Deuxième bataille du cap Saint-Vincent (1780)

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Deuxième bataille du cap Saint-Vincent (1780)
The British convoy of sixty-three ships and all but eight ships captured by the fleet under Luis de Cordova. Aquarelle, fin du XVIIIe siècle. National Maritime Museum.
The British convoy of sixty-three ships and all but eight ships captured by the fleet under Luis de Cordova. Aquarelle, fin du XVIIIe siècle. National Maritime Museum.
Informations générales
Date
Lieu cap Saint-Vincent, Portugal
Issue Victoire franco-espagnole
Belligérants
Flag of Cross of Burgundy.svg Empire colonial espagnol
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Don Luis de Córdova y Córdova
Antoine Hilarion de Beausset
John Montray
Forces en présence
27 navires de ligne espagnols
9 navires de ligne français
1 navire de ligne
2 frégates
55 navires marchands
Pertes
aucune 52 navires capturés
3 000 prisonniers
Guerre d'indépendance américaine
Coordonnées 35° 50′ 01″ N 13° 14′ 00″ O / 35.83361111, -13.23333333 ()35° 50′ 01″ Nord 13° 14′ 00″ Ouest / 35.83361111, -13.23333333 ()  

La bataille du cap Saint-Vincent, contrairement à ce que son nom indique, n'est pas un combat naval, mais l'interception réussie d'un gros convoi anglais pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Elle oppose le 9 août 1780, la flotte franco-espagnole commandée par l'amiral Córdova à l'escorte anglaise de John Montray. Ce dernier, en trop grande infériorité, s'enfuit en abandonnant le convoi qui est capturé. Cette interception fait partie d'un aspect peu connu de la guerre d'Indépendance américaine que les historiens appellent la guerre des convois. Les auteurs de langue anglaise, désignent cet engagement sous le nom d'« action du 9 août 1780. »

Le contexte : la guerre des convois[modifier | modifier le code]

En 1780, la Grande-Bretagne faisait face à l'une des plus grave crises de son histoire : la révolte des colonies américaines. Cette guerre difficile débutée en 1776, se compliqua encore par l'entrée en guerre de la France en 1778, puis de l'Espagne en 1779, ce qui rendit la tâche de la Royal Navy compliquée. Cette dernière, en effet, devait assurer le transport et le ravitaillement des dizaines de milliers de soldats anglais envoyés en Amérique, lutter contre le trafic d'armes, et enfin, essayer de protéger son commerce contre les forces ennemies ou les attaques de corsaires. Les belligérants, adoptent tous une stratégie voisine : la navigation en convois escortés par des vaisseaux de guerre. L'escorte est plus ou moins importante selon la valeur du convoi et les disponibilités des bâtiments de guerre ou le risque que l'on est prêt à assumer en comptant sur le secret que chacun essaie de faire respecter dans ses ports au moment où se rassemble le convoi.

À l'été 1780, un très important double convoi partit de Portsmouth, formé de 55 navires avec pour destination pour les uns, les Caraïbes et pour les autres, l'Amérique du Nord. Le convoi fut escorté jusqu'en Galice par la flotte du Canal, mais elle retourna vers ses côtes à partir de là, suivant les ordres de l'amirauté. L'escorte fut donc limitée au navire Ramillies de 74 canons et à 2 frégates.

Cette décision fut très critiquée par la suite, mais il faut rappeler que peu de temps avant, la flotte combinée hispano-française avait réalisé une campagne dans le canal de la Manche et avait bloqué la flotte britannique dans ses ports. Et seules les divergences entre les alliés et la météo avait empêché un débarquement en Grande-Bretagne.

Les services d'espionnage espagnols découvrirent le départ et le trajet du grand convoi, et le comte de Floridablanca ordonna au lieutenant général de l'Armada espagnole, don Luis de Córdova y Córdova, d'appareiller avec sa flotte pour l'intercepter.

La flotte de Cordova, avec son pavillon sur l'énorme Santísima Trinidad, était composée de 27 navires et des frégates correspondantes. S'y joignit également la flotte française de l'amiral Beausset avec 9 navires. La flotte alliée était jusque là en train de bloquer Gibraltar, mais elle leva l'ancre suite aux nouveaux ordres.

L'interception[modifier | modifier le code]

Le matin du 9 août, une des frégates d'exploration découvrit le convoi à 60 lieues du cap Saint-Vincent. Le convoi ne s'était pas encore séparé vers ses différentes destinations. Cordova ordonna immédiatement la « chasse générale ». À la vue de l'arrivée des 36 navires et des frégates, le chef de l'escorte anglaise décida que la seule option était la fuite. Seuls l'escorte et deux ou trois navires du convoi réussirent à s'échapper, pendant que le reste était successivement capturé par les navires français et espagnols.

Malgré le fait que les navires du convoi étaient aussi armés, ils n'étaient pas en mesure d'affronter les vaisseaux de ligne de leurs adversaires. Cette fuite de l'escorte correspond d'ailleurs aux ordres de l'amirauté anglaise, puisqu'en cas d'interception, les vaisseaux de guerre, considérés comme vitaux pour la sécurité de l'Angleterre doivent se replier et le convoi est sacrifié. (C'est l'inverse dans la flotte française ou les escorteurs ont l'ordre de se sacrifier pour sauver le convoi).

Les conséquences : la perte du contrôle de l'Atlantique pour la Royal Navy[modifier | modifier le code]

Le résultat fut : 52 transports capturés, dont 36 frégates et dix brigantins, 1 350 hommes d'équipage (mais probablement plus), 1 357 soldats et officiers britanniques qui étaient transférés vers les colonies et 286 passagers capturés soit un total de 2 943 prisonniers. Côté matériel : mis à part l'armement des navires, 80 000 mousquets et vêtements pour 12 régiments d'infanterie, du matériel naval et des provisions pour la flotte de Rodney en Amérique et pour celle qui combattait en Inde. Pour les Espagnol, cette affaire apparait aussi comme une revanche alors qu'ils ne parviennent pas à s'emparer de Gibraltar et qu'ils viennent de subir, à cette occasion, une dure défaite au cap Saint-Vincent le 16 janvier 1780.

Les Britanniques évaluèrent les pertes à 1,6 million de livres de l'époque, dont 1 million en or et lingots. Les Espagnols l'évaluèrent 140 millions de reales. Cette interception réussie est l'un des rares succès de la flotte espagnole dans cette guerre. Les vaisseaux espagnols, trop lents, n'étant généralement pas capables d'inquiéter les bâtiments anglais, plus rapides car doublés de cuivre. Côté français, Suffren, qui participe à l'interception sur le Zélé (74), note que les Espagnols « marchent mal », ce qui explique, entre autres, la fuite réussie de l'escorte anglaise. L’écart n'est pas négligeable aussi avec la flotte française, puisque ce sont les vaisseaux français qui sont arrivés les premiers sur le convoi, loin devant les bâtiments de Córdova.

Pour les Anglais, le choc est néanmoins considérable. Selon le grand écrivain Robert Graves : « Même les plus anciens ne se souvenaient pas que la bourse de Londres avait déjà présenté un aspect aussi pessimiste et mélancolique comme ce mardi où l'Amirauté publia la nouvelle de cette double perte. Les archives marchandes britanniques n'ont jamais enregistrées de pertes aussi élevées du quart des pertes de ce jour-là ».

Cette interception réussie montre que la flotte anglaise, dispersée sur de trop nombreux théâtres d'opération, a perdu le contrôle des routes de l'Atlantique en 1780, ce qui favorisera en 1781 la victoire franco-américaine à Yorktown et l'attaque réussie des Espagnols contre Minorque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Agustin Ramon Rodriguez Gonzalez, Victorias por mar de los Españoles, pp.227-234, biblioteca de Historia, Madrid 2006.
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d’Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2002.
  • Patrick Villiers et Jean-Pierre Duteil, L'Europe, la mer et les colonies : XVIIe siècle-XVIIIe siècle, Paris, Hachette supérieur, coll. « Carré Histoire » (no 37),‎ 1997, 255 p. (ISBN 978-2-01-145196-5)
  • Lucien Bély, Les relations internationales en Europe au XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Thémis »,‎ 1992, 731 p. (ISBN 978-2-13-044355-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]