Ethnomycologie

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L'ethnomycologie, qui peut être considérée comme une branche de l'ethnobiologie, correspond à l'étude de la place des champignons dans les différentes sociétés humaines. Bien que le terme renvoie également aux usages médicaux ou alimentaires de ce végétal, il est souvent utilisé dans la recherche sur les champignons hallucinogènes comme la psilocybine et l'Amanite tue-mouche.

Le banquier américain Robert Gordon Wasson a initié ce champ disciplinaire à la fin des années 1950 lorsqu'il devint l'un des premiers Occidentaux à participer à un rituel mazatèque dirigé par María Sabina et surtout par la publication en 1968 de Soma, Divine Mushroom of Immortality que Lévi-Strauss commente dans un article de la revue L'Homme en 1970, reproduit dans Anthropologie structurale deux en 1973[1]. Le biologiste Richard Evans Schultes, co-auteur avec Albert Hofmann de Plants of the Gods: Origins of Hallucinogenic Use en 1979, est également un pionnier en la matière.

En plus des connaissances mycologiques propres au champ d'investigation, l'ethnomycologie dépend dans une large mesure de l’anthropologie et de la philologie. L'un des débats majeurs se rapporte à la théorie de Wasson selon laquelle le soma décrit dans le Rig-Veda correspondrait à l'Amanita muscaria[2].

Suivant son exemple, d'autres tentatives similaires ont été effectuées pour identifier les champignons psychoactifs dans d'autres cultures, la plupart anciennes, avec un degré de fiabilité variable. La nature du cycéon, breuvage utilisé pendant les mystères d'Eleusis en Grèce antique, a également produit une littérature abondante[3]

Bien que n'étant pas ethnomycologue, le philologue John Allegro s'est également fait remarquer, dans un ouvrage suffisamment controversé pour détruire sa carrière, que l'Amananita muscaria n'était pas seulement utilisée dans un but sacramentel mais vénérée pour elle-même dans la plupart des sectes ésotériques de la religion sumérienne, du judaïsme et du christianisme[4]. Clark Heinrich soutient que la consommation de ce champignon n'était pas totalement éradiquée par l’Eglise chrétienne au Moyen Age et qu'il continuait à être consommé ou représenté par des individus et des petits groupes comme les alchimistes et les artistes de la Renaissance[5].

Alors que Wasson considérait les champignons comme un facilitateur des rites chamaniques ou spirituels, McKenna soutient que l'ingestion de la psilocybine a peut-être joué un rôle déterminant dans la formation du langage et de la culture, identifiant les champignons hallucinogènes comme l'originel arbre de la connaissance[6]. Certaines recherches indiquent en effet que la psilocybine augmente temporairement l’activité linguistique, ce qui incite à mener de nouvelles études sur le rôle des champignons dans l'histoire humaine[7].

L'ethnomycologie a connu un nouvel essor parallèle à l'explosion de l’usage récréatif des champignons hallucinogènes, avec l'éclosion d'un nombre croissant de sites Internet et de forums discutant du symbolisme du christianisme et des contes de fées. Le renouveau de cette discipline sur le monde académique reste à discuter, le manque de preuves générant nombre de théories fragiles.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Navet, « Les Ojibway et l'Amanite tue-mouche (Amanita muscaria) : pour une ethnomycologie des Indiens d'Amérique du Nord », Journal de la Société des Américanistes. Tome 74, 1988. pp. 163-180, Lire en ligne
  2. R. Gordon Wasson, Soma : Divine Mushroom of Immortality, (ISBN 0-15-683800-1)
  3. The Road to Eleusis: Unveiling the Secret of the Mysteries, Hermes Press, (ISBN 0-915148-20-X), p. 149
  4. John Allegro, The Sacred Mushroom and the Cross: The Study of the Nature and Origins of Christianity Within Fertility Cults of the Ancient Near East, Hodder & Stoughton Ltd, (ISBN 0-340-12875-5), p. 320
  5. Clark Heinrich, Magic Mushrooms in Religion and Alchemy, Park Street Press, (ISBN 0-89281-997-9), p. 256
  6. Terence McKenna, Food of the Gods: The Search for the Original Tree of Knowledge A Radical History of Plants, Drugs, and Human Evolution, Bantam, (ISBN 0-553-37130-4)
  7. « Neurometabolic Effects of Psilocybin, 3,4-Methylenedioxyethylamphetamine (MDE) and d-Methamphetamine in Healthy Volunteers A Double-Blind, Placebo-Controlled PET Study with FDG », Neuropsychopharmacology,‎ (lire en ligne)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Oswaldo Fidalgo, The ethnomycology of the Sanama Indians, Mycological Society of America (1976)
  • E. Barrie Kavasch, Alberto C. Meloni, American Indian EarthSense: Herbaria of Ethnobotany and Ethnomycology, Birdstone Press, the Institute for American Indian Studies (1996). (ISBN 0-936322-05-5).
  • Aaron Michael Lampman, Tzeltal ethnomycology: Naming, classification and use of mushrooms in the highlands of Chiapas, Mexico, Dissertation, ProQuest Information and Learning (2004)
  • Jagjit Singh (ed.), From Ethnomycology to Fungal Biotechnology: Exploiting Fungi from Natural Resources for Novel Products, Springer (1999), (ISBN 0-306-46059-9).
  • Keewaydinoquay Peschel. Puhpohwee for the people: A narrative account of some use of fungi among the Ahnishinaubeg (Ethnomycological studies) Botanical Museum of Harvard University (1978),ASIN: B0006E6KTU

Liens externes[modifier | modifier le code]