Sous-culture

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En sociologie contemporaine, en anthropologie et dans les études culturelles (Cutural Studies), une sous-culture — ou « subculture », terme plus positif[1] — est une culture (revendiquée, cachée, souterraine) partagée par un groupe d'individus, se différenciant ainsi des cultures plus larges (dites « mainstream ») auxquelles ils appartiennent.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Traduction littérale de l'anglais subculture, le terme sous-culture est, la plupart du temps, utilisé dans le même sens. Néanmoins, cette traduction littérale n'a pas les mêmes connotations en français et en anglais, ce qui bien entendu « pose un problème de traduction »[2]. En effet, l'utilisation du mot « sous » « affecte à toute forme de culture dite non légitime un préfixe péjoratif »[3]. Cette connotation n'apparaît pas en anglais dans le préfixe latin sub, qui renvoie davantage à un aspect souterrain, ou « underground ».

La définition ci-dessus concerne le terme tel qu'il est utilisé dans les ouvrages de sciences humaines anglophones traduit en français. C'est pourquoi, en sociologie, le mot subculture est souvent conservé tel quel, et ce depuis 1966 au moins, pour ne pas dénaturer son sens initial. On notera des traductions qui le conserveront à cet effet, afin de ne pas rabaisser en sous-catégorie des cultures généralement en avance sur leur temps et/ou à la marge d'une culture « traditionnelle » dominante.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Une sous-culture est un ensemble de valeurs, de représentations et de comportements, propres à un groupe social ou à une entité particulière. Lorsqu'une sous-culture se caractérise par une opposition systématique à la culture dominante, elle peut en plus être qualifiée de contre-culture. Comme le décrit Ken Gelder, les sous-cultures sont sociales, possèdent leurs propres conventions, valeurs et rituels, mais elles peuvent également être immergées ou auto-absorbées ; c'est cette dernière précision qui fait qu'une sous-culture n'est pas forcément une contre-culture.

Ken Gelder identifie six clés de reconnaissance d'une sous-culture :

  1. des relations négatives avec le travail (elles dérangent, parasitent…)
  2. des relations négatives ou ambiguës avec la société de classes (sans forcément comporter une « conscience de classe » ou un désaccord affirmé)
  3. une référence davantage à des territoires, des espaces publics (rue, forêt, club…) qu'à des propriétés
  4. une appartenance des individus en dehors de la famille ou du foyer domestique
  5. une démarcation par des styles excentriques ou exagérés (avec des exceptions, néanmoins)
  6. un refus de la banalité de la vie ordinaire et de la massification (refus d'être une culture de masse)

Dans son livre Subculture, the Meaning of Style[4], paru en 1979, Dick Hebdige fait valoir que les sous-cultures sont des subversions face à la normalité comportementale. Elles peuvent être perçues négativement à cause de leur nature critique des standards de la société dominante. En essence, les sous-cultures s'appuient toujours sur les mêmes idées individuelles : la sensation d'être laissé pour compte des standards sociaux et le besoin de se forger une identité propre.

Dès 1950, David Riesman distingue de la majorité, « qui accepte passivement les styles et façons de faire conditionnées par le commerce, les sous-cultures qui recherchent activement un style minoritaire ("a minority style")… et s'accordent avec des valeurs subversives »[5].

Sarah Thornton, avec le concours de Pierre Bourdieu, a décrit le « capital sous-culturel » comme les savoirs culturels et les bases acquises par les membres d'une sous-culture, les sensibilisant à leur statut et les différenciant des membres d'un autre groupe[6].

Dans les représentations[modifier | modifier le code]

Paru en 1979, l'essai du Britannique Dick Hebdige, Subculture: The Meaning of Style connaît un certain succès, notamment aux États-Unis, où l'ouvrage est réédité à plusieurs reprises. Hebdige fut formé au Centre for Contemporary Cultural Studies de Birmingham, école qui eut un impact sensible sur l'évolution des études culturelles, alors émergentes.

L'usage en français tend à privilégier aujourd'hui le terme subculture ainsi que son pluriel, subcultures — pour témoigner à la fois de la richesse et de la complexité de ces phénomènes. L'expression « société alternative » est également employée, mais plus rarement[7].

En 2005, par exemple, l'analyse du phénomène des raves et de la techno a conduit en France à des études rattachées à une « sociologie de la subculture »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition et contextes, Centre nationale de ressources textuelles et lexicales, source d'autorité, en ligne.
  2. Glevarec, Macé, Maigret, 2008[Quoi ?].
  3. Op.cit.
  4. « Sous-culture, le sens du style »
  5. Midelton, 1990[Quoi ?].
  6. Thornton, 1995.
  7. Par exemple par Béatrice Mabilon-Bonfils et Anthony Pouilly, dans La musique techno, art du vide ou société alternative, Paris, L'Harmattan, 2002.
  8. Lire par exemple : « Des technoïstes aux technoïdes : sociologie d'une subculture : raves, free-parties, déviance » par Lionel Pourtau, dans Sociétés, no 90, 2 décembre 2005.

Bibliographie et historiographie[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, il convient de se référer aux bibliographies des études culturelles.

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

Les deux premiers essais à employer le terme « subculture » (et non « sous-culture ») sont :

  • Joffre Dumazedier et Aline Ripert (sous la direction), Le Loisir et la ville, Tome 1 : Loisir et culture, Paris, Centre d'études sociologiques/Le Seuil, 1966, p. 305.
  • Roger Mucchielli et Arlette Mucchielli-Bourcier, Lexique des sciences sociales, Paris, Éditions sociales françaises, 1969 — à propos de la pègre ou du « milieu ».

Les autres essais sont :

  • Dick Hebdige (1979), Sous-culture. Le sens du style, traduit par Marc Saint-Upéry, Paris, Zones, 2008 — en ligne sur LyberAnalyse entre autres le mouvement punk
  • David Lepoutre, Cœur de banlieue, Codes, rites et langages, Paris, Odile Jacob, 1997.
  • Frédéric Martel (2010), Mainstream. Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias, Paris, Champs Actuel/Flammarion, 2011, (ISBN 9782081249585).

Ouvrages non francophones[modifier | modifier le code]

Essais fondamentaux[modifier | modifier le code]

  • D. O. Arnold, Subcultures, Berkeley, The Glendessary Press, 1970.
  • A. Bennett et K. Kahn-Harris, After subculture. Critical studies in contemporary youth culture, Basingstoke-New York, Palgrave Macmillan, 2004.
  • (it) S. Cristante, A. Di Cerbo et G. Spinucci, La Rivolta dello stile. Tendenze e segnali dalle subculture giovanili del Pianeta Terra, Milan, Franco Angeli, 1983.
  • Ken Gelder, Subcultures, Tome 1 : Subcultural histories ; Tome 2 : Chicago, Birmingham, scenes and communities ; Tome 3 : Subcultures and music ; Tome 4 : Sexed subjects, virtual communities, neo-tribes, Londres, Routledge, 2007.
  • R. Huq, Beyond Subculture. Pop, youth and identity in a postcolonial world, Londres, Routledge, 2006.
  • C. Jenks, Subculture. The fragmentation of the social, Londres, Sage, 2005.
  • J. Kaplan et H. Lööw, The Cultic Milieu. Oppositional subcultures in an age of globalization, New York, Altamira Pres, 2002.
  • D. Muggleton, Inside Subculture. The postmodern meaning of style, Oxford-New York, Berg, 2000.
  • P. Willis, Profane Culture, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978.

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Bennett A., Peterson R. A., Music scenes. Local, translocal and virtual, Vanderbilt University Press, Nashville, 2004.
  • Berzano L., Genova C., Lifestyles and Subcultures. History and a New Perspective, Routledge, Londres, 2015.
  • Blackman S., Chilling out. The cultural politics of substance consumption, youth and drug policy, McGraw Hill, Maidenhead-New York, 2004.
  • Brake M., Comparative youth cultures, Routledge, Londres, 1985.
  • Brake M., The Sociology of youth culture and youth subcultures, Routledge, Londres, 1980.
  • Cloward R. A., Ohlin L. E., Delinquency and opportunity. A theory of delinquent gangs, Free Press, Glencoe, 1960.
  • Cohen A., Delinquent boys. The culture of the gang, Free Press, Glencoe, 1955 (trad. it. Ragazzi delinquenti, Feltrinelli, Milan, 1963).
  • Cohen S., Folk devils and moral panics. The creation of mods and rockers, MacGibbon & Kee, Londres, 1964.
  • Cohen S., Images of deviance, Penguin books, Harmondsworth, 1971.
  • Cohen S., Young J., The Manifacture of news. Social problems, deviance and the mass media, Constable-Sage, Londres, 1973.
  • Cressey P. G., The Taxi-Dance Hall. A sociological study in commercialized recreation and city life, University of Chicago Press, Chicago, 1932 ; Routledge, Londres, 2003.
  • Downes D., The delinquent solution, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1966.
  • Dürrschmidt J., Everyday lives in the global city, Routledge, Londres, 2000.
  • Hall S., Jefferson T., Resistance through rituals. Youth subcultures in post-war Britain, Hutchinson, Londres, 1976.
  • Hetherington K., Expressions of identity. Space, performance, politics, Sage, Londres, 1998
  • Hodkinson P., Goth: Identity, style and subculture, Oxford-New York, Berg, 2002.
  • Hodkinson P., Deicke W., Youth cultures. Scenes, subcultures and tribes, Routledge, Londres, 2007.
  • McDonald N., The Graffiti Subculture, Basingstoke, Palgrave, 2001.
  • Muggleton D., Weinzierl R., The post-subcultures reader, Berg, Oxford-New York, 2003.
  • Redhead S. (direction), Subculture to clubcultures. An introduction to popular cultural studies, Blackwell, Oxford, 1997.
  • Roszak Th., The making of a counter culture. Reflections on the technocratic society and its youthful opposition, Anchor Books, New York, 1969.
  • Spergel I. A., Racketville, Slumtown, Haulburg. An exploratory study of delinquent subcultures, University of Chicago Press, Chicago, 1964.
  • Thornton S., Club cultures. Music, media and subcultural capital, Wesleyan University Press, Hanover, 1995.
  • Widdicombe S., Wooffitt R., The language of youth subcultures. Social identity in action, Harvester Wheatsheaf, New York, 1995.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]