par la loi, une peur irrationnelle du suspect (souvent basée sur une considération raciale) ou encore un excès de zèle de la part d'un membre des forces de l'ordre. Le policier peut également avoir reçu l'ordre d'un supérieur (Exécution extrajudiciaire) pour raisons diverses : contournement de l'abolition de la peine de mort, raison d'État, pression de l'opinion publique, pour éviter un lynchage.

Prévention[modifier | modifier le code]

Comme toutes les formes de suicides, la prévention est à prioriser, à la fois pour la victime et pour les séquelles psychologiques pour les policiers. Les chercheurs préconisent une formation spécifique des policiers et la généralisation de l'utilisation d'armes non létales[7],[8].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de films mettent en scène le suicide par police interposée, comme Chute libre (1993, avec Michael Douglas), Duos d'un jour (2000, Duets), Tir à vue (1984, avec Sandrine Bonnaire) et certains épisodes de séries américaines (FBI : Portés disparus sur CBS, New York, section criminelle sur NBC). Le roman The Outsiders en fait également état. Enfin le film Seven en montre une variante particulièrement complexe.

Dans le film Enragé (2020), Tom Cooper (Russell Crowe) utilise cette expression.

Exemples[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sarah DeGue, Katherine A. Fowler et Cynthia Calkins, « Deaths Due to Use of Lethal Force by Law Enforcement », American journal of preventive medicine, vol. 51, no 5 Suppl 3,‎ , S173–S187 (ISSN 0749-3797, PMID 27745606, PMCID 6080222, DOI 10.1016/j.amepre.2016.08.027, lire en ligne, consulté le 2 juin 2020)
  2. (en) Christina L. Patton et William J. Fremouw, « Examining “suicide by cop”: A critical review of the literature », Aggression and Violent Behavior, vol. 27,‎ , p. 107–120 (ISSN 1359-1789, DOI 10.1016/j.avb.2016.03.003, lire en ligne, consulté le 2 juin 2020)
  3. (en) AAS - American Association of Suicidology, « Suicide by Cop », AAS Fact Sheet,‎ (lire en ligne)
  4. Stincelli, Rebecca A., Suicide by cop, Interviews & Interrogations Institute, (ISBN 0-9749987-0-2, 978-0-9749987-0-1 et 0-9749987-1-0, OCLC 54939031, lire en ligne)
  5. a et b « Abstracts Database - National Criminal Justice Reference Service », sur www.ncjrs.gov (consulté le 2 juin 2020)
  6. a et b (en) H. Range Hutson, Deirdre Anglin, John Yarbrough et Kimberly Hardaway, « Suicide by Cop », Annals of Emergency Medicine, vol. 32, no 6,‎ , p. 665–669 (ISSN 0196-0644, DOI 10.1016/S0196-0644(98)70064-2, lire en ligne, consulté le 2 juin 2020)
  7. Rahi Azizi, « When Individuals Seek Death at the Hands of the Police: The Legal and Policy Implications of Suicide by Cop and Why Police Officers Should Use Nonlethal Force in Dealting With Suicidal Suspects », Golden Gate University Law Review, vol. 41, no 2,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juin 2020)
  8. (en) Rebecca June, « Suicide by Cop: Victims from Both Sides of the Badge », dans What they Didn't Teach at the Academy, CRC Press, (ISBN 978-1-4398-6919-2, DOI 10.1201/b15504-8, lire en ligne), p. 51–52

Bibliographie[modifier | modifier le code]