Margaret Sanger

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Margaret Sanger
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Margaret Sanger en 1922.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 86 ans)
TucsonVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Infirmière, chroniqueuse sur la sexualité, militanteVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Domaines
Mouvement réformateur (en), contraceptionVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Humanist of the Year (d)
National Women's Hall of FameVoir et modifier les données sur Wikidata

Margaret Higgins Sanger (14 septembre 1879 - 6 septembre 1966) est une militante anarchiste américaine qui lutta pour la contraception et la liberté d'expression, ce qui l'amena à fonder l'American Birth Control League (ligue pour le contrôle des naissances), qui deviendra le planning familial américain sous le nom de Planned Parenthood. Initialement reçues avec beaucoup de résistances, ses idées qu'une femme puisse décider de quand et comment elle serait enceinte, gagnèrent peu à peu de l'audience, tant dans le public qu'auprès des tribunaux. Margaret Sanger a été un élément fondateur dans l'accès à la contraception et au contrôle des naissances, mais sa défense de l'eugénisme négatif en fait une personnalité controversée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle nait dans une famille ouvrière d'origine irlandaise, sixième[1] des onze enfants d'Anne Purcell Higgins qui aura eu en tout 18 grossesses[2].

Les débuts du contrôle des naissances[modifier | modifier le code]

Avant 1914, elle travaille comme infirmière et sage-femme dans les quartiers les plus pauvres de New York et intervient auprès de femmes confrontées à des grossesses à répétition, aux fausses couches et aux avortements de fortune par manque d'information sur les moyens d'éviter les grossesses. À cette époque, l'information sur la contraception est illégale, et réprimée en tant qu'« obscénité » en vertu de la loi Comstock, et seules quelques privilégiées y ont accès[2],[3]. Le taux de mortalité maternelle est alors de 7 morts pour mille naissances aux États-Unis, loin derrière des pays européens tels que l'Angleterre et les Pays-Bas, et proche du taux enregistré dans les pays les plus pauvres[4].

Elle écrit entre 1911 et 1913 pour le quotidien socialiste New-York Call deux séries d'articles « Ce que chaque mère devrait savoir » et « Ce que chaque fille devrait savoir », articles ensuite rassemblés en un ouvrage unique[4],[5].

La une du premier numéro en mars 1914, avec en épigraphe « Ni Dieux, ni maîtres ».

En 1914, elle édite le journal The Woman Rebel[6] (La femme rebelle) où elle affirme notamment que « Le corps d'une femme n'appartient qu'à elle seule[7] ». La publication est saisie presque à chaque numéro : « Les femmes rebelles réclament : le droit à la paresse, le droit d’être mère célibataire, le droit de détruire, le droit de créer, le droit d’aimer, le droit de vivre[8] ».

Elle établit ensuite des cliniques de proximité pour le contrôle des naissances qui est un terme de son invention[2].

Combats politiques[modifier | modifier le code]

En 1918, elle est inculpée par un tribunal new-yorkais pour avoir distribué des informations sur la contraception. En appel, sa condamnation est annulée : les contraceptifs peuvent être promus légalement pour prévenir les maladies[9]. Après un an d'exil en Europe pour échapper aux poursuites judiciaires, elle fonde en 1921 l'American Birth Control League (ligue américaine pour le contrôle des naissances), qui deviendra en 1942 le planning familial.

Sanger déclare en 1940 « donner [s]on argent, [s]on nom et [s]on influence auprès d'écrivains ou d'autres pour combattre la montée au pouvoir d'Hitler en Allemagne[10] » car elle condamne la politique antisémite de l'Allemagne Nazie et écrit en 1933: « Toutes les nouvelles d'Allemagne sont tristes et horribles, et pour moi plus dangereuses qu'aucune guerre ayant lieu où que ce soit, car il y a tant de gens bons qui applaudissent ces atrocités et disent que c'est bien. L'antagonisme soudain en Allemagne contre les juifs et la haine profonde contre eux se répand de manière cachée ici et est plus dangereuse que la politique agressive du Japon en Mandchourie[10]... ». Hitler de son côté fait brûler les livres de Margaret Sanger au côté de ceux de Freud[10].

Cependant, Margaret Sanger défend une forme d'eugénisme négatif, qui selon elle « améliorerait l'humanité » en évitant la reproduction des êtres « indésirables ».

« Toutes les misères de ce monde sont imputables au fait que l’on permet aux irresponsables ignorants, illettrés et pauvres de se reproduire sans que nous ayons la moindre maîtrise sur leur fécondité[11] ».

C'est dans cette optique qu'elle projette d'améliorer les conditions de vie des Afro-Américains en leur favorisant la contraception, ce qui n'a pas été accepté par tous les noirs américains. Certains militants noirs, particulièrement pendant les années 1970, ont considéré le planning familial comme une tentative de génocide à leur encontre[12].

À l'inverse, son action avait été saluée par Martin Luther King qui faisait le parallèle entre son propre combat pour l'égalité raciale et celui de Sanger pour le droit à la contraception, mais aussi car elle a établi[pas clair] une tradition de lutte politique non-violente[13].

En 1925, lors du VIe congrès du « birth control », elle invite l'anthropologue eugéniste français Georges Vacher de Lapouge. En 1926, l'une de ses nombreuses conférences sur le contrôle des naissances s'adresse aux membres de l'association Women of the Ku Klux Klan (en) à Silver Lake, dans le New Jersey[14].

Elle propose la stérilisation ou l'internement des groupes « dysgéniques » et reçoit à son domicile en septembre 1930 le conseiller d'Adolf Hitler en matière raciale, Eugen Fischer[15],[16].

En 1951, elle invite Gregory Pincus à mettre au point la contraception orale. C'est une de ses amies, Katharine McCormick qui financera ces recherches, lesquelles aboutiront à la mise sur le marché en 1960 de l'Enovid, aussitôt appelée « la pilule[17] ».

Hommages[modifier | modifier le code]

Œuvres (en anglais)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) James L. Cooper et Sheila M. Cooper, The Roots of American Feminist Thought, Alvin and Bacon, , p. 219.
  2. a, b et c Margaret Sanger: Her crusade to legalize birth control spurred the movement for women's liberation, Time Magazine, 13 avril 1998.
  3. (en)Endres, Kathleen L., Women's Periodicals in the United States: social and political issues, p. 448; 95–96, 19.
  4. a et b (en) Ellen Chesler, Woman of Valor: Margaret Sanger and the Birth Control Movement in America, New York, Simon and Schuster, (ISBN 9781416553694, lire en ligne).
  5. (en) Peter Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, AC-Clio, (lire en ligne).
  6. Emma Goldman, Épopée d'une anarchiste. New York 1886 - Moscou 1920, trad. de Living my life, 1931, Éditions Complexe, 1984, page 174.
  7. Ouvrage collectif, Chronique du XXe siècle, Éditions Chronique, 2013, lire en ligne.
  8. Marianne Enckell, Y en a pas une sur cent, Réfractions, n°24, printemps 2010, texte intégral.
  9. « Biographical Note », The Margaret Sanger Papers, Sophia Smith Collection, Smith College, Northampton, Mass.,‎ (consulté le 21 octobre 2006).
  10. a, b et c "The Sanger-Hitler Equation", The Margaret Sanger Papers Project, Department of History, New York University, hiver 2002.
  11. [1], cité dans « Margaret Sanger, father of modern society » par Elasah Drogin, New Hope, KY, U.S.A.1985.
  12. « Birth control and the black community in the 1960s: genocide or power politics? », Bnet, Journal of Social History, 22/3/1998,Simone M. Caron .
  13. The Truth About Margaret Sanger, Planned Parenthood Federation of America, Octobre 2000.
  14. Sanger, Margaret (1938). Margaret Sanger, An Autobiography. New York: W. W. Norton. pp. 361, 366–7.
  15. Désiré Dutonnerre et François-Marie Algoud, La Peste et le choléra: Marx, Hitler, et leurs héritiers, Éditions de Chiré, 2000, p.68.
  16. Désiré Dutonnerre, La Marée noire de la pornographie, Éditions de Chiré, 1992, pp.213-214.
  17. Engelman, Peter, « McCormick, Katharine Dexter », Encyclopedia of Birth Control, Vern L. Bullough (ed.), ABC-CLIO, 2001, pp.  169-171 lire en ligne.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Travaux en français[modifier | modifier le code]

  • A. Durand-Vallot, Margaret Sanger et la croisade pour le contrôle des naissances, Lyon, ENS Editions, 2012 [2]

Travaux en anglais[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]