Eugène Weidmann

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Eugène Weidmann
Image illustrative de l'article Eugène Weidmann
Informations
Surnom Le tueur au regard de velours, le tueur de la Voulzie
Naissance
à Francfort en Allemagne
Décès (à 31 ans)
à Versailles (Seine-et-Oise, aujourd'hui dans les Yvelines)
Cause du décès Décapitation
Condamnation
Sentence Guillotine
Meurtres
Nombre de victimes 6
Période  - 
Pays Drapeau de la France France
Régions Île-de-France
Villes La Celle-Saint-Cloud, Fontainebleau
Arrestation

Eugène Weidmann, en allemand Eugen Weidmann, né le à Francfort-sur-le-Main[1], mort le à Versailles, surnommé le « tueur au regard de velours », est un assassin célèbre des années 1930, le dernier condamné guillotiné en public en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et premiers crimes[modifier | modifier le code]

Issu d’un milieu bourgeois, il devient chef de bande dès l'adolescence, ayant été éduqué « à la dure » par ses grands-parents après que son père eut quitté le domicile familial. Il fait de nombreux séjours en maisons de correction. Jeune adulte, il quitte l'Allemagne pour le Canada, où il commet d'autres méfaits, ce qui lui vaut de passer quelque temps en prison avant d'être renvoyé dans son pays natal, en 1932. Prétextant créer une société de taxi, il se fait offrir par sa mère une voiture qu'il utilise pour monter des coups. Il prévoit d'enlever un riche héritier mais la tentative échoue : il est arrêté et emprisonné pendant près de six années, passant notamment par le camp de travail de Börgermoor où il croise un autre escroc allemand, Fritz Frommer. Dans la prison de Preungesheim, il rencontre deux Français, incarcérés pour trafic de devises : Roger Million et Jean Blanc. Les trois hommes sympathisent. Million et Blanc sont libérés les premiers. Weidmann, bénéficiant d'une remise de peine pour bonne conduite le 2 décembre 1936, part les rejoindre à Paris où il arrivé le 15 mai 1937. Ayant un casier judiciaire, Weidmann n'avait pourtant, théoriquement, pas le droit de quitter l'Allemagne. Néanmoins, il obtient un passeport par la Gestapo et franchit sans encombre la frontière. La police française cherchera à établir si cela fut fait régulièrement ou clandestinement, et si Weidmann a été missionné ou non par la Gestapo pour éliminer des opposants en France au régime nazi, communistes et juifs[2].

Escalade criminelle[modifier | modifier le code]

Les trois complices, ainsi que la maîtresse de Blanc, Colette Tricot, décident de faire des enlèvements à répétition : l'Exposition universelle vient de s'ouvrir, les rues sont pleines de riches badauds étrangers. Weidmann utilise son physique avantageux, son intelligence et sa maîtrise de l'anglais pour se faire engager comme interprète à l'exposition, sous le faux nom de « Karrer ». La bande loue également, comme pied-à-terre, une villa, La Voulzie à La Celle-Saint-Cloud, pour y séquestrer ses victimes[3].

Les motivations exactes des crimes qui s'ensuivent ne sont pas claires : peur des ravisseurs face à leurs victimes, sadisme de serial killer, obéissance aux ordres nazis – les parents de Weidmann étaient membres du parti national-socialiste. Ce dernier point est parfois évoqué comme étant la raison secrète des meurtres de Weidmann mais ne repose sur aucun élément. Il semble que la motivation principale soit l'envie d'argent immédiat[4].

Le , la première personne enlevée est la danseuse américaine Jean de Koven, tombée en un regard amoureuse de Weidmann-« Karrer » et qu'il n'a eu aucune peine à emmener chez lui à La Voulzie. Mais à peine entrée dans la villa, Jean est droguée, molestée puis étranglée. Weidmann enterre son cadavre dans la cave. Le seul butin récupéré sur elle est un portefeuille presque vide[5].

Cinq autres personnes furent tuées par Weidmann (aidé par Million), d’une balle dans la nuque, pour des sommes dérisoires. Le 6 septembre, le chauffeur de grande remise Joseph Couffy tombe sous les balles de l'assassin. Il lui dérobe 1 400 francs et repart avec sa limousine Vivastella.

Le 4 octobre, Jeannine Keller, femme de chambre divorcée recrutée par une fausse annonce recherchant une dame de compagnie, est retenue de force à La Voulzie à La Celle-Saint-Cloud. Weidmann et Million lui volent le peu de bijoux et d'argent qu'elle a sur elle puis la tuent dans la Forêt de Fontainebleau au lieu dit « La Caverne des Brigands », d'un coup de revolver dans la nuque[6].

Le 16 octobre, Roger Leblond, ancien imprésario recherchant des investisseurs par petite annonce, est assassiné. Million et Weidmann se partagent ses 5 000 francs.

Le 20 novembre, Fritz Frommer, allemand, autre escroc familier de Weidmann, est abattu à son tour par ce dernier, accompagné de Million, de peur qu'il les dénonce.

Enfin, Raymond Lesobre, agent immobilier, est la dernière victime de Weidmann, le . Grâce aux indications de sa secrétaire, le policiers retrouvent dans son bureau la carte de visite du dernier client avec qui il avait rendez-vous, Arthur Schott (représentant en lingerie) qui leur révèle que son neveu Fritz Frommer à Paris a en ses mains quelques exemplaires de ses cartes de visite. Ce dernier introuvable, la police recherche un de ses compagnons, Karrer[2].

Interpellation et procès[modifier | modifier le code]

Début décembre, à la suite d'une plainte déposée par l'oncle de Frommer, la police retrouve la trace du nommé Karrer. Le 8 décembre 1937, l'interpellation de Weidmann à La Voulzie (où Jean de Koven est retrouvée enterrée sous le perron et Frommer dans la cave) est très mouvementée : il blesse deux policiers avant d'être blessé à son tour.

L'interrogatoire est mené par le commissaire à la Sûreté nationale Marcel Sicot. Weidmann avoue assez rapidement ses crimes et dénonce ses complices. Après plus d'un an d'instruction, en mars 1939, le quatuor comparaît devant la cour d'assises de Seine-et-Oise. La défense de Weidmann est assurée par le grand ténor du Barreau, Maître Vincent de Moro Giafferi, les psychiatres le qualifient de « dégénéré supérieur ». Le 31 mars, le verdict tombe : indulgent d'un côté (acquittement pour Colette Tricot, 20 mois de prison pour Jean Blanc), sévère de l'autre (la mort pour Million et Weidmann)[5].

Le 16 juin, Roger Million voit sa peine commuée en prison à perpétuité par le président de la République Albert Lebrun[7].

Exécution[modifier | modifier le code]

Weidmann est guillotiné le lendemain, le , place Louis Barthou à l'entrée de la prison de Versailles par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux. L'exécution se déroule dans des circonstances très particulières. Une erreur, peut-être délibérée, à moins qu'il ne s'agisse d'un désaccord entre Desfourneaux et le procureur de Versailles au sujet de l'heure – légale ou solaire – de l'exécution, cause un retard de quarante-cinq minutes. Le soleil est déjà bien haut dans le ciel quand Weidmann paraît aux yeux de tous, ce qui permet à des journalistes de prendre la plus importante série de photographies d'une exécution capitale ; celle-ci est également filmée[8]. De plus, la foule qui assiste au « spectacle » parvient à déborder le service d'ordre, et l'histoire raconte que certaines femmes hystériques se précipitent au pied de la guillotine pour tremper leur mouchoir dans le sang du supplicié, ce qui est censé leur apporter la fertilité[9]. Cette version est toutefois contredite, les journaux de l'époque ayant tendance à exagérer les faits. L'acteur anglais Christopher Lee qui, adolescent, assista à l'événement, donne ce détail dans son autobiographie. Weidmann est enterré dans une tombe anonyme du cimetière des Gonards à Versailles, une amie de cœur connue en prison lui évitant la fosse commune en obtenant du procureur une sépulture sans nom[10].

Le gouvernement s'émeut de ces désordres et, le 24 juin, le président du Conseil Édouard Daladier promulgue un décret-loi abolissant les exécutions capitales publiques. Après cette exécution-spectacle, les condamnés à mort furent guillotinés dans l'enceinte des prisons à l'abri des regards de la foule. La mesure fut effective dès l'exécution suivante, celle de Jean Dehaene, le 19 juillet à Saint-Brieuc[5].

C'est ainsi qu'Eugène Weidmann reste dans l'histoire de la justice française comme le dernier guillotiné en public[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvain Larue, Les Grandes Affaires Criminelles de France, Éditions De Borée, , p. 300.
  2. a et b Jacques Pradel, « L'affaire Eugène Weidmann » invité Michel Ferracci-Porri dans L'heure du crime sur RTL, 21 février 2012
  3. (en) Jay Robert Nash, The Great Pictorial History of World Crime, Scarecrow Press, , p. 684.
  4. Christine Mattei, Crimes et criminels … des histoires à perdre la tête, Lulu.com, , p. 218.
  5. a, b, c et d Frédéric Lewino et Qwendoline Dos Santos, « 17 juin 1939 : VIDÉO. Le guillotiné Weidmann est le dernier condamné à perdre la tête en public », sur Le Point.fr,‎
  6. Philippe Charlier, Seine de crimes, Artège, , p. 87.
  7. Beaux Ténèbres, La Pulsion du Mal d'Eugène Weidmann de M. Ferracci-Porri.
  8. « Execution of Eugen Weidmann », sur youtube.com,‎ .
  9. Antoine Cléry, Les dossiers du crime 7 affaires qui ont marqué l'histoire, Ixelles Editions, , p. 147.
  10. le cimetière des Gonards

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Oubert, Max Roussel, La monstrueuse affaire Weidmann, Paris, Denoël, 1939, 186 p.
  • Stéphane Pizella, Weidmann, le tueur ! Ses crimes, sa vie, ses "amis", Un reportage hallucinant de Stéphane Pizella, Paris, La Technique du livre, 1939, 62 p.
  • C.-A. Dupin, Weidmann, le tueur, Paris, Éditions du Chardon, 1954, 191 p.
  • Marcel Sicot, Servitude et grandeur policières, Productions de Paris, 1959, chap. VIII (« Quarante ans à la sureté »).
  • Renée Jardin Birnie, Le cahier rouge d'Eugène Weidmann, Gallimard, collection « L'air du temps » (n°226), 1968, 256 p.
  • Roger Colombani, L'affaire Weidmann : la sanglante dérive d'un dandy allemand au temps du Front populaire, Paris, Albin Michel, 1989, 320 p.
  • Alphonse Boudard, Les Grands Criminels, Le Pré aux Clercs, 1989, chap. III (« Weidmann ou en attendant Adolphe »).
  • Georges Moréas (conseiller technique) et Bill Waddell (conseiller technique), Dossier meurtre. Enquête sur les grands crimes de notre temps, vol. 50 : Un charme vénéneux. Eugène Weidmann : il était séduisant et charmeur, mais ne pouvait s’empêcher de tuer, Paris, ALP, , 30 p.
  • Philippe Randa, L'affaire Weidmann, Paris, Fleuve noir, collection « Crime story », 1992, 271 p.
  • Michel Ferracci-Porri, Beaux Ténèbres - La Pulsion du Mal d'Eugène Weidmann, Normant Ed.2008, 412 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Eugène Weidmann, Dandy meurtrier » dans Des crimes presque parfaits sur Planète+ CI.
  • « Eugène Weidmann, le tueur au visage d'ange » le 4 juillet 2015 dans Stéphane Bourgoin raconte sur Planète+ Justice.

Chanson[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]