Aide au suicide

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Dispositif d'aide au suicide utilisé à quatre reprises en Australie entre 1995 et 1997

L'expression « aide au suicide » (ou « suicide assisté ») désigne l'acte de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu'elle se suicide. L'aide au suicide est différente de l'euthanasie[1]. C'est le « patient » lui-même qui déclenche sa mort et non un tiers[2]. Une approche du suicide assisté pourrait permettre aux personnes suicidaires d'explorer leur désir de mort et d'avoir des discussions franches avec des professionnels de la santé, sans crainte de s'exprimer ou d'être opprimé[3]. Alexandre Baril, professeur qui s'intéresse aux discours tenus sur le suicide au sein des mouvements et études anti-oppression, recommande que « lorsque des personnes ressentent un besoin profond et stable de mourir, (...) que nous accompagnions ces personnes dans une démarche de suicide assisté, à partir d’une approche fondée sur la compassion et la réduction des méfaits. »[3]

Il convient de distinguer, suivant les motivations et le cadre dans lequel ils se déroulent, « l'aide au suicide simple » du « suicide médicalement assisté ». Ce dernier a pour but d'aider des patients à mettre eux-mêmes un terme à leur vie à cause de souffrances jugées intolérables[4].

Le terme de suicide possédant une connotation fortement péjorative, il est fréquent que d'autres termes soient employés tels que : « aide à mourir », « aide à la fin de vie », « mourir dans la dignité », etc.

Un petit nombre de pays ont légalisé certaines formes d'aide au suicide, dans un cadre médicalisé et réglementé.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Aide au suicide et suicide assisté[modifier | modifier le code]

L'aide au suicide[5], ou suicide assisté, est composé des étapes suivantes :

  • la fourniture par le corps médical d'une potion (ou autre) destinée à induire la mort dans des conditions très strictes ;
  • l'auto-administration (si celle-ci est possible) reste sous contrôle du ou des médecins veillant ainsi au bon déroulement de la procédure ;
  • dans le cas où le patient ne peut procéder lui-même à l'absorption du produit, le médecin veille à ce que la procédure soit respectée ;
  • en cas de complications, le médecin intervient pour prendre les mesures nécessaires à l'accomplissement de la procédure.

C'est la raison pour laquelle au terme de « suicide assisté », il est préférable d'employer « suicide médicalement assisté » et ainsi pouvoir différencier :

  • un suicide simple, sans aucun contrôle ;
  • un suicide assisté, sous contrôle d'un ou plusieurs tiers (famille ou amis) ;
  • un suicide médicalement assisté, en présence d'un médecin comme décrit ci-dessus.

Suicidisme[modifier | modifier le code]

Le terme « suicidisme » est un cadre théorique ou conceptuel proposé par le professeur et chercheur Alexandre Baril pour penser l'oppression des personnes suicidaires. C'est un néologisme qui désigne « un système d’oppression (construit à partir des perspectives non suicidaires) sur le plan normatif, discursif, médical, légal, social, politique, économique et épistémique, dans lequel les personnes suicidaires vivent de multiples formes d’injustice et de violence (discrimination, stigmatisation, exclusion, pathologisation, criminalisation, etc.) »[3] Reconnaître l'oppression suicidiste vécue par les personnes suicidaires permet de renouveler les stratégies d'intervention et d'être à l'écoute de leurs voix et besoins[3],[6].

Souffrance insupportable[modifier | modifier le code]

La « souffrance insupportable » est un critère essentiel pour l'euthanasie légale aux Pays-Bas. Ce critère n'est pas défini dans la loi et peut se référer à des conditions allant de la douleur physique à des formes de souffrance psychologique. Une étude réalisée en 2010 auprès de médecins généralistes néerlandais a constaté une forte concordance entre la classification de la souffrance d'un patient comme « insupportable » et la volonté d'accéder à une demande d'euthanasie. La plupart des médecins ne sont enclins à classer la souffrance d'un patient comme « insupportable » que lorsque la souffrance est directement liée à une douleur ou à des symptômes physiques réels et non traitables. Le jugement des médecins sur la souffrance varie fortement dans les cas où les symptômes physiques sont absents et où le patient souffre d'une combinaison de perte fonctionnelle irréversible et de types de souffrance « existentielle ». Bien que certains médecins (17 %) s'en tiennent à l'idée que les symptômes physiques sont une condition nécessaire à une « souffrance insupportable », une majorité est prête à faire occasionnellement une exception. Le moment et le cas où un médecin fera une telle exception sont très imprévisibles[7].

Pour Frances Norwood, beaucoup de facteurs, tels que la nature et la durée de la relation médecin-patient, peuvent influencer l'application du critère de la souffrance[8].

Notions proches[modifier | modifier le code]

La notion de suicide assisté est à différencier de l'euthanasie, cette dernière désignant une mort induite par un tiers, un médecin ou un collège de médecins, que ce soit par action ou par omission[9]. On parle d'euthanasie lorsque le patient est atteint de maladie incurable et est en phase de soins palliatifs, tandis que le suicide assisté concerne des patients qui souffrent mais ne sont pas en phase terminale[4].

Il faut également distinguer le suicide assisté de l'incitation au suicide : le suicide assisté exige en principe la manifestation claire et libre de la volonté de mourir du patient. C'est pourquoi, dans les pays où la justice reconnaît le suicide médicalement assisté et/ou l'euthanasie, l'existence d'un testament (ou déclaration de fin de vie) rédigé de la main de la personne concernée est primordiale[1]. D'une part exigé par le Ministère Public comme préalable à toute action de ce type, il dégage d'autre part du moindre doute le corps médical et la famille quant à la position du testataire (ou « déclarant ») sur le sujet dans le cas où celui-ci serait dans l'incapacité de faire connaître son opinion (coma, altérations psychologiques, paralysie…). En l'absence d'un tel document, un simple échange épistolaire entre un tiers et le patient peut parfois être retenu.

Le débat sur l'euthanasie rejoint celui de la pratique de soins palliatifs, qui est mise en œuvre pour traiter les douleurs et souffrances des malades en phase terminale.

Des demandes de suicide assisté (ou d'euthanasie) font cependant périodiquement leur apparition dans les médias et le débat public, comme l'affaire Vincent Humbert.

Légalité[modifier | modifier le code]

Les pays qui autorisent l'aide au suicide[modifier | modifier le code]

Même si le suicide pris en général n'entraîne pas de conséquence pénale, le citoyen ne peut pas nécessairement faire valoir une sorte de « droit au suicide » entraînant des obligations pour l’État[10]. Le suicide médicalement assisté est illégal dans la plupart des pays, avec les exceptions des pays suivants : la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, cinq états des États-Unis, le Canada, l'Allemagne, l'Italie.

  • En Suisse, le Code pénal a été le premier, en 1942[4], à autoriser l’assistance, médicale ou non médicale, au suicide en l’absence de « mobile égoïste ». Dans les faits cette autorisation du suicide assisté est mise en pratique par cinq associations, et non par les médecins (voir Exit, Dignitas...). Quant aux personnes qui demandent à se suicider, la loi n’exige pas qu’elles soient forcément atteintes par une maladie en phase terminale[11]. L'article 115 du Code pénal suisse punit « celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide ; (il) sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni de la réclusion pour cinq ans au plus, ou de l'emprisonnement ». La Conférence des chefs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP) a donné un accord de principe sur l'extension du suicide assisté aux prisonniers, le [12].
  • Aux Pays-Bas : l'euthanasie aux Pays-Bas reste un crime, mais une loi du dégage de toutes poursuites les médecins qui auraient (ou auront) pratiqué un suicide assisté sous des conditions extrêmement précises : le Ministère de la Santé déclare que cette pratique « autorise une personne à terminer sa vie dans la dignité après avoir reçu tous les soins palliatifs disponibles. » Une discussion sur l'euthanasie est présente sur le site du Ministère de la Santé néerlandais[13].
  • Aux États-Unis : le suicide médicalement assisté est légal dans l'Oregon depuis 1998. Aux termes de la loi une ordonnance peut être délivrée pour un produit létal (qui sera utilisé ou non), dans des conditions précises : la personne doit être dans les six derniers mois de sa vie, et passe devant un comité médical qui définit sa lucidité et vérifie sa volonté[14]. Le suicide médicalement assisté est également légal dans les États de Washington, Montana, Vermont et Californie.
  • Au Canada, le suicide assisté a été rendu légal le à la suite d'une décision de la Cour Suprême du [15]. Selon le Comité sénatorial spécial sur l’euthanasie et l’aide au suicide (Canada), il existe « une différence fondamentale entre l'aide au suicide et la pratique de l'euthanasie : dans le premier cas, la personne qui meurt est le principal agent de la mort, alors que dans le deuxième, cet agent est une autre personne[16]. »
  • En Allemagne, la Cour constitutionnelle a censuré une loi "interdisant l'assistance organisée au suicide par des médecins ou associations". Pour Andreas Vosskuhle, président de la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe, cette loi empêchait les patients en phase terminale d'avoir le « droit de choisir (leur) mort ». « Ce droit inclut la liberté de s'ôter la vie et de demander de l'aide pour le faire », a ajouté le président de la Cour[17].
  • En Italie, une décision de justice a dépénalisé le suicide assisté, le . La Cour constitutionnelle italienne a estimé que le suicide assisté pouvait être jugé licite si des conditions strictes étaient réunis : « consentement de la personne, pathologie irréversible provoquant des souffrances insoutenables et contrôle des autorités de santé publique »[18].

En France, le suicide assisté est interdit. Le rapport Sicard publié en envisage l'ouverture de cette possibilité sous une forme proche de celle qui existe dans l'État d'Oregon[14]. Depuis 2013, le Défenseur des droits et la Fondation de France financent une étude sur les Demandes d'Euthanasie et de Suicide Assisté (DESA), elle se veut « prospective, multicentrique, épidémiologique et qualitative de leur fréquence, leurs caractéristiques et de leurs motivations »[19]. Selon un sondage Ifop, pour La Croix et le Forum européen de Bioéthique, 89% des Français souhaitent aller plus loin sur la législation actuelle, en légalisant le suicide assisté (18%), l’euthanasie (47%) ou les deux conjointement (24%), le [20].

La Cour européenne des droits de l’Homme, de jurisprudence constante, ne reconnaît pas le suicide et l’aide au suicide comme des droits fondamentaux – au sens de la Convention européenne des droits de l’Homme – dont les citoyens européens pourraient se prévaloir pour mettre en cause les lois de leur État respectif. Même si les patients requérants étaient dans des états pathologiques et sous des régimes juridiques différents, la Cour déclarera lors d'affaires sur la question qu’« il n’existe aucun droit de mourir, que ce soit avec l’assistance d’un tiers ou celle de l’État ; le droit à la vie ne comporte aucune liberté négative correspondante. L’article 3 (de la convention européenne des droits de l’homme) n’oblige en principe pas l’État à garantir l’impunité pénale pour l’aide au suicide ou à créer une base légale pour une autre forme d’aide au suicide ; l’État ne doit pas cautionner des actes visant à interrompre la vie »[21].

Protocoles d'accès à l'aide au suicide[modifier | modifier le code]

Définir la capacité de consentir à un traitement médical[modifier | modifier le code]

Trois exigences principales sont retenues dans le test de capacité de la common law[22]. Le patient doit être capable de :

  • comprendre et retenir les informations relatives au traitement ;
  • peser les informations et prendre une décision ;
  • et communiquer la décision.

Le test est spécifique au contexte. Il met l'accent sur la capacité du patient à prendre la décision en question. Il n'est pas spécifique au diagnostic. Le fait qu'une personne puisse souffrir de déficits globaux en raison d'une lésion cérébrale ou d'une maladie mentale n'est pas déterminant pour la question de la compétence[23]. Il a également été dit que le test de compétence doit être lié au risque, de sorte que si le patient prend une décision qui implique un risque de mort ou de blessure grave, la compétence du patient doit être testée plus rigoureusement et un examen plus rigoureux des preuves est nécessaire[24]. Des approches similaires en matière de compétence ont été adoptées dans la plupart des pays de common law, notamment en Australie[25] et aux États-Unis.

L'une des controverses restantes concernant le test légal de la capacité à consentir à un traitement médical concerne le niveau d'information qui doit être compris dans le cadre du test. Stewart et Biegler ont fait valoir qu'à l'âge du consentement éclairé, cette norme est trop basse et qu'un patient doit être en mesure de comprendre les risques matériels liés au fait de suivre ou de refuser un traitement. L'outil le plus souvent cité est le Macarthur Competency Assessment Tool for Treatment, développé par Grisso et Appelbaum[26]. Il est conçu pour tester la capacité du patient à communiquer un choix, à comprendre les faits, à apprécier sa situation et ses conséquences et à manipuler rationnellement les informations. Bien que conçu pour l'environnement juridique américain, il est également applicable à l'environnement juridique d'autres pays de common law[22].

Les patients dont la force de volonté a été affaiblie par la maladie ou le traitement peuvent se trouver exposés à la pression de tiers importants pour accepter ou refuser le traitement. Les décisions qui ont été indûment influencées ne sont pas considérées en droit comme les décisions du patient et elles ne sont pas contraignantes pour les cliniciens[27].

Le cas de l'Oregon[modifier | modifier le code]

La loi de l'Oregon sur la mort dans la dignité exige qu'un patient « capable » ait « la capacité de prendre des décisions en matière de soins de santé et de les communiquer aux prestataires de soins de santé, y compris la communication par l'intermédiaire de personnes connaissant la manière dont le patient communique si ces personnes sont disponibles ». Les patients qui remplissent les conditions requises pour un suicide assisté par un médecin doivent également être en mesure d'apprécier :

  • son diagnostic médical ;
  • son pronostic ;
  • les risques potentiels associés à la prise du médicament à prescrire ;
  • le résultat probable de la prise du médicament à prescrire ;
  • et les alternatives possibles, y compris, mais sans s'y limiter, les soins de confort, les soins en hospice et le contrôle de la douleur.

Werth, Benjamin et Farrenkopf ont élaboré un ensemble de lignes directrices exhaustives pour tester l'affaiblissement des facultés en vertu de la loi de l'Oregon[28]. Ces lignes directrices recommandaient :

  • l'examen des dossiers médicaux et psychologiques antérieurs de la personne en liaison avec les physiothérapeutes et autres soignants du patient ;
  • l'utilisation d'instruments d'évaluation appropriés, tels que l'outil d'évaluation des compétences Macarthur, le mini-examen de l'état mental et plusieurs autres ;
  • des entretiens pour tester la compréhension des patients sur leur état, leur perception de la qualité de vie, leur capacité à donner un consentement éclairé, les raisons pour lesquelles ils demandent un suicide assisté par un médecin et leur processus de raisonnement

L'accent a également été mis sur l'état mental du patient, son humeur (et d'éventuels troubles de l'humeur), son fonctionnement général et interpersonnel et la présence d'une coercition interne ou externe ; et lorsque cela était possible, et avec le consentement du patient, la consultation des proches du patient concernant la décision du patient et leur avis sur la compétence du patient. On a fait valoir que l'exhaustivité de l'approche de Werth et al. peut avoir pour effet pratique de renverser la présomption de compétence[29] mais on peut également soutenir que des tests rigoureux constituent une garantie nécessaire pour tout projet de suicide assisté.

L'évaluation psychiatrique[modifier | modifier le code]

Les pays autorisant le suicide assisté n'ont pas recours à une évaluation psychiatrique systématique, bien qu’ils exigent tous que le patient soit intellectuellement capable de faire ce choix[30].

Une méta-analyse canadienne de 2004 montre ainsi une association statistique certaine entre trouble psychiatrique et suicide. En effet, sur plus de 3000 patients suicidés, il est retrouvé un trouble psychiatrique chez près de 90 % des sujets, contre 25 à 35 % chez des sujets témoins décédés d’une autre cause[31]. Les troubles psychiatriques retrouvés sont représentés de manière différente dans les deux sexes. Les hommes suicidés souffrent plus souvent de troubles liés à l’usage de l’alcool ou à d’autres substances, de trouble de personnalité ou d’antécédent de trouble psychiatrique dans l’enfance que les femmes. Les femmes suicidées ont plus de dépressions et de troubles de l’humeur en général. Par ailleurs, il est étayé qu’entre deux tiers et trois quarts des sujets suicidés n’avaient pas consulté en psychiatrie[32].

Les troubles de l’humeur tels que la dépression ou les troubles de l’adaptation avec humeur dépressive sont très fréquents dans les situations de maladies somatiques graves, en phase terminale notamment, et sont associés significativement au désir de mort[33],[34]. Ils sont à différencier de la souffrance inhérente à ces conditions médicales. Une grande partie des symptômes dépressifs jouent un rôle dans les demandes de mort[30]. Les données cliniques disponibles sur ce sujet, bien que de niveau de preuve faible, suggèrent qu’un traitement bien conduit de ces dépressions réduit les demandes de mort[30]. Des auteurs ont mis au point en ce sens un test évaluant l’influence d’un potentiel trouble psychiatrique sur le jugement des patients en fin de vie[35].

En présence d’un trouble psychiatrique, le jugement peut être profondément altéré, mais cela n’est pas systématique[36]. Dès lors, l’expertise du psychiatre est indispensable pour faire la part, dans des situations suicidaires ou non, entre une décision valide et profonde et un jugement obéré provisoirement par une pathologie évolutive susceptible d’être améliorée voire de disparaître sous l’effet d’un traitement[37].

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

Jack Kevorkian, surnommé « Dr Death », est un médecin américain connu pour sa pratique de l'aide au suicide dans des cas médicaux graves dans les années 1980. Après avoir fait enregistrer une déclaration d'assentiment sur bande vidéo, il donne au patient accès à un des engins de sa propre fabrication : le « Thanatron » et le « Mercitron ». Ces derniers sont munis d'un dispositif d'activation actionné par le patient lui-même[38].

Yves le Bonniec, l'un des auteurs du livre Suicide, mode d'emploi, est condamné à deux reprises pour « abstention délictueuse de porter secours à personne en danger » pour n'avoir pas porté secours à des lecteurs désespérés qui lui ont écrit avant de se suicider. Dans l'une des affaires, le délit a été constitué par la simple connaissance du projet de suicide du malheureux sans lui porter secours, la réponse au lecteur établissant qu'Yves le Bonniec connaissait l'intention suicidaire de cette personne.

À Genève, l'affaire dite des « Deux frères genevois contre Exit » a opposé deux frères d'un candidat au suicide assisté contre l'association d'aide au suicide Exit. Le principal protagoniste avait alors adressé un courrier à l'émission Infrarouge — diffusée chaque semaine en direct par la Radio télévision suisse — pour faire part de sa désapprobation à l'encontre des barrières érigées à son encontre, précisant en outre « Je ne suis pas dépressif et j'ai mon libre-arbitre », arguant de surcroît « Mes frères ne me sauvent pas la vie. Ils m'empêchent d'avoir un accompagnement en fin de vie harmonieux et paisible, entouré de personnes qui m'aiment. Littéralement, ils me torturent[39] ». L'émission est diffusée le 26 octobre 2016[40]. Deux semaines plus tard, l'octogénaire se donne finalement la mort de lui-même, en date du 11 novembre 2016, faute d'avoir pu pouvoir recourir comme il le souhaitait à l'assistance prodiguée par l'association d'aide au suicide à laquelle il avait initialement fait appel[41]. Un livre Je vais mourir mardi 18 a été publié par l'un des deux frères aux Éditions l'Harmattan à Paris pour témoigner de cette affaire.

La Gendarmerie française a organisé plus d'une centaine de perquisitions dans le cadre d'un démantèlement d'un trafic de barbituriques, le [42]. Les 125 acheteurs de Pentobarbital, sont pour la plupart susceptibles d'être des militants pro suicide assisté, ayant l'intention d'utiliser le produit pour se donner la mort si l'envie leur vient ou dans un objectif de court ou long terme, c'est en tout cas ce qu'ils ont déclaré aux journalistes sur place[43]. Les autorités américaines ont transmis à la police française une liste de Français qui avaient passé commande de ce produit illégal expédié depuis leur territoire. Beaucoup des commanditaires étaient des personnes âgées ayant déclaré vouloir posséder le produit pour leur « confort moral »[43]. Les motifs d'accusation du parquet étaient : « importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique », « exercice illégal de la profession de pharmacien» et « publicité en faveur de produits ou méthodes permettant de se donner la mort ». Le Pentobarbital était « expédié, sous couvert d’une déclaration en Douane, comme cosmétique » à ses acheteurs[44]. Parmi les acheteurs, nous retrouvions des membres de l'association française pro suicide assisté Ultime Liberté[44] situé en Haute-Marne. Les perquisitionnés n'auraient pas eu de sanctions de la justice autre que de s'être vu retirer le produit.

Œuvres traitant de l'aide au suicide[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Dignitas, Death on Prescription, reportage de Emmanuelle Bressan-Blondeau et Jean-Bernard Menoud, 56 min, RTS, Suisse, 2011[46]
  • The Suicide Tourist, John Zaritsky, 55 min, PBS, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « L'euthanasie et l’aide au suicide (91-9F) », sur publications.gc.ca, (consulté le 25 juillet 2016)
  2. Voir l'Encyclopédie sur l'inaptitude et la protection des personnes inaptes du Curateur public du Québec
  3. a b c et d Alexandre Baril. « Les personnes suicidaires peuvent-elles parler? Théoriser l’oppression suicidiste à partir d’un modèle sociosubjectif du handicap », Criminologie, 51(2), 2018, 189–212.
  4. a b et c (en) « Should people who are not terminally ill have the right to die ? », New scientist,‎ (lire en ligne)
  5. Dr Jérôme Sobel et Michel Thévoz, L'aide au suicide. Contre l'acharnement thérapeutique et palliatif. Pour le droit de mourir dans la dignité, Lausanne, Favre, , 128 p. (ISBN 978-2-8289-1136-2)
  6. Alexandre Baril. “The Somatechnologies of Canada’s Medical Assistance in Dying Law: LGBTQ Discourses on Suicide and the Injunction to Live,” Special Issue: Sexuality in Canada, Somatechnics, 7(2), 2017, p. 201-217.
  7. (en) Donald van Tol, Judith Rietjens et Agnes van der Heide, « Judgment of unbearable suffering and willingness to grant a euthanasia request by Dutch general practitioners », Health Policy, vol. 97, no 2,‎ , p. 166–172 (ISSN 0168-8510, DOI 10.1016/j.healthpol.2010.04.007, lire en ligne, consulté le 3 avril 2020)
  8. (en) Frances Norwood, « Dutch huisartsenand the making of good death through euthanasiatalk in The Netherlands », Medische Antropologie,‎ , p. 18. 329-347. (lire en ligne)
  9. Pierre-Jean Ruff, 2013. L'euthanasie: comment respecte-t-on le mieux la vie? Théolib, 116 pp. (ISBN 978-2-36500-061-1)
  10. Bernard Devalois, « Sédation, euthanasie, suicide assisté : et si on arrêtait de tout mélanger ? », La Vie, 26 février 2013
  11. La-Croix.com, « En Suisse, le suicide assisté se développe », sur La Croix, (consulté le 9 février 2019)
  12. « Vers le suicide assisté dans les prisons suisses : autodétermination ou désespoir ? - Institut Européen de Bioéthique », sur www.ieb-eib.org (consulté le 5 avril 2020)
  13. http://www.minvws.nl
  14. a et b Interview de Jean Leonetti, « Le rapport Sicard sur la fin de vie s'oppose à l'euthanasie », Le Figaro, 18 décembre 2012
  15. lefigaro.fr, « Le Canada adopte la loi sur le suicide assisté » (consulté le 26 juillet 2016)
  16. Voir http://www.parl.gc.ca/content/sen/committee/351/euth/rep/lad-f.htm
  17. Par S. Co avec AFPLe 26 février 2020 à 13h45, « Allemagne : l’interdiction du suicide assisté jugée inconstitutionnelle », sur leparisien.fr, (consulté le 5 avril 2020)
  18. « Italie : la Cour constitutionnelle rend possible le suicide assisté », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 5 avril 2020)
  19. Hélène Tisserand, « DESA - Demandes d'Euthanasie et de Suicide Assisté », sur MSHE C. N. Ledoux, (consulté le 5 avril 2020)
  20. « Les questions liées à la bioéthique », sur ifop.com (consulté le 14 avril 2020)
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    Présentation : Esther Mamarbachi. Invités : Pierre Beck, vice-président Exit Suisse romande — Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, médecin, théologien et éthicien — Giulio Gabbiani, professeur honoraire à la faculté de médecine de Genève, accompagnateur d’Exit — Yvan Bonjour, infirmier, auteur de Quelle dignité pour la fin de vie ? Le modèle suisse en question, publié aux éditions Albin Michel sous le pseudonyme de Jeremy Recab — Salima Moyard, députée PS Genève.
  41. « Deux frères poursuivent leur combat en justice contre Exit », RTS Info,‎ (lire en ligne)
  42. « Un trafic de barbituriques démantelé en France », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  43. a et b Le Point magazine, « Le pentobarbital, médicament de la mort ou passeport vers », sur Le Point, (consulté le 14 avril 2020)
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  45. B. Pignon, B. Rolland, C. Jonas et G. Vaiva, « Place de la psychiatrie dans le suicide médicalement assisté », Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, vol. 62, no 5,‎ , p. 279–280 (DOI 10.1016/j.respe.2014.09.003, lire en ligne, consulté le 7 avril 2020)
  46. « Dignitas, Death on Prescription - Vidéo », sur Play RTS (consulté le 5 avril 2020)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens[modifier | modifier le code]

En Suisse, une association a été créée pour lutter contre les dérives du suicide assisté : https://www.stop-suicide-assiste.ch/