Invasion du Québec

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Invasion du Québec
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The Death of General Montgomery in the Attack on Quebec, December 31, 1775 (1786) par John Trumbull.
Informations générales
Date à
Lieu Principalement les vallées du lac Champlain et du fleuve Saint-Laurent, dont les villes de Montréal et de Québec
Issue Victoire britannique décisive :
- les expéditions américaines au Québec sont défaites
- une contre-offensive britannique est lancée
Belligérants
Drapeau des États-Unis Treize colonies
République du Vermont République du Vermont
Drapeau de la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne
Commandants
Philip Schuyler
Richard Montgomery 
John Thomas 
William Thompson  Reddition
John Sullivan
Benedict Arnold
David Wooster
James Livingston
Ethan Allen  Reddition
Guy Carleton
Forces en présence
10 000 soldats700 à 10 000 soldats
Pertes
400 tués
650 blessés
1 500 capturés
100 tués
~230 blessés
600 capturéscapturés

Guerre d'indépendance des États-Unis

Batailles

Guerre d'indépendance des États-Unis

L'invasion du Québec en 1775 est la première initiative militaire majeure de l'armée continentale américaine nouvellement formée pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. L'objectif de la campagne est d'obtenir le contrôle militaire de la province britannique du Québec — dans l'actuel Canada — et de convaincre les Canadiens francophones de se joindre à la révolution aux côtés des Treize colonies. Une première expédition provenant du fort Ticonderoga sous le commandement de Richard Montgomery, assiège et capture le fort Saint-Jean et capture presque le général britannique Guy Carleton lors de la prise de Montréal. La seconde expédition quitte Cambridge dans le Massachusetts sous le commandement de Benedict Arnold et se rend avec beaucoup de peine du Maine jusqu'à la ville de Québec. Les deux forces s'y rejoignent, mais sont défaites à la bataille de Québec en décembre 1775.

L'expédition de Montgomery part du fort Ticonderoga à la fin d'août et commence à la mi-septembre à assiéger le fort Saint-Jean, le principal point de défense au sud de Montréal. Après la capture du fort en novembre, Carleton abandonne Montréal pour s'enfuir à Québec et Montgomery prend le contrôle de la ville avant de poursuivre sur Québec avec une armée à l'effectif beaucoup plus réduit. Là, il rejoint Arnold, qui quitte Cambridge début septembre pour une traversée pénible à travers la nature sauvage, laissant des troupes sans approvisionnement et manquant de matériel.

Ces forces se sont jointes près de Québec en décembre et attaquent la ville lors d'une tempête de neige le dernier jour de l'année. La bataille est une défaite désastreuse pour l'armée continentale : Montgomery est tué et Arnold blessé, tandis que les défenseurs de la ville subissent peu de pertes. Arnold mène ensuite un siège inefficace contre la ville, au cours duquel des campagnes de propagande couronnées de succès renforcent les sentiments des loyalistes, tandis que l'administration dure du général David Wooster à Montréal agace les partisans et les détracteurs des Américains.

Les Britanniques envoient plusieurs milliers de soldats, dont le général John Burgoyne et des alliés hessiens, pour renforcer ceux de la province en mai 1776. Le général Carleton lance alors une contre-offensive, renvoyant au fort Ticonderoga les forces continentales affaiblies et désorganisées. L'armée continentale, sous le commandement d'Arnold, parvient à entraver l'avancée britannique de manière à empêcher une attaque sur le fort Ticonderoga en 1776. La fin de la campagne prépara le terrain pour la campagne de Burgoyne en 1777 visant à prendre le contrôle de la vallée de l'Hudson.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Carte de la province de Québec en 1774.

L'objectif de la campagne militaire américaine, le contrôle de la province britannique de la province de Québec, est souvent appelé en anglais « Canada » en 1775. Par exemple, l'autorisation donnée par le Deuxième Congrès continental au général Philip Schuyler pour la campagne inclut la mention des « Canadiens » et du « Canada »[1]. Même des livres d'histoire relativement modernes couvrant la campagne en détail l'appellent le Canada dans leurs titres.

Le territoire que la Grande-Bretagne appelle le Québec est en grande partie la province française du Canada en Nouvelle-France jusqu'en 1763, date à laquelle la France le céde officiellement à la Grande-Bretagne dans le traité de Paris de 1763, qui mit officiellement[Note 1] fin à la guerre de la Conquête[2].

Dans cet article, le nom « Québec » est utilisé, sauf dans les citations qui mentionnent spécifiquement le « Canada », afin d'éviter toute confusion entre cet usage historique et l'usage avec à la nation moderne du Canada.

Contexte[modifier | modifier le code]

Au printemps 1775, la guerre d'indépendance des États-Unis commence avec les batailles de Lexington et Concord, près de Boston. Elle oppose l'armée britannique et l'armée continentale commandée par George Washington. Le conflit est alors à l'arrêt, l'armée britannique, concentrée à Boston, étant entourée de milices coloniales lors du siège de la ville.

En , Benedict Arnold et Ethan Allen, conscients des faibles défenses et de la présence d'armes lourdes au fort Ticonderoga, dirigent une troupe de milices coloniales qui s'emparent du fort et de celui de Crown Point et attaquent le fort Saint-Jean. Tous trois ne sont que légèrement défendus à l'époque[3]. En , une garnison de 1 000 miliciens venant du Connecticut occupe Ticonderoga et Crown Point sous le commandement de Benjamin Hinman (en)[4]. Des corsaires américains prennent également des ports de l'océan Atlantique[5].

Autorisation du Congrès[modifier | modifier le code]

Le général Philip Schuyler.

Le Premier Congrès continental, réuni en 1774, a précédemment invité officiellement les Canadiens français à participer à une deuxième réunion du congrès qui se tiendrait en mai 1775, dans une lettre publique aux Canadiens datée du . Le Second Congrès continental envoie une deuxième lettre en , mais il n'y a pas de réponse de fond à l'une ou l'autre des missives[6] qui a pour objectif qu'ils rejoignent les Américains pour former une quatorzième colonie et détacher l'ancienne colonie française du Canada de l'Empire britannique. L'acte de Québec de 1774, assurant la liberté de culte pour les catholiques, est probablement aussi une des causes des Américains, protestants, de cette volonté de rattachement[5]. Le clergé canadien-français, les propriétaires fonciers et les citoyens influents de la ville accordent également officiellement leur soutien aux Britanniques[5], au grand dam des Américains[7].

Après la capture du fort Ticonderoga, Arnold et Allen notent qu'il est nécessaire de tenir Ticonderoga comme défense contre les tentatives britanniques de diviser militairement les colonies, et notent également que la province du Québec est mal défendue. Chacun d'eux propose séparément des expéditions contre le Québec, suggérant qu'une force aussi petite qu'une troupe modeste de 1 200 à 1 500 hommes suffirait pour chasser l'armée britannique de la province. Le Congrès ordonne d'abord que les forts soient abandonnés[8], ce qui incite la province de New York et le Connecticut à fournir des troupes et du matériel à des fins essentiellement défensives. Des déclarations publiques de la Nouvelle-Angleterre et de New York mettent au défi le Congrès de changer de position. Lorsqu'il devient évident que le gouverneur du Québec, Guy Carleton, fortifie le fort Saint-Jean et tente également d'impliquer les Iroquois dans le conflit au nord de le province de New York, le Congrès décide qu'une position plus active est nécessaire. Le , le Congrès autorise le général Philip Schuyler à étudier et, si cela semble approprié, à entamer une invasion[9]. Benedict Arnold, désigné pour son commandement, se rend à Boston et convainc le général George Washington d'envoyer une force de soutien au Québec sous son commandement[10].

Préparations défensives[modifier | modifier le code]

En réponse à la capture du fort Ticonderoga et au raid sur le fort Saint-Jean, le général et gouverneur Guy Carleton envoie 700 soldats pour maintenir ce fort sur la rivière Richelieu, au sud de Montréal, et ordonne la construction de navires destinés au lac Champlain[11]. Il recrute également environ cent guerriers Mohawks pour aider à sa défense. Il supervise lui-même la défense de Montréal, ne dirigeant que 150 soldats réguliers, puisqu'il s'appuie sur le fort Saint-Jean comme principale défense[10]. Il laisse la défense de la ville de Québec sous le commandement du lieutenant-gouverneur Hector Theophilus de Cramahé[12].

Richard Montgomery et Benedict Arnold, qui mènent les deux expéditions.

De le même temps, Carleton, parfaitement conscient du danger d'une invasion venant du sud, demande, sans besoin immédiat, des renforts au général Thomas Gage, situé à Boston. Il entreprend également de former des milices locales pour aider à la défense de Montréal et de la ville de Québec, ce qui rencontrent cependant un succès limité[13].

Négociations pour le soutien des Nord-Amérindiens[modifier | modifier le code]

Guy Johnson (en), un agent loyaliste et nord-amérindien britannique vivant dans la vallée de la Mohawk dans la province de New York, entretient des relations plutôt amicales avec les Iroquois de la région et craint pour sa sécurité et celle de sa famille après qu'il soit devenu évident que le sentiment pro-patriot domine la région. Apparemment convaincu qu'il ne peut plus mener les affaires de la Couronne britannique en toute sécurité, il quitte sa propriété de New York avec environ 200 partisans loyalistes et mohawks. Il se rend abord au fort Ontario où, le , il obtient des chefs de tribus nord-amérindiennes — principalement des Iroquois et des Hurons-Wendat — la promesse d'aider à maintenir ouvertes les lignes d'approvisionnement et de communication dans la région et d'aider les Britanniques à « contrarier l'ennemi »[14]. De là, il se rend à Montréal où, lors d'une réunion avec le général Carleton et plus de 1 500 Nord-Amérindiens, négocie des accords similaires et donne du matériel militaire[15]. Cependant, la plupart des personnes impliquées dans ces accords sont des Mohawks, les autres tribus de la Confédération iroquoise ont en grande partie évité ces conférences, cherchant à rester neutres dans ce conflit. Plusieurs Mohawks restent dans la région de Montréal après la conférence. Cependant, lorsqu'il semble incertain que les Américains lancent effectivement une invasion en 1775, la plupart d'entre eux sont rentrés chez eux à la mi-août[16].

Le Congrès continental cherche à garder les Iroquois hors de la guerre. En juillet 1775, Samuel Kirkland (en), un missionnaire influent auprès des Onneiouts, leur apporte une déclaration du Congrès : « nous souhaitons que vous restiez chez vous et que vous ne rejoigniez aucun des deux camps, [et] que vous gardiez la hache de guerre enfouie profondémment[15]. » Alors que les Onneiouts et les Tuscaroras restent formellement neutres, de nombreux Onneiouts ont individuellement exprimé leur sympathie pour les rebelles[15]. La nouvelle de la réunion de Johnson à Montréal pousse le général Schuyler, également influent auprès des Onneiouts, à convoquer une conférence à Albany à la mi-août. Schuyler et d'autres représentant américains expliquent aux Nord-Amérindiens les problèmes qui divisent les colonies de Grande-Bretagne, soulignant que les colons sont en guerre pour préserver leurs droits et non dans une conquête territoriale[17]. Les chefs présents acceptent de rester neutres, un chef mohawk déclarant par exemple qu'il s'agit d'une « affaire de famille » et qu'ils « resteraient immobiles [en vous regardant vous] battre »[18]. Ils obtiennent toutefois des concessions des Américains, y compris des promesses de régler des griefs en cours, tels que l'empiétement de colons blancs sur leurs terres[19].

Expédition de Montgomery[modifier | modifier le code]

Invasion du Québec :

Objectif et composition[modifier | modifier le code]

Le général Philip Schuyler dirige l'invasion et a pour objectif de remonter le lac Champlain pour attaquer Montréal, puis Québec. L'expédition est composée de forces de New York, du Connecticut et du New Hampshire, ainsi que des Green Mountain Boys dirigés par Seth Warner, avec du matériel et des provisions fournis par New York[20]. Cependant, Schuyler fait preuve de trop de prudence et, à la mi-août, les colons reçoivent des informations selon lesquelles le général Carleton renforce les positions défensives à l'extérieur de Montréal[21] et que certaines tribus autochtones ont rejoint le camp britannique[22].

Approche et siège du fort Saint-Jean[modifier | modifier le code]

Le , alors que Schuyler est à la conférence avec les Nord-amérindiens, Richard Montgomery apprend que les navires en construction au fort Saint-Jean sont presque terminés. Montgomery, profitant de l'absence de Schuyler — et en l'absence d'ordonnances autorisant un mouvement —, mène le 1 200 soldats rassemblés au fort Ticonderoga jusqu'à une position avancée à l'île aux Noix sur la rivière Richelieu[23]. Schuyler, qui tombe malade, rattrape les troupes en route. Il envoi une lettre à James Livingston, un Canadien prêt à mobiliser les forces de la milice locale afin de soutenir l'effort américain, pour qu'il fasse circuler ce mot dans la région située au sud de Montréal.

Le lendemain, les forces se rendent au fort Saint-Jean, où, après avoir vu les défenses et combattue dans une courte escarmouche au cours de laquelle les deux camps comptent des blessés, elles se retirent à l'île aux Noix. L'escarmouche, qui implique principalement des Nord-Amérindiens du côté britannique, n'est pas soutenue par le fort, ce qui pousse les autochtones à se retirer du conflit[24]. L'arrivée rapide d'Onneiouts dans la région, qui intercepte un groupe de guerre mohawk lors du mouvement de Kahnawake vers le fort Saint-Jean, freine également tout soutien supplémentaire aux Britanniques. Les Onneiouts convainquent le groupe de retourner dans leur village, où Guy Johnson, Daniel Claus (en) et Joseph Brant été arrivés pour tenter d'obtenir l'aide des Mohawks. Refusant de rencontrer directement Johnson et Claus, les Onneiouts expliquent à Brant et aux Mohawks les termes de l'accord conclu à Albany[25]. Les Britanniques partent sans aucune promesse de soutien[26].

À la suite de cette première escarmouche, le général Schuyler est devenu trop malade pour continuer ; il passe donc le commandement à Montgomery. Schuyler part pour le fort Ticonderoga quelques jours plus tard[27]. Après un nouveau faux départ et l'arrivée de 800 à 1 000 autres hommes du Connecticut, du New Hampshire et de New York, ainsi que de certains des Green Mountain Boys[28], Montgomery commence enfin à assiéger le fort Saint-Jean le , empêchant la communication avec Montréal et saisissant des fournitures destinées au fort. Ethan Allen est capturé la semaine suivante lors de la bataille de Longue-Pointe lorsque, outrepassant les instructions visant à ne soulever que des milices locales, il tente de s'emparer de Montréal avec une petite force d'hommes[29]. Cet événement entraîne une brève augmentation du soutien de la milice aux Britanniques mais les effets sont relativement de courte durée, beaucoup désertant à nouveau dans les jours suivants[30]. Après que le général Carleton tente de lever le siège le , le fort se rend finalement le [31].

Occupation de Montréal et fuite de Carleton[modifier | modifier le code]

Guy Carleton, général britannique et gouverneur du Québec.

Montgomery dirige ensuite dirigé ses troupes vers le nord et occupe l'île des Sœurs sur le fleuve Saint-Laurent le , avant de se rendre à Pointe-Saint-Charles le lendemain, où il est accueilli en libérateur[32]. Montréal tombe sans affrontements notables le , car Carleton, décidant que la ville est indéfendable et subissant une désertion importante des miliciens à la suite de la chute du fort Saint-Jean, fuit. Il échappe de peu à la capture, des Américains ayant traversé la rivière en aval de la ville et les vents empêchant la flotte britannique de lever l'ancre immédiatement. Lorsque la flotte de Carleton approche de Sorel, elle est approchée par un bateau portant un drapeau blanc. Le bateau présente une demande de reddition, affirmant que les batteries d'armes à feu situées en aval détruiraient les navires britanniques. Ne sachant pas si ces batteries sont bien réelles[Note 2], Carleton décide de quitter son navire, après avoir ordonné la destruction de la poudre et des munitions si cela s'avère nécessaire. Le , la flotte britannique se rend et Carleton, déguisé en homme ordinaire[33], se rend à Québec. Les navires capturés comprennent des prisonniers capturés par les Britanniques dont Moses Hazen, un expatrié né dans le Massachusetts et possédant une propriété près du fort Saint-Jean, qui s'était rebellé après les mauvais traitements infligés par les Britanniques. Hazen, vétéran de la guerre de la Conquête a ensuite dirigé le 2e Régiment canadien (aussi connu comme le Congress' Own Regiment) pendant toute la guerre et rejoint l'armée de Montgomery[34].

Avant de quitter Montréal pour la ville de Québec, Montgomery publie des messages à l'intention des habitants indiquant que le Congrès souhaite que le Québec les rejoigne et entame des discussions avec des sympathisants américains dans le but de tenir un congrès provincial afin d'élire des délégués au Congrès. Il écrit également au général Schuyler pour demander qu'une délégation du Congrès soit envoyée pour entreprendre des activités diplomatiques[35].

Une grande partie des soldats de l'armée de Montgomery quitte celle-ci après la chute de Montréal en raison de l'expiration de la durée de leur enrôlement. Il utilise ensuite certains des bateaux capturés pour se déplacer vers Québec avec environ 300 soldats le , en laissant environ 200 à Montréal sous le commandement du général David Wooster[36]. En cours de route, il s'associe avec le 1er Régiment canadien nouvellement créé de James Livingston, composé d'environ 200 hommes[37].

Expédition d'Arnold[modifier | modifier le code]

Carte de l'ingénieur britannique John Montresor datant de 1760 et qui sert de guide à Arnold.

Benedict Arnold, qui n'est pas retenu pour diriger la première expédition dans la vallée du lac Champlain, retourne à Cambridge, dans le Massachusetts, et contacte George Washington avec l'idée d'une force d'invasion complémentaire à destination de la ville de Québec[38]. Washington approuve l'idée et donne à Arnold 1 100 hommes, dont les fusiliers de Daniel Morgan[39]. Les forces d'Arnold naviguent de Newburyport, dans le Massachusetts, jusqu'à l'embouchure de la rivière Kennebec, puis en amont du fort Western près de la ville d'Augusta, dans le Maine.

L'expédition d'Arnold est un succès car il parvient à amener un corps de troupes aux portes de la ville de Québec. Cependant, l'expédition connait des ennuis dès qu'elle quitte les derniers avant-postes dans l'actuel Maine. Il y a de nombreuses difficultés liées aux portages nécessaires au fur et à mesure que les troupes remontent la Kennebec et les bateaux qu'ils utilisent prennent fréquemment l'eau, gâchant de la poudre à canon et les vivres. Les différentes hauteurs de terrain situées entre la Kennebec et la rivière Chaudière et l'enchevêtrement de lacs et de ruisseaux, rendent la traversée compliquée. Le mauvais temps est un facteur aggravant et finalement un quart des troupes font marche arrière. La descente de la Chaudière entraîne la destruction de plusieurs bateaux avec leurs fournitures et les troupes inexpérimentées sont incapables de contrôler les bateaux dans les eaux rapides[40].

Après avoir parcouru près de 650 kilomètres à travers une nature vierge, Arnold arrive le long du fleuve Saint-Laurent en novembre avec ses effectifs réduits à 600 hommes affamés. Lorsque Arnold et ses troupes atteignent finalement les plaines d'Abraham le , Arnold envoie un négociateur avec un drapeau blanc pour exiger la reddition de Québec, mais en vain. Les Américains, sans canons et à peine aptes au combat, font face à une ville fortifiée. Québec est alors défendue par une garnison d'environ cent hommes commandés par le lieutenant-colonel Allan Maclean mais il peut aussi compter sur plusieurs centaines de miliciens. Néanmoins, Arnold, après avoir entendu parler d'un déploiement militaire britannique prévu pour sortir de la ville, décide le de se retirer à Pointe-aux-Trembles — Neuville — pour attendre Montgomery, qui vient de s'emparer de Montréal[41]. Alors qu'il se dirige vers l'amont, Carleton revient à Québec par voie fluviale après sa défaite à Montréal[42].

Le , Montgomery descend finalement le fleuve depuis Montréal avec 500 soldats, apportant du matériel britannique capturé et des vêtements d'hiver. Les deux forces s'unissent et des plans sont élaborés pour une attaque sur la ville[43]. Trois jours plus tard, l'armée continentale se dresse de nouveau sur les plaines d'Abraham et commence à assiéger la ville de Québec[44].

Siège et bataille de Québec[modifier | modifier le code]

Les Britanniques et des miliciens repoussent les Américains à Sault-au-Matelot lors de la bataille de Québec.

Alors qu'il prépare l'attaque de la ville, Christophe Pélissier (en), un Français habitant près de Trois-Rivières, vient à la rencontre de Montgomery. Pélissier, qui soutien politiquement la cause américaine, exploite les forges du Saint-Maurice à Saint-Maurice. Montgomery discute de l'idée de tenir le congrès provincial avec lui. Pélissier recommande de ne pas tenir un congrès avant la prise de la ville de Québec, car les habitants ne se sentiraient pas libres d'agir de la sorte avant que leur sécurité ne soit mieux assurée[45]. Les deux hommes acceptent que les usines de Pélissier fournissent des munitions pour le siège.

Montgomery rejoint Arnold et James Livingston lors d'un assaut sur la ville de Québec lors d'une tempête de neige le . En infériorité numérique et sans aucun avantage tactique, les Américains sont complètement défaits par Carleton. Montgomery est tué, Arnold est blessé et de nombreux hommes sont faits prisonniers, dont Daniel Morgan[46] et Ethan Allen. Après la bataille, Arnold envoie Moses Hazen et Edward Antill (en), un autre expatrié américain pour signaler la défaite et demander de l'aide à Wooster à Montréal, ainsi qu'au Congrès à Philadelphie[47].

Carleton choisit de ne pas poursuivre les Américains, mais de rester plutôt dans les fortifications de la ville et d'attendre des renforts qui doivent arriver lors du dégel du fleuve, au printemps. Arnold maintient un siège peu efficace sur la ville jusqu'en , date à laquelle il est envoyé à Montréal et remplacé par le général Wooster. Au cours de ces mois, l'armée assiégeante souffre de conditions hivernales difficiles et la variole a commencé à toucher de manière importante le camp. Ces pertes sont compensées par l'arrivée chaque mois de petits groupes de renforts[48]. Le , Jean-Baptiste Chasseur, un meunier vivant en aval de la ville, entre à Québec et informe Carleton qu'il y a 200 hommes du côté sud du fleuve prêts à agir contre les Américains[49]. Ces hommes et d'autres sont mobilisés, mais une avant-garde a été défaite lors de la bataille de Saint-Pierre par un détachement de milices locales pro-américaines stationnées du côté sud du Saint-Laurent[50].

Le major général John Thomas.

Le Congrès, avant même d'avoir appris la défaite à Québec, avait autorisé jusqu'à 6 500 soldats supplémentaires à y servir[51]. Tout au long de l'hiver, les troupes arrivent à Montréal et dans le camp en dehors de la ville de Québec. À la fin du mois de mars, l'armée de siège atteint près de 3 000 soldats, mais près du quart d'entre elles sont inaptes au service, principalement à cause de la variole. En outre, James Livingston et Moses Hazen, qui commandent les 500 Canadiens de l'armée, sont pessimistes quant à la loyauté de leurs hommes et à la coopération de la population en raison de la persistance de la propagande loyaliste[52].

Le Congrès décide, à la suite des demandes d'Arnold, qu'un officier plus expérimenté dirige les efforts de siège. Ils choisissent d'abord Charles Lee, un général vétéran de l'armée britannique, pour diriger les troupes à Québec en janvier. Une semaine plus tard, ils changent d'avis pour envoyer Lee dans les États du Sud pour diriger leurs efforts contre une attaque britannique anticipée dans cette région[53],[Note 3]. Ils décident finalement de nommer en le major général John Thomas, qui a servi dans l'armée assiégeant Boston. Lorsque Thomas arrive pour assurer le commandement américain, il trouve des hommes affaiblis par l'hiver et la variole et décide d'abandonner les opérations[53]. Les Américains se retirent en et Pélissier s'enfuit en France[54].

Mécontentements à Montréal[modifier | modifier le code]

Article connexe : Acte de Québec.

Lorsque le général Montgomery quitte Montréal pour se rendre à Québec, il laisse l'administration de la ville aux mains du brigadier général du Connecticut, David Wooster. Bien que Wooster a d'abord des relations cordiales avec les habitants, il prend un certain nombre de mesures qui amènent la population locale à ne plus apprécier la présence militaire américaine. Après avoir promis les idéaux américains à la population, il commence à arrêter des loyalistes et à menacer d'arrêter et de punir quiconque s'opposerait à la cause américaine[55]. Il désarme également plusieurs communautés et tente de forcer les membres de la milice locale à abandonner leurs engagements vis-à-vis de la Couronne. Ceux qui refusent sont arrêtés et emprisonnés au fort Chambly[56]. De nombreux pillages et exactions sont constatés[7]. Ces actes, combinés au fait que les Américains payent leurs fournitures et leurs services avec reconnaissances de dette en papier plutôt que des pièces « sonnantes et trébuchantes », désillusionnent la population locale à propos de l'ensemble de l'entreprise américaine. Le , Wooster part prendre le commandement des forces à Québec, laissant Moses Hazen, responsable du 2e Régiment canadien, commander Montréal jusqu'à l'arrivée d'Arnold le [57].

Le , une délégation composée de trois membres du Congrès continental, accompagnée d'un prêtre jésuite américain, John Carroll[Note 4] et de Fleury Mesplet, un imprimeur québécois de Philadelphie, arrive à Montréal. Le Congrès continental charge cette délégation d'évaluer la situation au Québec et de tenter d'influencer l'opinion publique sur sa cause. Cette délégation, qui comprend également Benjamin Franklin, déjà réputé, échoue en grande partie dans ses efforts, les relations ayant déjà été gravement altérées. La délégation n'apporte aucun argent pour alléger les dettes qui s'accumulent envers la population. Les efforts visant à associer le clergé catholique à leur cause échoue, les prêtres locaux ayant souligné que l'acte de Québec adopté par le parlement de Grande-Bretagne leur avait déjà donné ce qu'ils souhaitaient[Note 5]. Fleury Mesplet, alors qu'il a installé sa presse, n'a pas le temps de produire quoi que ce soit avant que les événements ne commencent à dépasser la délégation[58]. Ce dernier reste au Québec et fondera en juin 1778 La Gazette du commerce et littéraire, premier journal francophone de Montréal[7]. Franklin et Carroll quittent Montréal le , après l'annonce de la retraite paniquée des forces américaines à Québec[59], et retourne à Philadelphie. Samuel Chase et Charles Carroll de Carrollton, les deux autres délégués, analysent pendant ce temps la situation militaire dans les régions situées au sud et à l'est de Montréal, estimant qu'il s'agit d'un bon endroit pour mettre en place une défense. Le , ils écrivent un rapport au Congrès sur la situation et repartent à leur tour dans le sud[60].

Les Cèdres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille des Cèdres.
Mouvements précédant la bataille des Cèdres.

En amont de Montréal, il y a une série de petites garnisons britanniques dont les Américains ne s'étaient pas préoccupés pendant leur occupation. À l'approche du printemps, des bandes de guerriers provenant des tribus Cayugas, Sénécas et Mississaugas commencent à se rassembler à Oswegatchie, l'une de ces garnisons. Cela offre au commandant George Forster, le commandant, une force capable de semer le trouble chez les américains[61]. Forster les avait recrutés sur la recommandation d'un loyaliste qui s'était échappé de Montréal[59]. En outre, le général Wooster, contrariant à la fois les marchands patriotes et loyalistes en refusant d'autoriser le commerce avec les Nord-Amérindiens en amont, de crainte que ce matériel ne soit utilisé par les forces britanniques, la délégation du Congrès revient sur sa décision. Les approvisionnements commencent donc à sortir de la ville en remontant le fleuve[62].

Afin d'empêcher le ravitaillement des forces britanniques en amont et en réponse aux rumeurs de rassemblement de guerriers, Moses Hazen envoie un détachement mené par le colonel Timothy Bedel de 390 hommes à un point situé en amont nommé Les Cèdres, où ils construisent des ouvrages défensifs[62]. Le colonel Forster est informé de ces mouvements par des espions nord-amérindiens et des loyalistes. Le , il commence à se déplacer avec une force mixte d'environ 250 autochtones, miliciens et soldats. Dans une étrange série de rencontres connues sous le nom de bataille des Cèdres, le lieutenant de Bedel, Isaac Butterfield, réalise la reddition de l'ensemble de ses forces sans se battre le , et 100 autres hommes amenés comme renforts se rendent également après une brève escarmouche le [63].

Quinze-Chênes[modifier | modifier le code]

À l'annonce de la capture de Butterfield, Arnold commence immédiatement à rassembler une force pour les récupérer, se retranchant à Lachine, juste en amont de Montréal. Forster, qui retient les captifs aux Cèdres, se rapproche de Montréal avec une force d'environ 500 personnes jusqu'au , date à laquelle il apprend d'espions la position d'Arnold et l'arrivée de forces supplémentaires. Comme ses effectifs sont moins importants, il négocie un accord avec ses captifs afin de les échanger contre des prisonniers britanniques capturés lors du siège du fort Saint-Jean. Après un bref échange de tirs de canon à Quinze-Chênes (près de l'actuelle ville de Vaudreuil-Dorion), Arnold accepte également l'échange qui se déroule du au [64].

Arrivée des renforts à Québec[modifier | modifier le code]

Le général John Burgoyne.

Troupes américaines[modifier | modifier le code]

Le général John Thomas ne peut se déplacer vers le nord avant la fin en raison des conditions glacées sur le lac Champlain[65]. Préoccupé par les informations faisant état des difficultés rencontrées par ses troupes, il demande à Washington que des hommes supplémentaires le rejoignent pendant l'attente de conditions météorologiques meilleures. À son arrivée à Montréal, il apprend que beaucoup d'hommes ont promis de ne rester que jusqu'au et que la plupart d'entre eux insistent pour retourner chez eux. À cela s'ajoute le nombre relativement faible d'inscriptions dans les régiments effectivement levés pour le service au Québec. Un régiment avec un effectif de 750 personnes enregistrés navigue vers le nord avec 75 hommes au maximum[66], soit dix fois moins que prévu. Ces carences amènent le Congrès à ordonner à Washington d'envoyer plus de troupes dans le nord. Fin , Washington ordonne donc à dix régiments, dirigés par les généraux William Thompson et John Sullivan, de se rendre au nord de la province de New York. Cela réduit considérablement les forces de Washington qui se préparent à une attaque britannique sur ce front[67]. Cela met également au jour des problèmes de transport : la navigation sur les lacs George et Champlain étant insuffisante pour déplacer aisément tous ces hommes. De plus, il y a une pénurie de matériel et de provisions au Québec et une grande partie du transport est mobilisé pour les transporter, limitant la capacité de transport d'hommes[68]. En conséquence, les hommes de Sullivan sont bloqués à fort Ticonderoga et Sullivan ne peut atteindre Sorel avant le début du mois de [69].

Le général Wooster arrive dans le camp américain à l'extérieur de la ville de Québec début avec des renforts. Des renforts continuent d'arriver du sud en petit nombre, jusqu'à l'arrivée du général Thomas à la fin du mois d' où il assume le commandement d'une force supérieure à 2 000 hommes, mais en réalité considérablement réduite par les effets de la variole et des difficultés de l'hiver canadien. Des rumeurs commencent à circuler le selon lesquelles des navires britanniques remontent le fleuve. Le , Thomas décide donc d'évacuer les malades vers Trois-Rivières et prévoit de retirer le reste des forces dès que possible. Plus tard, le même jour, il apprend que quinze navires se trouvent à environ 220 kilomètres de la ville, dans l'attente de conditions favorables pour effectuer la remontée du fleuve. Le rythme de l'évacuation du camp devient donc une urgence et tôt le lendemain, les mâts de navires sont repérés : le vent ayant changé, trois navires de la flotte ont atteint la ville[70].

Troupes britanniques[modifier | modifier le code]

Soldats hessois sur une illustration du XVIIIe siècle.

Après l'arrivée à Londres des mauvaises nouvelles des batailles de Lexington et Concord, le gouvernement de Frederick North, réalise qu'un soutien de troupes étrangères pour lutter contre la rébellion est nécessaire. Il commence à négocier avec ses alliés européens pour l'utilisation de leurs troupes en Amérique du Nord. Les demandes adressées à Catherine II pour les troupes russes sont refusées, mais un certain nombre de principautés allemandes (en) sont disposées à offrir la leur. En 1776, la Grande-Bretagne rassemble ainsi 50 000 soldats, dont un tiers provient d'une poignée de ces principautés. Le nombre de troupes originaires du Landgraviat de Hesse-Cassel et de Hesse-Hanau (en) étant collectivement surnommées les « Hessiens »[71]. De ces 50 000, environ 11 000 sont destinés au service au Québec[72]. Les troupes de Hesse-Hanau et du Duché de Brunswick-Lunebourg s'embarquent pour Cork en , où elles rejoignent un convoi de troupes britanniques. Ce dernier part début pour l'Amérique du Nord[73].

Informé des difficultés dans le camp américain, Carleton décharge rapidement les renforts des navires et, avec une force d'environ 900 soldats, marche à la rencontre des Américains. La réponse américaine est paniquée avec une retraite désorganisée qui aurait pu se terminer encore plus désastreusement pour les Américains si Carleton avait profité de son avantage. Espérant gagner les rebelles avec une attitude indulgente[74], Carleton se contente d'envoyer des navires le long du fleuve pour harceler les Américains et éventuellement les diviser. Il capture également un certain nombre d'Américains, pour la plupart malades et blessés, mais également un détachement de troupes isolées du côté sud du Saint-Laurent. Les Américains, pressés de fuir, laissent derrière eux du matériel militaire précieux, notamment des canons et de la poudre à canon[74]. Ils se regroupent le à Deschambault, à environ 65 kilomètres en amont de Québec. Thomas y tient un conseil de guerre dans lequel la plupart des officiers sont favorables à la retraite. Thomas choisit de garder 500 hommes à Deschambault tout en envoyant le reste à Sorel. Il envoi également une demande d'assistance à Montréal, car bon nombre de soldats n'ont que des vêtements et des rations pour quelques jours[75].

En entendant cette nouvelle, la délégation du Congrès à Montréal décide qu'il n'est plus possible de tenir le Saint-Laurent et n'envoie qu'un petit nombre de soldats à Deschambault. Thomas, après avoir attendu six jours un signe de Montréal, commence à se retirer vers Trois-Rivières après avoir dû repousser des tirailleurs débarqués de navires britanniques sur le fleuve. Le , les Américains atteignent Trois-Rivières où ils ont laissé les malades et un détachement de troupes du New Jersey pour les défendre. Le , les troupes restantes rejoignent les renforts du général Thompson à Sorel. Le , un conseil se réunit avec les délégués du Congrès. Thomas ayant contracté la variole, il meurt le . Il est remplacé par Thompson[76].

Contre-offensive de Carleton[modifier | modifier le code]

Trois-Rivières[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Trois-Rivières.
Monument du lieu historique national de la bataille de Trois-Rivières.

Le , un petit escadron de navires britanniques sous le commandement du capitaine Charles Douglas arrive pour fournir au Québec des vivres et 3 000 soldats, accélérant ainsi le repli des Américains à Sorel[70]. Cependant, le général Carleton ne prend pas de mesures offensives significatives avant le , lorsqu'il se rend à Trois-Rivières avec les 47e et 29e régiments. Tout en ayant écho du succès de Forster aux Cèdres, il retourne à Québec au lieu d'aller de l'avant, laissant Allen Maclean au commandement à Trois-Rivières. Il y rencontre le lieutenant général John Burgoyne, qui est arrivé le avec une importante force militaire composée principalement de recrues irlandaises, d'alliés hessiens et d'un trésor de guerre[76].

À Sorel, les Américains, après avoir appris qu'une force de seulement 300 hommes se trouve à Trois-Rivières, pensent qu'ils ont l'avantage et devraient envoyer une expédition pour reprendre Trois-Rivières. Ignorant l'arrivée des importants renforts britanniques et ignorant la géographie de la ville, le général Thompson conduit 2 000 hommes via un marais au contact d'une armée britannique renforcée et retranchée le . Cette catastrophe entraîne la capture de Thompson et de plusieurs de ses officiers supérieurs, ainsi que de 200 hommes et de la plupart des navires utilisés pour l'expédition, précipitant la fin de l'occupation américaine du Québec. Les forces américaines à Sorel, désormais sous le commandement du général Sullivan, se replient[77]. Encore une fois, Carleton ne profite pas de son avantage, allant même jusqu'à ramener les captifs vers la province de New York, dans un grand confort, en [78].

Retraite à Crown Point[modifier | modifier le code]

Le , Carleton embarque son armée pour remonter le fleuve jusqu'à Sorel. Arrivés tard dans la journée, ils découvrent que les Américains ont abandonné Sorel le matin même et se retirent dans la vallée de la rivière Richelieu en direction de Chambly et de Saint-Jean. Contrairement à l'évacuation de Québec, les Américains partent ici de manière plus ordonnée, bien que certaines unités soient séparées de la force principale par l'arrivée de la flotte de Carleton et sont forcées de marcher vers Montréal pour rejoindre les forces d'Arnold[79]. Carleton ordonne au général Burgoyne et à 4 000 soldats de remonter la Richelieu après le retrait des Américains, tandis que Carleton poursuit sa route vers Montréal[80].

À Montréal, Arnold ignore ce qui se passe en aval, ayant récemment fini de traiter avec Forster. Un messager qu'il envoie le en aval de Sorel à la recherche de nouvelles du général Sullivan aperçoit la flotte de Carleton et revient prévenir de cette nouvelle à Montréal[80]. En moins de quatre heures, Arnold et les forces américaines en garnison autour de Montréal abandonnent la ville après avoir essayé de l'incendier, la laissant aux mains de la milice locale. La flotte de Carleton arrive à Montréal le [81].

Les troupes d'Arnold rejoignent l'armée principale près de Saint-Jean le [81]. L'armée de Sullivan n'est pas en état de se battre et, après un bref conseil, il est décidé de se retirer au fort Crown Point. L'armée quitte Saint-Jean juste avant l'arrivée de l'avant-garde de l'armée de Burgoyne[82].

Ce qu'il reste de l'armée américaine en expédition arrive à Crown Point début juillet, mettant fin à une campagne qualifiée par Isaac Senter, un médecin qui a vécu une grande partie de la campagne, de « concaténation hétérogène des rebuffades et des souffrances les plus singulières et sans précédent que l'on puisse trouver dans les annales de toute nation[83]. » Malheureusement pour les Américains, la campagne n'est pas tout à fait terminée car les Britanniques sont toujours en mouvement.

Construction de navires et politique[modifier | modifier le code]

Détail d'une carte française de 1777 montrant le lac Champlain. L'île Valcour est en dessous et à gauche de La Grand Isle.

Les Américains ont pris soin, à chaque étape de la retraite, lors de la remontée la Richelieu et de l'autre côté du lac Champlain, de priver les Britanniques de tout transport maritime important, de brûler ou de couler tout bateau qu'ils n'utilisent pas. Cela force les Britanniques à passer plusieurs mois à construire des navires. Le , Carleton rapporte à Londres que « je m'attends à ce que notre flotte prenne [bientôt le large] dans [un] espoir de succès [au combat] si cela se présente[84]. » Le général Arnold, lorsqu'il a capturé le fort Ticonderoga avec Ethan Allen, avait créé une petite marine qui patrouillait toujours sur le lac Champlain.

Tandis que les Britanniques rassemblent une marine pour contrecarrer celle d'Arnold, Carleton s'occupe de la question à Montréal. Avant même que les Américains ne se retirent de la ville de Québec, il forme des comités pour examiner le rôle joué par les sympathisants patriotes locaux, les envoyant à la campagne pour arrêter les participants actifs à l'action américaine, y compris ceux qui avaient arrêté des Loyalistes[85]. À son arrivée à Montréal, des commissions similaires sont mises en place[84].

Île Valcour[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de l'île Valcour.

Le général Horatio Gates reçoit le commandement des forces du nord de l'armée continentale au début du mois de juillet. Il déplace rapidement le gros de l'armée à Ticonderoga, laissant une force d'environ 300 hommes à Crown Point. L'armée est occupée à améliorer les défenses de Ticonderoga, tandis qu'Arnold a pour tâche de constituer la flotte américaine à Crown Point. Tout au long de l'été, des renforts affluent à Ticonderoga jusqu'à ce que l'armée soit estimée à 10 000 hommes[86]. Un ensemble de charpentiers navals travaille à Skenesborough (aujourd'hui Whitehall (en)) pour construire les navires nécessaires à la défense du lac[87].

Carleton commence lui à se déplacer le . Le , la flotte britannique est sur le lac Champlain. Au cours d'une opération navale entre l'île Valcour et la côte ouest, qui a débuté le , les Britanniques infligent de lourds dommages à la flotte d'Arnold, l'obligeant à se retirer à Crown Point. Sentant que Crown Point est une protection insuffisante contre une attaque britannique soutenue, il se retire alors à Ticonderoga. Le , les forces britanniques occupent Crown Point[88].

Les troupes de Carleton restent à Crown Point pendant deux semaines. Certaines d'entre elles avancent jusqu'à moins de 5 kilomètres de Ticonderoga, apparemment pour tenter d'attirer l'armée de Gates. Le , ils se retirent de Crown Point pour intégrer les quartiers d'hiver de Québec[89].

Bilan[modifier | modifier le code]

L'invasion de Québec finit en déroute pour les Américains, mais les actions d'Arnold lors de son retrait du Québec et de sa marine improvisée sur le lac Champlain sont largement réputées pour avoir retardé une contre-attaque britannique d'envergure jusqu'en 1777[90]. Burgoyne reproche vivement à Carleton de ne pas avoir poursuivi le retrait américain du Québec de façon plus agressive[91]. En raison de ces critiques et du fait que George Germain, secrétaire d'État aux Colonies britanniques et responsable du gouvernement du roi George III, chargé de diriger la guerre, n'apprécie pas Carleton, le commandement de l'offensive de 1777 est confié au général Burgoyne. Cela a pu amener Carleton à présenter sa démission à titre de gouverneur du Québec peu après[92].

Une partie importante des forces de l'armée continentale à fort Ticonderoga est envoyée dans le sud avec les généraux Gates et Arnold en pour renforcer la défense défaillante du New Jersey par George Washington. Ce dernier avait déjà perdu la ville de New York et début , il avait traversé le Delaware en Pennsylvanie, laissant les Britanniques libres d'exercer leur contrôle dans le New Jersey[93]. La conquête du Québec et d'autres colonies britanniques demeure un objectif du Congrès américain tout au long de la guerre. Cependant, George Washington, qui a soutenu cette invasion, considère toute expédition ultérieure comme une priorité peu importante, qui détournerait trop d'hommes et de ressources de la guerre principale dans les Treize colonies, de sorte que de nouvelles tentatives d'expédition au Québec ne sont jamais pleinement mises en œuvres[94].

Lors des pourparlers de paix à Paris, les négociateurs américains demandent sans succès à l'ensemble du Québec de faire partie du butin de guerre. En effet, Benjamin Franklin, principalement intéressé par la vallée de l'Ohio, qui avait été intégré au Québec par l'Acte de Québec de 1774, suggère lors de ces pourparlers que le Québec soit livré aux États-Unis, mais seule la vallée de l'Ohio est cédée.

Au cours de la guerre anglo-américaine de 1812, les Américains lancent une autre invasion de l'Amérique du Nord britannique et s'attendent à nouveau à ce que la population locale les soutienne. Dans le même temps, la révolution américaine dans son ensemble provoque l'émigration massive de plus de 80 000 réfugiés loyalistes des États-Unis loyalistes qui contribueront à façonner le Canada politiquement et culturement, la moitié émigrant au Québec et dans les provinces maritimes[5]. Cette invasion manquée est maintenant considérée comme un événement important de l'histoire du Canada, voire revendiqué comme la naissance de l'identité canadienne (en) moderne[95].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La province avait été cédé de facto dès 1760.
  2. Il y a bien des batteries américaines en place, mais pas aussi puissantes que celles revendiquées par les Patriots. (Stanley 1973, p. 67-70)
  3. La tentative britannique sera contrecarrée lors de la bataille de Sullivan's Island en .
  4. John Carroll sera plus tard le premier évêque catholique aux États-Unis.
  5. L'acte de Québec assure une liberté religieuse pour les catholiques et restaure le droit civil français dans la colonie conquise au Québec. Il élargit également le territoire du Québec en y ajoutant, entre autres, les terres « libres » de la vallée de l'Ohio.

Références[modifier | modifier le code]

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Crédit[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]