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Ethnopsychiatrie

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Ethnopsychiatrie
L'ethnopsychiatre Tobie Nathan en 2017.
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L'ethnopsychiatrie (ou psychiatrie transculturelle, de l'anglais transcultural psychiatry) est un domaine de recherche partageant objets et méthodes tant avec la psychologie clinique qu'avec l'anthropologie culturelle. L'ethnopsychiatrie s'est intéressée aux désordres psychologiques en rapport à leur contexte culturel d'une part, aux systèmes culturels d'interprétation et de traitement du mal, du malheur et de la maladie d'autre part. Cette démarche clinique a connu une extension[1], engendrant des dispositifs originaux de prise en charge des souffrances psychologiques des populations migrantes. L'anthropologie politique critique le lien de l'ethnopsychiatrie avec la psychiatrie coloniale ainsi que son culturalisme[2].

Georges Devereux (1908-1985) est considéré comme le père fondateur de la discipline. Si l'anthropologue et psychanalyste hongrois Géza Róheim (1891-1953) a été successivement anthropologue et psychanalyste, s'il a souvent appliqué des grilles psychanalytiques aux phénomènes anthropologiques et quelquefois des interprétations anthropologiques à certaines problématiques psychiatriques, il n'a jamais fait d'ethnopsychanalyse.

Devereux appelait ethnopsychiatrie le domaine de recherche et ethnopsychanalyse la méthode afférente. Il a affirmé, à la suite de Ralph Linton, que la culture prescrivait à ses membres « la bonne façon d'être fou ». C'est comme si la société énonçait : « Vous ne devez pas être fou, mais si toutefois vous le devenez, voici la bonne manière de l'être ».

Cette discipline, très contestée, a ensuite été défendue par son principal promoteur, Tobie Nathan[3].

Louis Mars et la naissance de l'ethnopsychiatrie

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Louis Mars, un psychopédagogue haïtien qui s'intéressait tant au Vaudou qu'à la décolonisation, a utilisé le mot « ethnopsychiatrie » dans un texte apparu dans le « Bulletin de l'Association médicale haïtienne » . Plus tard le terme sera repris en France lors de la « Semaine des hôpitaux de Paris » du et au cours d'un séminaire dispensé par Georges Devereux à l'École pratique des Hautes études de Paris. Mais d'autres termes techniques, comme « psychiatrie exotique » et « psychiatrie comparée » étaient déjà largement employés dans la médecine coloniale.

Lié à l'anti-colonialisme, « l'ethnopsychiatrie » comme bien d’autres disciplines à préfixe « ethno » (ethnobotanique, ethnomathématiques) admet comme prémisses que des peuples n'ayant pas de tradition écrite possèdent tout de même des savoirs. Malgré leur caractère populaire, ces ethnosciences, constituent de vrais savoirs qui, en tant que tels, concernent l'humanité entière. « Ethnopsychiatrie » implique par conséquent que ce que nous nommons « psychiatrie » possède son équivalent dans chaque culture humaine. C’est ainsi que Devereux a pu écrire qu'il n'existait pas de peuple sans « ethnopsychiatrie » — c'est-à-dire de peuple qui ne possède un système de repérage et de prise en charge d'un certain type de négativité. L’ethnopsychiatrie postule que ces ethnosciences, savoirs réels, techniques efficaces, méritent d'être étudiés pour eux-mêmes et non comme des simples coutumes ou traditions archaïques.

Parmi ses nombreux champs de recherche, l'ethnopsychiatrie étudie tous les systèmes nosologiques, à travers les cultures, ainsi que les thérapeutiques qui leur correspondent. Cette étude systématique, à l'écoute des systèmes les plus singuliers, a conduit certains chercheurs à rejeter le privilège ethnocentrique habituellement accordé à la psychiatrie occidentale, alors envisagée, en toute logique, comme une ethnopsychiatrie parmi d'autres.

L'ethnopsychiatrie se heurte cependant aux critiques des tenants de l'universalité de la psychiatrie ou de la psychanalyse, qui affirment la supériorité de ce qu'ils tiennent pour des savoirs scientifiques sur ces savoirs traditionnels.

L'intérêt de l'ethnopsychiatrie pour les systèmes thérapeutiques des autres mondes l'a conduite à développer des analyses fines de types d'intelligibilité ou de causalité populaires tels que : l'infraction d'un tabou, l'envoûtement, l'action des génies, des esprits des morts et bien d'autres entités.

Ethnopsychiatrie en France

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En France, l'histoire de l'ethnopsychiatrie est indissociablement liée à deux noms, celui de l'anthropologue et psychanalyste Georges Devereux, précurseur de l'ethnopsychiatrie contemporaine, et celui de son disciple, Tobie Nathan (1948-), qui a entièrement renouvelé le champ (trans-)disciplinaire de l'ethnopsychiatrie tout en s'éloignant de la conceptualisation psychanalytique.

Ce dernier a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France, en 1979, au service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'Hôpital Avicenne (Bobigny), alors dirigé par Serge Lebovici (1915-2000) [réf. nécessaire]

T. Nathan a fondé en 1993 le Centre Georges-Devereux, centre universitaire d'aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l'UFR Psychologie, pratiques cliniques et sociales de l'Université de Paris VIII – centre qu'il a dirigé de 1993 à 1999[1]. Par la suite, le centre a déménagé dans un appartement du boulevard Sébastopol à Paris[4].

Revues d'ethnopsychiatrie

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De 1970 à 1982, paraît la Revue d'Ethnopsychologie. Avec Georges Devereux, Tobie Nathan a fondé en 1978 une revue francophone d'ethnopsychiatrie – Ethnopsychiatrica qui a paru de 1978 à 1981. Puis il a fondé en 1983 La Nouvelle Revue d'ethnopsychiatrie qui a livré 36 numéros de 1983 à 1998 – aux éditions de La Pensée sauvage, à Grenoble. Actuellement, on peut trouver la revue l'Autre [1], créée par Marie-Rose Moro en 2000.

Bibliographie

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  • Daniel Pierre, Voyager la nuit, interprétation des rêves en ethnopsychiatrie, La pensée sauvage, 2005 (ISBN 978-2859192044)
  • Géza Róheim, L'animisme, la magie et le roi divin, Paris, Payot, 2000.
  • Georges Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale Paris, Gallimard, 1971.
  • Tobie Nathan La folie des autres. Paris, Dunod 1986
  • Tobie Nathan et Isabelle Stengers, Médecins et sorciers, Les Empêcheurs de penser en rond, 1995
  • Rébeca Grinberg, Leon Grinberg : Psychanalyse du migrant et de l'exilé, Ed.: Cesura, 1987 , (ISBN 2905709022)
  • Philippe Carrer : L'envers du décor - Ethnopsychiatrie en Bretagne et autres terres celtes
  • Nathalie Zajde : Enfants de survivants, 1993, réédition, Paris, Ed. Odile Jacob, 2005 — 218 pages.
  • Françoise Sironi : Bourreaux et victimes. Psychologie de la torture. Paris, Odile Jacob, 1999.
  • : Psychopathologie des violences collectives. Paris, Odile Jacob 2007
  • : Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres. Paris, Odile Jacob, 2011
  • Marie Rose Moro : Enfants d'ici venus d'ailleurs (Hachette, 2000)
  • Catherine Grandsard : Juifs d'un côté. Portraits de descendants de mariages mixtes entre juifs et chrétiens. Paris, Le Seuil/ Les empêcheurs de penser en rond, 2005.
  • Alhssane Chérif : L'Importance de la Parole chez les Manding de Guinée (Éditions L'Harmattan 2005)
  • François Laplantine : L'Ethnopsychiatrie, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » no 2384, Paris, 1988
  • François Laplantine : Ethnopsychiatrie psychanalytique[5], éditions Beauchesne, coll. « Prétentaine », Paris, 2007
  • (en) Atwood D. Gaines, Ethnopsychiatry, The cultural construction of professionnel and folk psychiatries, State university of New york Press, 1992
  • Henri Ellenberger, Ethno-psychiatrie (E. Delille[6] éd.), Lyon, ENS-Éditions, 2017.

Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. a et b Fassin Didier. "L'ethnopsychiatrie et ses réseaux. L'influence qui grandit". In: Genèses, 35, 1999. L'Europe vue d'ailleurs. pp. 146-171.
  2. Didier Fassin, « Les politiques de l’ethnopsychiatrie », L’Homme, 153 | 2000, 231-250.
  3. Fassin Didier. "L'ethnopsychiatrie et ses réseaux. L'influence qui grandit". In: Genèses, 35, 1999. L'Europe vue d'ailleurs. pp. 146-171.
  4. « Centre Georges Devereux. Paris », sur data.bnf.fr (consulté le )
  5. (en) « Qu'est-ce que l'ethnopsychiatrie ? », sur academia.edu, Nonfiction.fr (consulté le ).
  6. « Emmanuel Delille », sur academia.edu, (consulté le )