Antoni Gaudí

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Gaudy.
Antoni Gaudí
Image illustrative de l'article Antoni Gaudí
Antoni Gaudí par Pau Audouard
Présentation
Nom de naissance Antoni Gaudí i Cornet
Naissance 25 juin 1852
Reus ou Riudoms
Décès 10 juin 1926 (à 73 ans)
Barcelone
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagne
Mouvement(s) Art nouveau
Activité(s) architecte
Œuvre
Réalisations Casa Milà (La Pedrera)
Parc Güell
Casa Batlló
Projets Sagrada Família
Entourage familial
Père Francesc Gaudí i Serra

Antoni Gaudí i Cornet, né le 25 juin 1852 à Reus ou Riudoms[1] et mort le 10 juin 1926 à Barcelone, est un architecte catalan de nationalité espagnole et principal représentant de l'art nouveau catalan (modernisme catalan). Son travail a marqué de façon durable l'architecture de Barcelone et constitue une « contribution créative exceptionnelle (…) au développement de l'architecture et des techniques de construction »[2]. À ce titre, sous le nom d'« Œuvres de Gaudí », sept de ses œuvres ont été classées par l'UNESCO patrimoine mondial de l'Humanité (le parc Güell, le palais Güell, la Casa Milà, la Casa Vicens, la façade de la Nativité et la crypte de la Sagrada Família, la Casa Batlló et la crypte de la Colonia Güell).

Doté d'une intuition et d'une capacité créative hors du commun, Gaudí concevait ses immeubles de manière globale, mais aussi avec une telle créativité qu'il s'occupait aussi bien des questions structurales que des aspects fonctionnels et décoratifs. Il étudiait ses créations dans les moindres détails, intégrant à l'architecture toute une série d'ouvrages artisanaux dont il maîtrisait lui-même les techniques à la perfection : la céramique, la verrerie, la ferronnerie, la charpente, etc. C'est ainsi qu'il introduisit de nouvelles techniques dans le traitement des matériaux, comme son célèbre trencadis, fait de pièces de céramiques cassées.

Après des débuts influencés par l'art néogothique, comme par certaines tendances orientalistes, Gaudí aboutit à l'art nouveau (modernisme catalan), à l'époque de sa plus grande effervescence, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Cependant, l'architecte de Reus alla au-delà de l'art nouveau orthodoxe, créant un style personnel basé sur l'observation de la nature, ainsi que par l'utilisation de surfaces géométriques réglées comme le paraboloïde hyperbolique, l'hyperboloïde, l'hélicoïde et le conoïde. Bien souvent, ses réalisations ne possèdent pas d'angles droits, et sont ondulantes et asymétriques.

L'architecture de Gaudí est également profondément marquée par la recherche de nouvelles solutions structurales, qu'il atteignit au terme d'une vie entièrement dédiée à l'analyse de la structure optimale de l'immeuble, intégré dans son environnement, et synthèse de tous les arts et métiers. Par l'étude et la pratique de solutions nouvelles et originales, l'œuvre de Gaudí trouve son aboutissement dans un style organique, inspiré par la nature, mais qui ne perd rien de l'expérience apportée par les styles antérieurs, une œuvre architectonique qui est une symbiose parfaite de la tradition et de l'innovation. C'est ainsi que toute son œuvre est marquée par ce qui furent les quatre passions de sa vie : l'architecture, la nature, la religion et l'amour de la Catalogne[3].

L'œuvre de Gaudí a atteint au cours du temps une large diffusion internationale. Les études sur sa conception de l'architecture sont innombrables. De nos jours, il est admiré aussi bien par les professionnels que par le public en général : la Sagrada Família est actuellement un des monuments les plus visités d'Espagne[4].

Biographie

Naissance, enfance et études

Gaudí (au fond) avec son père (au centre), sa nièce Rosa et le Dr Santaló, lors d'une visite au Monastère de Montserrat, en 1904

Antoni Gaudí est né en 1852, d'un père industriel chaudronnier, Francesc Gaudí i Serra (1813-1906), et d'Antónia Cornet i Bertran (1819-1876). Il était le benjamin d'une famille de cinq enfants, dont seuls trois parvinrent à l'âge adulte : Rosa (1844-1879), Franscesc (1851-1876) et Antoni. La famille est originaire du sud de la France, d'Auvergne, d'où l'un des ancêtres, Joan Gaudí, vendeur ambulant, passa en Catalogne au XVIIe siècle. Le nom de famille d'origine pourrait être Gaudy ou Gaudin[5].

On ne connaît pas le lieu de naissance exact de Gaudí, car il ne reste aucun document qui le spécifie, et il existe une controverse entre Reus et Riudoms (deux communes voisines et limitrophes de la région du Baix-Camp) sur la localité de naissance de l'architecte. Dans la plupart des documents de Gaudí, ceux de sa période étudiante comme ceux de sa vie professionnelle, il figure comme né à Reus. Cependant, Gaudí lui-même fit savoir en diverses occasions qu'il était de Riudoms, lieu d'origine de sa famille paternelle[6]. Le nom qui figure sur son acte de baptême est Antoni Plàcid Guillem Gaudí i Cornet[7].

Quoi qu'il en soit, Gaudí avait une grande estime pour sa terre natale, ce qui apparaît dans son grand méditerranéisme, fait qui a influencé durablement son architecture : Gaudí disait que les peuples méditerranéens ont un sens inné de l'art et du dessin, qu'ils sont créatifs et originaux, tandis que les peuples nordiques sont plus techniques et répétitifs. Selon les mots de Gaudí lui-même :

« Nous, nous possédons l'image. L'imagination vient des spectres. L'imagination est le propre des gens du Nord. L'image est le propre du Méditerranéen. Oreste sait où il va, tandis que Hamlet erre parmi les doutes »[8].

 Le Mas Calderera
Le Mas Calderera, la maison familiale des Gaudí à Riudoms

Le séjour dans sa terre natale lui a permis de connaître et étudier profondément la nature, surtout durant ses séjours estivaux au Mas de la Calderera, la maison des Gaudí à Riudoms. Il aimait le contact avec la nature, ce qui le conduisit plus tard à devenir membre du Centre Excursionniste de Catalogne (1879), groupe avec lequel il fit de nombreux voyages à travers la Catalogne et le sud de la France. Il pratiqua aussi l'équitation, à une époque, et jusqu'à sa vieillesse, il parcourait chaque jour une dizaine de kilomètres à pied[9].

Le petit Gaudí était de nature maladive, sujet dès l'enfance aux rhumatismes, ce qui lui conférait un caractère un peu renfermé et réservé[10]. Peut-être pour cette raison, adulte, il devient végétarien[11],[12], et adepte des théories hygiénistes du docteur Kneipp [13]. En raison de ces croyances – et pour des motifs religieux –, il se livrait à l'occasion à des jeûnes sévères, au point qu'à plusieurs reprises, il mit sa vie en danger comme en 1894, où il tomba gravement malade à cause d'un jeûne prolongé[14].

Il commença sa scolarité dans l'école maternelle du maître Francesc Berenguer, père de celui qui allait devenir un de ses principaux collaborateurs ; puis il passa dans l'école religieuse (Escolapios) de Reus. Il se distingua en dessin, collaborant à l'hebdomadaire El Arlequín [15]. Il travailla également un temps comme apprenti dans la fabrique textile Vapor Nou de Reus. En 1868, il s'installa à Barcelone pour suivre un enseignement secondaire au Couvent du Carmel de la cité comtale. Durant l'adolescence, il fut attiré par le socialisme utopique, réalisant avec deux de ses compagnons d'études, Eduard Toda i Güell et Josep Ribera i Sans, un projet de restauration pour le Monastère de Poblet, qui l'aurait transformé en phalanstère utopico-social [16].

Entre 1875 et 1878, il effectua son service militaire dans l'Infanterie à Barcelone, à un poste d'administration militaire. Il passa la majeure partie du temps exempté de service pour raisons de santé, ce qui lui permit de poursuivre ses études. Grâce à cela, il n'eut pas à combattre, car la période coïncide avec la Troisième guerre carliste[17]. 1876 fut marquée par deux événements tristes : la mort de sa mère, à 57 ans, et celle de son frère Francesc, 25 ans, médecin tout juste diplômé, qui n'exerça jamais.

Gaudí suivit les cours d'architecture de l'école de la Llotja et ceux de l'École technique supérieure d'architecture de Barcelone, dont il sortit diplômé en 1878. À côté des matières d'architecture, il assista à des cours de français et suivit quelques cours d'histoire, d'économie, de philosophie et d'esthétique. Son dossier universitaire est moyen ; Gaudí se préoccupait plus de ses propres intérêts que des matières officielles. Elies Rogent, Directeur de l'École d'Architecture de Barcelone, dit, lors de la remise de diplôme :

« Nous avons accordé le diplôme à un fou ou à un génie. Le temps nous le dira » [18].

Pour payer ses études, Gaudí travailla comme dessinateur pour divers architectes et constructeurs, comme Leandre Serrallach (es), Joan Martorell, Emili Sala i Cortés, Francisco de Paula del Villar y Lozano (es) et Josep Fontseré. Peut-être est-ce pour cela qu'en recevant son diplôme, Gaudí fit ce commentaire à son ami le sculpteur Llorenç Matamala :

« Llorenç, il paraît que maintenant, je suis architecte »[19]. Il travaille dès ses débuts avec l'architecte Josep Fontseré sur le projet du parc de la Ciutadella. Sa carrière commence vraiment en 1883, avec le début de l'édification de la Casa Vicens.

Jeune architecte, il est d'abord inspiré par Eugène Viollet-le-Duc mais bien vite, il rompt avec le style néogothique et se fait remarquer par son originalité et sa fantaisie. Dès ses premiers projets, il fait cohabiter architecture et mobilier. Inscrit dans la mouvance de l'Art nouveau alors en vogue en Europe, il sera rapidement le porte-étendard du modernisme, qui en est la variante catalane. Les principales caractéristiques de son courant sont l'inspiration dans les formes, la géométrie et les couleurs de la nature.

On peut également dire que par la suite, l'architecture de Gaudi, inspira le célèbre artiste et architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser pour son utilisation de nombreuses couleurs, de courbes, et de murs « en vague ».

Maturité et vie professionnelle

Lampadaires de la Place Royale de Barcelone, un des premiers projets de Gaudí

Ses premiers projets furent des lampadaires pour la Place Royale de Barcelone, le projet jamais réalisé de Kiosko Girossi et la Coopérative ouvrière de Mataró. Avec sa première commande importante, la Casa Vicens, Gaudí commença à avoir une certaine renommée, et il reçut des commandes d'envergure toujours croissante. À l'Exposition universelle de 1878 à Paris, Gaudí exposa une vitrine réalisée pour la ganterie Comella. La conception moderniste, à la fois fonctionnelle et esthétique, de ladite œuvre, impressionna le riche industriel catalan Eusebi Güell qui, à son retour, prit contact avec l'architecte pour passer commande de divers projets qu'il avait en tête. Ce fut le début d'une longue amitié et d'un fructueux mécénat qui donna naissance à quelques-unes des œuvres majeures de Gaudí : les Caves Güell, les Pavillons Guëll, le palais Güell, le parc Güell, et la crypte de la Colonia Güell. Dans le même temps, il entra en contact avec le marquis de Comillas, beau-père du comte Güell, pour qui il réalisa le Capricho de Comillas.

Le Capricho de Gaudí à Comillas, Cantabrie.

En 1883, il accepta de prendre en charge la continuation de l'œuvre récemment commencée du Temple expiatoire de la Sainte Famille (Sagrada Família). C'est l'architecte Francesco de P. del Villar qui avait commencé ce monument dans un style gothique. Gaudí modifia totalement le projet initial, il en fit son œuvre majeure, connue et admirée dans le monde entier. Cette œuvre était financée par des dons privés. La construction s'avéra problématique, notamment interrompue en 1914 par manque de moyens financiers. De son vivant ne seront réalisés que le chœur et la façade du bras sud du transept (la tour San Barnabé et la façade de la Nativité). Ce monument inachevé est, au début du XXIe siècle, encore en travaux toujours subventionnés par les dons de particuliers ; ces dernières années ont vu des avancées considérables dans sa construction. Située, à l'époque, au milieu des champs, elle est aujourd'hui entourée par la ville.

Auparavant, Gaudí s'était mis à recevoir de plus en plus de commandes pour lesquelles, devant travailler sur plusieurs ouvrages à la fois, il avait dû s'entourer d'une vaste équipe de professionnels de tous les domaines liés à la construction ; dans son cabinet devaient se former de nombreux architectes qui, avec le temps, atteindraient une certaine renommée, comme Josep Maria Jujol, Joan Rubió, Cèsar Martinell, Francesc Folguera et Josep Francesc Ràfols. En 1885, pour échapper à l'épidémie de choléra qui ravageait Barcelone, Gaudí fit un séjour à Sant Feliu de Codines, habitant chez Franscesc Ullar ; en remerciement, il dessina une table pour sa salle à manger[20].

Carnet d'exposant de Gaudí à l'Exposition Universelle de 1888, à Barcelone

L'un des grands événements de l'époque, pour la capitale catalane, et qui servit de point de départ à l'Art Nouveau, fut l'Exposition universelle de 1888, où les grands architectes du temps allaient exposer leurs plus belles œuvres. Gaudí participa, avec l'immeuble de la Compagnie Transatlantique, et reçut une commande pour restructurer le Salón de Ciento de la mairie de Barcelone, commande qu'il ne mena pas à terme. Dans les premières années de la décennie 1890, il reçut deux commandes hors de Catalogne : celle du Palais épiscopal d'Astorga, et celle de la Casa Botines, à León. Désormais, la renommée et le prestige de l'architecte de Reus s'étendaient à toute l'Espagne. En 1891, il se rendit à Malaga et à Tanger, pour examiner le terrain d'un projet pour des Missions catholiques franciscaines, projet dont l'avait chargé le deuxième marquis de Comillas[21]. Le projet ne fut pas réalisé, mais les tours projetées pour les Missions servirent de modèle à Gaudí pour les tours de la Sagrada Família.

Saint Philippe Néri consacrant la sainte messe, par Joan Llimona i Bruguera a la physionomie de Gaudí ; église San Felip Neri, Barcelone

En 1899, il devint membre du Cercle artistique de Saint-Luc, société artistique de tendance catholique fondée en 1893 par l'évêque Josep Torras i Bages et les frères Josep et Joan Llimona. Il s'affilia aussi à la Ligue Spirituelle de la Mère de Dieu de Montserrat, groupe catalaniste également de tendance catholique[22]. Le caractère conservateur et religieux de sa pensée politique est désormais manifeste, lié à la défense de l'identité culturelle du peuple catalan. En dépit de l'apparente contradiction entre les idéaux utopistes de sa jeunesse et son adhésion ultérieure à des positions plus conservatrices, l'évolution peut sembler naturelle si l'on prend en compte la profonde spiritualité de l'architecte. Pour reprendre les termes de Cèsar Martinell : « Il a remplacé la philanthropie laïciste par la charité chrétienne »[23].

Au début du XXe siècle, Gaudí était embarqué dans de nombreux projets, dans lesquels son changement de style devenait manifeste, un style toujours plus personnel et inspiré par la nature. En 1900, il reçut le prix du meilleur immeuble de l'année pour la Casa Calvet, prix remis par la Municipalité de Barcelone. Pendant la première décennie du siècle, il s'occupa de projets comme la Casa Figueras, plus connue sous le nom de Bellesguard, le parc Güell, projet de lotissement qui échoua, et la restauration de la cathédrale de Santa Maria de Palma de Majorque pour laquelle il fit plusieurs déplacements dans l'île. Entre 1904 et 1910, il construisit la Casa Batlló et la Casa Milà, deux de ses œuvres les plus emblématiques.

La renommée de Gaudí allait croissant ; à titre d'exemple, en 1902, le peintre Joan Llimona choisit la physionomie de Gaudí pour représenter Saint Philippe Néri dans les peintures du transept de l'église San Felip Neri de Barcelone. Cette année-là, Gaudí fonda, avec Joan Santaló, fils de son ami le Dr Dantaló, une société de ferronnerie qui échoua.

La Casa Museu Gaudí, dans le parc Güell, où vécut Gaudí

Depuis son installation à Barcelone, Gaudí avait changé souvent de domicile. Dans sa période étudiante, il logea dans des pensions, généralement dans la zone du Barrio Gótico; au début de sa carrière, il passa par plusieurs appartements de location, dans la zone de l'Eixample. Enfin, en 1906, il s'installa dans une maison dont il était propriétaire, dans le parc Güell, construite par son assistant Francesc Berenguer comme maison témoins du lotissement - C'est aujourd'hui la Casa-Museu Gaudí. Il vécut là avec son père (décédé en 1906 à 93 ans) et sa nièce, Rosa Egea Gaudí (décédée en 1912 à 36 ans). Il vécut dans cette maison jusqu'en 1925, quelques mois avant sa mort; à cette dernière période, il résidait dans l'atelier de la Sagrada Família.

L'un des événements qui marquèrent profondément Gaudí fut celui de la Semaine tragique de 1909. Gaudí resta alors enfermé dans sa maison du parc Güell, mais en raison de l'ambiance anticléricale et des attentats contre les églises et couvents, il craignit pour l'intégrité de la Sagrada Família – qui heureusement, ne subit aucun dommage[24].

En 1908, Gaudí a conçu un projet pour un hôtel gratte-ciel à New York, l'Hôtel Attraction, commandé par deux entrepreneurs américains dont les noms sont inconnus. Il aurait eu une hauteur de 360 mètres, ce qui en aurait fait le plus grand building du monde (ce chiffre ne sera effectivement dépassé que par l'Empire State Building en 1931). L'hôtel se serait organisé autour d'une section centrale parabolique plus grande, surmontée d'une étoile, et flanquée de tours secondaires contenant les musées, les galeries d'art et salles de concert, avec des formes similaires à la Casa Milà. À l'intérieur, il aurait eu cinq grandes chambres, chacune dédiée à un continent[25].

Croquis de l'Hôtel Attraction, par Joan Matamala.

En 1910 eut lieu au Grand Palais, à Paris, une exposition consacrée à Gaudí, dans le cadre du Salon annuel de la Société des Beaux-Arts de France. Gaudí participa, à la demande du comte Güell, concourant avec une série de photos, plans et maquettes de plâtre de plusieurs de ses œuvres. Bien qu'il participât hors concours, il reçut de très bonnes critiques de la part de la presse française. On put voir une bonne partie de cette exposition l'année suivante, au Salon National d'Architecture à Madrid, dans le Pavillon municipal des Expositions du Parc du Retiro[26].

Pendant qu'avait lieu l'Exposition de Paris, Gaudí fit un séjour de repos à Vic, en Catalogne, où il dessina deux lampadaires de basalte et fer forgé pour la Plaça Major de Vic, à l'occasion du centenaire de Jaume Balmes. L'année suivante, il se vit également obligé de passer quelque temps à Puigcerdà, à cause de la fièvre de Malte (brucellose). Au cours de cette période de repos, il conçut la façade de la Passion de la Sagrada Família. Étant donné la gravité de son état, le 9 juin, il rédigea un testament devant le notaire Ramon Cantó i Figueres[27]; par chance, il put se rétablir complètement.

Gaudí fait visiter la Sagrada Família au nonce Ragonesi
Gaudí fait visiter le chantier de la Sagrada Família au nonce Ragonesi (1915); Mgr Ragonesi le qualifie à cette occasion de « Dante de l'architecture ».

Les années 1910 furent difficiles pour Gaudí, qui connut plusieurs malheurs : en 1912, sa nièce Rosa mourut; en 1914, ce fut le décès de son principal collaborateur, Francesc Berenguer; en 1915, une grave crise économique entraîna la quasi-paralysie du chantier de la Sagrada Família. En 1916, son ami Josep Torras i Bages, évêque de Vic, mourut; en 1917, le chantier de la Colonia Güell fut interrompu; en 1918, son ami et mécène Eusebi Güell mourut[28]. Peut-être pour toutes ces raisons, et parce qu'il était très croyant, à partir de 1915, il se consacra entièrement à la Sagrada Família, se réfugiant dans son travail. Gaudí confiait à ses collaborateurs :

« Mes grands amis sont morts. Je n'ai pas de famille, ni de client, ni de fortune, ni rien. Donc, je peux me livrer entièrement au Temple[29] »

Effectivement, les dernières années de sa vie, il les consacre effectivement à la « Cathédrale des pauvres » (son nom populaire), pour laquelle il alla même jusqu'à demander l'aumône afin de pouvoir continuer les travaux. Hors de cela, il se livre à peu d'autres activités, presque toutes liées à la religion : en 1916, il participe à un cours de chant grégorien, donné par le moine bénédictin Gregori M. Sunyol au Palais de la musique catalane[30].

Gaudí a voué entièrement sa vie à sa profession; il est toujours resté célibataire. Apparemment, il n'a été attiré qu'une fois par une femme, Josefa Moreu, institutrice de la Coopérative de Mataró, vers 1884, mais ce ne fut pas réciproque[31]. Désormais, Gaudí se réfugia dans une profonde religiosité, dans laquelle il trouvait une grande sérénité spirituelle. On a souvent dépeint un Gaudí sauvage et antipathique, aux réponses brusques et aux manières arrogantes; mais les gens qui l'ont fréquenté de plus près l'ont décrit comme une personne affable et courtoise, à la conversation agréable, et fidèle à ses amis, parmi lesquels figurent surtout ses mécènes, Eusebi Güell et l'évêque de Vic, Josep Torras i Bages, de même que les écrivains Joan Maragall et Jacint Verdaguer, le docteur Pere Santaló, et quelques-uns de ses plus fidèles collaborateurs comme Francesc Berenguer et Llorenç Matamala [32].

Gaudí à la procession Corpus Christi
Gaudí à la procession Corpus Christi, 11 juin 1924

L'apparence personnelle de Gaudí (traits nordiques, cheveux blonds, yeux bleus) se transforma radicalement avec le passage du temps : jeune homme, il avait l'aspect d'un dandy (costumes coûteux, cheveux et barbe bien taillés, goûts de gourmet, il allait souvent au théâtre et à l'opéra, il visitait même ses chantiers du haut de sa voiture). Il passa dans sa vieillesse à la simplicité la plus stricte, mangeant avec frugalité, portant des vêtements vieux et usés, avec un aspect négligé, à tel point qu'on le prenait parfois pour un mendiant, comme ce fut malheureusement le cas lors de l'accident qui provoqua sa mort [32].

Gaudí n'a pratiquement pas laissé d'écrit, sinon des rapports techniques sur ses ouvrages requis par les instances officielles, quelques lettres à des amis (principalement à Joan Maragall) et quelque article de journal. Il reste quelques-unes de ses phrases, recueillies par certains de ses assistants et disciples, surtout Josep Francesc Ràfols, Joan Bergos, Cèsar Martinell et Isidre Puig i Boada. Le seul écrit laissé par Gaudí est celui connu comme Manuscrit de Reus (1873-1878), une sorte de journal intime d'étudiant où il consignait diverses impressions sur l'architecture et la décoration, en exposant ses idées sur le sujet; on y note surtout les analyses du temple chrétien et sur la maison ancienne, comme un texte sur l'ornementation, ainsi qu'un mémoire sur une écritoire[33].

Gaudí s'est toujours reconnu partisan du catalanisme, bien qu'il n'ait jamais voulu se lier en politique - quelques hommes politiques comme Francesc Cambó ou Enric Prat de la Riba lui proposèrent de se présenter à la députation, mais il déclina l'offre. Malgré cela, il eut quelques altercations avec la police : en 1920, il fut frappé par celle-ci lors d'un tumulte à l'occasion des Jeux Floraux[34]; le 11 septembre 1924, Jour de la fête nationale de la Catalogne, au cours d'une manifestation contre l'interdiction de l'usage du catalan, émanant de la dictature de Miguel Primo de Rivera, il fut arrêté par la Garde Civile, fit un bref séjour au cachot, dont il sortit moyennant une caution de 50 pesetas[35].

Décès

Funérailles de Gaudí, le 12 juin 1926

Le 7 juin 1926, Gaudí se rendait à l'église de Saint-Philippe Néri, où il allait chaque jour pour prier et rencontrer son confesseur mestre Agustí Mas i Folch, mais en passant par la Gran Via de les Corts Catalanes, entre les rues Girona et Bailén, il fut renversé par un tramway, qui le laissa sans connaissance[36]. Pris pour un mendiant, parce qu'il n'avait pas de papiers, à cause de son aspect négligé, de ses vêtements vieux et usés, il ne fut pas secouru immédiatement, jusqu'à ce qu'un garde civil arrête un taxi, qui le conduisit à l'Hôpital de la Santa Creu[37]. Le lendemain, le chapelain de la Sagrada Família le reconnut, maître Gil Parés, mais il était déjà trop tard pour faire quoi que ce soit pour lui. Il mourut le 10 juin 1926, à soixante-treize ans, à l'apogée de sa carrière. Il fut enterré le 12 juin, en présence de foules immenses qui voulaient lui rendre un dernier hommage, dans la chapelle de Notre-Dame-du-Carmel de la crypte de la Sagrada Família. Sur sa pierre tombale figure l'inscription suivante[38] :

« Antonius Gaudí Cornet. Reusensis. Annos natus LXXIV, vitæ exemplaris vir, mirabilis operis hujus, templi auctor, pie obiit Barcinone dit X Junii MCMXXVI, hinc cineres tantis hominis, resurrectionem mortuorum expectant. R.I.P. »

Déclaré Serviteur de Dieu par l'Église catholique romaine, son procès en béatification est en cours.

Retentissement de l'œuvre de Gaudí

Le buste de Gaudí, par Joan Matamala, au Musée de la Sagrada Família

Après sa mort, Gaudí tomba injustement dans l'oubli ; son œuvre fut éreintée par la critique internationale pour son côté baroque et excessivement onirique. Sur sa propre terre natale, il fut également déprécié par le nouveau courant qui remplaça le modernisme : le noucentisme, style qui retournait aux canons classiques. En 1936, pendant la Guerre civile espagnole, l'atelier de Gaudí à la Sagrada Família fut pris d'assaut et de très nombreux documents, plans et maquettes de l'architecte furent détruits.

La figure de Gaudí commença à être revendiquée dans les années 1950 par Salvador Dalí en premier lieu, suivi par l'architecte Josep Lluís Sert. En 1956, on organisa une rétrospective sur Gaudí au salon de du Tinell à Barcelone, et en 1957, sa première grande exposition internationale, au MOMA de New York. Ainsi, dans les années 1950 et 1960, les études des critiques internationaux comme George Collins, Nikolaus Pevsner et Robert Pane donnèrent une grande diffusion à l'œuvre de Gaudí, tandis que sur sa terre natale, il était revendiqué par Alexandre Cirici, Juan Eduardo Cirlot et Oriol Bohigas. Il faut également noter le grand succès de Gaudí au Japon, où les études réalisées par Kenji Imai et Tokutoshi Torii sont particulièrement remarquables. Depuis lors, la valorisation de Gaudí est allée croissant, aboutissant en 1984 à la proclamation de plusieurs œuvres de l'architecte comme patrimoine de l'humanité de l'UNESCO[39].

En 1952, année du centenaire de la naissance de l'architecte, fut fondée l'Association des Amis de Gaudí, afin de faire connaître et conserver l'héritage laissé par l'artiste/artisan catalan. En 1956 fut créée la Chaire Gaudí à l'Université polytechnique de Catalogne, dans le but également d'approfondir l'étude de l'œuvre gaudinienne et de participer à sa conservation ; en 1987, le roi Juan Carlos Ier lui octroya le titre de Chaire royale Gaudí. En 1976, pour le cinquantième anniversaire de sa mort, le ministère des Affaires étrangères organisa une exposition sur Gaudí qui fit le tour du monde[40].

Gaudí étant d'une religiosité profonde et ayant mené une vie ascétique, sa béatification a été proposée, et le processus a été initié en 1998 par l'archevêque de Barcelone, Ricard Maria Carles. En l'An 2000, le début du processus fut autorisé par le Vatican[41]. À l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance, en 2002, on célébra l'Année internationale Gaudí, avec une multitude d'actes officiels, concerts, spectacles, conférences, publications, etc. Entre autres événements, le 24 septembre de cette année-là, on donna la première représentation de Gaudí, comédie musicale sur la vie et l'œuvre de l'architecte de Reus, œuvre de Jordi Galceram, Esteve Miralles et Albert Guinovart[42]. En 2008, furent institués en son honneur les Prix Gaudí ; accordés par l'Académie du cinéma catalan, ils distinguent les meilleures productions cinématographiques catalanes de l'année[43].

Le style de Gaudí

Gaudí et le modernisme catalan

Article connexe : Modernisme catalan.
La salamandre du parc Güell, devenue emblème de l'œuvre de Gaudí.

La trajectoire professionnelle du génial architecte eut une évolution sui generis, en raison de sa recherche constante dans le domaine de la structure mécanique de ses œuvres. À ses débuts, Gaudí reçut une certaine influence de l'art oriental (Inde, Perse, Japon), par l'étude des théoriciens de l'architecture historiciste, Walter Peter, John Ruskin et William Morris. On voit ce courant orientalisant dans des œuvres comme Le Caprice de Gaudí de Comillas, le palais Güell, le pavillon Güell et la Casa Vicens. Plus tard, il suivit le courant néogothique, à la mode du moment, respectant les avis de l'architecte français Viollet-le-Duc. On perçoit ce courant au collège Sainte-Thérèse, le palais épiscopal d'Astorga, la Casa Botines et la Casa Bellesguard, de même que dans la crypte et l'abside de la Sagrada Família. Finalement, la trajectoire de Gaudí aboutit à son étape la plus personnelle, avec un style naturaliste, individuel, organique, qui trouve son inspiration dans la nature ; c'est dans ce style qu'il réalisa ses œuvres majeures.

Durant sa période étudiante, Gaudí eut l'occasion de contempler une collection de photographies que l'école d'architecture possédait, sur l'Égypte, l'Inde, l'art persan, maya, chinois et japonais, de même que sur les monuments islamiques espagnols, qui le marquèrent profondément, inspirant nombre de ses œuvres. De même, il étudia avec soin le livre Plans, elevations, sections and details of the Alhambra, de Owen Jones, ouvrage qui appartenait à la bibliothèque de l'École (Gijs van Hensbergen, Antoni Gaudí, p. 114). Aux arts nasride et mudéjar, il emprunta de nombreuses solutions structurales et ornementales qu'il appliqua à ses œuvres, avec des variantes et une certaine liberté de style. Un aspect marquant que Gaudí emprunte aux arts islamiques est celui de l'espace indéfini, la conception de l'espace sans limites structurées ; un espace qui acquiert un sens séquentiel, fragmenté, à travers des petites cloisons ou des ouvertures translucides, qui créent la séparation sans les barrières compactes qui délimiteraient un espace uniformément fermé[44].

La croix à quatre branches, un des éléments typiquement gaudiniens

Mais à n'en pas douter, le style qui influença le plus Gaudí fut l'art gothique qui, à la fin du XIXe siècle siècle, connaissait un grand mouvement de renaissance, grâce surtout à l'œuvre théorique et restauratrice de Viollet-le-Duc. L'architecte français soutenait qu'il fallait étudier les styles du passé et les adapter au présent sous une forme rationnelle, en tenant compte de la raison tant structurale qu'ornementale [45]. Cependant, pour Gaudí, le gothique était « imparfait », car malgré l'efficacité de certaines de ses solutions structurales, c'est un art qu'il fallait « perfectionner ». Selon ses propres termes:

« L'art gothique est imparfait ; il n'en est qu'à la moitié de la solution ; c'est le style du compas, de la formule de la répétition industrielle. Sa stabilité se base sur l'étaiement permanent par les contreforts ; c'est un corps défectueux qui se soutient par des béquilles. (…) La preuve que les œuvres gothiques sont d'une plastique déficiente, c'est qu'elles produisent la plus grande émotion quand elles sont mutilées, couvertes de lierre, et illuminées par la lune »

— Antoni Gaudí [46]

.

Après ces influences initiales, Gaudí aboutit au « Modernisme catalan », variante catalane de l'Art nouveau, dans sa période de plein épanouissement, dans les années charnières entre le XIXe et le XXe siècle. À ses débuts, le Modernisme catalan trouve son inspiration dans l'architecture historiciste, car pour les artistes modernistes, le retour au passé est une réaction contre les formes industrielles imposées par les nouveaux progrès technologiques produits par la révolution industrielle. L'utilisation des styles du passé prétend représenter une régénération morale qui permette à la nouvelle classe dirigeante, la bourgeoisie, de s'identifier avec des valeurs qu'elle reconnaît comme ses racines culturelles. Ainsi, la résurgence de la culture catalane, dans la deuxième moitié du XIXe siècle (la Renaixença) conduit à adopter les formes gothiques comme « style national » de la Catalogne, avec la prétention de conjuguer nationalisme et cosmopolitisme, de s'intégrer au courant modernisateur européen[47].

Quelques traits essentiels du Modernisme catalan : un langage anticlassique hérité du romantisme, avec une tendance à un certain lyrisme et subjectivisme ; un lien revendiqué de l'architecture avec les arts appliqués et les professions artistiques, qui créent un style particulièrement ornemental; l'utilisation de nouveaux matériaux, qui crée un langage constructif mixte, riche en contrastes, qui recherche l'effet plastique de l'ensemble ; un fort sentiment d'optimisme, et de foi dans le progrès, qui produit un art exalté et emphatique, reflet du climat de prospérité du moment, surtout dans la classe bourgeoise[48].

À la recherche d'un nouveau langage architectonique

Voûte d'hyperboloïdes de la Sagrada Família

Gaudí est généralement considéré comme le grand maître du Modernisme catalan, mais son œuvre va au-delà d'un quelconque style ou de toute tentative de classification. C'est une œuvre personnelle et imaginative, qui trouve sa source principale d'inspiration dans la nature. Gaudí a étudié en profondeur les formes organiques et anarchiquement géométriques de la nature, à la recherche d'un langage pour pouvoir refléter ces formes dans l'architecture. Quelques-unes de ses inspirations majeures viennent de la montagne de Montserrat, des grottes de Majorque, des grottes du Salnitre (Collbató), les rochers escarpés de Fra Guerau, dans la Montagne de Prades, près de Reus, la Montagne de Pareis, au nord de Majorque, ou encore Sant Miquel del Fai, à Bigues i Reis, autant de lieux visités par Gaudí[49].

L'étude de la nature se traduit par l'emploi de formes géométriques réglées comme le paraboloïde hyperbolique, l'hyperboloïde, l'hélicoïde et le conoïde, qui reflètent exactement les formes que Gaudí rencontre dans la nature[50]. Les surfaces réglées sont des formes générées par une droite nommée génératrice, lorsqu'elle se déplace sur une ou plusieurs lignes nommées directrices. Gaudí les a trouvées en abondance dans la nature, par exemple dans les joncs, les roseaux, les os; il disait qu'il n'existe pas de meilleure structure que celle d'un tronc d'arbre ou d'un squelette humain. Ces formes sont à la fois fonctionnelles et esthétiques, et Gaudí les emploie très savamment, sachant adapter le langage de la nature aux formes structurales de l'architecture. Gaudí assimilait la forme hélicoïde au mouvement, et la forme hyperboloïde à la lumière. Au sujet des surfaces réglées, il disait :

« Les paraboloïdes, hyperboloïdes et hélicoïdes, variant constamment l'incidence de la lumière, ont une richesse de nuances qui leur est propre, qui rend l'ornementation, et même le modelage superflus »[51].

Colonnes hélicoïdales de la Sagrada Família

Un autre des éléments employés à profusion par Gaudí est la chaînette ou caténaire. Gaudí avait étudié en profondeur la géométrie quand il était jeune, lisant de nombreux traités sur l'ingénierie qui louaient les vertus de l'utilisation de cette courbe comme profil mécanique, alors qu'elle n'était jusqu'ici utilisée que dans la construction de ponts suspendus; Gaudí fut le premier à utiliser cet élément dans l'architecture commune. L'utilisation d'arcs caténaires dans des œuvres comme la Casa Milà, Le Colegio de las Teresianas, la Crypte de la Colonia Güell ou la Sagrada Família permet à Gaudí de doter ses structures d'un élément de grande résistance, dans la mesure où la caténaire distribue uniformément le poids qu'elle supporte, le matériau ne subissant alors qu'une compression[52].

Avec tous ces éléments, Gaudí est passé de la géométrie plane à la géométrie dans l'espace, la géométrie réglée. En outre, ces formes constructives s'accordaient bien avec un type de construction simple, avec des matériaux peu onéreux comme la brique : Gaudí l'a utilisée très fréquemment, jointe au mortier, en couches superposées, comme dans la voûte cloisonnée catalane traditionnelle[53]. Cette recherche de nouvelles solutions structurales a atteint son apogée entre les années 1910 et les années 1920, lorsqu'il a expérimenté la mise en pratique de toutes ses recherches dans son œuvre maîtresse : la Sagrada Família. Gaudí a conçu ledit temple comme si la structure était celle d'une forêt, avec un ensemble de colonnes arborescentes divisées en plusieurs branches pour soutenir une structure de voûtes d'hyperboloïdes entrelacées. Il a incliné les colonnes, pour mieux supporter les pressions perpendiculaires à leur section ; en outre, il leur a donné une forme hélicoïdale à double hélice (dextrogyre et lévogyre), comme dans les branches et les troncs d'arbres. Cette ramification crée une structure aujourd'hui nommée fractale [54] ; qui, conjointement avec la modulation de l'espace, divisé en petits modules indépendants et autoportants, crée une structure tolérant parfaitement les efforts mécaniques de compression, sans la nécessité d'utiliser des contreforts, comme le requérait le style gothique [55]. De cette manière, Gaudí est parvenu à une solution rationnelle et structurée, parfaitement logique car inspirée de la nature, créant en même temps un nouveau style architectonique, original et simple, pratique et esthétique.

Cette nouvelle technique de construction permet à Gaudí de réaliser son plus grand dessein architectonique, perfectionner et dépasser le style gothique : les voûtes d'hyperboles ont leur centre là où les voûtes gothiques avaient leur clef, sauf que l'hyperboloïde permet de créer une ouverture dans cet espace, un vide qui laisse passer la lumière naturelle. Ainsi, à l'intersection des voûtes, là où les structures gothiques avaient les nervures, l'hyperboloïde permet désormais l'ouverture de petites baies, que Gaudí utilise pour donner la sensation d'un ciel étoilé[56].

Cette vision organique de l'architecture est complétée chez Gaudí par une vision spatiale singulière, qui lui permettait de concevoir ses projets architecturaux sous une forme tridimensionnelle, contrairement à la bi-dimensionnalité du dessin sur plan de l'architecture traditionnelle. Gaudí disait qu'il avait acquis ce sens spécial quand il était enfant, en regardant les dessins que faisait son père pour les chaudrons et les alambics qu'il fabriquait[57]. En raison de cette conception spatiale, Gaudí a toujours préféré travailler sur des moulages et des maquettes, allant parfois jusqu'à improviser sur le terrain à mesure que l'œuvre avançait. Réticent à dessiner des plans, il a, en de rares occasions, réalisé des croquis de ses œuvres, mais seulement quand les instances officielles le réclamaient.

Maquette polyfuniculaire pour l'église de la Colonia Güell, musée de la Sagrada Família

L'une de ses nombreuses innovations sur le terrain technique est l'utilisation d'une maquette pour le calcul de structures : pour l'église de la Colonia Güell, il avait construit dans un abri près du chantier une maquette à grande échelle (1:10), de quatre mètres de haut, où il avait installé un montage de ficelles, d'où pendaient des petits sacs remplis de plombs de chasse. Sur un plateau de bois fixé au toit, il avait dessiné le plan de l'église et, aux points de soutien de l'édifice (colonnes, intersections de murs), il avait accroché les ficelles (pour les funiculaires) avec les sacs de plombs (pour les charges) : ainsi suspendues, elles donnaient la courbe caténaire résultante, arcs et voûtes. Il en avait fait une photographie qui, une fois inversée, donnait la structure des colonnes et arcs que Gaudí cherchait. Sur ces photographies, Gaudí peignait, à la gouache ou au pastel, le contour déjà défini de l'église, notant jusqu'au dernier détail de l'édifice, tant architectonique que stylistique ou décoratif[58].

La position de Gaudí dans l'Histoire de l'Architecture est celle d'un grand génie créateur qui, en s'inspirant de la nature, a créé un style propre, d'une grande perfection technique, et en même temps très soucieux de la valeur esthétique, un style marqué par sa forte personnalité. Ses innovations structurales supposent, dans une certaine mesure, le dépassement des styles antérieurs, depuis le dorique jusqu'au baroque, en passant par le gothique, principale source d'inspiration de l'architecte. On pourrait considérer qu'elles représentent l'aboutissement des styles classiques, que Gaudí réinterprète et perfectionne. Ainsi Gaudí dépasse l'historicisme et l'éclectisme de sa génération, mais sans parvenir à une connexion avec les autres courants de l'architecture du XXe siècle. Avec ses postulats rationalistes dérivés de l'École du Bauhaus, l'architecture du XXe siècle représente une évolution antithétique de celle initiée par Gaudí, ce qui engendre le mépris et l'incompréhension initiale envers l'œuvre de l'architecte moderniste.

L'artiste/artisan catalan est tombé dans l'oubli au début du XXe siècle également pour une autre raison : bien que ses œuvres aient été exécutées par de nombreux assistants et disciples, Gaudí n'a pas créé d'école propre, car il ne s'est jamais consacré à l'enseignement et n'a pratiquement pas laissé d'écrit. Certains de ses collaborateurs ont suivi ses traces de près, surtout Francesc Berenguer et Josep Maria Jujol ; d'autres comme Cèsar Martinell, Francesc Folguera et Josep Francesc Ràfols, ont évolué vers le noucentisme, s'écartant du sillage du maître [59]. Malgré cela, on peut percevoir une certaine influence du créateur de la Sagrada Família chez certains architectes modernistes – ou qui ont participé au Modernisme – qui n'ont pas eu de contact direct avec Gaudí, comme Josep Maria Pericas (Casa Alòs, Ripoll), Bernardí Martorell (cimetière de Olius) ou Lluís Muncunill (Masía Freixa, Terrassa).

Malgré tout Gaudí a laissé une profonde empreinte dans l'architecture du XXe siècle : des architectes comme Le Corbusier se sont déclarés admirateurs de l'œuvre de l'architecte catalan, et d'autres comme Pier Luigi Nervi, Friedensreich Hundertwasser, Oscar Niemeyer, Félix Candela, Eduardo Torroga ou Santiago Calatrava restent débiteurs du style inauguré par Gaudí. Frei Otto a employé les formes gaudiniennes dans le Stade olympique de Munich. Au Japon, l'œuvre de Kenji Imai est d'une évidente influence gaudinienne, comme on peut l'apprécier dans le Mémorial aux 26 martyrs du Japon à Nagasaki (Prix National d'Architecture du Japon en 1962), où l'on remarque l'emploi du célèbre « trencadis » de l'architecte de Reus[60]. D'un autre côté, le travail d'enseignement et de recherche mené par les critiques d'art depuis les années 1950 a rendu à l'artiste l'importance qu'il méritait dans l'architecture du XXe siècle.

Conception et artisanat

La passion du Christ, statue ajoutée après la mort de Gaudí, la Sagrada Família

Dans sa période étudiante, Gaudí a fréquenté différents ateliers d'artisans, comme ceux de Eudald Puntí, Llorenç Matamala et Joan Oñós, et il y a appris les bases de toutes les professions en liaison avec l'architecture, comme la sculpture, la charpente, la ferronnerie, la verrerie, la céramique, le moulage en plâtre[61], etc. C'est ainsi qu'il a su assimiler les nouvelles avancées technologiques, incorporant dans sa technique la construction en fer ou en béton armé. Ceci parce que Gaudí avait une vision globale de l'architecture comme œuvre de conception multifonctionnelle, dans laquelle tout, jusqu'au moindre détail devait être élaboré dans un ensemble harmonieux. Ces connaissances lui permirent non seulement de se consacrer à ses projets architectoniques, mais aussi de concevoir tous les éléments des œuvres qu'il créait, du mobilier jusqu'à l'éclairage et aux finitions en ferronneries.

Gaudí a également été un novateur dans le domaine des techniques artisanales, inventant de nouvelles solutions techniques et décoratives avec les matériaux qu'il utilisait comme, par exemple, sa manière de concevoir les placages de céramique faits de morceaux cassés (trencadís), dans des combinaisons originales et fantaisistes. Pour la restauration de la cathédrale de Majorque, il a inventé une nouvelle technique pour le vitrail, qui consistait à juxtaposer trois verres des trois couleurs primaires – avec parfois un verre neutre –, en variant l'épaisseur du cristal pour pouvoir graduer l'intensité de la lumière[62].

De même, il a lui-même conçu de nombreuses sculptures de la Sagrada Familia, en appliquant une curieuse méthode de travail qu'il avait imaginée : en premier lieu, il se livrait à une étude anatomique approfondie de la silhouette, en se concentrant sur les articulations – pour cela, il a étudié minutieusement la structure du squelette humain. Parfois, il se servait de poupées de fils de fer pour tester la posture adéquate pour la silhouette à sculpter. Dans un deuxième temps, il réalisait des photographies des modèles, en utilisant un système de miroirs qui fournissaient de nombreuses perspectives. Ensuite, il réalisait des moulages en plâtre des silhouettes, de personnes comme d'animaux (un jour, il dut même hisser un âne pour le voir se mouvoir). À partir de ces modèles, il modifiait les proportions, de façon à obtenir une vision parfaite de la silhouette, en fonction de sa situation dans l'église (d'autant plus grandes qu'elles étaient élevées). En dernier lieu, il sculptait la pierre[63].

Galerie d'images

Son œuvre

L'étape orientaliste

Les œuvres de jeunesse de Gaudí sont marquées par des éléments inspirés de l'art arabe, mudéjar et oriental[64].

La période néo-gothique

L'étape naturaliste

L'observation de la nature lui inspire les arcs paraboliques et une architecture profondément organique, où interviennent des symboles de la Catalogne et de son sentiment religieux.

L'étape finale : apogée de son style

Les collaborateurs de Gaudí

À partir de 1904, un jeune confrère l'assista en permanence : Josep Maria Jujol (1879-1949). La modestie de ce disciple, que Gaudí considéra bientôt comme un fils, avait longtemps occulté son rôle auprès du Maître. Des études plus récentes lui ont rendu, entre autres, la céramique du parc Güell et de la Casa Batlló, de nombreux meubles, ainsi qu'une participation active à l'édification de la Sagrada Família.

Bonaventura Conill i Montobbio, architecte, 1876–1946, est l'initiateur du modernisme à Lloret de Mar. Il étudia à l'École d'Architecture de Barcelone et fut un disciple d'Antoni Gaudí.

Autres collaborateurs qui ont travaillé sur la Sagrada Família : Francesc Berenguer, Josep Francesc Ràfols, Cèsar Martinell, Joan Bergos, Francesc Folguera, Josep Canaleta et Joan Rubió.

Œuvres inscrites au patrimoine mondial

Œuvres d’Antoni Gaudí *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Sagrada Família : façade de la Passion.
Sagrada Família : façade de la Passion.
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Subdivision Catalogne Catalogne
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iv)
Numéro
d’identification
320bis
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1984 (8e session)
Année d’extension 2005 (29e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Sept biens construits par l’architecte Antoni Gaudí à Barcelone ou à proximité ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO : le parc Güell, le palais Güell et la Casa Mila ont été inscrits en 1984[65] ; la liste a été étendue en 2005 à la Casa Vicens, la façade de la Nativité et la crypte de la cathédrale de la Sagrada Familia, la Casa Batlló et la crypte de la Colònia Güell[66].

L'inscription de ces œuvres a été justifiée notamment par leur caractère innovant et leur influence majeure sur le développement de l’architecture et de la construction, tant résidentielle que publique.

Les projets moins connus

Des 90 projets recensés de Gaudí durant sa carrière, plusieurs ont été détruits ou n'ont pas été réalisés. Parmi ceux-ci, mentionnons[67] :

  • La Miranda, maison construite à Llinars del Vallès et détruite en 1939. La grille a été réinstallée au Parc Güell.
  • Les missions de Tanger, projet pour un hôpital et une école au Maroc qui ne fut pas réalisé.
  • Chalet Graner, ce projet pour un chalet commandé par le peintre Lluís Graner pris naissance en 1904 et devait ressembler à la Casa Batlló, mais seules les fondations et les portes principales furent construites.
  • Lampadaires de Vic, conçus pour la Plaça Major à Vic, ils furent détruits en 1924.
  • L'Hôtel Attraction, projet d'hôtel découvert en 1956 et datant de 1908, il s'agissait d'une tour de 360 mètres à New York qui n'a pas été construite.

Une reconnaissance tardive

Son œuvre fut très critiquée par nombre de ses contemporains, qui surnommèrent la Casa Milà, la « carrière » ((ca) Pedrera), afin d'en souligner l'aspect organique, voire l'absence de ce qui était alors considéré comme de la véritable architecture. George Orwell, de passage à Barcelone durant la guerre d'Espagne, fut également très critique à l'égard de l'architecture moderniste.

Les principaux soutiens de Gaudí furent ses clients, le monde ecclésiastique (Associació Espiritual de Devots de Sant Josep) et la bourgeoisie industrielle catalane (Eusebi Güell en particulier).

Ce n'est que longtemps après sa mort que l'œuvre de Gaudí fut reconnue et appropriée par les Barcelonais, qui le considèrent aujourd'hui comme l'un des plus brillants enfants de la Catalogne. Aujourd'hui, ses constructions, et particulièrement la Sagrada Família, figurent parmi les meilleurs atouts du tourisme barcelonais.

Fervent nationaliste catalan, Antoni Gaudí n'hésitait pas à braver l'interdiction de parler catalan en public, ce qui lui valut un jour d'être arrêté et jeté en prison. Mais cette ferveur nationaliste se mua à la fin de sa vie en une ferveur catholique, coïncidant à la fois avec la difficile progression du chantier de la Sagrada Família et avec d'importantes difficultés financières résultant notamment de son isolement progressif.

Vêtu de vêtements élimés et usés, personne n'a reconnu en lui le célèbre architecte lorsqu'il fut renversé par un tramway. Il mourut des suites de cet accident quelques jours plus tard, dans un hôpital (Hospital de la Santa Creu i Sant Pau) où il aura été conduit trop tard. Il eut cependant droit à un hommage justifié de sa ville qui l'enterra dans la crypte de la Sagrada Família à laquelle il avait entièrement voué ses douze dernières années.

Francesc Pujols, qui fut un des premiers à le reconnaître, lui a consacré un livre en 1927. Un procès en béatification d'Antoni Gaudi a été ouvert au Vatican en 2003. L'analyse du dossier de l'architecte catalan, auquel certains documents prêtent des dons mystiques, est en cours et devrait prendre quelques années encore.

Œuvres principales

Le Parc Güell de Barcelone
Détail de façade de la Casa Batlló

Marché de l'art

  • Les pièces de mobilier et objets d'art décoratif réalisés par Gaudí sont extrêmement rares sur le marché de l'art.
  • Le 25 mai 2011, Sotheby's vend à Paris, pour 385 000 euros, un banc à deux places provenant de l'église de la Colònia Güell (vers 1890) : record mondial pour un siège de l'artiste aux enchères.
  • Le 27 novembre 2007, un des paravents de la Casa Milà de Gaudí dit la Pedrera est vendu chez Christie's pour la somme de 1 385 000 dollars américains.
  • En 2002, le musée d'Orsay acquiert un ensemble de Gaudí d'une collection privée à Paris pour deux millions d'euros.

Notes et références

  1. Il y a une polémique sur le lieu de sa naissance.
  2. UNESCO http://www.whc.unesco.org/fr/list/320
  3. Eduardo Daniel Quiroga et Eduardo Alberto Salomón, Gaudí, Mecánica y forma de la naturaleza, consulté le 29/08/2008 sur http://www.arquitectuba.ar/monografias-de-arquitectura/Gaudi...
  4. L. Álbarez Torres, La Sagrada Familia de Barcelona ultima los preparativos para su apertura al culto, consulté le 03/08/2008, sur http://www.lavozdigital.es/cadiz/prensa/20070102/cultura
  5. Joan Castellar-Gassol, Gaudí, la vida d'un visionari, p. 13
  6. Presque jusqu'à la fin de 1915, Gaudí nota dans tous ses documents Reus comme lieu de naissance, mais à partir de cette date, il se déclara fils de Riudoms. Le motif pourrait être le dépit ressenti lors du rejet de son projet de restauration du sanctuaire de la Miséricorde de Reus. Joan Bassegoda i Nonell, El gran Gaudí, p. 552
  7. Ana María Férrin, Gaudí, de piedra y fuego, p. 61
  8. Joan Bassegoda, El gran Gaudí, p. 26
  9. Joan Bergos, Gaudí, l'home i l'obra, p. 31
  10. Gijs van Hensbergen, Antoni Gaudí, p. 36
  11. Frommer's Barcelona, 2e édition. Peter Stone (2007) ISBN 978-0-470-09692-5
  12. [History of Vegetarianism - Antoni Gaudí (1852-1926)]
  13. Gijs van Hensbergen, Antoni Gaudí, p.162
  14. Joan Castellar-Gassol, Gaudí, la vida d'un visionari, p. 95
  15. Joseph M. Tarragona, [El Arlequín], consulté le 03/08/2008
  16. Joan Bassegoda, Gaudí o espacio, luz ey equilibrio, p. 35
  17. Joan Bassegoda, El gran Gaudí, p.24-25
  18. Judith Rodríguez-Vargas, [Antonio Gaudí, la visión de un genio], consulté le 03/08/2008
  19. Josep M. Tarragona, Gaudí, biograpfia de l'artista, p. 11
  20. Josep M. Tarragona, Gaudí, biografia de l'artista, p.32
  21. Maria Antonietta Crippa, Gaudí, p. 92
  22. El complejo mundo de un creador obstinado
  23. Cèsar Martinell, Gaudí. Su vida, su teoría, su obra, p. 48.
  24. Gijs van Hendsbergen, Antonio Gaudí, p. 250
  25. (es) Juan Bassegoda, Gaudí o espacio, luz y equilibrio, Madrid, Criterio Libros,‎ 2002 (ISBN 978-84-95437-10-5)
  26. Joan Bassegoda, El gran Gaudí, p. 551
  27. Josep M. Tarragona, Gaudí, biografia de l'artista, p. 239
  28. Gijs Van Hensbergen, Antoni Gaudí, p. 291
  29. Jordi Bonet, L'últim Gaudí, p. 21
  30. Josep M. Tarragona, Gaudí, biografia de l'artista, p. 164
  31. El gran amor inalcanzado de Gaudí, consulté le 03/08/2008 sur http://www.ctv.es/USERS/ags/Pepeta_Moreu.htm
  32. a et b http://www.gaudiallgaudi.com/EA002%20G%20Amics.htm, consulté le 03/08/2008
  33. Rainer Zerbst, Antoni Gaudí, p. 13
  34. Josep M. Tarragona, Gaudí , biografia de l'artista, p. 240
  35. Gijs Van Hensbergen, Antoni Gaudí, p.304-305
  36. Ana Maria Férrin, Gaudí, de piedra y fuego, p. 415
  37. Joan Bassegoda, Gaudí o espacio, luz y equilibrio, p.263
  38. Isidre Puig i Boada, El temple de la Sagrada Família, p. 18
  39. Joan Bergós, Gaudí, l'home i l'obra, p. 9
  40. Joan Bassegoda, Antoni Gaudí Cornet (1852-1926), sur http://www.cvc.cervantes.es/actcult/gaudi/bassegoda.htm, consulté le 03/08/2008
  41. "Béatificación de Gaudí", sur http://www.ctv.es/USERS/ags/Gaudi-SF.htm, consulté le 03/08/2008
  42. "El Musical de Gaudí", sur http://www.ctv.es/USERS/ags/Gaudi-SF.htm, consulté le 03/08/2008
  43. "Nacen los Premios Gaudí, que librará anualmente la Academia del Cine Catalán", sur http://www.cultura21.cat/textecomplet.asp?id_texte=3226, consulté le 31/01/2009
  44. Carlos Flores, Les lliçons de Gaudí, p. 58
  45. Pere Hereu, Els anys d'aprenentatge de Gaudí, in Gaudí 2002, Miscellanània, p. 44
  46. Carlos Flores, Les lliçons de Gaudí, p. 89
  47. Francesc Fontbona, El vanguardismo de un tradictionalista, sur http://bcn.es/publicacions/b_mm/ebmm58/bmm58_qc42.htm, consulté le 03/08/2008
  48. Carlos Flores, Les lliçons de Gaudí, p.38-39
  49. Joan Bassegoda, Gaudí, o espacio, luz y equilibrio, p. 198
  50. Joan Bassegoda, Gaudí, o espacio, luz y equilibrio, p.266
  51. Isidre Puig i Boada, El pensament de Gaudí, p. 238
  52. Jorge Wagensberg, Apunts sobre la intuïció científica de Gaudí, in Gaudí 2002, Miscellània, p. 168
  53. Maria Antonietta Crippa, Gaudí, p. 12
  54. Claudi Alsina et Josep Gómez, Gaudí : geometria, estructura i construcció, in Gaudí 2002, Miscellània, p. 144
  55. Carlos Flores, Les lliçons de Gaudí, p. 58
  56. "Técnica arquitectónica de Gaudí", sur http://www.gaudiallgaudi.com/EA002%20G%20Tecnica%20arq.htm, consulté le 03/08/2008
  57. Joan Bassegoda, El gran Gaudí, p. 16
  58. Joan Bassegoda, El gran Gaudí, p. 366-367
  59. Oriol Pibernat, Diseño, entre el legado y la invención de la tradición, sur http://www.bcn.es/publicacions/b_mm/ebmm58/bmm58.htm, consulté le 03/08/2008
  60. Ana Maria Férrin, Gaudí, la huella del genio, p. 74
  61. Joan Bossegoda, El Gran Gaudí, p. 12
  62. Joan Bergos, Gaudí, l'home i l'obra, p.40
  63. Maria José Gómez Gimeno, La Sagrada Familia, p. 76-77
  64. Ricardo Regàs, Antoni Gaudí, Dosde arte Ediciones, 2011, p. 7
  65. Comité du patrimoine mondial, huitième session ordinaire, Décision 08COM IX.A, 2 novembre 1984.
  66. Comité du patrimoine mondial, vingt-neuvième session, Décision 29 COM 8B.47, 9 septembre 2005.
  67. Ricardo Regàs, Antoni Gaudi, Dosde arte Ediciones, 2011, p. 10

Bibliographie

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

Liens externes