Journal encyclopédique

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Journal encyclopédique ou universel
Image illustrative de l’article Journal encyclopédique

Pays Principauté de Liège puis Duché de Bouillon
Langue Français
Périodicité bimensuelle
Genre scientifique
Fondateur Pierre Rousseau
Date de fondation
Date du dernier numéro
Ville d’édition Liège, puis Bouillon

Le Journal encyclopédique ou universel est un périodique scientifique de langue française fondé par Pierre Rousseau le . Édité à Liège puis à Bouillon, il est absorbé par l’Esprit des journaux le .

Fondation à Liège[modifier | modifier le code]

Rousseau reçut de la ville de Liège le brevet de bourgeois de la cité et l’autorisation avec privilège exclusif d’imprimer son journal. Le prince-évêque accepta la dédicace de la nouvelle publication[1]. Le premier numéro du Journal est daté du .

Ambitionnant d’informer à propos de toutes les sciences, Pierre Rousseau emprunta beaucoup à l’Encyclopédie.

Colophon[modifier | modifier le code]

Colophon et modalités d'abonnement telles que présentés dans le numéro du .

« A Liège, De l'imprimerie du Bureau du Journal, rüe St. Thomas.

Ce Journal paroît tous les quinze jours la souscription n'est ouverte que pour l'année entière ; on peut commencer par tel mois qu'on jugera à propos : elle est de 20 fl. de Liège, & le port de 5 florins pour les Souscripteurs qui voudront le recevoir par la Poste dans les districts du généralat des Postes Impériales.

En France, ainsi que dans les armées Françoises, il en coûtera 24 l. pour la Souscription & 9 l. 12 s. pour le port des 24 volumes.

Pour tout ce qui regarde la correspondance de France, on aura la bonté des adresser au Sr Lutton Commis au Bureau du Mercure, Rue Ste Anne, Butte St Roch à Paris[2]. On aura soin d'affranchir les Lettres ; autrement elles resteront au rebut.

La Souscription doit être payée d'avance ; ainsi que le port du Journal.

On s'adressera ici au Sr. Weissenbruck, Directeur du Bureau de ce Journal.

Le Sr. Lambert, rue de la Comedie Françoise & le Sr. Duchesne rue St Jacques Libraires, à Paris, debitent ce Journal, ainsi que les Srs de la Roche & Deville à Lyon, & autres Libraires dans les principales Villes du Royaume[3].

Comme les especes varient extrêmement dans toute l'Allemagne, on ne les recevra qu'au cours de cette Ville ; le Louis d'or de France à 19 fl. 5 s. la Caroline à 19 fl. 10 s. [l]a Pistole vieille[4] à 15 fl. 10 s. le Ducat à 8 fl. 10 s. &c. »

Réaction du clergé[modifier | modifier le code]

Dès l'attribution du privilège, une coterie se forma contre le périodique au sein du clergé liégeois. Un mémoire adressé au prince-évêque fut transmis à Maximilien-Henri de Horion[5], qui répondit à ses auteurs de ne simplement pas lire le Journal Encyclopédique.

Les adversaires de Rousseau firent alors publier des articles parfois virulents contre le Journal, notamment dans la Gazette Ecclésiastique et la Gazette d’Utrecht ; une fausse lettre de Rome annonçait que le Journal venait être mis à l’index ; on alla jusqu’à refuser l’absolution aux pénitents qui s’accusaient d’avoir lu le Journal Encyclopédique.

Élie Fréron qui avait, quelques années plus tôt, salué l’esprit et l’imagination du théâtre de Pierre Rousseau dans l’Année littéraire, ne qualifiait désormais plus son concurrent que comme « écrivailleur », un « sous-philosophiste », un « croupier de l’Encyclopédie »[6].

Avec le décès d'Horion le , Rousseau perdait son principal soutien.

Le synode sollicita de nouveau l’interdiction du Journal encyclopédique, mais le prince-évêque de Bavière fit répondre par son confesseur, aux sollicitations du clergé liégeois : « qu’il ne croyait pas devoir supprimer le privilège d’un ouvrage aussi utile qu’agréable, et que ce qu’il pouvait accorder aux instances de son synode, c’est qu’on nommerait un censeur pour le journal. »

Insatisfait de cette demi-mesure, le parti anti-philosophique, intéressa dans le conflit le nonce de Cologne, qui en écrivit au prince-évêque. De son côté, le chanoine Ransonnet partit pour Paris, chercher le concours de la Sorbonne[7]. Harcelé par les réclamations, Jean-Théodore de Bavière signa, de guerre lasse, sur la copie rédigée par le synode, la révocation du privilège accordé au Journal Encyclopédique le .

Forcé de quitter Liège, Rousseau cherche refuge à Bruxelles, avec la protection de Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autrichiens, ouvert aux idées des Lumières. Il se heurte néanmoins à l'opposition de l'impératrice, qui cède aux instances de Molinari, nonce du Saint-Siège à Bruxelles[8].

Le dernier numéro de décembre 1759 contient cet avis : « L’Établissement de ce journal est fixé à Bouillon, ville très commode pour la circulation de cet Ouvrage. L'ordre, l'exactitude, notre travail même, tout se ressentira des avantages que nous trouvons dans cette Ville. Là, uniquement occupés de notre Journal, nous ferons de nouveaux efforts pour le rendre digne des suffrages dont nous honore le Public éclairé. »

Bouillon (1760-1793)[modifier | modifier le code]

La protection de Bodson, procureur général du duché de Bouillon[9], lui permit d’y établir ses presses. Le , le duc lui accorda un privilège de trente ans, et l’assura qu’il obtiendrait de lui tout ce qu’il pourrait raisonnablement demander.

L’implantation de Rousseau à Bouillon favorisa l’essor de l’imprimerie dans cette ville qui posséda bientôt douze presses employant une soixantaine de personnes[10].

Dans les Lettres à MM. les Parisiens placée en tête L’Écossaise, une pièce précisément écrite pour ridiculiser Fréron, publiée en mai 1760, Voltaire place le Journal encyclopédique à la première place « des cent soixante-treize journaux qui paraissent tous les mois en Europe. ».

En août 1782, la Correspondance littéraire écrit « Le journaliste qui prêche l'union et l'honnêteté est M. Pierre Rousseau, l'auteur ou plutôt le fermier du Journal Encyclopédique »[11].

Joseph de La Porte signale l’impartialité et l’honnêteté qui présidaient à la critique de Rousseau qui « rend justice aux grands talents sans avilir les médiocres, et quand il faut relever des défauts, il le fait avec cette modération, ces égards qui adoucissent la critique. »[12].

Diffusion[modifier | modifier le code]

Deux éléments permettent de donner une idée de l'importante diffusion du Journal encyclopédique.

D'une part le souci de l'éditeur de préciser les monnaies et les taux de changes (voir ci-dessus le colophon de 1759) accepté pour les souscription définit une zone très large composée des Pays-bas autrichiens, France, Allemagne, Italie.

D'autre part, le Journal des savants publia en décembre 1760[13] une présentation du Journal encyclopédique et une liste de libraires où il sera disponible dans une vingtaine de villes en France.

Collaborateurs[modifier | modifier le code]

Pierre Rousseau fut le principal rédacteur des articles publiés. Au-delà, la liste de ses collaborateurs reste incertaine - et plusieurs informations publiées à ce sujet sont infondées[14]. Il faut en particulier ne pas considérer comme une collaboration, les emprunts effectués par Rousseau, en autres à l’Encyclopédie.

On peut néanmoins citer les noms suivants, sans préciser l'ampleur de leur contribution : Alexandre Deleyre, Claude Yvon, Guill.-Al. de Mehegan, Fr. H. Turpin, Charles-Joseph Panckoucke, Prévost de La Caussade[15], Jean-Louis Castilhon (1762-1773), Grundwald (à partir de décembre 1761), J. R. Robinet (jusqu'en 1771), Charpentier et Maignard à partir de 1774, Jean Castilhon (correspondant permanent à Paris de 1763 à 1771), Anne-Gabriel Meusnier de Querlon (après 1771), Jean Deschamps, Samuel Formey, Octavien de Guasco (1767), Mérian (de l'Académie de Berlin), Fariau de Saint-Ange, Jacques Pierre Brissot.

Références[modifier | modifier le code]

Comptes rendus[modifier | modifier le code]

  • Correspondance littéraire, philosophique et critique, 15 décembre 1769, Furne, 1829, tome VI, p. 298.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gustave Charlier, Roland Mortier, Le Journal encyclopédique, 1756-1793, Paris, Nizet, 1952 (compte rendu par A. Wilson, Revue belge de philologie et d'histoire, 1953, n° 2-3, p. 589-591.
  • Henri Francotte, La propagande des encyclopédistes français au pays de Liège, 1750-1790, Bruxelles, F. Hayez, 1880.
  • Dante Lénardon, Index du Journal encyclopédique, 1756-1793, Genève, Slatkine Reprints, 1976.
  • Joan Lenardon, The Civil Constitution of the Clergy as seen by the Journal encyclopédique, en ligne.
  • Pierre Mouriau de Meulenacker, Les ornements typographiques du Journal encyclopédique, Le livre & l'estampe, 2005 (vol. LI), n° 163 (en ligne).
  • Le Journal encyclopédique et la Société typographique : exposition en hommage à Pierre Rousseau et Charles-Auguste de Weissenbruch, Bouillon, 1955, 127 p.
  • Journal encyclopédique. In : Messager des sciences historiques : vol. 8, 1845, Gand, imp. Léonard Hebbelynck, 1845, p. 320-333.
  • Jacques Wagner, Lecture et société dans le Journal encyclopédique de Pierre Rousseau, thèse soutenue à l’université de Clermont II pour l’obtention du doctorat d’état, 1987.
  • Jacques Wagner, Le Journal encyclopédique. In : Jean Sgard (dir.), Dictionnaire des journaux, en ligne.
  • Colloque « L'encyclopédisme au XVIIIe siècle » Université de Liège, 30-»[16].
  • Joseph de La Porte, [J'ai fait à Liège la connoissance d'un homme de lettres François M. Rousseau]. In : Le Voyageur français, 4e éd., t. XX, Paris, L. Cellot, 1775, p. 371-373.

Le Journal encyclopédique connut par ailleurs une version italienne : le Giornale enciclopedico di Liegi (1759-1760). Voir Nadine Vanwelkenhuyzen, Il giornale enciclopedico di Liegi, en ligne, reproduit dans Fr. Tilkin (dir.), L'encyclopédisme au XVIIIe siècle, Droz, 2008, p. 77-94.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son Altesse Sérénissime et Éminence Jean-Théodore, Duc de Bavière, Cardinal, Évêque et Prince de Liège, de Freysing et Ratisbonne.
  2. Plus précisément encore, Rue Saint-Anne, vis-à-vis la rue du clos Georgeot, entre deux selliers, au second. Voir Mercure de France, novembre 1754, p. 2. Cette liste atteste de l'importante diffusion du Journal.
  3. Voir Avis concernant le Journal encyclopédique, in : Journal des sçavans, Addition de l'éditeur de Hollande, décembre 1760, n° 15, p. 125-128, en particulier les pages 127-128
  4. Il pourrait s'agir de la monnaie en circulation en Savoie et dans le Piémont.
  5. En raison de ses nombreux titres et mandats, le prince-évêque Jean-Théodore de Bavière se trouvait rarement à Liège et déléguait la gestion quotidienne de la Principauté à Horion.
  6. L’Année littéraire, 1759, t. 8, p. 334 ; voir aussi l'épigramme citée par Joseph-Marie Quérard, La France littéraire, t. 8, p. 191.
  7. Voir le Journal encyclopédique, , en ligne ; Daniel Droixhe, Avocats, chanoines et lectures éclairées à Liège au dix-huitième siècle. In : L. Trénard (dir.), Les bibliothèques au XVIIIe siècle, Bordeaux, Société des bibliophiles de Guyenne, 1989, p. 239-64.
  8. Décédé à Bruxelles le  ; Supplément à la Gazette de Vienne, n° 30, 13 avril 1763, non paginé.
  9. Le duché est à cette époque sous protectorat français.
  10. Mémoires de Bachaumont, t. XIX, p. 87, 18 juin 1769.
  11. Correspondance littéraire, août 1782, compte rendu des Journalistes anglais de Cailhava de L’Estandoux.
  12. Le Voyageur français, 4e éd., t. XX, Paris, L. Cellot, 1775, p. 371-373.
  13. Journal des sçavans, Addition de l'éditeur de Hollande, décembre 1760, n° 15, p. 127-128.
  14. Wagner, Dictionnaire des journaux.
  15. Quérard, La France littéraire, Paris, Didot, 1827, p. 343.
  16. Communiqué de presse