Jean Pierre-Bloch

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Jean Pierre-Bloch
Jean Pierre-Bloch en 1986, par Olivier Meyer.
Jean Pierre-Bloch en 1986, par Olivier Meyer.
Fonctions
Parlementaire français
Député (1936 - 1940 puis 1945 - 1946)
Gouvernement IIIe République - IVe République
Groupe politique SFIO (1936 - 1940)
SFIO (1945-1946)
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 93 ans)
Résidence Aisne

Jean Pierre-Bloch ( à Paris - à Paris) est un homme politique socialiste, un résistant français de la Seconde Guerre mondiale et un militant ardent contre l'antisémitisme. Après avoir été membre du comité directeur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) de 1934 à 1968, il en fut le président de 1968 à 1993, puis le président d'honneur jusqu'à sa mort.

Famille[modifier | modifier le code]

Fils de Reine Aboucaya d'origine séfarade, il épouse en 1936 Gabrielle Sadourny, dite « Gaby », née en 1908 à Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme), et morte le 6 juillet 1996. Ils ont trois enfants: Claude, Michèle et Jean-Pierre Pierre-Bloch, ancien député (UDF-PSD) de Paris et conseiller municipal (DL, puis UMP) du 18e arrondissement. Son petit-fils est David Pierre-Bloch, producteur et homme politique Nouveau Centre, anciennement à la direction des programmes du Groupe AB.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jean Pierre-Bloch adhère à la SFIO à la fin des années 1920 et devient journaliste au Populaire, l'organe du parti socialiste. En 1929, Il est initié à la Franc-maçonnerie, au Droit Humain et rejoint, en 1932, le Grand Orient de France. En 1934, sa carrière politique commence, lorsqu'il est élu conseiller général du canton de Marle dans l'Aisne. Il prend l'habitude de mettre Pierre-Bloch sur ses affiches au lieu de Bloch, parce qu'un autre Bloch de droite existait dans la région ; il régularisera plus tard ce changement. Il enquête sur les pogroms commis à Constantine ; c'est le début de son engagement pour la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui l'occupera pour le restant de sa vie. En 1935, il renforce son assise locale en devenant adjoint au maire de Laon puis en 1936, devient député de l'Aisne et le plus jeune député du Front populaire. En 1937, il devient membre du comité directeur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA[1]) jusqu'en 1968, date où il sera élu à la présidence. En 1938, Jean Pierre-Bloch est l'un des rares parlementaires à s'opposer aux accords de Munich. De religion juive, il est particulièrement sensible au sort réservé aux juifs dans l'Allemagne d'Adolf Hitler.

Guerre[modifier | modifier le code]

En 1939, il est engagé volontaire et le 23 juin 1940, est fait prisonnier. Il ne peut pas voter lorsque Pétain demande les pleins pouvoirs et le 17 octobre, s'évade du camp d'Essey-lès-Nancy avant de rejoindre la Zone Non Occupée. En février 1941, il rend visite à Léon Blum dans sa prison de Riom, puis rencontre Xavier Vallat pour protester contre les lois anti-juives, mais n'obtient rien. En mars, il est cofondateur du Comité d'action socialiste de la zone sud. En août, sur l'initiative de Max Hymans, il rencontre à Châteauroux Jacques Vaillant de Guélis, qui le recrute pour la section F du Special Operations Executive. En octobre, il organise, près de sa propriété de Villamblard en Dordogne[2], le premier comité de réception d'un parachutage combiné d'hommes et d'armes en France, qui a lieu dans la nuit du 10 au 11 octobre[3]. Le 20, il est arrêté à Marseille alors qu'il transporte des fonds pour la Résistance. Le 28 octobre à 23 heures, il arrive à la prison de Périgueux. Il y est détenu cinq mois, puis il est déplacé au camp de Mauzac dont il s'évade le matin du , avec dix camarades et tente de rejoindre le Général de Gaulle à Londres, mais il est arrêté en Espagne et passe de longs mois au camp de Miranda, dont il est tiré par le consul anglais. Arrivé à Londres à l'automne (?), il devient chef de la section non militaire du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). En 1943, transféré à Alger en septembre (?), Jean Pierre-Bloch devient commissaire adjoint à l'Intérieur. À ce titre, il contribue au rétablissement du décret Crémieux de 1870, qui avait fait citoyens français les Juifs d'Algérie et que Vichy avait abrogé et que le général Giraud avait maintenu[4]. Mais il propose aussi, en vain, un texte législatif similaire pour les Algériens musulmans. Patriote exemplaire, il milite pour le châtiment des complices de l'Ennemi et approuve la condamnation à mort de l'ancien ministre de l'Intérieur de Pétain Pierre Pucheu.

Un résistant critique de De Gaulle[modifier | modifier le code]

Partisan convaincu du général De Gaulle pendant la guerre, il dénonce cependant, dans De Gaulle ou le temps des méprises, la présence dans l'entourage du Général, au moins jusqu'en 1942, de royalistes ou de personnalités proches des ligues d'extrême-droite avant guerre : Claude Hettier de Boislambert, sympathisant de la Cagoule, le colonel Pierre Fourcade, ancien militant de cette organisation, Pierre Bénouville, ancien membre de l’Action française, émeutier le 6 février 1934, Henri d'Astier de la Vigerie. Selon Jean Pierre-Bloch, le ralliement du général de Gaulle à la République aurait été purement tactique et la Résistance a été confisquée par de Gaulle : pour lui, les gaullistes ont entretenu une vision tronquée de la Résistance, présentant leur courant comme la seule grande force de résistance, avec les communistes, oubliant les socialistes et les démocrates-chrétiens.

Après guerre[modifier | modifier le code]

En 1945, Jean Pierre-Bloch retrouve aisément son siège de député. En 1947, il abandonne son siège, pour diriger le SNEP, société chargée d'administrer les biens des journaux interdits de publication après la Libération. En 1953, il doit quitter son poste politique. Il est juré au procès du maréchal Pétain et vote la mort. Entre-temps, il a présidé la commission de l'Assemblée nationale pour la coordination des affaires musulmanes. À ce titre, il tente d'améliorer le sort des Algériens et participe à la rédaction du statut de 1947, qui n'est pas appliqué. De 1950 à 1960, il participe au Mouvement de la paix. En 1956, il échoue à retrouver son siège de député. En 1968, il devient président de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA, qui deviendra la LICRA en 1979). Il le restera jusqu'en 1992. De 1974 à 1981, il est président du B'nai B'rith France. De 1987 à 1989, il préside la Commission Consultative des Droits de l'Homme auprès du Premier Ministre. En 1998, il est témoin à charge au procès de Maurice Papon, à l'âge de 93 ans. En 1999, il meurt à Paris.

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'Affaire Frankfurter, avec Didier Méran, Denoël, 1937.
  • Charles De Gaulle, premier Ouvrier de France vu par un socialiste, Éditions Fasquelle, Paris, 1944, 115 p.
  • Mes jours heureux, Éd. du Bateau Ivre, 1946, 294 p.
  • Liberté et servitude de la presse en France : morceaux choisis, Centre de documentation, Éditions du Livre, Monte-Carlo, 1952, 292 p.
  • Les Causes politiques de l'antisémitisme en France, Centre de documentation, 1952.
  • Sept ans à la SNEP, SNEP, 1954.
  • Le vent souffle sur l'Histoire. témoignages et documents inédits, Éditions SIPEP, 1956, 332 p.
  • Carnet d'un voyageur en Israël, Éditions SIPEP, 1960.
  • Khroutchev en France, essai biographique, Éditions SIPEP, 1960, 46p.
  • Algérie - Terre des occasions perdues, Deux Rives, 1961, 111 p.
  • De Gaulle ou le temps des méprises, éd. La Table Ronde, 1969, 230 p.
  • Chronique d'une défaite, Éditions SIPEP, 1980.
  • Le temps d'y penser encore, Jean-Claude Simoen, 1977, 274 p.
  • Jusqu'au dernier jour, Albin Michel, 1983, 280 p., (ISBN 2-226-01920-0).
  • Londres, capitale de la France libre, Carrère 205 p., (ISBN 978-2868042637)
  • Alger, capitale de la France en guerre, 1942-1944, Universal, 1989 (ISBN 978-2908391008).

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Rues[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le sigle LICA, qui est celui de l'organisation depuis sa création en 1927, sera transformé en LICRA en 1979.
  2. Le terrain choisi est situé à 13 kilomètres au sud/sud-ouest de Villamblard, au lieu-dit « Lagudal ».
  3. Voir le récit dans son livre Le Temps d'y penser encore.
  4. Cours du professeur William Serman, Sorbonne, 1999.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Pierre-Bloch et René Vérard (préf. André Guillard), Jean Pierre-Bloch, un français du monde entier, Orléans, Corsaire éditions,‎ , 253 p. (ISBN 2910475026).
  • Jean Pierre Bloch, le temps d'y penser, Jean claude Simöen, Paris, 1977. (Autobiographie)

Liens externes[modifier | modifier le code]