Comté de Chiny

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Le comté de Chiny vers 1250, sans mention des villes importantes,

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  •      Comté de Chiny en c. 1250

Le comté de Chiny est une ancienne principauté féodale en terres lotharingiennes d'Empire qui a connu son apogée au XIIIe siècle avant de disparaître progressivement entre 1337 et 1364. Elle couvrait la vallée de la Chiers et une fraction de la Woëvre essentiellement en Lorraine, une partie de la Gaume ou "Lorraine belge" et du sud de l'actuelle province du Luxembourg belge, ainsi que quelques enclaves dispersées près de la Meuse tels que Warcq et Givet-Agimont. Son territoire, espace seigneuriale presque d'un seul tenant si on excepte les enclaves citées, se situait dans des actuels cantons de la Meuse, des Ardennes (France) et province de Luxembourg (Belgique). Toutefois la dynastie comtale fut en partie vassale de la maison princière de Bar.

Définition et étendue maximale[modifier | modifier le code]

Le nom de Chiny, autrefois Chini, est aujourd'hui celui d'une petite ville belge de la Gaume. Mais la puissance comtale aurait pris son essor à partir de la ville médiévale par excellence qu'était Yvois et du comté homonyme d'Ivois. Yvois est située alors sur la voie commerciale entre Verdun et Saint-Hubert-d'Ardennes, elle est la ville frontalière-lieu de rencontre entre "Francia" et Empire.

Le comté d'Ivois correspondait primitivement aux deux doyennés d'Ivois et de Juvigny (diocèse de Trèves). Il s'étendait de la Meuse à la Semois et s'avançait dans l'Ardenne au nord de ce dernier cours d'eau, jusqu'au delà de Longlier et de Neufchâteau[1].

Dès le XIIe siècle, le regroupement territorial de seigneuries paraît assez compacte.

Entre 1221 et 1239, les comtes de Chini transfèrent leur capitale à Montmédy, pour des raisons stratégiques et pour affirmer leurs sujétions à l'Empire. Le pays de Montmédy sur la Chiers se situe en position centrale. Autour de la capitale se regroupent les villes modestes d'Avioth, Chauvency, Damvillers (aujourd'hui en Meuse, France), Étalle, Florenville, Ivois-Carignan, Muno, Neufchateau, Orval, Virton, Vaux-les-Moines.

Le comté de Chiny s'étendait au XIIe siècle sur l'extrême sud-ouest de l'actuelle province de Luxembourg en Belgique, et le nord-ouest du département de la Meuse en France. Il était traversé notamment par la Semois et la Chiers. Il finit par englober d'un seul tenant la plus grande partie des cantons belges de Virton, Étalle, Florenville, Neufchâteau (province de Luxembourg, Belgique), les cantons français de Montmédy, et d'Yvois-Carignan, devenu Carignan (Ardennes, France). Il avait conservé sur la Meuse la seigneurie deWarcq près de Charleville-Mézières et la seigneurie de Givet-Agimont.

Les petites villes et leurs campagnes sont mieux connues au XIVe siècle et XVe siècle, alors que le comté vit ses derniers jours, se désagrège ou s'évanouit définitivement des mémoires en quelques générations. Yvois, Montmédy, Virton, Neufchâteau... sont des petites villes abritées derrière leurs remparts et leurs fossés. Elles sont connues pour leurs marchés hebdomadaires et leurs rares foires animées. Une manufacture de drap est attesté à Yvois en 1304. Pour donner un indice de leurs importances relatives, la comparaison du nombre de droits acquis de bourgeoisie peut être utilisée. Ainsi Yvois s'impose en 1340 comme une ville prospère avec 314 foyers ayant acquitté leurs droits de bourgeoisie, alors que Montmédy et Virton n'en compte respectivement que 274 et 214. Chini n'est qu'un modeste centre urbain au riche passé, avec environ une cinquantaine de familles bourgeoises. La crise démographique impulsée par les redoutables épidémies pesteuses va encore plus changer les campagnes en quelques décennies d'années. L'élevage bovin et chevalin s'impose comme une spécialité en vallée de Chiers et dans les terres riches de fourrages, alors que les champs de céréales et l'élevage ovin en partie associé marquent les plateaux plus secs ou les terres mieux ressuyées. Les peaux, sous-produit de l'élevage prolifique, et le gain des bois exploités en taillis accentue l'essor des tanneries. L'Homme s'est certes raréfié, car il faudra encore parfois plusieurs siècles pour retrouver la densité perdue, mais partout la technique hydraulique, la gestion rationnelle ou mécanique la plus impitoyable ou encore les migrations humaines saisonnières y suppléent.

Histoire du comté[modifier | modifier le code]

Le comté d'Yvois, ou pagus evodiensis, est mentionné en 923 et en 955 ; Selon la chronique de Mouzon, rédigée entre 969 et 971, la maison de Warcq qui le dirige au XIe siècle installe son administration à Chiny, un ancienne relais carolingien, est à l'origine du comté de Chiny[2].

Premières lignées légendaires et fondation[modifier | modifier le code]

En 882, la légende rapporte que Bérenger est comte d'Ivois. Son fils Hildebert lui succède[3]. Au Xe siècle, Rodolphe, un autre noble personnage mort avant 946 gouverne le comté d'Ivois. Il appartiendrait à la famille des Régnier. Son épouse Leva aurait été une parente de Wigéric de Bidgau, fondateur avec son épouse de la puissante maison d'Ardenne. Son fils également appelé Rodolphe (également comte du Verdunois, mort avant 962) lui succède. Ce dernier n'a d'autre héritier qu'un fils, Rodolphe, qui entre dans les ordres et devient abbé de Montfaucon[4].

Le comté d'Ivois aurait été momentanément envahi par le comte du Porcien, Étienne qui évinça le comte Rodolphe peu après 946. Frappé de paralysie, Étienne donna vers 956 à l'abbaye de Saint-Hubert la moitié de Chauvency, situé dans le comté d'Ivois[5].

Après lui apparaît en Ivois le comte Otton, qui est un seigneur de guerre et protecteur des marges de la Francia, obéissant à la tendance qui poussait les vassaux ou acteurs de cette région à franchir la Meuse, et qui, tout en agrandissant leur pouvoir, savaient se placer en allégeance de la Lotharingie soumise à l'Empire[6]. Le nouveau titulaire reconnu avait édifié en 971 la forteresse de Warcq dans le pagus Castricius. La Chronique de Mouzon, qui rapporte ces événements, ajoute qu'Otton était du sang des empereurs ; le fait s'expliquerait s'il était fils d'Albert de Vermandois et de Gerberge, fille de Gislebert de Lotharingie et petite-fille de Henri l'Oiseleur[7].

Otton, par son service militaire à l'Empire et ses bonnes relations, réussit à se mettre en possession du comté d'Yvois, et ses successeurs l'occupent conjointement à Warcq. Après avoir choisi vers 980 de fixer sa capitale à Chiny, il en prit le nom, devenant alors le premier comte de Chiny.

Article détaillé : Liste des comtes de Chiny.

Naissance d'une principauté en partie inféodée[modifier | modifier le code]

Très vite, l'ancien relais de chasse mérovingien, même agrandi, se révèle malcommode pour gouverner la principauté naissante. Yvois est toujours la ville phare, la suite comtale y réside dans un château d'apparat et le comte rend sa justice[8]. Chiny se dote pourtant d'un château-fort à la fin du XIIe siècle et d'une modeste ville basse. Le comté prospère est l'objet de fortes rivalités.

Les comtes héritiers de père en fils du premier Othon restent fidèle aux héritiers locaux de la maison d'Ardenne, à savoir la maison de Bar-Mouzon, d'autant que le comté de Chiny fait allégeance pour quelques terres. Les comtes de Chiny font aussi régulièrement hommage aux comtes de Bar, dans un intérêt de mutualisation des forces militaires.

Armoiries du comté de Chiny

Au printemps 1189, un hommage lige est attesté entre Thibaut Ier de Bar et Louis III de Chiny. En octobre 1204, Louis IV renouvelle l'hommage. En octobre 1227, se déroule au château de Mouzon une cérémonie d'hommage-lige avec Arnould III, fiancé de Jeanne de Chini. La proximité des lignées comtales se retrouvent dans le choix des armes du comté de Chiny, De gueules semés de croisettes d'or à deux bars adossés de même brochant sur le tout.

Mais l'inféodation reste partielle. La famille comtale s'est déjà illustré par son activité en Lorraine, surtout avec deux évêques de Verdun, au XIIe siècle, avec Adalbéron III de Chiny (1131-1156) et Arnould de Chiny (1171-1181). Le prestige religieux est d'ailleurs associé très tôt à la lignée comtale, qui, en 1070, avait fondé l'abbaye d'Orval au milieu de ses terres ainsi qu'un prieuré à Chiny, dédié à sainte Walpurgis en 1097 et dépendant de l'abbaye Saint Arnould de Metz[9]. Ce premier monastère le plus important du comté est aussi le plus riche de ce secteur lotharingien car il possède des biens jusqu'à la vallée du rupt de Mad, à Ans-sur-Moselle. En 1132, sa gouvernance échoit aux cisterciens.

Louis V de Chiny frappe des propres monnaies dans son atelier monétaire à Yvois. Arnould III de Chiny agit de même, ainsi les archéologues retrouvent parfois des doubles tournois de billon, des plaques et demi-plaques sur les terres du comté et ses abords. Mais ses monnaies imitent fortement les monnaies barroises.

Dès les années 1220, les affranchissements de communautés urbaines se multiplient. La loi de Beaumont s'applique à Avioth dès 1223, puis à Montmédy en 1239. La ville neuve de Montmédy, par cette charte, confirme son rôle de bonne ville et capitale du comté de Chiny.

L'union comtale et dynastique de Looz et de Chiny[modifier | modifier le code]

Armoiries de l'union des maisons Looz et Chiny

Louis IV de Chiny ne laisse que deux filles à son décès en 1226. Jeanne, l'aînée, épouse Arnould, promu comte de Looz. C'est la naissance de la seconde dynastie comtale de Looz et de Chiny, peut-être la plus connue du grand public. La maison comtale est installée dans sa capitale de Montmédy.

Où sont les belles joutes ? Médaillon d'Arnold V de Looz et Chiny

En 1285, Louis V, le comte de Chiny organise des festivités mémorables avec joutes et tournoi. Elles ont lieu en contrebas de la ville haute, dans la plaine près de la Chiers, aux portes du petit village de Chauvency, dont le château est confié à la garde de Gérard, le frère du comte Louis V. Plus de 500 chevaliers répondent à son invitation automnale. Le poète Jacques Bretel raconte et immortalise ces journées et soirées de fête chevaleresques dans son célèbre poème : Le Tournoi de Chauvency[10].

Au XIVe siècle, les comtes de Chiny et de Looz, de plus en plus victimes d'agressions violentes, peinent à contenir leurs puissants voisins et rivaux. Ils sont désormais contraints de prêter hommage aux comtes de Bar pour garantir l'intégrité de leur belle principauté de Chiny, tandis que les comtes de Luxembourg et les princes évêques de Liège convoitent également des parties de leur territoire. Les mœurs chevaleresques de Chauvency se sont évanouies depuis belle lurette.

Vente et annexion du comté de Chiny à la maison comtale, puis ducale de Luxembourg[modifier | modifier le code]

Aussi, lorsque Louis VI de Chiny décède sans hoirs en branche directe, son neveu et héritier de famille reconnu Thierry de Heinsberg peine à contenir les prétentions des rivaux voisins. Il choisit alors de démembrer le comté de Chiny au profit des terres du comté de Looz, minimisant dangereusement les revendications des princes-évêques. Il vend alors les prévôtés de Yvois, de Virton et la châtellenie de La Ferté au comte de Luxembourg. Les transactions avec Jean Ier de Luxembourg s'échelonnent entre 1337 et 1340. Le souverain acquéreur transfert l'atelier monétaire d'Avioth connu pour ses moneta aviothensis en argent.

En 1364, les seigneurs du Luxembourg, promu entre temps duc de Luxembourg, en la personne de Wenceslas, rachète les derniers lambeaux du comté de Chiny.

Histoire religieuse et luxembourgeoise

Les ducs de Luxembourg se prévalent du titre de comte de Chiny. Mais si le titre subsiste dans les armoriales, la réalité de la vieille entité comtale disparaît. Le comté n'est plus au mieux que l'un des « quartiers romans » du duché de Luxembourg. Ses modestes territoires désormais luxembourgeois subissent divers changements de souveraineté, avant d'être écartelé dans cette région-frontière.

Résurrection lorraine et française du comté de Chiny[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une renaissance orchestrée sur le plan juridique par la chambre de réunion de Metz, entre 1679 et 1686. Le royaume de France détient fermement les prévôtés d'Yvois, Montmédy et Chauvency, depuis le traité des Pyrénées. Se servant des édits de la chambre de réunion messine, Louis XIV annexe par décret du 21 avril 1681 le comté de Chiny refondé sur un plan juridique, en arguant qu'il n'est qu'un fief du duché de Bar.

Avec les revers militaires et la perte de la Lorraine ducale provisoirement occupée, laissée à son cousin Léopold de Habsbourg, Louis XIV renonce à cette argumentation juridique, sans perdre ses possessions.

Commémoration du millénaire en 1980[modifier | modifier le code]

Un commémoration à la fois historique et folklorique, bon enfant, du millénaire du comté de Chiny, s'est déroulée en 1980 à l'initiative de la ville de Chiny. La clôture s'est effectuée par un défilé en l'honneur du comté médiévale, réunissant des participants des anciennes villes et contrées. Les travaux historiques ont eu le grand mérite de relancer l'intérêt sur l'histoire médiévale locale.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Léon Vanderkindere, La Formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge, vol. II, Bruxelles, H. Lamertin, (réimpr. 1981), 88 p. (lire en ligne), p. 338
  2. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 338.
  3. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 339-340.
  4. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 342-343.
  5. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 343.
  6. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 344.
  7. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 344 et Foundation for Medieval Genealogy.
  8. Ce bâtiment ouvert est détruit au XVIe siècle
  9. En échange, l'abbaye messine avait fourni un tombeau et un gisant au fondateur-donateur du prieuré, le comte Arnould II.
  10. Jean Bertholet, Histoire du duché de Luxembourg et comté de Chiny, en 8 volumes, 1741-1747. Lire aussi l'article de Stéphane Gaber Le tournoi de Chauvency 1285 dans la Revue Lorraine Populaire n°49, décembre 1982, pages 50 à 52, et écouter aussi le CD intitulé Le Tournoi de Chauvency, une joute d'amour en Lorraine médiévale, sous la direction de Anne Aziman, Aziman, Mémoire musicale de la Lorraine, Le couvent saint Ulrich à Sarrebourg, 2006/2007, 68 minutes 16 secondes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chiny, mille ans d'histoire, recueil des travaux publiés pour le millénaire du comté, 1980.
  • Stéphane Gaber, Le comté de Chiny, La Revue Lorraine Populaire, n°61, p 42-43.
  • Jean-François-Louis Jeantin, Histoire du comté de Chiny et des pays Haut- Wallons, Paris : Jules Tardieu, Bruxelles : F. Heussner & Nancy : Grimblot, veuve Raybois & Cie, en 2 volumes : vol.1 : 1858 & vol.2 : 1859
  • Jeantin, Manuel de la Meuse : histoire de Montmédy et des localités meusiennes de l'ancien comté de Chiny, Nancy, (notice BnF no FRBNF36480676)
  • Arlette Laret-Kayser, Entre Bar et Luxembourg: le comté de Chiny des origines à 1300; Bruxelles (éditions du Crédit Communal, Collection Histoire, série in-8°, n° 72), 1986; 273 pages; (ISBN 2-87193-007-4). Cet ouvrage - en fait une thèse de doctorat - a obtenu le Prix d'Histoire du Crédit communal de Belgique en 1983.
  • Hippolyte Goffinet, Les comtes de Chiny, Annales de l'institut archéologique du Luxembourg, Tomes VIII à XI, Arlon, in octo, 1880, réédité 1935, 547 pages.
  • Les comtes de Chiny et la ville de Montmédy, Mémoire de la société des Belles-Lettres de Bar, 1877, pp 17-68.
  • Marie-odile Marchal-Piquet, La chambre de réunion de Metz, PUF, Paris, 1969.
  • Michel Parisse, Noblesse et chevalerie en Lorraine médiévale, Nancy, 1982, en particulier page 364.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]