Heiner Müller

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Heiner Müller en 1989.

Heiner Müller, né le à Eppendorf (Saxe), est un dramaturge, directeur de théâtre, poète et anarchiste est-allemand, mort d'un cancer de la gorge le à l'âge de 66 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Heiner Müller nait en 1929 en Saxe. Son père est adhérent au SPD allemand, et est arrêté en 1933 par le régime nazi, ce qui marque fortement le jeune Heiner, qui raconte plus tard cet épisode dans la nouvelle Le Père. Après cette arrestation, Heiner Müller ressent l'exclusion que lui font subir les autres enfants. Il est autorisé à aller le voir avec sa mère en camp. Pendant ce temps, cette dernière cherche du travail, avec peine, et devient couturière dans une usine. Son père est autorisé à rentrer chez lui en 1934.

De 1939 à 1947 il vit avec ses parents à Waren (Müritz). Il y travaille à la bibliothèque. En 1946, il adhère au SPD. Lors de la séparation des deux Allemagnes, il décide de rester en RDA, parce qu'il croyait initialement au modèle social est-allemand. Néanmoins, il semble vite déçu, et sera jusqu'à la fin des années 1980 surveillé par la Stasi. À partir de 1950, il écrit des critiques littéraires pour les magazines Sonntag et Aufbau. À partir de 1958, il travaille au théâtre Maxime Gorki et ses premières pièces commencent à être représentées. Après la construction du Mur de Berlin en 1961, sa pièce La Déplacée est interdite et il est exclu de l'Union des Écrivains[1]. Sa pièce Mauser est censurée en Allemagne de l'Est et ne sera jouée qu'en 1970 aux États-Unis.

Il fait partie des intellectuels ayant appelé au soulèvement du peuple en Allemagne de l'Est et prononce notamment un discours devant la foule à Berlin Est le 4 novembre 1989, quelques jours avant la chute du Mur.

À partir de la fin des années 1980, il devient metteur en scène et met lui-même en scène ses pièces au Deutsches Theater de Berlin. Durant les dernières années de sa vie, il met en scène sa pièce Quartett, Arturo Ui de Brecht et le Tristan und Isolde de Wagner à Bayreuth.

Il meurt le 30 décembre 1995 des suites d'un cancer de la gorge.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Post-modernisme[modifier | modifier le code]

Hamlet-machine de Müller s'ouvre sur la fameuse fin de la culture européenne : « J'étais Hamlet. Je me tenais sur le rivage et je parlais avec le ressac BLABLA, dans le dos les ruines de l'Europe».

Le théâtre de Müller est majoritairement constitué de réécritures d'anciens mythes. Le dramaturge établit ce qu'il appelle un "dialogue avec les morts". Sophocle, Euripide, Shakespeare (Hamlet machine) ou encore Laclos (Quartett) sont successivement invoqués.

Interrogé sur ce qui constitue pour lui le véritable théâtre post-moderne, Müller répond sur le ton de la dérision : « Le seul postmoderniste que je connaisse est August Stramm qui était un moderniste et travaillait dans une poste ».

Écriture[modifier | modifier le code]

Quand on lui demande pourquoi il écrit, Heiner Müller répond que c'est une question très noble à laquelle il a une réponse très primitive : s'il n'écrit pas, il ne peut pas dormir. L'écriture est pour lui quelque chose de thérapeutique. Il déclare également chercher à briser les illusions des spectateurs, et ne veut pas que les personnes sortent heureuses de ses pièces, mais se sentent très seules[2].

Engagement[modifier | modifier le code]

Lors de la séparation des deux Allemagne, Heiner Müller choisit de rester en RDA. Il sera cependant très critique envers le régime, et ses livres sont émaillés de références historiques.

Dans son livre Germania. Mort à Berlin, Müller défend que capitalisme et socialisme ont montré deux manières différentes de contrôler la production (économique) et d'assurer la discipline de travail, et que depuis la « fin des idéologies » en Occident, les gens ont commencé à remettre en question la validité du conflit idéologique qui oppose capitalisme et socialisme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Hamlet-machine (précédé de Mauser, Horace, Herakles 5, le Père, Deux lettres, Avis de décès, Adieu à la pièce didactique, Autoportrait deux heures du matin le 20 aout 1959, Projection 1975), Minuit, 1979.
  • La Mission (suivi de Prométhée, Vie de Gundling, Frédéric de Prusse sommeil rêve cri de Lessing), Minuit, 1982.
  • La Comédie des femmes, Éditions Théâtrales, 1985.
  • Germania. Mort à Berlin (avec Rivage à l’abandon, Matériau-Médée, Paysage avec Argonautes, Paysage sous surveillance, Pièce de cœur, Poèmes, Le Dieu Bonheur), Minuit, 1985.
  • Quartett, Minuit, 1985.
  • La Bataille (avec Rapport sur le grand-père, Boucher et Femme, La croix de fer, Histoire d'amour, Libération de Prométhée, Héracles II ou L'hydre, Le Duel, La Route des chars), Minuit, 1987.
  • Ciment (avec La Correction), Minuit, 1991.
  • Anatomie Titus fall of Rome, Minuit
  • Bertolt Brecht, Fatzer, fragment, L’Arche, 1992.
  • Philoctète, Ombres, 1994, Rééd. Minuit, 2009.
  • Le Briseur de salaires, Circé, 1996.
  • Germania 3. Les spectres du mort-homme, L’Arche, 1996.
  • Le Briseur de salaires. La Construction. Tracteur, Éditions Théâtrales, 2000
  • Médée Materiau adaptée en un opéra Medeamaterial (1991) par Pascal Dusapin
  • L'Opéra du Dragon, 1968
  • Macbeth d'après Shakespeare, 1971, traduction de Jean-Pierre Morel Éd. Minuit.

Essais et entretiens[modifier | modifier le code]

Stèle funéraire d'Heiner Müller au cimetière de Dorotheenstadt de Berlin.
  • Erreurs choisies, L’Arche, 1988.
  • Fautes d'impression, L’Arche, 1991.
  • Guerre sans bataille. Vie sous deux dictatures. Autobiographie, L’Arche, 1996.
  • Espoir, pouvoir et castration. Entretiens inédits (1990-1994), Éditions Théâtrales, 1998.
  • Profession arpenteur. Entretiens nouvelle série (1993-1995), postface et notes de Jean-Pierre Morel, Éditions Théâtrales, 2000.

Études sur Heiner Müller[modifier | modifier le code]

  • Christian Klein, Heiner Müller ou l'idiot de la république, le dialogisme à la scène, Berne, 1992
  • Jean-Pierre Morel, L'hydre et l'ascenseur. Essai sur Heiner Müller, coll. « Penser le théâtre », Circé, 1996.
  • Florence Baillet, Heiner Müller, Belin, 2003.
  • Florence Baillet, L'utopie en jeu. Critique de l'utopie dans le théâtre allemand contemporain, article Une utopie négative ? Hamlet-machine de Heiner Müller p. 67-103, Paris, CNRS Éditions, 2003.
  • Heiner Müller Handbuch, sous la direction de Hans-Thies Lehmann et Patrick Primavesi, Metzler Verlag, 2003.
  • Thomas Zenetti, Du texte-hydre au texte-sphinx, les inserts dans le théâtre de Heiner Müller, Berne, 2007.
  • Francine Maier-Schaeffer, Les Métamorphoses du Dieu Bonheur. Heiner Müller, Bertolt Brecht et l'écriture de fragment, PUPS, 2012.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Jourdheuil, Préface à Philoclète, Editions de Minuit, 2009, Paris, page 10
  2. Interview de Heiner Müller au Festival d'Avignon sur le site INA.fr, consulté le 9 novembre 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]