Emmanuel d'Astier de La Vigerie

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Emmanuel d'Astier de la Vigerie
Fonctions
Parlementaire français
Député
19451958
Gouvernement IVe République
Groupe politique URR/URP
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 69 ans)
Résidence Ille-et-Vilaine
Photo prise le 29 août 1944 lors de la Libération de Marseille, Emmanuel d'Astier est à droite sur la photo.

Emmanuel d'Astier de La Vigerie, né le et mort le à Paris, est un écrivain, journaliste et homme politique français.

Grand résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il fonde le mouvement de résistance Libération-Sud et le journal Libération, puis devient, en novembre 1943 et jusqu'en septembre 1944, Commissaire à l'Intérieur de la France libre.

Il est l'auteur de la chanson la Complainte du partisan écrite à Londres en 1943.

Après-guerre, il sera l'un des « compagnons de route » du PCF, puis un gaulliste de gauche.

Il est Compagnon de la Libération.

Origine et formation[modifier | modifier le code]

D'Astier est né le 6 janvier 1900, à Paris, au sein d'une famille originaire du Vivarais anoblie en 1829 sous la Restauration. Son père, le baron Raoul d'Astier de La Vigerie, ancien élève de l'École polytechnique, était officier d'artillerie. Sa mère, Jeanne, née Masson-Bachasson de Montalivet, était la petite-fille de Camille, comte de Montalivet, qui avait été ministre de l'Intérieur et ministre de l'Instruction Publique de Louis-Philippe et arrière-petite-fille de Jean-Pierre de Montalivet, ami et ministre de l'Intérieur de Napoléon. Il est le dernier d'une fratrie de huit enfants et a deux frères ainés : François, né en 1886, et Henri, né en 1897, qui seront eux-aussi compagnons de la Libération. Il fait ses études au lycée Condorcet, puis à Saint-Jean-de-Béthune et au lycée privé Sainte-Geneviève à Versailles. Ses années de lycée seront marquées par son adhésion à l'Action française. Il entre à l'École navale en 1919. En 1931, il démissionne de la Marine de guerre et débute une carrière de journaliste. D'Astier entre à l'hebdomadaire Marianne. Il effectue divers reportages en Allemagne et en Espagne pour les magazines Vu et LU, ce qui l'amène à prendre ses distances avec son milieu familial. Il épouse en premières noces Grace Roosevelt Temple (née en 1894 à Ashland, États-Unis, morte en 1977).

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 27 août 1939, quelques jours avant la déclaration de guerre, il est mobilisé au Centre maritime de renseignements de Lorient. En juin 1940, il rejoint le 5ème Bureau replié à Port-Vendres. Il est démobilisé à Marseille le 11 juillet.

Premiers actes de Résistance[modifier | modifier le code]

Il choisit d'emblée de lutter contre Vichy et l'occupant et se met aussitôt à la recherche d'hommes et de femmes qui pensent comme lui. Dès septembre, il fonde à Cannes le mouvement La Dernière Colonne, qui se destine au sabotage. La première personne qui se joint à lui est le commandant d'aviation Édouard Corniglion-Molinier. Mais, en décembre, Corniglion-Molinier est arrêté. D'Astier gagne Clermont-Ferrand où règne une atmosphère favorable à la Résistance, notamment au sein de l'équipe de rédaction de La Montagne.

En janvier 1941, La Dernière Colonne étant décimée par les arrestations, il entre dans la clandestinité sous le pseudonyme de « Bernard ».

Création de Libération[modifier | modifier le code]

En juin 1941, il crée le mouvement Libération avec Jean Cavaillès. Ce réseau deviendra, avec Combat et Franc-Tireur, l'un des trois plus importants mouvements de résistance de la zone sud. Libération recrute le plus souvent ses membres dans les milieux syndicaux (CGT) et socialistes. À la tête du mouvement, il fait paraître affiches, tracts. En juillet, paraît le premier numéro du journal Libération.

En janvier 1942, une liaison est établie avec Londres par Yvon Morandat, représentant du général de Gaulle, puis par Jean Moulin qu'Emmanuel d'Astier rencontre pour la première fois. En mars, a lieu à Avignon la première réunion des responsables des journaux Libération, Combat et Franc-Tireur, sous la présidence de Jean Moulin.

Missions à Londres et aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 19 au 20 avril, il profite de la mission de Peter Churchill pour embarquer sur le sous-marin P 42 Unbroken et aller à Londres[1]. Il rencontre le général de Gaulle, début mai. Il l'appellera plus tard « le Symbole ». Celui-ci l'envoie en juin en mission à Washington. Il est chargé de négocier auprès de Roosevelt la reconnaissance de la France libre.

Dans le courant du mois de juillet, il rentre en France à bord d'un chalutier, avec le titre de chargé de mission de 1re classe, équivalent au grade de lieutenant-colonel.

Organisation des mouvements de Résistance[modifier | modifier le code]

Il se rend pour un deuxième voyage à Londres avec Henri Frenay, en novembre 1942, puis regagne la France. Il est désigné pour siéger au Comité de Coordination des Mouvements de Résistance.

En janvier 1943, le CCMR devient le Directoire des Mouvements unis de la Résistance (MUR), dont il devient le Commissaire aux affaires politiques. En avril, il repart pour Londres mais rentre en France en juillet, après l'arrestation de Jean Moulin.

En octobre, il repart à Londres.

Commissaire à l'Intérieur de la France Libre[modifier | modifier le code]

Il gagne Alger, en novembre 1943, et devient membre de l'Assemblée consultative provisoire. Le 9 novembre, il est nommé par le général de Gaulle Commissaire à l'Intérieur du Comité français de la Libération nationale (CFLN). Emmanuel d'Astier est membre du COMIDAC, Comité d'Action en France, institué en septembre 1943. Il occupe ce poste jusqu'au 9 septembre 1944.

Il est chargé de définir la stratégie et les crédits affectés à l'action de la résistance métropolitaine. En janvier 1944, il rencontre Churchill à Marrakech pour lui demander des armes pour la Résistance.

Un Gouvernement provisoire de la République française est créé, en juin 1944. Il en devient ministre de l'intérieur en août, après son retour en France. À la suite d'un désaccord avec le général de Gaulle, il quitte ses fonctions le 10 septembre après avoir refusé le poste d'ambassadeur à Washington.

À partir du 20 août, il transforme le journal Libération en quotidien.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Compagnon de route du PCF[modifier | modifier le code]

Compagnon de la Libération, engagé à gauche et même proche des communistes, à la différence de ses frères François et Henri, il est élu député progressiste de l'Ille-et-Vilaine en 1945, et le restera jusqu'en 1958.

En 1947, il épouse en secondes noces Lioubov Krassine[2], née en 1908 à Saint-Pétersbourg et décédée en 1991, fille de Leonid Krassine, révolutionnaire bolchévique. Deux fils sont issus de son mariage avec Lioubov Krassine, Christophe, né le 23 août 1947[3], et Jérôme[4], né le 23 avril 1952.

Il fait partie de la présidence du Mouvement de la Paix et du Conseil mondial de la paix dans les années 1950 et à ce titre reçoit le Prix Lénine pour la paix en 1958.

En 1952, il s'oppose à la ratification de la CED et, en 1957, il s'oppose au traité de Rome.

Toutefois, en 1956, se différenciant des communistes par son neutralisme, il condamne l'intervention soviétique en Hongrie. Il condamne également l'expédition franco-britannique de Suez. Il n'en demeure pas moins un conseiller prisé par De Gaulle pour les Affaires soviétiques à la fin des années 1950 et début des années 1960.

Gaulliste de gauche[modifier | modifier le code]

Dans la tourmente de la fin de la IVe République, il vote la confiance au gouvernement Pflimlin, le 13 mai 1958, puis l'état d'urgence en Algérie, le 16 mai, et la révision constitutionnelle proposée par Pflimlin. Le 1er juin, il refuse de voter la confiance au général de Gaulle, Président du Conseil désigné.

Il se rapproche ensuite progressivement du général de Gaulle dont il apprécie les politiques étrangère et de décolonisation.

Il apparaît tous les mois à la télévision pendant un Quart d'heure, ce qui en fait une vedette. Il s'y exprime en toute liberté tout en maintenant une attitude de respect à l'égard du général de Gaulle.

En novembre 1964, le quotidien Libération, qu'il avait fondé en 1941, disparaît quand le PCF lui retire son soutien. Il crée ensuite le mensuel L’Événement, qui paraîtra de février 1966 à juin 1969.

Compagnon de route des gaullistes de gauche, son dernier acte politique fut d'écrire dans L’Événement en 1969 : « Je vote pour Pompidou-la scarlatine ».

Il meurt à Paris XVe le 12 juin 1969. Il est inhumé au cimetière d'Arronville (Val-d'Oise). Pierre Viansson-Ponté écrit dans Le Monde : " C'était un homme qui ne ressemblait à personne. Il ne se considérait ni comme homme d'État, ni comme homme de gouvernement, ni comme idéologue."

Œuvres[modifier | modifier le code]

La Complainte du Partisan[modifier | modifier le code]

Il a écrit à Londres, en 1943, la chanson La Complainte du partisan mise en musique par Anna Marly[5]. Elle devient une chanson populaire dans les années 1950[6]. Cette chanson acquiert une renommée internationale quand elle est reprise dans une version anglaise sous le titre The Partisan, en 1969 par Leonard Cohen.

Il ne faut pas la confondre avec le Chant des Partisans, également composé par Anna Marly mais écrit par Joseph Kessel et Maurice Druon, devenu l'hymne officiel de la Résistance française.

Œuvres écrites[modifier | modifier le code]

  • Passage d'une Américaine, Paris, 1927
  • Sept jours en été, Alger, 1944
  • Avant que le rideau ne tombe, Paris, 1945
  • Sept jours en exil, Paris, 1946
  • Sept fois sept jours, Paris, 1947
  • Les Dieux et les Hommes 1943-1944, Paris, 1952
  • L’Eté n'en finit pas, Paris, 1954
  • Le Miel et l’Absinthe, Paris, 1957
  • Les Grands, Paris, 1961. Ce livre contient de brillants et vifs portraits de Staline, Churchill, de Gaulle, Eisenhower et Khrouchtchev.
  • Sur Saint-Simon, Paris, 1962
  • Sur Staline, Paris, 1963
  • De la chute à la libération de Paris, 25 août 1944, Gallimard, Paris, 1965
  • La Semaine des quatre jeudis, Paris, 2011

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brooks Richards, Flottilles secrètes, p. 637-638 et 925.
  2. Elle est divorcée de Gaston Bergery et mère du journaliste et scénariste Jean-François Bergery (1927-1977)
  3. Il devint journaliste à Libération, le journal créé par Serge July.
  4. Il épouse en 1974 Judith Simonka (25 février 1945), dont un fils : Julien (26 avril 1974).
  5. Historique complet, textes de La Complainte du partisan/The Partisan et des extraits sonores
  6. La Complainte du partisan/The Partisan

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Commissaire à l'Intérieur de la France libre
Adrien Tixier