Château de Dieppe

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Château de Dieppe
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Rue de ChastesVoir et modifier les données sur Wikidata
Dieppe, Seine-Maritime
Flag of France.svg France
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Le château de Dieppe est un ancien château fort, construit à partir de 1188, détruit en 1195 et reconstruit pour l'essentiel au XVe siècle, qui se dresse sur la commune française de Dieppe dans le département de la Seine-Maritime, en région Normandie. Il abrite depuis 1923 le musée municipal de Dieppe.

Le château fait l’objet d’un classement partiel au titre des monuments historiques[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château est bâti sur le rebord de la falaise de Claude-Côte, à environ 30 mètres au-dessus du niveau de la mer, dominant à l'est la ville normande de Dieppe, dans le département français de la Seine-Maritime. Le château est construit pour assurer la défense de la ville en surveillant les côtes de la Manche.

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

L'origine exacte du château prête à confusion. Il fut certainement construit sur l'emplacement d'un premier castrum, probablement une « fortification assez sommaire et éphémère »[2] édifiée par Henri II Plantagenêt et Richard Cœur de Lion, puis détruit par Philippe Auguste en 1195.

Le vestige le plus ancien aujourd'hui est la « tour primitive » ou tour ouest. D'un diamètre de 11 mètre, ses murs font 2 mètres d'épaisseur. Un escalier en bois, intérieur ou extérieur permettait d'accéder aux étages. Sa construction, située vers 1360, est concomitante à celle d'une enceinte fortifiée autour de la ville, alors menacée par les Flamands et les Anglais. La tour était reliée au système de fortification qui entourait la ville[3]. Elle est munie d'archères, encore visibles aujourd’hui. Il en est fait mention dans une ordonnance de Jean le Bon s'adressant au vicomte de Neufchâtel et d'Arques de donner au capitaine de Dieppe les sommes nécessaires pour « tourner et convertir es forteresses et es cais et getées de ladite ville et non ailleurs » en 1354.

Le château Royal[modifier | modifier le code]

La mort du régent Bedford (Jean de Lancastre) le donne aux Normands rebelles l'occasion de se révolter. Le , un chef de bande, Charles des Maretz, prend la ville d'assaut et la libère de l'occupation anglaise. Soutenu par des petits seigneurs et par des détachements français aux ordres de la Hire, les paysans se soulèvent amenant la libération de Fécamp et d'Harfleur[4]. S'ensuit une riposte anglaise ; les paysans sont massacrés et les villes reprises à l'exception d'Harfleur qui résistera jusqu'en 1447 et Dieppe, que les Anglais ne pourront jamais enlever[4], son gouverneur, des Maretz obtient l'autorisation d'agrandir la place et reconstruit une puissante forteresse. Deux autres tours rondes sont alors élevées. Une quatrième tour, probablement carrée et dont il ne reste plus de traces aujourd'hui, est installée sur le côté est. L'ensemble est relié par des courtines, formant ainsi un plan rectangulaire. Ce château royal est muni de deux pont-levis, édifiés pour protéger les entrées : la porte des champs et celle donnant vers la ville.

Une fois la paix revenu, la forteresse servira de logis aux gouverneurs, comme Jean Ango, Aymar de Chastesetc., qui la renforceront tout au long des XVIe et XVIIe siècles[4]. Dans la première moitié du XVIe siècle, une nouvelle campagne de renforcement défensif est imposée à la suite des progrès réalisés par l'artillerie. Une barbacane est construite pour protéger la façade sud-est, ainsi qu'une nouvelle tour, détachée au pied du château et reliée au reste des fortifications. À la fin du XVIe siècle, une tour carrée est édifiée au sud tandis que l'enceinte est prolongée dans cette direction. Elle intègre la tour Saint-Rémy. Cette tour est un vestiges d'une ancienne église désaffectée en 1522.

Lors des guerres de Religion, en 1562, soutenus par des navires anglais, les huguenots parviennent à s'emparer de la place[4]. Ensuite, les ligueurs du duc de Mayenne (Charles de Mayenne) et Henri IV, entre 1589 et 1594 se dispute le château.

Construit comme une forteresse capable de résister aux assauts et aux sièges, le château évolue au XVIIe siècle. Les progrès de l'armement lui donnent des rôles de résidence et de caserne. On y perce alors de larges et hautes fenêtres, des toitures en poivrière couvrent les terrasses des tours. Le château devient un lieu d'habitation et de réception. La cour en est l'illustration en adoptant une fonction d'apparat. Sur la partie sud-ouest du château, une caserne est édifiée en 1630, à l'emplacement de l'actuelle salle d'exposition temporaire du musée.

En 1650, la duchesse de Longueville, Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, épouse du duc d'Orléans et sœur du prince de Conti, rassemble au château les seigneurs frondeurs, essayant vainement de soulever la Normandie, avant de devoir plier devant l'armée royale[5]. La duchesse, enfermée dans le château, s'enfuit par une fenêtre et gagnera Le Havre puis Rotterdam[5],[note 1].

En 1694, la flotte anglo-hollandaise bloque le port et à la suite d'un violent bombardement, la ville est détruite et le château endommagé[4].

Durant plusieurs siècles, le château est exclusivement habité par des soldats. On y trouve des installations rustiques mais essentielles à leur vie quotidienne : citerne récupérant les eaux de pluie, cuisines avec fours à bois, lieu de stockage pour les armes et les munitions, etc.[2] Au XVIIIe siècle, sur son flanc sud est érigé un long polygone de remparts[5].

La fin de l'usage militaire[modifier | modifier le code]

Progressivement l'usage militaire du lieu décline. La Révolution française trouve son intérêt politique en transformant l'édifice en geôle pour y enfermer les contre-révolutionnaires. Au XIXe siècle, le château est transformé en caserne[4].

En 1829, Dieppe est déclassée comme place de guerre, à l'exception notable du château. Dieppe devient à partir de 1870 une ville balnéaire et touristique importante[6]. Dans l'esprit romantique de l'époque, le château se transforme progressivement en un lieu de promenade. Le déclassement du château intervient quant à lui en 1899. En 1903[4], la ville rachète l'édifice.

Celui-ci ne retrouvera sa fonction militaire qu'à deux occasions :

  • pendant la Première Guerre mondiale, il servira de base pour les soldats anglais après la libération ;
  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de la construction du mur de l'Atlantique. Le château est alors à nouveau utilisé comme place-forte par l'armée allemande. L'ensemble des défenses est constitué de murs et de blockhaus, venus renforcer les murailles et les enceintes anciennes du château.

Un musée municipal[modifier | modifier le code]

En 1923, le musée municipal créé en 1897 et initialement installé au centre ville y est transféré. C'est Ambroise Milet, conservateur qui effectue le déménagement des collections.

En 1930, la statue de Jean Vauquelin, réalisée par le sculpteur dieppois Eugène Bénet, est installée sur l'esplanade nord, face à la mer.

Description[modifier | modifier le code]

Le château de Dieppe isolé par de profonds fossés, reconstruit au milieu du XVe siècle, est l'un des derniers château fort du Moyen Âge. Les fortifications son construites en silex et en grès, et renforcées de chaînage blancs horizontaux[7]. Il comprend deux ensembles distincts : le château médiéval et la citadelle du XVIIe siècle.

Le château médiéval[modifier | modifier le code]

Le château médiéval s'ordonne autour d'un quadrilatère irrégulier, flanqué aux angles de trois tours rondes et s'ouvrant sur une cour intérieure. La tour du nord-ouest, du XIVe siècle, la plus ancienne et la plus grosse est adossée à la courtine ouest laquelle est construite au XVIe siècle en appareil régulier et couronnées de mâchicoulis et d'un chemin de ronde couvert. La tour du sud-ouest, la quatrième, a fait place à un pavillon carré. Quant à la courtine est, elle est modifiée au XVIIe siècle avec l'ajout de logis, mais a conservée en son milieu un grand redent rectangulaire[8].

La citadelle du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Située au sud, elle se compose d'un boulevard semi-circulaire et d'une vaste esplanade fortifiée, et prend appui sur les tours de l'ancienne église Saint-Rémy du XIVe siècle[9].

Protection[modifier | modifier le code]

Sont classés par liste de 1862[1] :

  • le corps de logis du front nord flanqué de deux tours rondes ;
  • l'aile à la suite sur la face ouest couronnée par des mâchicoulis ;
  • la poterne contiguë et les bâtiments crénelés jusqu'à la petite échauguette du XVIIe siècle ;
  • la tour Saint-Rémy ;
  • le logis avec sa tour, sis à l'est, dominant la plage et se reliant au bâtiment principal du front nord.

Sont classés par arrêté du [1] :

  • l'ensemble du système défensif du château, assiette foncière, y compris les vestiges enfouis (à l'exclusion de l'extension du musée).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Elle poursuivra dans les Ardennes et à Bordeaux, sa révolte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Château », notice no PA00100620, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a et b Christian Corvisier, « Château de Dieppe - Étude experte d'histoire architecturale et d'archéologie : Les ouvrages de défense postérieurs à l'introduction de l'artillerie », étude indépendante non publiée,‎ , p. 2.
  3. « Les remparts de Dieppe ».
  4. a b c d e f et g Beck 1986, p. 119.
  5. a b et c Beck 1986, p. 92.
  6. Françoise Deherly, « Histoire des bains de mer », sur Gallica, .
  7. Bernard Beck, Châteaux forts de Normandie, Rennes, Ouest-France, , 158 p. (ISBN 2-85882-479-7), p. 65.
  8. Beck 1986, p. 119, 122.
  9. Beck 1986, p. 122.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Origine du musée et de la Société des Arts de Dieppe », in Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne du 4 au 7 avril 1877. Section des beaux-arts, Typographie de E. Plon, Paris, 1877, p. 72-79 (lire en ligne).
  • Pierre Ickowicz, « La grotte artificielle du château de Dieppe : une œuvre de Salomon de Caus ? », Bulletin monumental, tome 175-4, 2017, pp. 391-396 (ISBN 978-2-901837-69-5).
  • "Étude experte d'histoire architecturale et d'archéologie : Les ouvrages de défense postérieurs à l'introduction de l'artillerie", travail d'étude, Christian Corvisier, décembre 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]