Pyrénées-Mont Perdu

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Pyrénées - Mont Perdu *
Les « trois sœurs » depuis le haut de la vallée d'Ordesa, de gauche à droite : le Cylindre du Marboré (3 328 m), le Mont-Perdu (3 355 m) et le pic d'Anisclo (3 263 m).
Les « trois sœurs » depuis le haut de la vallée d'Ordesa, de gauche à droite : le Cylindre du Marboré (3 328 m), le Mont-Perdu (3 355 m) et le pic d'Anisclo (3 263 m).
Coordonnées 42° 40′ nord, 0° 01′ est
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Drapeau de la France France
Subdivision Aragon
Occitanie
Type Mixte
Critères (iii) (iv) (v) (vii) (viii)
Superficie 30 639 ha[1]
Numéro
d’identification
773
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1997 (21e session)
Année d’extension 1999 (23e session)

Géolocalisation sur la carte : Province de Huesca

(Voir situation sur carte : Province de Huesca)
Pyrénées - Mont Perdu

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées

(Voir situation sur carte : Pyrénées)
Pyrénées - Mont Perdu
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

L'appellation Pyrénées-Mont Perdu[1] désigne un vaste ensemble montagneux transfrontalier entre la France et l'Espagne, inscrit depuis 1997 sur la liste du « patrimoine mondial » de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) au titre des paysages naturels et des paysages culturels.

L'ensemble du Pyrénées-Mont Perdu est la réunion de deux parcs nationaux pré-existant :

En France, dans les Hautes-Pyrénées, les cirques de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse ainsi que la muraille de Barroude offrent des aspects particuliers de ce site de haute montagne. Ce sont des cirques d'origine glaciaire, aux hautes parois escarpées. L'aménagement des pâturages de moyenne montagne, des granges d'altitude est un témoin d'une activité agro-pastorale encore présente.

En Espagne, dans la province d'Aragon, les canyons d'Ordesa, de Niscle et de Pineta sont parmi les plus profonds d'Europe. Les paysages de moyenne altitude de ce versant, façonnés au cours des siècles par l'agriculture en terrasse et la vie pastorale, sont les marques encore vivantes d'une remarquable adaptation des bergers aux exigences de ce milieu.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le site de Pyrénées-Mont Perdu est binational et se situe de part et d'autre de la frontière entre l'Espagne et la France, à l'extrémité sud du département des Hautes-Pyrénées, région Occitanie coté français, et à l'extrémité nord de la province de Huesca, communauté autonome d'Aragon coté espagnol. Il est centré sur le massif du Mont-Perdu, plus haut massif calcaire d'Europe dont le Mont-Perdu culmine à 3 355 m. Sa superficie totale est de 30 639 ha[1] et comprend, outre le massif central :

Massifs et vallées limitrophes du Pyrénées-Mont Perdu
Massif du Vignemale Pays Toy Vallée de Héas
Massif du Néouvielle
Vallée de l'Ara Pyrénées-Mont Perdu Massif de la Munia
Vallée du Cinca
Vallée de Bió Canyon du Vellos Vallée du Cinca

Géologie[modifier | modifier le code]

Orogenèse[modifier | modifier le code]

La formation des roches ainsi que le relief du massif du Mont-Perdu et des cirques glaciaires est le résultat des processus géologiques suivants[2] :

  • Vers -500 millions d'années (ordovicien), la zone se trouve au sud de l'océan Iapetus près du pôle sud. Des sédiments marins se déposent alors pendant plus de 100 millions d'années, créant des roches sédimentaires par diagénèse.
  • À partir -400 millions d'années, les plaques sous l'océan iapetus puis l'océan Rhéique remontent vers le nord en même temps que le protogondwana centré alors sur le pôle sud. La remontée du protogondwana fait que l'océan Rhéique, situé entre celui-ci au sud et la Laurussia au nord, se referment doucement mais complètement. Les roches sédimentaires sont alors comprimées et se métamorphisent.
  • De -260 à -100 millions d'années (de la fin du Permien au milieu du Crétacé), suite à l'ouverture de l'océan Neo-Thétis et de l'océan Atlantique central, la chaîne varisque est fortement érodé jusqu'à son socle, c'est-à-dire qu'il ne reste plus à la fin qu'une pénéplaine. On observe un affleurement progressif du socle granitique et métamorphique. Puis cette plaine est couverte par une mer peu profonde et de nouvelles roches sédimentaires se déposent au dessus du socle hercynien[2].
  • À partir de -100 millions d'années, l'orogénèse alpine commence avec un pic d'intensité vers -40 millions d'années : la remontée en latitude de la plaque africaine entraîne avec elle la plaque ibérique qui entre en collision avec la plaque eurasiatique pour former les Pyrénées (qui fait part du système alpin). Les roches sédimentaires et métamorphiques des croûtes en collision remontent ce qui fait disparaître totalement la mer peu profonde. Au niveau de Pyrénées-Mont Perdu, les couches ibériques glissent alors sous les couches continentales, ce qui à deux conséquences :
  • d'une part, le pic de surrection des Pyrénées vers -50 à -40 millions d'années entraîne l'élévation de couches sédimentaires sous marines issues auparavant de l'ouverture du golfe de Gascogne. Ces couches de calcaires sont ainsi remontées et drainées sur la plaque eurasiatique par la plaque ibérique formant la nappe supérieur ou nappe de surface du massif du Mont-Perdu.
  • d'autre part, la couche sédimentaire ibérique (vieille de moins de 100 Ma) se retrouve en sandwich entre deux couches métamorphiques plus vieilles (plus de 250 Ma) soit une inversion locale des strates géologiques ou nappe de charriage.
  • À partir de - 5 millions d'années (au Pliocène et Pléistocène), le refroidissement général du climat va engendrer la formation de glaciers qui donneront les 4 cirques glaciaires coté français ainsi que les vallées en U comme la vallée de Gavarnie ou de Pineta. Une érosion glaciaire profonde des couches supérieures fera alors affleurer la migmatite métamorphique au niveau du cirque d'Estaubé, ainsi que l'inversion des strates géologiques au niveau du plateau des Espélugues (dite nappe de charriage de Gavarnie). Quant au centre du massif, il sera moins érodé que sa base et conservera ainsi sa strate sédimentaire de type calcaire à plus de 3 000 m, ce qui est unique au niveau européen.
  • Vers -10000 ans av. J.-C. (Holocène), le réchauffement climatique globale fait disparaître les glaciers

Faune et Flore[modifier | modifier le code]

Flore[modifier | modifier le code]

La flore comprend plus de 1 500 espèces végétales, dont 50 espèces endémiques des Pyrénées[4]:

  • Dans les profonds canyons coté espagnol, comme le celui de Niscle et du Vellos, se trouve une végétation quasi méditerranéenne tel que le Chêne vert à glands doux (Quercus ilex subsp. ballota) entre les rochers et le Chêne faginé (Quercus faginea) dans les sols plus profonds.

Faune[modifier | modifier le code]

Le site abrite de nombreuses espèces animales symboliques ou endémiques des Pyrénées[4]:

  • Les mammifères comprennent notamment la marmotte (Marmota marmota), l'hermine (Mustela erminea), le chevreuil (Capreolus capreolus) et l'isard (Rupicapra pyrenaica) avec une population estimée à 800 individus. Le Desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus), insectivore et endémique, est présent dans les cours d'eaux. L'espèce emblématique du massif était le Bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica pyrenaica) mais elle a disparue en 2000 malgré les efforts de préservation. La France essaye d'y introduire l'espèce cousine du Bouquetin ibérique avec des lâchers à partir de 2016 au niveau de la commune de Gèdre[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1802, le français Louis Ramond de Carbonnières explore le site et ses guides réalisent la première ascension connue du Mont Perdu. Il reconnait alors un massif calcaire de haute altitude, fait de sédiments marins notamment des coquilles d’huîtres fossilisées[2]. Ceci entraîne un changement de paradigme en géologie car il apporte alors la preuve que d'anciens sols sous-marins ont été remonté à plus de 3 300 m de hauteur au centre même d'une chaîne de montagne (auparavant on pensait que seule les marges de chaînes pouvaient éventuellement avoir des nappes de type calcaire).

En 1903, le géologue Arthur Bresson identifie la nappe de charriage de Gavarnie au niveau du plateau des Espuguettes[2], où des roches plus récentes se retrouvent en dessous de roches plus anciennes (concept théorisé par Marcel Alexandre Bertrand en 1884).

En 1918, coté espagnol, le parc national d'Ordesa et du Mont-Perdu est créé par un décret royal qui déclare « Parc National » la vallée d'Ordesa sur une superficie de 2 175 ha. En 1982, un nouveau décret royal décide d'englober la vallée de Niscle, la gorge d'Escuain et le massif du Mont-Perdu depuis les pics de Gabiétous jusqu'au Port Neuf de Pinède. Le territoire du parc est alors étendu à 15 608 ha avec une zone périphérique de 19 697 ha et son appellation devient « Parc national d'Ordesa et du Mont-Perdu »[6].

En 1967, coté français, le parc national des Pyrénées est créé par le décret no 67-265[7].

En 1995, la réunion du parc national d'Ordesa et du Mont-Perdu avec la partie centrale et adjacente du parc national des Pyrénées est proposée comme site à inscrire au patrimoine mondial de l'Unesco. La France propose alors l'appellation « Massif Mont Perdu-Tres Serols », suivie de l'Espagne en 1997 avec « Monte Perdido: Circos y Cañones ». Une première tentative de compromis suggérée est « Mont Perdu/Gavarnie », avant que ne soit finalement retenue la proposition actuelle de « Pyrénées-Mont Perdu »[4]. Le , le site est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, au double titre de « paysage naturel » et de « paysage culturel »[1], puis étendu en 1999 afin d'y inclure la commune de Gèdre.

Patrimoine mondial[modifier | modifier le code]

L'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco se réfère aux 5 critères suivants[1] :

  • Critère 3 : « Les pâturages et les prairies de Pyrénées-Mont Perdu, avec leurs villages et les chemins qui les relient, sont un témoignage remarquable d’un système de transhumance aujourd'hui très rare en Europe, encore pratiqué par sept communautés qui vivent principalement à proximité des limites du bien ».
  • Critère 4 : « Les hautes vallées et les sommets calcaires de Pyrénées-Mont Perdu sont un exemple exceptionnel de paysage façonné par un système de transhumance pastorale qui s’est développé au Moyen Âge et persiste encore ».
  • Critère 5 : « Le modèle de l’habitat de Pyrénées-Mont Perdu avec ses villages, ses champs et ses prairies, qui est à la base d’une migration saisonnière des hommes et des bêtes vers les pâturages d’altitude pendant la saison d’été, est un exemple exceptionnel d’un type de transhumance qui fut autrefois répandu dans les régions montagneuses d’Europe, mais qui est aujourd'hui devenu rare ».
  • Critère 7 : « Le bien est un paysage exceptionnel avec des prairies, des lacs, des grottes, des montagnes et des forêts. De plus, la région présente un grand intérêt pour la science et la conservation, possédant toute une gamme d´éléments géologiques, panoramiques, faunistiques et floristiques qui en font l'un des espaces protégés alpins parmi les plus importants d´Europe ».
  • Critère 8 : « Le massif calcaire du Mont Perdu présente une série de formations géologiques classiques telles que des canyons profondément creusés et des cirques spectaculaires. La région se distingue par le fait qu’il s'agit d'une zone de collision tectonique entre la plaque ibérique et la plaque d'Europe occidentale. Le bien présente une unité géologique exceptionnelle, car il s'agit d'un massif calcaire avec en son centre le Mont Perdu. Le paysage qui en résulte est considérablement différent sur le versant nord (France) et sur le versant sud (Espagne) ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e La liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, « Pyrénées-Mont Perdu », sur whc.unesco.org/, texte sous licence CC-BY-SA 3.0 (consulté le 23 septembre 2018).
  2. a, b, c et d Parc national des Pyrénées, « Histoire géologique du site Pyrénées Mont Perdu VF », sur www.pyrenees-parcnational.fr (consulté le 23 septembre 2018).
  3. Observatoire Midi-Pyrénées de l'Académie de Toulouse, « Métamorphisme et anatexie à Gavarnie - Migmatite d’Estaubé », sur geoltheque.obs-mip.fr/ (consulté le 23 septembre 2018).
  4. a, b et c (en) United Nations Environment Programme, « Protected Areas and World Heritage » (consulté le 16 octobre 2018).
  5. Le retour du bouquetin dans les Pyrénées, « Chronologie des lâchers », 2014-2017 (consulté le 16 octobre 2018).
  6. Jean Paul Pontroué, Parc National d'Ordesa et du Mont Perdu, Randonnées Pyrénéennes, .
  7. Parc national des Pyrénées, « Décret de création du parc » [PDF], (consulté le 16 octobre 2018).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]