Herschel Grynszpan

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Herschel Grynszpan, le 7 novembre 1938.

Herschel Feidel Grynszpan, né le 28 mars 1921 à Hanovre, en Allemagne et mort probablement entre 1944 et 1945, est un juif originaire de Pologne qui, le 7 novembre 1938, a assassiné Ernst vom Rath, un secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, élevé au rang de conseiller par Hitler pour « rendre » le crime plus politique. Cet acte servit de prétexte à Adolf Hitler pour lancer contre les Juifs des opérations de grande envergure qui aboutiront, trois jours plus tard, à la Nuit de Cristal.

Biographie avant l'assassinat[modifier | modifier le code]

Sa famille[modifier | modifier le code]

Né à Hanovre en 1921, Herschel Grynszpan est le sixième d'une fratrie de huit enfants. Son père Sendel / Shmuel Grynszpan[1] et sa mère Rifka Silberberg, tous deux originaires de la région de Radomsk en Pologne russe, quittent en 1911 (un an après leur mariage) la Russie pour s'installer à Hanovre.

Après la restitution à la Pologne de sa souveraineté territoriale par les accords de Versailles, ils reprennent la nationalité polonaise.

La famille vit difficilement des revenus d'un atelier de tailleur. La crise de 1929 n'arrange rien et le père est obligé d'abandonner son échoppe jusqu'en 1934 et de faire quelques brocantes pour survivre.

Le 31 mars 1938 la famille Grynszpan tombe sous le coup d'une loi du gouvernement polonais qui retire la nationalité aux Polonais installés à l'étranger depuis plus de cinq ans et ayant perdu tout lien avec la Pologne.

Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1938, les nazis expulsent 35 000 juifs polonais qui deviennent tout à coup des apatrides. À Hanovre, 484 personnes sont expulsées, parmi lesquelles les Grynszpan.

L'école[modifier | modifier le code]

Après avoir été renvoyé de l'école maternelle, il entre en 1926 à l'école communale de Hanovre où il reste jusqu'en 1935 sans avoir atteint la classe terminale, uniquement par manque d'ardeur. C'est un enfant bagarreur et au mauvais caractère.

À sa sortie de l'école en 1935, il part le 10 mai pour la Yeshiva Salomon Breuer à Francfort, où il compte apprendre l'hébreu pour partir en Palestine. Il en ressort le 15 avril 1936 et rentre chez ses parents. Il compte attendre son visa pour la Palestine chez une tante à Bruxelles.

L'émigration[modifier | modifier le code]

Herschel est citoyen polonais né en Allemagne, et possède un passeport polonais établi pour deux ans. Il doit demander à la police allemande un visa pour la Belgique. Ayant toujours le désir d'émigrer en Palestine, il rencontre une personne dans une synagogue qui change le cours de sa vie.
« Un garçon comme toi ne doit pas rester en Allemagne où un Juif n'est pas un homme, mais traité comme un chien. » Il lui conseille d'aller en France. L'oncle Abraham de Paris veut bien le recevoir.

En juillet 1936, il part pour Bruxelles, où il est accueilli par de la famille, les Zaslavsky, au 37 rue des Tanneurs où il séjourne quelques jours. Le 15 septembre, il traverse la frontière et se retrouve clandestinement en France. D'octobre 1936 à août 1938, Herschel tente d'obtenir des papiers en règle.

Le séjour à Paris[modifier | modifier le code]

L'oncle Abraham signe à la préfecture de police un certificat d'hébergement par lequel il s'engage à assurer la subsistance de son neveu et à lui apprendre un métier. Au fil des mois, et de l'expiration de son passeport et de ses visas, il se retrouvera interdit de séjour dans quatre pays à la fois : France, Belgique, Pologne, Allemagne.
Chaque semaine Herschel Grynszpan reçoit 30 à 40 francs pour l'aide qu'il donne à l'atelier de confection que mène son oncle. Il participe souvent à des sorties organisées par des groupements sportifs ou par des journaux juifs et sort avec son ami Nathan Kaufman qui habite dans le même quartier que lui.
Le 11 août 1938, il reçoit un ordre d'expulsion dans les quatre jours[2]. Il oblige son oncle à le loger dans une chambre de bonne au 5e étage du 8, rue Martel.

  • Jeudi 3 novembre : Herschel reçoit une carte de sa sœur Berta lui apprenant l'expulsion de sa famille vers le camp polonais de Zbąszyn. Une idée l'obsède : venger sa famille.
« Cher Herschel

Tu as certainement entendu parler de notre grand malheur. Je te fais une description de ce qui s'est passé. Jeudi soir, des bruits couraient que tous les Juifs polonais d'une ville avaient été expulsés. Toutefois, nous nous refusions à le croire. Jeudi soir à 21 heures, un schupo est venu chez nous et nous a déclaré que nous devions nous rendre au commissariat de police, en apportant les passeports. Tels que nous étions, nous sommes allés tous ensemble au commissariat de police accompagnés du schupo. Là, presque tout notre quartier se trouvait déjà réuni. Une voiture de la police nous a aussitôt amenés à l'hôtel de ville. Tout le monde a été emmené là-bas. On ne nous avait pas encore dit de quoi il s'agissait mais nous avons vu que ç'en était fini de nous. On a fourré à chacun de nous, dans la main, un ordre d'expulsion. On devait quitter l'Allemagne avant le 29 octobre. On ne nous a plus permis de rentrer chez nous. J'ai supplié qu'on me laisse retourner chez moi, pour chercher au moins quelques objets. Je suis alors partie, accompagnée d'un schupo et j'ai emballé dans une valise les vêtements les plus indispensables. Et c'est tout ce que j'ai sauvé. Nous n'avons pas un pfennig.
Ne pourrais-tu pas nous envoyer quelque chose à Lodz? Baisers de nous tous. Berta »

  • Vendredi 4 novembre : Il lit les nouvelles qui relatent la situation des Juifs expulsés grâce au journal yiddish le "Pariser Haint[3]" que son oncle reçoit.
  • Samedi 5 novembre: Sa journée est agitée, il tourne et retourne dans sa tête les événements de Zbonszyn. Il veut faire payer les Allemands.
  • Dimanche 6 novembre : Il reproche à son oncle et à sa tante leur manque de compassion à l'égard de leurs coreligionnaires. L'oncle Abraham se fâche : « Si tu n'es pas content, tu n'as qu'à partir. » Herschel s'en va en claquant la porte malgré les raisonnements de sa belle tante. Il sort avec son ami Nathan, ils se séparent à 19h30. Herschel prend une chambre à l'« Hôtel de Suez », 17 boulevard de Strasbourg. Sur le registre il donne une fausse identité, celle de Halter, Heinrich.
    Il s'enfermera dans sa chambre jusqu'au lendemain.
  • Lundi 7 novembre : Au petit matin, il écrit une lettre d'adieu à ses parents au dos d'un portrait de lui.
« Mes chers parents, je ne pouvais agir autrement. Que Dieu me pardonne.
Mon coeur saigne lorsque j'entends parler de la tragédie des 12 000 Juifs.
Je dois protester pour que le monde entier entende mon cri et cela,
je suis contraint de le faire. Pardonnnez-moi. Herschel »

Attentat et mobile de l'attentat[modifier | modifier le code]

L'attentat[modifier | modifier le code]

Après un petit déjeuner pris à l'hôtel, il se rend à 8h30 dans une coutellerie-armurerie, « La Fine Lame » situé au 61 faubourg Saint-Martin. Il explique qu'il a besoin d'une arme car il doit transporter de fortes sommes d'argent pour son père[3].

« Tout-Va-Bien »
Café Brasserie
boul. St Denis, 15
T. Gut 72.50
(4 lignes groupées)

Monsieur Carpe, le boutiquier, lui conseille un révolver calibre 6.35mm, plus maniable qu'un pistolet automatique. Il paie 210 francs l'arme, plus 35 francs la boîte de balles en montrant son passeport polonais.

En sortant, il se rend à la brasserie « Tout-Va-Bien » boulevard Saint-Denis, se dirige vers les toilettes au sous-sol et charge le barillet de cinq balles. Il met son arme dans la poche intérieure de sa veste.

Il quitte la brasserie, prend la Ligne 8 à Strasbourg-St Denis, change à Madeleine pour la ligne 12 et descend à Solférino, tout près de l'ambassade d'Allemagne.

Il est 9h35 environ quand Herschel arrive au 78, rue de Lille, devant l’ambassade (ancien hôtel Beauharnais). Il rentre par la porte publique là où la femme du concierge le reçoit. Il demande à avoir un entretien avec le secrétaire particulier de l'ambassadeur afin de lui remettre un document important. Il traverse la cour d'honneur et monte le grand escalier qui mène au premier étage.

Après avoir décliné l'offre de l'huissier de remettre lui-même le dossier, le troisième conseiller Ernst vom Rath, le reçoit dans son bureau.
Les deux hommes sont assis face à face devant le bureau ; après que vom Rath lui demande l'objet de sa visite, Grynszpan se lève, sort de la poche du veston son révolver et s'écrie : « Vous êtes un sale boche et au nom de douze mille Juifs persécutés, voici le document. »
Dans le même temps il tire 5 fois[3]. L'homme s'écroule mais trouve la force d'appeler au secours. Herschel, qui n'a pas tenté de s'enfuir, est arrêté par le personnel et remis à l'agent de police François Autret en faction devant l'ambassade. Grièvement blessé, vom Rath est emmené à la clinique de l'Alma, rue de l'Université. Il succombe le 9 novembre à 16h30. La Nuit de Cristal a lieu dans la nuit du 9 novembre au 10 novembre 1938.

Article détaillé : Nuit de Cristal.

Déclarations après l'arrestation[modifier | modifier le code]

Herschel Grynszpan, le 8 novembre 1938

« J'ai tiré cinq coups de révolver sur un homme seul qui se trouvait dans le bureau pour me venger des Allemands. J'ai fait cela pour venger mes parents qui sont malheureux en Allemagne. »

Voilà ce que dit Herschel Grynszpan au policier qui l'amène au commissariat de police, rue de Bourgogne.
Quand le commissaire s'apprête à recevoir la déposition de l'inculpé, un fonctionnaire de l'ambassade arrive, et contre toutes les règles de procédure interroge Grynszpan :

Pourquoi avez-vous tiré sur le secrétaire d'ambassade ? 
Pour me venger des persécutions infligées par ces sales Boches.
Pourquoi vous croyez-vous chargé de cette vengeance ? 
Parce que les expulsés polonais sont mes coreligionnaires.
Vous êtes juif ? 
Oui.

Durant la fouille, on trouve la carte d'adieu écrite dans la matinée à l'hôtel. Cette carte sera utilisée par la partie civile pour prouver la préméditation.

Après avoir enregistré les premiers aveux, le commissaire procède à la reconstitution. Le trajet est refait en compagnie de Grynszpan, qui est confronté à son oncle, à l'armurier et au tenancier de l'hôtel. Toutefois, il refuse de se rendre à l'ambassade d'Allemagne de peur d'y être retenu. Dans le procès-verbal, le meurtrier reconnaît les faits. Le lendemain après-midi devant le juge d'instruction, il essaie de modifier la mauvaise impression de la veille :

« Je n'ai agi ni par haine ni par vengeance, mais par amour pour mon père et pour mon peuple qui subissent des souffrances inouïes. Je regrette profondément d'avoir blessé un homme, mais je n'avais pas d'autre moyen d'exprimer ma volonté... Ce n'est pas un crime d'être Juif. Nous ne sommes pas des chiens. Le peuple juif a aussi le droit de vivre. »

Une autre version[modifier | modifier le code]

Une autre version a été avancée par l'historien allemand Hans-Jürgen Döscher[2],[4].

On a longtemps pensé que Grynszpan voulait assassiner l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, le comte Johannes von Welczeck.

Plusieurs indices permettent d'en douter[2] :

  1. Le jeune tueur est admis librement sans avoir eu à remplir de formulaire.
  2. Il demande à voir ce secrétaire particulier et non l'ambassadeur.
  3. Des témoignages déposés lors d'un procès au parquet d'Essen prouvent que Grynszpan et vom Rath s'étaient rencontrés en fréquentant le milieu homosexuel parisien, au cabaret « Le Bœuf sur le toit » entre autres. Von Rath aurait eu comme surnom « Notre Dame de Paris »[4].
  4. Des sources révèlent que vom Rath souffrait d'une gonorrhée rectale[2] (MST) à son retour de Calcutta.

Ses parents confirment en décembre 1938 que Herschel avait demandé au secrétaire d'ambassade de régulariser sa situation pour un visa de sortie de France et d'entrée en Allemagne, étant donné qu'il se trouvait en pleine illégalité en raison de son passeport périmé. Vom Rath aurait refusé, d'où la colère de Herschel[2]. Lorsque le Ministère des affaires étrangères nazi découvre cette version, il aurait tenté de convaincre l'ambassadeur Welczeck de faire une déposition prouvant que c'était lui qui était visé. Mais l'ambassadeur refuse toute déclaration.

À l'automne 1942, les préparatifs du procès sont interrompus sans motivations officielles.

Sur ce sujet, dès 1938 André Gide écrit :

« On saurait de source certaine que l'attaché d'ambassade von (sic) Rath qui vient d'être assassiné avait les relations les plus intimes avec son petit Juif d'assassin.
De quelle nature fut l'assassinat ? Il n'importe.
L'idée qu'un représentant du Reich, qui vient d'être glorifié, péchait doublement au regard des lois de son pays, est assez drôle, et les représailles atroces n'en paraissent que plus monstrueuses, plus simplement intéressées, utilitaires.
Comment ce scandale n'est-il pas exploité par la presse. »
[5]

Ce que disent Abetz et Achenbach[modifier | modifier le code]

  • Selon Ernst Achenbach qui était secrétaire de l'ambassade dans les années 1930 : il aurait dû accueillir le 7 novembre, Herschel Grynszpan lorsque celui-ci s'apprêtait à commettre le meurtre contre vom Rath. Le seul fait d'avoir été en retard ce jour-là et d'avoir été remplacé par ce dernier lui aurait sauvé la vie[6].
  • Durant son emprisonnement à Fresnes en 1950, Otto Abetz, ambassadeur de l'Allemagne en France de 1940 à 1944, écrit :

« Grynszpan avait tiré plusieurs coups de révolver sur le conseiller vom Rath qui lui tournait le dos pour remplir le formulaire usuel aux visiteurs inconnus et non convoqués. La plupart des balles se perdirent dans le mur, mais l'une d'elles atteignit le conseiller de telle sorte qu'il devait mourir deux jours plus tard de cette blessure. Ce jeune fonctionnaire, à cette heure matinale, ne faisait qu'un remplacement au service du protocole. C'était un adversaire du national-socialisme, il avait tendance aux idées mystiques et voyant même en Hitler « L'Antéchrist »... La recherche de complices éventuels ne donna aucun résultat et l'on ne parvint pas à établir si Grynszpan avait agi de son propre chef ou n'était qu'un émissaire[7]. »

Notons que le policier chargé de l'enquête pour la partie allemande était le commissaire Karl Bömelburg venu spécialement de Berlin et qui est le futur chef de la Section IV du BdS en France, c'est-à-dire la Gestapo.

1938-1940 : parcours de détenu[modifier | modifier le code]

L'incarcération[modifier | modifier le code]

Le juge Tesnière inculpe Herschel Grynszpan d'assassinat et deux jours plus tard de meurtre avec préméditation.

Il est incarcéré à la prison de Fresnes.

Dans un premier temps, il est assisté par les avocats Henri (Herc) Szwarc et Vesinne-Larue, choisis par sa famille. Puis, sur les conseils du Congrès juif mondial et de la Fédération des sociétés juives de France, son oncle Salomon demande à Maître de Moro-Giafferi d'assurer sa défense, assisté par Me Weill-Goudchaux et Me Fränkel. Maurice Garçon, lui, assure la défense de la partie civile allemande.

À Maître de Moro-Giafferi

Très honoré Maître de Moro-Giafferi
Je vous prie de m'excuser de vous écrire en allemand, cela provient du fait que je ne sais pas écrire le français, je vous demande d'accepter la charge de ma défense lors de mon procès dans l'espoir que vous voudrez bien accéder à ma prière, j'ai l'honneur...HG

C'est Maître de Moro-Giafferi qui assure sa défense ainsi que celle de son oncle et de sa tante inculpés, eux, d'enfreinte au décret sur la police des étrangers. La défense de Grynszpan n'est pas facilitée par le rapport des médecins psychiatres :

Flag of the Red Cross.svg Rapport médico-légal / 2 février 1939
« En nous plaçant strictement sur le terrain psychiatrique, nous n'avons trouvé aucun élément pathologique suffisant qui puisse entraîner au point de vue mental une atténuation de sa responsabilité. Celle-ci doit être considérée comme entière. Le jeune Herschel Grynszpan n'était pas en état de démence au moment de l'acte au sens de l'article 64 du code pénal... C'est un garçon normalement intelligent, il présente même une certaine finesse et il n'est pas particulièrement suggestible. Il juge avec beaucoup de pertinence certaines situations, par exemple, quand nous lui demandons pourquoi il ne s'est pas suicidé : c'est parce que, dit-il, il a réfléchi qu'à notre époque la mort d'un Juif n'aurait pas soulevé le monde, ainsi le but de sa protestation n'aurait pas été atteint. »
Dr Genil-Perrin, Dr Ceillier, Dr Heuer experts près le Tribunal Civil de la Seine

Grâce à l'appel lancé par la journaliste américaine Dorothy Thompson pour sensibiliser l'opinion à l'affaire, celle-ci récolte des fonds qui servent à supporter les lourdes charges financières des avocats.

Correspondance et journal tenu en prison par Herschel Grynszpan[modifier | modifier le code]

  • Le 20/12/1938 : Grynszpan demande à Moro-Giafferi de lui faire une visite.
  • Le 24/12/1938 : Grynszpan écrit qu'il a reçu la visite de Weill Goudchaux et qu'il a ainsi obtenu la mise en liberté provisoire de son oncle et de sa tante.
  • Le 25/01/1939 : il fait savoir à Moro-Giafferi que, pour certaines raisons, il doit écrire une lettre à un journaliste anglais. Il lui demande de bien vouloir lui donner un conseil et lui dire ce qu'il doit répondre.
  • Le 3/03/1939 : il écrit sur un ton humble et obséquieux que Moro-Giafferi est son premier et son seul défenseur et le reste, et qu'il l'aime de tout son cœur. Il ajoute : j'ai seulement une demande à vous faire, c'est que vous veniez me rendre visite dans ma prison.
  • Le 19/03/1939 : il écrit sur un ton désillusionné qu'il a attendu ce jour même la visite de Moro-Giafferi, qui lui avait été annoncée par Soffer et Weill Goudchaux. Il espère qu'il fera cette visite dans la semaine.
  • Le 26/03/1939 : Grynszpan reçoit la visite longtemps annoncée de Moro-Giafferi, et en parle avec joie dans une lettre du 27 mars.
  • Le 08/05/1939 : il exprime de nouveau sa désillusion de n'avoir pas reçu ce jour-là la visite de Moro-Giafferi.
  • Le 14/12/1939 : il demande d'urgence une visite par télégramme.
  • Le 01/01/1940 : il envoie ses vœux du nouvel an.
  • Le 16/01/1940 : il menace de faire un malheur s'il ne reçoit pas la visite de son avocat.
  • Le 23/01/1940 : il fixe un ultimatum à son avocat pour sa visite, exigée le 10/02 au plus tard.
  • Le 31/01/1940 : il écrit encore et demande une dernière fois une visite avant le 10/02.
  • Le 05/02/1940 : il écrit que le délai expire le 10/02 et menace de changer de défenseur.
  • Le 29/02/1940 : il menace de faire la grève de la faim le 1er mars.
  • Le 04/03/1940 : il rappelle à Moro-Giafferi qu'il lui avait promis une remise en liberté provisoire. S'il n'a pas de réponse avant le 15/03 il changera de défenseur, même s'il doit le regretter plus tard.
  • Le 10/03/1940 : « Je déclare pour la dernière fois que si la demande concernant ma mise en liberté provisoire n'est pas déposée, je me verrai forcé de changer de défenseur. »
  • Le 25/03/1940 : il dit que Moro-Giafferi lui promis de passer le voir au retour de son voyage, or il ne l'a pas fait.
  • Le 10/04/1940 : « Si mon affaire ne vous intéresse plus, dites-le moi et je prendrai en conséquence les mesures nécessaires. »
  • Le 01/05/1940 : Grynszpan écrit qu'on a envisagé son transfert à la Prison de la Santé.
  • Le 03/06/1940 : Il sollicite une entrevue car il aurait une communication très importante à faire son avocat.

Par l'intermédiaire d'un de ses avocats, il envoie une lettre écrite au Ministre de la justice pour s'engager dans l'armée française. Sans succès.

Fresnes le 28/8/1939

À Maître Fränkel

Cher Maître, J'ai l'honneur de vous faire savoir que je viens d'adresser la lettre suivante au Ministre de la justice:
« Monsieur, je sais que la France traverse les heures tragiques. Je me permets donc de vous prier de bien vouloir m'autoriser de m'engager comme volontaire dans l'armée française. Je voudrais racheter, par mon sang, l'acte que j'ai commis et de réparer ainsi l'ennui que j'ai causé au pays qui m'a accordé son hospitalité.
Recevez, Monsieur, Ministre... »
Je vous prie, cher Maître, de vouloir bien transmettre à la presse cette lettre au Ministre. Avec mes remerciements anticipés, je vous prie d'agréer,...HG

De Paris à Berlin[modifier | modifier le code]

Après s'être fait représenter par un avocat de l'ambassade, la partie civile décide la nomination du juriste Friedrich Grimm auxiliaire des services de Joseph Goebbels. Celui-ci nomme les avocats français Maîtres Maurice Garçon et Maurice Loncle pour représenter le Reich. De plus, le conseiller Wolfgang Diewerge est nommé par Goebbels pour suivre l'affaire Grynszpan et organiser la propagande en France. En janvier 1939, les relations franco-allemandes étant bonnes, Grimm essaye de hâter le procès, mais deux mois plus tard tout est remis en cause par l'invasion de la Tchécoslovaquie. Les défenseurs souhaitent à leur tour avancer le procès. Mais au fil des péripéties politiques, vient le jour de l'invasion de la Pologne et de l'entrée en guerre de la France contre le IIIe Reich. Les demandes de mise en liberté pour Herschel sont toutes refusées, il subit ainsi vingt mois de détention préventive.

  • Le 1er juin 1940, le gouvernement doit organiser le repli de l'administration et l'évacuation des prisons. La Cour de Paris se déplace à Angers. Les détenus sont déplacés dans le sud de la région parisienne; pour Grynszpan, c'est la prison d'Orléans. Il est évacué de force avec 96 codétenus vers la maison d'arrêt de Bourges où leur convoi est attaqué par l'aviation allemande.
  • Le 17 juin 1940, dans la confusion totale, les prisonniers sont livrés à eux-mêmes, mais certains dont Grynszpan, préfèrent rejoindre Bourges et se livrer.
  • Le 18 juin au matin, le gardien chef de la prison demande ce qu'il faut faire des nouveaux prisonniers. Sur ordre du procureur général Paul Ribeyre, il est demandé de ne pas mentionner le nom de Grynszpan sur les registres de la prison et de le laisser partir sur la route libre de Châteauroux. Il se rend à la prison de Châteauroux mais on le relâche, et Grynszpan repart seul et libre à Toulouse. Mais, après quinze jours de liberté, ne connaissant personne et étant totalement démuni, il frappe à la porte de la prison de Toulouse. Paradoxalement, il se retrouve dans la même région où son oncle et tante se sont réfugiés ainsi que ses avocats dont Moro-Giafferi qui séjourne à Aiguillon dans le Lot-et-Garonne. Malheureusement, il n'en sait rien.
  • Le 19 juin, les nazis le traquent toujours, ils retrouvent sa trace à la prison de Bourges mais il est déjà parti.

Les services de police de Helmut Knochen qui avaient dans leurs fichiers la liste des émigrés allemands ennemis du régime nazi se mettent à la recherche active de Grynszpan, et réussissent à convaincre le régime de Vichy de faire une recherche dans les prisons de la zone libre. Ils ne tardent pas à le retrouver, et le gouvernement Pétain-Laval livre Grynszpan aux Allemands.
Otto Abetz télégraphiera ceci :

Reichsadler der Deutsches Reich (1933–1945).svg Otto Abetz, Ministre plénipotentiaire à Paris | TELEGRAMME
« Suivant la demande allemande, Grynszpan a été livré ce jour, 18 juillet 1940, à des émissaires allemands à la ligne de démarcation et transféré à Berlin. »

Fin de parcours à Berlin[modifier | modifier le code]

Une fois à Berlin, Herschel est interrogé de façon clémente en égard à son importance pour la propagande de Joseph Goebbels. Il est transféré le 18 janvier 1941 au camp de concentration de Sachsenhausen (30 km au nord de Berlin) où il bénéficie d'un régime préférentiel par rapport au reste des déportés, en vue du procès à grand spectacle prévu par le régime. Il partage sa captivité avec l'ancien chancelier d'Autriche Kurt von Schuschnigg. Durant l'été 1941, il est mis en détention à la prison de la Gestapo de Berlin-Moabit.
La loi allemande ne permettant pas de juger un crime politique commis à l'étranger par un apatride, le ministère du Reich tourne la difficulté en l'inculpant pour haute trahison. La propagande fixe la date du procès au 18 février 1942, où elle prévoit de faire témoigner l'ancien ministre français Georges Bonnet. Mais à cette date se tient un autre procès important en France, celui de Riom ; qui contrarie les plans de Goebbels ; Hitler et lui fixent une autre date : le 11 mai 1942. C'est à ce moment que Herschel Grynszpan jette un pavé dans la mare : il prétend avoir eu des relations homosexuelles avec vom Rath ce qui bloque la machine judiciaire.

Goebbels écrit dans son journal 
« Grynszpan a trouvé l'argument insolent selon lequel il aurait eu des rapports homosexuels avec le conseiller vom Rath. Il s'agit naturellement d'un mensonge éhonté. Mais c'est bien trouvé et si la chose était rapportée dans un procès public, elle deviendrait surement l'argument principal de la propagande adverse. »

Ses codétenus de Sachsenhausen confirment à la libération, que Grynszpan avait inventé cette histoire. Sa mort a probablement eu lieu dans ce camp entre 1944 et 1945.
Il fut cependant signalé comme vivant à Paris en 1957 (cf. « Herschel Gruenspan lebt! » article de Kurt. R. Grossmann dans Aufbau, New-York, 10 mai 1957, cité dans R. Hillberg in La destruction des Juifs d'Europe, T. III de l'édition française.)

Ce que dit Adolf Eichmann[modifier | modifier le code]

Extrait d'une déposition d'Adolf Eichmann à son procès en 1961 :

Grynszpan [j'avais dit]...en... c'était en pleine guerre... en... pendant la guerre - ce devait être en 43 - ou 44 - j'étais à peine - en 43 Grynszpan était... c'est cela: j'ai reçu quelques... quelques... durant mon service j'ai reçu un ordre que Grynszpan était en détention à la Prinz Albrechtstrasse 8, et il devait être examiné plus en détail sur qui était avait été en coulisse. En conséquence j'ai ordonné d'amener Grynszpan non, non pas comme ça - en conséquence Krischak donna des ordres - Krischak gérait le dossier - d'amener Grynszpan et... dans les deux cas ç'aurait été sans intérêt, je le disais moi-même. Je me souviens encore exactement, que j'étais curieux de voir à quoi Grynszpan ressemblait.

Pour cette raison, je peux encore me souvenir de ça très bien, et je disais encore: Ont ils -plus ou moins ainsi - s'ils n'ont pas découvert ceci durant toutes ces années, alors ce serait aussi... cet examen sera aussi sans intérêt, ceci serait inutile, mais un ordre était un ordre. Grynszpan - (er) - Krischak le questionna et prit des notes. Rien, manifestement, n'émergea de toute cette chose et j'ai dis simplement à Krischak que s'il avait achevé l'interrogatoire, je voulais qu'on me l'apporte à l'étage, je le voulais vraiment - pour une fois - voir l'homme Grynszpan. Je voulais lui parler. Et je l'ai fait, j'ai échangé quelques mots avec Grynszpan. Il était très laconique (abweisend) et brusque, était indifférent et donnait de courtes réponses à toutes les questions. Je voulais lui demander, puisque je ne connaissais plus l'ensemble du dossier, où il avait été et des choses de ce genre. Dans l'ensemble il présentait bien, il était petit - c'était un petit garçon - J'ai absolument - je ne sais pas si j'ai raison mais ça je m'en souviens - tel un... il était comme un par les services de Krischak. C'était un court rapport - parce qu'il n'en est rien sorti.

Savez vous ce qu'il lui est arrivé par la suite ? 
Non, je ne sais pas.
A-t-il été détenu dans un camp, ou, ou a-t-il été abattu, ou autre chose ? 
Apparemment dans un camp. Il n'a pas été retenu en prison, à ce que je crois.
Donc... 
je n'étais pas autorisé à ce propos...
Ne vous-êtes vous pas intéressé plus tard à ce qu'il lui était arrivé - ou par hasard avez-vous entendu quelque chose? 
Non, c'est... c'est... c'est complètement disparu... complètement disparu de ma mémoire. Peut-être que c'était un court moment avant mon départ pour... pour... peut-être que c'était à la fin de 1943... je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui... ce qui lui est arrivé. Je n'ai rien entendu de plus. Je n'ai rien entendu de plus là-dessus. À aucun niveau je ne peux pas... je ne peux pas m'en souvenir. Je ne sais pas non plus où... où il est resté le reste du temps, jusqu'au jour où j'ai reçu le ... où le service reçut l'ordre de l'interroger avec égards pour des possibles sympathisants.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Schmuel Grynszpan », sur jewishtraces.org
  2. a, b, c, d et e Hans-Jürgen Döscher, réédition de Reichskristallnacht. Die Novemberpogrome 1938, Econ Tb., novembre 2000, et article Révélations sur la Nuit de cristal, L'Histoire n°274, pp.18-19, mars 2003, extraits
  3. a, b et c La Nuit de Cristal de Rita Thalmann et Emmanuel Feinermann, Éd. Robert Laffont 1972 - cité par jewishtraces.org
  4. a et b (en) « Did gay affair provide a catalyst for Kristallnacht ? », sur guardian.co.uk,‎ 31 octobre 2001
  5. André Gide, Les Cahiers de la petite dame, 1937-1945, Paris, 1975, p. 122
  6. Témoignage Achenbach le 18/04/1955 Institut d'histoire contemporaine (IFZ) Munich ZS596 et aussi Otto Abetz et les Français par Barbara Lambauer Ed. Fayard 2001 (ISBN 2-213-61023-1)
  7. Histoire politique franco-allemande 1930-1950, par Otto Abetz, Ed. Stock, 1953.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes : : Antisémitisme et Nuit de Cristal.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Livrez-nous Grynszpan !, France, 2007, un film documentaire de 76' écrit par Joël Calmettes et Robert Badinter, réalisé par Joël Calmettes, diffusé par France 2 et Arte (notamment le 29 octobre 2008, dans le cadre des Mercredis de l'Histoire, rediffusé sur Arte le 4/11/2008 et le 9/11/2011), visualisable en ligne [1]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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