La Pointe courte

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La Pointe courte
Description de cette image, également commentée ci-après
Tournage extérieur près de l'étang de Thau
à Sète-La Pointe Courte

Titre original La Pointe Courte
Réalisation Agnès Varda
Scénario Agnès Varda
Acteurs principaux
Sociétés de production Ciné-Tamaris
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 89 minutes
Sortie 1955

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Pointe Courte est un film français réalisé par Agnès Varda, tourné à Sète et sorti en 1955.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un homme revient passer quelques jours de vacances dans son pays natal, « La Pointe Courte », un quartier de pêcheurs de Sète. Il est rejoint par sa compagne, mais le couple se délite. Au hasard de ses errances, de son introspection, face à ses incertitudes et au rythme des évènements quotidiens de la vie du village, à la fois rude, tragique et festive, le couple va se régénérer.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

Agnès Varda[1] : « Mon ignorance totale des beaux films très anciens ou récents m'a permis d'être naïve et culottée quand je me suis lancée dans le métier d'image et de son. […] Ainsi me suis-je mise, assise dans ma cour, à écrire un projet de film, les samedis et les dimanches, et quelquefois aussi pendant que des photos glaçaient ou séchaient. […] J'aimais les pêcheurs de Sète, leurs propos imagés, leur énergie à faire vivre leurs familles. […] C'est la vie quotidienne qui animait ma vie plus que ce que l'on appelait à l'époque des états d'âme. Il y avait aussi du désarroi devant la maladie de Pierre F., rongé par un cancer du cerveau. Père de deux enfants, marié à une amie très proche qui s'était vue obligée de commencer un métier. Je l'avais prise en apprentissage accéléré, puis comme assistante. Pierre était souvent là. On faisait, en semi-mensonges pieux, des projets charmants pour lui occuper l'esprit dont celui de descendre à Sète en voiture et de le filmer pour s'amuser. Qui me prêta une caméra 16 mm ? En tout cas je partis avec Pierre et Suzou pour faire des plans filmés et des plans sur la comète. La Pointe Courte, j'y allais quand j'habitais Sète dans les années 1940. C'est un quartier de pêcheurs. […] Quant on y retourna et y tourna avec Pierre F. bien malade, Suzou et lui marchaient dans les ruelles de La Pointe Courte et parmi les barques. Ce couple amical et muet préfigurait le couple bavard que j'allais imaginer plus tard. […] La maladie faisait son sale boulot, la santé de Pierrot s'aggravait. […] Suzou était près de lui quand il est mort, moi aussi. […] Je lui ai dédicacé La Pointe courte. En fait, peut-être ai-je commencé à écrire le scénario pour donner une forme à ces impressions ressenties avec lui à La Pointe Courte ? »

Casting[modifier | modifier le code]

« Je voulais que les acteurs ne jouent pas ni n'expriment de sentiments, qu'ils soient là et qu'ils disent leur dialogue comme s'ils le lisaient. En fait, je pensais à des récitants de spectacles orientaux, aux couples des structures égyptiennes, mains posées sur les cuisses et aux gisants qui vont par deux dans les églises sombres. […] En tous cas, je ne dirai jamais assez avec quelle générosité Silvia et Philippe m'ont permis d'aller au bout de ce projet, essai, manifeste, déclaration de foi et premier film qu'est La Pointe courte. »

— Agnès Varda dans Varda par Agnès[1].

  • Agnès Varda[1] :
    « Philippe Noiret à la silhouette imposante. Il avait joué, deux ans auparavant, le duc de Lorenzaccio avec un force et une ampleur rares chez un si jeune homme. Il avait aussi, entre autres, une nuque exquise : ses cheveux se terminaient en une douce vague. Je lui ai proposé le rôle à quelques jours du tournage. Il a accepté d'emblée et a vécu loyalement et calmement notre aventure sans argent ni confort. Il a souffert de mes manques et de mes choix. »
    « Silvia Monfort, curieuse et pionnière de nature, elle s'essayait dans un genre différent de celui de la gouvernante de Feuillère dans L'Aigle à deux têtes de Cocteau. Elle se jeta dans le projet avec délice et discipline. […] Je crois bien qu'elle jubilait de militer pour un cinéma à venir. Elle me plaisait pour sa ressemblance avec les femmes de Piero della Francesca, avec leur regard absent dans des visages ronds et calmes qui prolongent des cous paisibles. Son hiératisme naturel me convenait. »

Tournage[modifier | modifier le code]

Quartier de La Pointe Courte à Sète
  • Périodes de prises de vue : 10 août au 30 septembre 1954 et 1re semaine de janvier 1955.
  • Extérieurs : quartier de La Pointe Courte à Sète (Hérault).
  • Agnès Varda[1] : « Il a fallu le hasard d'une rencontre avec Carlos et Jane Vilardebó pour que tout devienne réalité, production et action. Il était assistant de films et réalisateur d'un court métrage, elle était scripte. À les écouter, il suffisait de se lancer. Ils savaient où louer une caméra, comment se faire prêter des lampes... Moi je venais d'hériter de mon père, décédé peu avant, deux millions de francs (de 1954). Ma mère me prêta trois millions. On emprunta un million et demi avec son appartement en garantie. Quant au capital-travail que représentait la part des techniciens et acteurs réunis en coopérative, il valait trois millions et demi. Cela faisait six millions et demi à dépenser et dix millions à rembourser, dont trois et demi en coopérative. Un film moyen en France en 1954 coûtait soixante-dix millions. On avait donc dix fois moins de sous et dix fois plus de culot, car à cette époque, contrairement à aujourd'hui, personne ne tournait avant un certain âge. […] Comme c'était mon premier film, j'avais peur de ne pas savoir. Ayant peu confiance en moi-même, je prévoyais donc tout. J'avais imaginé chaque plan, tout préparé par des photographies et des dessins. […] Les Pointus — puisque c'est ainsi que l'on nomme ces quelque 250 habitants de La Pointe — s'étaient pris au jeu. Ils nous prêtaient leurs barques, leurs outils, leurs enfants et leurs chats. Ils étaient contents que j'aie choisi de filmer la chronique de leurs travaux et de leurs soucis de pêche. […] J'ai tourné La Pointe courte en muet. Les pêcheurs et leurs familles, acteurs improvisés, faisaient de leur mieux pour lire les dialogues, mais je ne savais pas encore « diriger » des non-professionnels (ni les pros, Noiret s'en est pas mal plaint). Faute d'argent, il n'y avait pas de caméra synchrone avec du son direct. On pouvait seulement enregistrer des ambiances, des voix et des cris de mouettes. C'est à Paris qu'il a fallu faire doubler, en post-synchro et après montage, les voix des pêcheurs par des comédiens méridionaux. »

Montage[modifier | modifier le code]

  • Agnès Varda[1] : « Il fallait trouver un monteur qui accepte de travailler sans salaire, en coopérative comme les autres techniciens. On me parle de Resnais dont je ne savais rien. […] Je n'oublierai jamais sa générosité, la façon dont, non rémunéré, il a travaillé des mois durant à ce montage, ni la leçon que j'en ai retenue. […] Il disait qu'il fallait garder au film sa raideur, sa lenteur et son parti pris sans concession. […] Resnais n'a pas essayé de se servir de son talent de monteur pour transformer le film, l'arranger, l'adapter éventuellement à une forme plus facile, plus vive ou plus rapide. Il a cherché juste le rythme de ce film-là. Plus tard, Henri Colpi a pris le relais pour les finitions, et c'est ainsi qu'il a fait, ensuite, avec moi, le montage de Du côté de la côte. »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Sélection[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

  • Yvette Biró[3] : « Ce qui est remarquable dans La Pointe courte, c'est qu'Agnès Varda, en confrontant deux sphères de vie, établit un parallèle entre deux expériences temporelles. Les événements simples de ce village de pêcheurs sont plus qu'un arrière-plan de l'histoire du couple qui est aux prises avec ses sentiments : ils deviennent un étrange adversaire dramatique. De par leurs simultanéité, identité et antagonisme, concordance et différence, ils créent une tension. Plus la partie documentaire est dense, tout étant effacée, plus elle cède d'impulsions — inconsciemment — à l'autre qui est en apparence plus intensive et plus intellectuelle. Le passage du temps est un élément commun à toutes les deux, mais le rythme et la respiration sont différents. Tout se passe comme si, sur le tissu du temps objectif, chronologie et calme, un autre se dessinait : un temps subjectif, intérieur, plus tourmenté, qui n'obéit qu'aux lois de la décomposition et de l'usure, mais qui — au bord de l'épuisement — est capable de puiser l'énergie dans l'existence « extérieure », ordinaire. Dès que nos héros prennent part à la vie du village, ils sont imperceptiblement imprégnés de résolutions, d'une activité qui se met à travailler à l'encontre de l'abandon. »
  • Jacques Siclier[4] : « Tant de cérébralité chez une jeune femme a quelque chose d'affligeant. […] Agnès Varda doit être bien séduisante pour qu'on ait défendu La Pointe courte avec autant de mauvaise foi »[5].
  • Un pêcheur du quartier de La Pointe courte[6] : « Ce serait très bien s'il n'y avait pas ces deux bourriques. » (Les deux bourriques étaient les acteurs Monfort et Noiret...).

Analyse[modifier | modifier le code]

Sans expérience cinématographique, Agnès Varda, jusqu'alors photographe attitrée du TNP de Jean Vilar, tisse, comme malgré elle, les prémices de ce que sera la Nouvelle Vague. Avec peu de moyens, en décors naturels et avec le jeu volontairement minimaliste d'un couple de comédiens dont l'hiératisme, issu de l’art de la tragédie[7], détonne par rapport à la figuration locale, le premier film de Varda va à la fois déconcerter le public et inspirer toute une génération de jeunes cinéastes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Extrait de Varda par Agnès, voir bibliographie.
  2. Source : projection copie restaurée format DCP le au Festival international du film de Melbourne (site officiel du MIFF)
  3. Extrait du chapitre Les Cariatides du temps ou Le Traitement du temps dans l'œuvre d'Agnès Varda de l'essai : Études cinématographiques no 179–186 : Agnès Varda, Paris, Lettres Modernes Minard, , 212 p. (ISBN 2-256-90894-1)
  4. Agnès Varda, dans ses mémoires Varda par Agnès, retranscrit « quelques lignes inoubliables sous la plume de M. Jacques Siclier. […] Comment ne pas devenir féministe ! » (critique parue dans L'Essor à l'époque de la sortie du film).
  5. Note d'Agnès Varda dans Varda par Agnès : « Quelle a été ma surprise quand je me suis vue classée parmi les intellectuelles, les cérébrales, les penseuses, voire les emmerdeuses ! »
  6. Réaction retranscrite par Agnès Varda après la projection en avant-première en août 1955, en présence des acteurs, au cinéma Le Colisée de Sète (dans ses mémoires Varda par Agnès).
  7. À l'époque, les deux comédiens font partie de la troupe du Théâtre national populaire dirigé par Jean Vilar.

Liens externes[modifier | modifier le code]