Cléo de 5 à 7

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Cléo de 5 à 7
Description de cette image, également commentée ci-après

Le parc Montsouris, un site de tournage extérieur

Titre original Cléo de 5 à 7
Réalisation Agnès Varda
Scénario Agnès Varda
Acteurs principaux
Sociétés de production Rome-Paris Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Durée 90 min
Sortie 1962

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Cléo de 5 à 7 est un film français réalisé par Agnès Varda et sorti en 1962.

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'action se déroule en temps réel, le 21 juin 1961[1],[2] à Paris. Cléo, une jeune et belle chanteuse plutôt frivole, craint d'être atteinte d'un cancer. Il est 17 heures et elle doit récupérer les résultats de ses examens médicaux dans 2 heures. Pour tromper sa peur, elle cherche un soutien dans son entourage. Elle va se heurter à l'incrédulité voire à l'indifférence et mesurer la vacuité de son existence. Elle va finalement trouver le réconfort auprès d'un inconnu à l'issue de son errance angoissée dans Paris.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Par ordre d'apparition à l'écran[modifier | modifier le code]

Film burlesque muet : Les Fiancés du pont Macdonald — Durée : min 30 s[modifier | modifier le code]

Chansons[modifier | modifier le code]

1961 : BO Cléo de 5 à 7, quatre chansons écrites par Agnès Varda sur des musiques de Michel Legrand, interprétées par Corinne Marchand. Édition sur super 45 tours Philips 432-596 BE[5].

Première réédition en 1991 sur CD Le Mépris, compilation BO Hortensia (CD FMC 529), distribution BMG France (notice BnF no FRBNF38197391).

Liste des titres :

  1. Sans toi[6]
  2. La Menteuse
  3. La Joueuse
  4. La Belle P…[7]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

Histoire de saison : Agnès Varda voulait filmer le 21 mars pour « capter dans Paris le passage merveilleux de l'hiver au printemps avec les jardins passant du dessin à la plume à la peinture impressionniste ». Pour des raisons financières, le tournage ne put commencer que le 21 juin. Le film bénéficie quand même de très belles images d'un blanc cotonneux lors des scènes tournées à 6 heures du matin au Parc Montsouris pour une action censée se passer à 18 heures…

Les Fiancés du pont Macdonald : pour ce mini-film dans le film, burlesque, mais néanmoins clé de voûte de l'histoire de Cléo, Agnès Varda a fait appel à des copains. Les Fiancés, c'est le couple Godard-Karina, vedette de la Nouvelle Vague et entouré de ses comparses. On aperçoit Frey et Brialy, le cinéma vétéran étant représenté par le couple Delorme-Robert. Pour Varda, cela reste « un souvenir qui symbolise la Nouvelle Vague telle que nous l'avons vécue, l'imagination au pouvoir et l'amitié en action. »

Scénario[modifier | modifier le code]

Découpage en chapitres numérotés qui s’affichent avec leur minutage et le prénom du personnage moteur de la séquence. En même temps, ce décompte marque l’inexorable progression vers un résultat redouté. Dans la Revue belge du cinéma[8], Bernard Pingaud écrit : « Je ferai une remarque sur la division, au premier abord irritante, du film en treize petits chapitres. […] L'ironie mathématique de ces annonces est une manière de nous avertir, par l'absurde, que le temps ne compte plus. C'est comme si nous voyions tomber un à un les grains du sablier, tandis que sur l'écran, dans l'attente de l’heure fatidique, se déroulait un spectacle destiné à distraire notre attention. Le minutage du drame accuse son inconsistance et l'apparente inutilité des gestes qui remplissent ce long entracte. […] Mais les noms que l'auteur place en tête des chapitres (Cléo, Angèle, Bob, Dorothée, Raoul, Antoine) veulent dire plus. Ils signifient que, pour un moment, nous allons adopter le point de vue de tel ou tel personnage. »

Tournage[modifier | modifier le code]

Période de prises de vue : juin-juillet 1961.

Extérieurs à Paris dans l'ordre chronologique du scénario :

Extérieurs pour Les Fiancés du pont Macdonald : 19e arrondissement (quartier de la Villette).

Intérieurs (loft de Cléo) : 10e arrondissement (quartier de la Fontaine-au-Roi)[10],[1].

« J'ai tourné Cléo, dit Agnès Varda, pour prouver à Beauregard (le producteur) que je pouvais faire un film de moins de 50 millions d'anciens francs »[14].

En 1962, le coût moyen d'un film français était de 2,37 millions de francs, alors qu'en 1969 il était de 2,58 millions de francs[15].

Restauration[modifier | modifier le code]

En 2012, 50 ans après sa sortie, le film est restauré : numérisation 2K (formats DCP et 35 mm) par les Archives françaises du film/CNC, les laboratoires Digimage et Elude pour le son[16]. Agnès Varda en a supervisé l'étalonnage en précisant « conformément aux désirs et aux choix de Jean Rabier, chef opérateur[17], et de moi-même »[18].

Accueil[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves Bloch[19] : « Intégrant les apports du « cinéma-vérité », mais ayant d’ores et déjà conscience de ses limites, Agnès Varda a bâti une œuvre qui, par ses méthodes de tournage et sa construction, résout avec le plus grand art l’une des interrogations brûlantes du cinéma de son époque. […] Par cet état de synthèse entre objectivisme et subjectivisme déjà précédemment recherché par l’auteur dans La Pointe courte et dans L'Opéra-Mouffe, la cinéaste nous livre, en 1962, un film qui conserve aujourd’hui toute sa force. »
  • Télérama[20] :
    — Marine Landrot : « Avec intelligence, Agnès Varda canalise les battements d'ailes de son papillon angoissé par la mort. Pariant sur l'infini des miroirs et des arrêts sur image, elle lui offre des secondes d'éternité, tout en orchestrant violemment la vie autour d'elle et sans elle. La cinéaste regarde Paris tendrement et sauvagement : elle ausculte la capitale, lui fait ouvrir grand la bouche pour montrer ses mangeurs de grenouilles, ses parcs, ses autobus à plate-forme, ses potaches des Beaux-Arts, ses passants curieux. « Tant que je suis vivante, je suis belle », semble crier la ville, inversant avec insolence l'hymne de survie de Cléo. Un film fragile et léger, qui cherche à aider les hommes à supporter leur aveuglante condition de mortels. »
    — Louis Guichard : « Cléo attend confirmation d'un diagnostic médical des plus angoissants. La mort plane sur les deux heures à tuer avant le rendez-vous à l'hôpital parisien de la Salpêtrière. [...] Elle [Agnès Varda] filme d'abord un compte à rebours. Elle explore la dictature banale et fantastique des minutes, marquée en surimpression, ou bien sur les horloges et les montres, partout. Et, miracle, la rigueur du style, la contrainte du chronomètre et la possibilité du pire libèrent le personnage : on croirait assister à l'invention de l'héroïne moderne. La jolie chanteuse yéyé (métier de Cléo) égocentrée et narcissique des premières scènes cède peu à peu la place à une autre femme, non plus objet mais sujet, qui regarde, qui écoute, qui se laisse enfin atteindre par les autres. C'est l'histoire inoubliable d'une transfiguration. »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvre classée dans les « 1001 films à voir avant de mourir ».

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nomination et sélections[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Souvenirs et anecdotes » du tournage par Agnès Varda, un bonus de l'édition collector 2 DVD Cléo de 5 à 7/Daguerréotypes, voir section « Vidéographie ».
  2. Exactement ce que l'on voit dans le film durant 90 minutes, comme l'écrit Agnès Varda dans l'ouvrage Varda par Agnès, section Peinture pour Paris (page 48, Éditions Cahiers du Cinéma, 2005) : « Un film minimal dans un temps continu. J'y ai ajouté un trajet réel qui peut s'inscrire sur une vraie carte du centre de Paris. […] Chanteuse déambulant dans Paris, affolée par sa peur du cancer, souvent accompagnée par sa gouvernante « fataliste ». […] Tout ce que je sentais de la tension intérieure de cette femme douce pendant les quatre-vingt-dix minutes du film (de 17 h à 18 h 30). »
  3. Raymond Cauchetier, photographe de plateau et cadreur, interprète exceptionnellement, dans ce film, le rôle de « Raoul, le projectionniste. »
  4. C'est bien Robert Postec, crédité au générique du film (et sans aucune confusion avec l'acteur Robert Porte), et également crédité sur toutes les bases de données cinématographiques, dont les sites français Ciné-Ressources/Cinémathèque française voir Générique artistique de Cléo sur BiFi, Unifrance voir Cléo sur uniFrance films, voir également la fiche Robert Postec sur la base de données IMDb, acteur éphèmère quasiment inconnu pour la bonne raison que, selon l'IMDb, il n'apparaît que dans 2 films.
  5. Le 45 tours sur Encyclopédisque.fr
  6. Ce titre a été un succès populaire et a notamment été repris par Michèle Arnaud en 1963 : son 45 tours sur Encyclopédisque.fr, extrait :

    Toutes portes ouvertes,
    En plein courants d’air,
    Je suis une maison vide
    Sans toi, sans toi…

  7. Titre complet : La Belle Putain.
  8. Numéro de « L'été indien 1987 » (no 20) : Agnès Varda, section Agnès Varda et la réalité (page 16), Éditions Apec (Association des professeurs pour la promotion de l'éducation cinématographique), Bruxelles.
  9. a et b Source : scénario de Cléo de 5 à 7, éditions Gallimard (voir section « Bibliographie »).
  10. Marin Karmitz : « Je me souviens d’avoir trouvé cet atelier (et j’étais fou de joie parce que j’avais beaucoup, beaucoup cherché) dans ce quartier magnifique, c’était dans le 10e. »
  11. Agnès Varda : « L'immeuble a été très longtemps le domaine des squatters jusqu'à ce qu'on les oblige à partir. »
  12. Inexistante à l'époque du tournage.
  13. Comme on peut le constater sur la photo de 1897, Agnès Varda note que « D'autres cartes postales anciennes indiquent que la cascade avait plus d'eau autrefois. »
  14. Cahiers du cinéma no 165, p. 48
  15. Chiffres cités par La Saison cinématographique 1970, no 241-242 d'Image et Son.
  16. Site officiel de Monal Group
  17. Décédé en 1997.
  18. a et b Source : dossier de presse Festival de Cannes 2012.
  19. Extrait du chapitre Le Violon et le Métronome de l'essai : Études cinématographiques no 179–186 : Agnès Varda, Paris, Lettres Modernes Minard, , 212 p. (ISBN 2-256-90894-1)
  20. Extrait des critiques de Marine Landrot (1993) et de Louis Guichard (2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Conférence[modifier | modifier le code]

Forum des images : Cléo de 5 à 7 analysé par Philippe Piazzo, vidéo du 24 octobre 2007

Liens externes[modifier | modifier le code]