Pierre Fourcaud

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Pierre Fourcaud
Naissance
Saint-Petersbourg
Décès (à 100 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau de la France Forces françaises de l'intérieur
Arme Infanterie
Grade Army-FRA-OF-04.svg Lieutenant-Colonel
Années de service 1916-1944
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Compagnon de la Libération
Croix de Guerre 1914-1918
Croix de Guerre 1939-1945

Pierre Fourcaud (Saint-Pétersbourg, 27 mars 1898 - Paris, 2 mai 1998) est un militaire français, Compagnon de la Libération. Actif dans les services de renseignements, il contribue notamment à la création et à l'organisation d'importants réseaux de résistance durant la Seconde Guerre mondiale puis devient, après-guerre, l'un des principaux responsables des services secrets français jusqu'à sa retraite en 1956.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et scolarité[modifier | modifier le code]

Né d'un père médecin français et d'une mère russe, Pierre Fourcaud passe une partie de sa jeunesse à Nice où il effectue ses études secondaires.

Premiers engagements (1916-1920)[modifier | modifier le code]

Il s'engage dans l'Armée française en 1916. Affecté au 24e régiment d'infanterie, il fait preuve d'un grand courage et est blessé à trois reprises en avril puis septembre 1918. Nommé au grade de sous-lieutenant, il termine la guerre sur la Baltique et est démobilisé en 1920.

Plusieurs thèses s'affrontent sur ses activités de l'entre-deux-guerres. De ses propres dires, il aurait travaillé, lors de son affectation dans les pays baltes, avec les services britanniques dans la lutte anti-soviétique[N 1]. A sa démobilisation, il sera approché par le 2e bureau qui souhaite bénéficier de ses compétences linguistiques et de sa connaissance de la région baltique[1]. Ceci semble confirmé par Alain Griotteray, ancien résistant et proche du général de Gaulle, selon lequel Fourcaud lui aurait confié avoir été contacté par le 2e bureau et, parlant russe, été employé plusieurs années pour des missions dans les pays baltes, avant d'obtenir un commandement dans la troupe, avec le grade de capitaine, vers 1934, et de repartir pour diverses missions secrètes[2]. Georges Loustaunau-Lacau précise dans ses Mémoires[3] que Fourcaud était ingénieur urbaniste et Marie-Madeleine Fourcade qu'il n'était que réserviste. De même, le colonel Passy, qui s'est violemment opposé à lui en 1946 affirme que Fourcaud n'était pas militaire de carrière avant la guerre, mais représentant de commerce. D'après l'historien du BCRA Sébastien Albertelli, il travaille dans le pétrole à la direction technique de la Standard Oil, tout en faisant du renseignement[4].

Des doutes subsistent également à propos de l'appartenance de Pierre Fourcaud à certains mouvements conspirationnistes des années trente tels que La Cagoule ou les réseaux Corvignolles. André Labarthe prétend qu'il a fait partie du premier groupe, ce dont témoigne Maurice Duclos. Cependant, nulle preuve n'a pu en être apportée[N 2]. Alain Griotteray mentionne qu'à Londres, Maurice Duclos, ancien membre de La Cagoule, le reconnaît pour l'un de ses anciens compagnons. Fourcaud nie et donne sa parole à André Dewavrin qu'il n'a jamais appartenu à l'organisation d'Eugène Deloncle. Au cours d'un entretien dans les années quatre-vingt-dix, Fourcaud affirme cependant y avoir été infiltré pour renseigner l'armée[2].

Combats de 1940[modifier | modifier le code]

Mobilisé avec le grade de capitaine en 1939 au 348e régiment d'infanterie, il est blessé au combat le , au nord de Nancy. Hospitalisé à Biarritz, il décide de rejoindre le général de Gaulle en Angleterre, ce qu'il réussit à faire en prenant un bateau à Sète le 6 juillet, avec des troupes tchèques. Lors de la traversée, il fait connaissance avec le lieutenant André Manuel, qui deviendra le responsable de la section Renseignement du BCRA. Il débarque à Liverpool le 13 juillet[5].

Officier du BCRA[modifier | modifier le code]

Arrivé à Londres vers le , il rencontre Pierre Tissier, un conseiller d'État ancien du 2e bureau dans le corps expéditionnaire en Norvège et premier chef d'état major du Général de Gaulle. Après avoir été reçu par ce dernier, Fourcaud est affecté à l'état-major[6]. Du fait de son passé et de ses connaissances linguistiques, il est immédiatement intégré dans les services de renseignement de la France Libre, le 2e Bureau, (futur BCRA) dirigé par André Dewavrin, alias Colonel Passy. Celui-ci lui donne le pseudonyme "Barbès" et le nomme en tant qu'un de ses deux adjoints, l'autre étant Maurice Duclos (alias Saint-Jacques).

Début , il quitte Londres pour Lisbonne puis Madrid afin d'effectuer sous le pseudonyme de "Lucas" une première mission en France dans la zone non occupée. Il y est chargé de se consacrer à la création d'un réseau de renseignement. Parallèlement, le colonel Rémy est chargé de la même mission en zone occupée[7]. Se rendant à Vichy, il y multiplie les rencontres avec des interlocuteurs connus dans les années trente dans les milieux du renseignement, comme le colonel Groussard[8]. En octobre, Groussard qui est inspecteur général des services de sûreté de Vichy, le présente au colonel Guy d'Alès, directeur du Bureau des menées antinationales, et Georges Loustaunau-Lacau, chef de la Légion des combattants. Il séjourne ensuite à Marseille ou il entre en contact avec un certain nombre de socialistes du Sud de la France décidés à agir[N 3], et qui commencent à se regrouper, à l'initiative de Daniel Mayer, autour de Félix Gouin. Il y crée le réseau "Fleurs", sans doute en référence à Léon Blum. Après son départ, son frère Jean dit Boris (alias Froment) prend la tête du mouvement qui deviendra sous la direction d'André Boyer (Brémond) et de Gaston Defferre le réseau Brutus. Il repart en décembre pour l'Angleterre avec la complicité du colonel Baril, le chef du service de renseignement de Vichy, et muni d'un passeport signé par le ministre des Affaires étrangères de l'État français. Arrivé à Lisbonne le 18 décembre 1940, il regagne Londres ou il fait son rapport au général de Gaulle, sur ces contacts avec les socialistes et sur des possibles rapprochements avec certains cercles de Vichy.

Le , il repart en zone non occupée pour tenter de coordonner les premiers résistants sous l'autorité du général de Gaulle. Il reprend contact avec les socialistes marseillais et contribue au développement de ce mouvement dans le Sud de la France. Le 5 juillet 1941 il organise une importante réunion de coordination avec Eugène Thomas, délégué du Comité d'action socialiste[9]. Reprenant ses contacts à Vichy, il facilite les contacts entre Georges Loustaunau-Lacau et les représentants de l'Intelligence Service comme Kenneth Cohen[N 4]. La rencontre à Lisbonne, le 14 avril 1941, entre Georges Loustaunau-Lacau et Kenneth Cohen permet la naissance du réseau Alliance un mois plus tard. ce réseau deviendra le plus important réseau dans l'orbite britannique en France. Le 25 août, Pierre Fourcaud contacte l'amiral Laborde, commandant en chef de la flotte de Toulon, pour tenter de le rallier à la cause gaulliste, lui donnant son nom réel et son grade de capitaine. Refusant de rejoindre le général de Gaulle, l'amiral Laborde transmet le signalement de Fourcaud aux autorités de Vichy. Le il est arrêté avec le lieutenant Warin, "Wybot", par la sureté du territoire à la Gare Saint-Charles à Marseille[10]. Il est transféré à Clermont-Ferrand le 2 septembre et passe près de 11 mois entre prisons et hôpitaux. Il parvient à s'évader le . Le 1er septembre, il parvient à quitter la France depuis le port de Cassis, puis rejoint les Baléares et Gibraltar. Il s'envole alors pour Londres en compagnie de Henri Frenay et Emmanuel d'Astier.

En octobre 1942, stationné à Camberley, il est chargé de gérer et entraîner les effectifs de français qui rejoignent l'Angleterre. Le , il prend le commandement d'une unité nouvellement créée : le 1er Bataillon d'Infanterie de l'Air. Celui-ci est constitué des survivants de la 1re Compagnie d'Infanterie de l'Air qui opérait sur le théâtre d'opération d'Afrique du Nord dans les SAS britanniques (the French Squadron) et les nouveaux arrivants en Angleterre. Promu lieutenant-colonel le 8 août 1943 il est rappelé à Londres au mois de novembre, laissant au Commandant Bourgoin le commandement de son bataillon, renommé 4e Bataillon d'Infanterie de l'Air.

Chargé de repartir en France avec pour mission de coordonner les maquis de Savoie[11], il est déposé dans le Jura le par un Lysander qui repart avec Lucie et Raymond Aubrac à son bord. Sous le pseudonyme Sphère, il compose la mission "Union" en compagnie de Peter Julien Ortiz (Chambellan) de l'Office of Strategic Services et de Henry Thackwaite (Procureur) du Special Operations Executive. Leur objectif est de permettre l’armement des groupes qui avaient été constitués pour former les Forces françaises de l’intérieur. La Mission demande à Londres dès le 16 février l’organisation de parachutages pour armer les groupes savoyards. Les premiers seront organisés au mois de mars, dont celui de La Plagne dans la nuit du 10 au 11. ou celui du 1er août au col des Saisies. Le à Albertville, lors d'une réunion en compagnie du commandant Bulle, il est arrêté par les allemands. Il réussit cependant à s'évader de la prison de Chambéry le , quelques jours après le parachutage du col des Saisies qu'il avait contribué à organiser. Il retrouve Jean Bulle, Peter Ortiz et Henry Thackwaite, avant de repartir pour Londres le . Il rentre définitivement dans la France libérée le .

Officier du SDECE[modifier | modifier le code]

Le , il est promu colonel. Il est alors l'adjoint d' André Dewavrin, directeur de la Direction générale des études et recherches (DGER) qui a pris la suite du BCRA. Le , la DGER devient le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDEC), future DGSE. Le 21 janvier 1946, après le départ du pouvoir du général de Gaulle, le nouveau président du conseil Félix Gouin nomme Henri Ribière à la place de Dewavrin, pour diriger les services. Ribière conserve Pierre Fourcaud comme adjoint.

En 1947, après l'affaire du Plan bleu, le président du conseil Paul Ramadier charge Ribière et Fourcaud de mettre en place le réseau "Rose des Vents", consistant à mettre entre place une armée anticommuniste secrète. Cette mission s'inscrit dans le contexte général de sentiment anticommunisme d'après-guerre, particulièrement après la création en 1949 de l'OTAN et la diffusion en France par les américains de la Peur rouge et du Maccarthysme. Le 21 juin 1950, Pierre Boursicot remplace Ribière à la tête du SDECE. Opposé à Pierre Fourcaud, il relève celui-ci de ses fonctions.

Retraite des services actifs[modifier | modifier le code]

Après avoir participé à la création des Groupement de commandos mixtes aéroportés dans le contexte de la guerre d'Indochine, il quitte le SDECE en 1956. Il meurt à Paris en 1998 et reçoit des obsèques officielles militaires à l'Hôtel des Invalides avant d'être inhumé au Lavandou dans le Var.

Décorations[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GO ribbon.svg Ruban de l'Ordre de la Libération (2).PNG Croix de Guerre 1914-1918 ribbon.svg

Croix de Guerre 1939-1945 ribbon.svg Medaille de la Resistance avec rosette ribbon.svg Ruban de la Croix du combattant.PNG

Croix du Combattant Volontaire 1914-1918 ribbon.svg Medaille commemorative de la Guerre 1914-1918 ribbon.svg World War I Victory Medal ribbon.svg

Medaille des Evades ribbon.svg OrderStGeorge4cl rib.png Dso-ribbon.png

Order BritEmp rib.png Distinguished Service Cross ribbon.svg Neth odrorangenassau rib.png

Officer Ordre de Leopold.png BEL Croix de Guerre WW1 ribbon.svg


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. entretien de Pierre Fourcaud avec Fabrizio Calvi en novembre 1987 pour la rédaction de son livre OSS, la guerre secrète en France, paru en 1990 chez Hachette.
  2. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, p. 726-733. « La légende calomnieuse d'un Passy « cagoulard » et d'un BCRA fasciste a été une invention d'André Labarthe ; elle est sans fondement ; le clan antigaulliste l'aura néanmoins propagée assidûment pendant quatre ans. Il n'y eut d'ex-cagoulard avéré au BCRA que Duclos, alias Saint-Jacques, l'autre « suspect », Pierre Fourcaud, dont la culture politique était proche des socialistes, ayant contre lui d'avoir été un familier du 2e Bureau de l'entre-deux-guerres et d'y avoir conservé des relations. »
  3. voir Comité d'action socialiste
  4. K. Cohen (1900-1984) fut attaché de 1940 à 1943 à la section France (section A5) de l'Intelligence service. Il devait recruter des sources en zone libre et à Vichy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice biographique sur le site de l'Ordre de la Libération
  2. a et b Griotteray, p. 58
  3. Mémoires d'un Français rebelle, Robert Laffont, 1948
  4. Albertelli, p. 45
  5. Albertelli, p. 29
  6. Griotteray, p. 60
  7. Dico de la Résistance, p. 418
  8. Dico de la résistance, p. 418
  9. Note sur le réseau Brutus, dictionnaire de la Résistance, Bouquins, p. 145
  10. dictionnaire de la Résistance, notice bio, p. 418
  11. Notice Ordre de la Libération

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Griotteray, 1940, Qui étaient les premiers résistants?, L’Âge d'Homme,
  • Jean-Marc Binot et Bernard Boyer, Nom de code : Brutus. Histoire d'un réseau de la France libre, Fayard,
  • Sébastien Albertelli, Les services secrets du Général de Gaulle, Perrin,
  • Dictionnaire historique de la Résistance, Éditions Robert Laffont collection Bouquins, 2006
  • Gil Emprin, Les carnets du capitaine Bulle : L’homme derrière la légende, La Fontaine de Siloé, coll. « Carnets de vie », , 188 p. (ISBN 978-2842061999).
  • Jean d'Arbaumont, Capitaine Jean Bulle : Résistance en Savoie, Dominique Guéniot, , 341 p. (ISBN 2-87825-039-7).

Liens externes[modifier | modifier le code]