Château des ducs de Bretagne

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Château des ducs de Bretagne
Image illustrative de l’article Château des ducs de Bretagne
Vue générale aérienne
Période ou style Gothique, Renaissance
Type Château fort
Début construction XIIIe siècle
Fin construction XVIIIe siècle
Propriétaire initial François II de Bretagne
Destination initiale Résidence ducale
Propriétaire actuel Nantes Métropole
Destination actuelle Musée
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
Site web http://www.chateaunantes.fr/fr
Coordonnées 47° 12′ 56″ nord, 1° 32′ 59″ ouest
Pays Drapeau de la France France
Région historique Bretagne
Région Pays de la Loire
Département Loire-Atlantique
Commune Nantes

Géolocalisation sur la carte : Loire-Atlantique

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Château des ducs de Bretagne

Géolocalisation sur la carte : Nantes

(Voir situation sur carte : Nantes)
Château des ducs de Bretagne

Le château des ducs de Bretagne est un château défensif et de plaisance situé à Nantes, en Loire-Atlantique. Classé monument historique depuis 1840, il a principalement été construit au XVe siècle mais il comprend aussi des éléments datant du XIVe au XVIIIe siècle.

Fondé par les ducs de Bretagne au XIIIe siècle pour constituer une base défensive à Nantes, le château est devenu sous François II la principale résidence ducale bretonne. Sa fonction militaire est également utilisée par le duc lors de la Guerre folle au cours de laquelle il s'oppose au roi de France. Sa fille, la duchesse Anne, est plus tard contrainte d'épouser deux rois de France successifs, Charles VIII et Louis XII. Ces mariages entraînent l'union de la Bretagne à la France, définitivement scellée par un édit signé au château en 1532, par François Ier. Dès lors, le château perd son statut de résidence ducale pour devenir une forteresse royale. Il voit passer la plupart des rois de France, lorsque ceux-ci visitent la Bretagne, et il est la résidence officielle des gouverneurs de la province. Néanmoins, les séjours de ces derniers sont généralement brefs, à l'exception notable du duc de Mercœur, un gouverneur qui y tient une véritable cour pendant les Guerres de religion.

Sous l'Ancien régime, le château sert aussi de prison d'État, et surtout de caserne et d'arsenal militaire. Il ne subit aucune dégradation pendant la Révolution, mais l'explosion des réserves de poudre en 1800 détruisit une bonne part du monument. Au XIXe siècle, le château conserve sa fonction militaire, mais son intérêt patrimonial est peu à peu découvert et quelques restaurations sont entreprises. Devenu propriété de la ville de Nantes en 1915, le château devient un musée en 1924. De 1990 à 2007, le château bénéficie d’une rénovation de grande ampleur et il accueille depuis 2007 le Musée d'histoire de Nantes.

Localisation[modifier | modifier le code]

Plan de Nantes en 1634. Le château se trouve dans le coin sud-est de la ville, au bord de la Loire.

Le château des ducs de Bretagne est situé à l'angle sud-est du centre-ville de Nantes et de la vieille-ville médiévale (actuel quartier du Bouffay). Son entrée principale s'ouvre sur la place Marc-Elder, et il est aussi bordé au nord par la rue Prémion, à l'ouest par la rue des États, au sud par le cours John-Kennedy, et à l’est par la place Duchesse-Anne.

Jusqu'aux années 1930, il était bordé au sud par un bras de la Loire, le bras de l'Hôpital. Celui-ci a été comblé et remplacé par le cours Kennedy. La Loire alimentait les douves du château ; tout près de lui, côté ville, se trouvait le port Maillard (l’actuelle « allée du Port-Maillard ») et côté faubourg, le quai de Richebourg (l’actuelle « allée Commandant-Charcot »).

Le château, situé sur la première ligne d’omnibus en 1826, sur la première ligne de tramway en 1879[1], est actuellement desservi par la Ligne 1 du nouveau tramway et la Ligne 4 du Busway de Nantes à la station « Duchesse Anne - Château des Ducs de Bretagne ».

Histoire du château de Nantes[modifier | modifier le code]

Château de la Tour Neuve[modifier | modifier le code]

Le donjon du château de Châteaudun, auquel la « Tour Neuve » de Nantes devait ressembler.

Le premier château, dit « de la Tour Neuve », est construit à partir de 1207[2]. Les travaux sont effectués sous la commande de Guy de Thouars, veuf de Constance, duchesse de Bretagne et à ce titre régent du duché. Pour bien ancrer son pouvoir sur la Bretagne, Guy de Thouars reçoit l'appui du roi de France Philippe II Auguste, qui vient à Nantes en 1206[3]. Le château doit son nom de « Tour Neuve » à son donjon, qui est une grosse tour circulaire, aujourd'hui disparue. Cette tour est bâtie sur le modèle des « tours philipiennes », donjons circulaires massifs construits par le roi pour protéger son royaume[3]. Philippe Auguste étant venu à Nantes juste avant le début des travaux, il est d'ailleurs possible que ce soit lui qui ait ordonné la construction du nouveau château[4].

Le nouveau château est bâti sur les remparts de la ville, qui datent de l'époque romaine. Le donjon circulaire, haut de 17 mètres pour une circonférence de 16,70 mètres, est en schiste gris, et il est complété par une enceinte de 30 mètres de côté, protégée par quatre petites tours et ouverte par deux portes. Une porte est tournée vers la ville, l'autre vers la campagne. L'ensemble est agrandi par Pierre de Dreux (Pierre Ier de Bretagne) au cours du XIIIe siècle. Ceux-ci font construire une seconde cour du côté de la Loire, protégée par des tours polygonales[3]. Pierre Ier semble être le duc qui a passé le plus de temps à la Tour Neuve, ses successeurs préférant leurs demeures à la campagne, comme le château de Suscinio, ou leurs hôtels de Paris et Longjumeau[5].

Plan supposé du château de la Tour Neuve, superposé au château actuel. La ligne verte matérialise le tracé de l'enceinte gallo-romaine.

Le château de la Tour Neuve n'est pas le premier château construit à Nantes, puisqu'il existe déjà celui du Bouffay, également construit au bord de la Loire, et fondé au Xe siècle par Conan Ier. La construction d'un deuxième château intervient dans une période d'affrontement entre les Plantagenêts, qui possèdent notamment l'Anjou et l'Angleterre, et les Capétiens, soutenus par Guy de Thouars. La Tour Neuve est aussi une construction symbolique, qui affirme le pouvoir ducal sur la ville, et notamment face au pouvoir de l'évêque. Le terrain de construction a d'ailleurs été pris à l'évêque, moyennant un dédommagement[6]. Le nouveau château est aussi un moyen de signifier la puissance ducale face aux comtes de Nantes, qui résident au Bouffay. Au cours du XIIIe siècle enfin, bien que les ducs bretons de l'époque soient d'origine capétienne, ils cherchent de plus en plus à affirmer leur autonomie vis-à-vis du roi de France, ce qui motive sûrement l'ajout de la seconde cour[7]. La Tour Neuve permet enfin une protection supplémentaire de la ville, et notamment du port sur la Loire[8].

Durant le XIVe siècle, la Bretagne connaît une guerre de succession, qui oppose la dynastie de Penthièvre à celle des Montfort. Cette guerre s'achève par la victoire de Jean IV de Montfort, en 1365[9]. Il prend alors possession du château de la Tour Neuve, et il y effectue des travaux de grande ampleur, qui permettent de renforcer le caractère défensif de l'édifice. Les accès sont bouchés ou mieux protégés, la distribution des bâtiments est modifiée, les tours polygonales sont probablement reprises, et une plateforme est construite contre la courtine qui borde la Loire. Le château devient un élément de première importance dans l'ensemble défensif breton. Il permet de contrôler l'accès à la Bretagne depuis la Loire, et de surveiller les marches situées au sud du fleuve[10]. Sous les Montfort, la Cour de Bretagne reste itinérante, mais le château de la Tour Neuve est déjà un lieu de pouvoir, puisque c'est l'une des résidences ducales. À ce titre, les ducs y rendent justice, par exemple lors du procès de Gilles de Rais en 1440[11]. La tour dite du « Vieux Donjon » est seul vestige de cette époque qui est encore visible au XXIe siècle[8],[11].

Le château de François II[modifier | modifier le code]

François II, d'après un vitrail des Cordeliers de Nantes.

En 1466, François II de Bretagne écrit que son château de Nantes est en décadence et en grand besoin de réparation[11]. Il décide de le reconstruire entièrement, et il fait appel aux meilleurs architectes du duché, comme Mathurin Rodier, déjà maître d'œuvre de la reconstruction de la cathédrale de Nantes. Les travaux sont presque terminés en 1480[12]. Ils nécessitent la démolition de l'ancien château, et d'importantes opérations de terrassement, le terrain d'origine étant en pente et soumis aux inondations de la Loire dans sa partie la plus basse. La cour est les rez-de-chaussée du nouveau château sont ainsi plus de 3,5 mètres plus haut que ceux du château de la Tour Neuve. Le dispositif d'entrée s'appuie sur les murs de l'ancien château. Il comprend, côté ville, quatre tours massives, adaptées à l'artillerie de l'époque, et côté cour, les grands logis ducaux construits juste derrière. Le reste de l'enceinte comprend trois autres nouvelles tours. Après 1480, les travaux ralentissent, car la menace française se fait plus présente, et les fonds du duché sont affectés sur d'autres châteaux[13].

La double fonction défensive et résidentielle du château est marquée côté cour par un palais résidentiel de tuffeau blanc aux façades raffinées et, côté ville, par les murs massifs de schiste et de granit des tours et des courtines. Les travaux, et leur ampleur, répondent d'abord à un besoin défensif, mais aussi à une volonté pour François II de montrer son indépendance politique et la richesse de son duché. Alors que sa Cour est toujours itinérante, voyageant entre Rennes, Vannes et Nantes, il essaie à Nantes d'établir une capitale fixe capable de rivaliser avec les capitales des autres pays européens. Nantes est alors la ville la plus riche de Bretagne, et aussi sa principale porte d'entrée, grâce à son port sur la Loire. La reconstruction du château et l'installation de la Cour à Nantes achèvent un processus plus vaste de création d'institutions ducales dans la ville. Alors que Nantes est déjà le siège de la Chambre des comptes de Bretagne, elle reçoit en plus la chancellerie, le Conseil ducal, et une nouvelle université, créée par François II en 1460[14].

Les nouveaux logis construits par François II sont inachevés à sa mort. Celui-ci souhaitait d'ailleurs édifier une aile supplémentaire le long de la Loire, afin que les bâtiments forment un U. Les deux ailes construites, le Grand Logis et le Grand Gouvernement, sont cependant assez vastes pour accueillir la Cour et la famille ducale. Le nom actuel des bâtiments ne correspond pas à leur fonction initiale : le Grand Logis renfermait les salles du Conseil et de la chancellerie, tandis que le Grand Gouvernement était dévolu au logement du duc et aux réceptions[15].

Au cours de son règne, François II doit faire face à la Guerre de Bretagne, succession de conflits qui l'opposent au roi de France ainsi qu'à certains de ses seigneurs vassaux. Le roi de France souhaite rétablir sa suzeraineté sur la Bretagne, tandis que le duc veut au contraire assurer son indépendance. En 1487, appelé par Françoise de Dinan et les barons bretons, le roi Charles VIII envahit la Bretagne. Il assiège le château de Nantes le 19 juin, mais les troupes nantaises résistent, et il doit abandonner le siège le 6 août[16].

Le château d'Anne de Bretagne[modifier | modifier le code]

Armes d'Anne de Bretagne sur un mur du château, présentant sa devise, « À ma vie », et sa cordelière.

François II meurt d'une chute de cheval peu après le siège, et sa couronne passe à sa fille, Anne de Bretagne. Le château tombe aux mains des Français en 1491, lorsqu'Alain d'Albret, qui en avait la garde, trahit la duchesse et l'offre au roi de France[16]. Après le siège de Rennes où elle s'était réfugiée, la duchesse Anne est contrainte d'épouser Charles VIII. Elle devient par conséquent reine de France, et le mariage démarre l'union de la Bretagne à la France[17].

Le siège de 1487 a occasionné des dégâts sur le château : les parties hautes des bâtiments ont été attaquées par l'artillerie, et des pans de rempart sont effondrés. Une partie de l'enceinte est reconstruite, voire doublée, après le mariage d'Anne et de Charles VIII[18]. Le couple royal n'est venu qu'une seule fois à Nantes, en 1493[17], et il réside habituellement dans plusieurs des châteaux de la Loire, notamment Amboise, où le roi meurt en 1498. Selon le contrat de mariage, et afin de sécuriser l'union franco-bretonne, Anne doit épouser le successeur de son premier mari, le roi Louis XII. Ce nouveau mariage offre plus de liberté à la duchesse, qui revient à Nantes et qui fait exécuter de nombreuses transformations sur le château. Anne souhaite alors probablement continuer l'œuvre de son père, et aussi de se doter elle-même d'une résidence à la hauteur de son rang de reine. En 1495, sa cour féminine comprend pas moins de trente-neuf dames, qu'elle doit aussi loger lors de ses déplacements[17].

Anne fait notamment ajouter des loggias et une flèche au-dessus de la principale tour d'escalier, un puits monumental est construit dans la cour, et les lucarnes du Grand Logis sont ajoutées dans un style flamboyant, et ornées du chiffre d'Anne et de Louis XII. Les loggias, inspirées par l'architecture italienne de l'époque, sont le premier signe de la Renaissance à Nantes[19]. Néanmoins, Anne réside peu à Nantes, et le château sert plutôt de lieu de conservation de ses collections[20]. Le mobilier, dispersé en 1491, a en effet été reconstitué, et le château comprend alors une bibliothèque de près de mille cinq cents ouvrages[17].

Château royal[modifier | modifier le code]

Plaque dans la cour commémorant l'union de la Bretagne à la France en 1532.

Anne meurt en 1514 à Blois, laissant deux filles. L'aînée, Claude de France, à qui revient le titre de duchesse de Bretagne, épouse François d'Angoulême, qui devient François Ier à la mort de Louis XII en 1515. Le château revient donc à Claude et François Ier, puis à leur fils François, qui est fait duc de Bretagne à la mort de sa mère en 1524. Le duc meurt jeune, et François Ier conserve l'usufruit du château. Celui-ci devient définitivement une possession royale en 1532, lors de la signature par le roi de l'édit d'Union de la Bretagne à la France, dans la cour du château[20].

À partir de 1532, le château de Nantes est la résidence royale en Bretagne. Cette fonction en fait un lieu de prestige qui place Nantes au rang des grandes villes de province, mais qui est surtout un moyen d'affirmer la mainmise de la monarchie française sur ce lieu symbolique[8]. Le château reçoit ainsi jusqu'au XVIIe siècle la plupart des rois de France, lorsqu'ils font leur entrée royale en Bretagne. En revanche, la ville perd la majeure partie de sa fonction administrative, à l'exception de la Chambre des comptes, et Rennes devient la véritable capitale de la province de Bretagne[21]. François Ier effectue quelques transformations sur le château : il ajoute son monogramme et celui de sa femme sur la courtine de Loire[20], et il fait construire un nouveau bâtiment, alors appelé « Logis du Roy », adossé à cette même courtine[22]. L'édifice est peut-être l'œuvre de Philibert Delorme[22]. Le château accueille Henri II et Catherine de Médicis en 1551 et Charles IX en 1565[22].

Une croix de Lorraine, symbole du duc de Mercœur, dessinée sur le mur d'un bastion.

Pendant les Guerres de religion, le château connaît une nouvelle campagne de travaux, menée par Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et gouverneur de Bretagne. Celui-ci, mécontent de la politique modérée d'Henri III, rejoint la Ligue catholique et forme même une petite « Ligue bretonne », pour défendre les intérêts catholiques en Bretagne. Appuyé par la plupart des cités bretonnes ainsi que par l'Espagne, le gouverneur fait du château une forteresse moderne, prête à se défendre contre les forces du roi. Il fait construire deux bastions, l'un au nord, l'autre au sud sur la Loire, ainsi qu'une grande terrasse d'artillerie à l'est. Il appose son emblème, la croix de Lorraine, sur les murs du château, et il y tient sa propre cour[23]. Sa femme est descendante des ducs de Bretagne, et il titre son fils « prince et duc de Bretagne », songeant rétablir l'indépendance bretonne[24].

Le duc de Mercœur doit néanmoins se rendre à Henri IV en 1598, après la déroute de son armée. Le nouveau roi vient à Nantes et il y signe l'édit autorisant le culte protestant en France[25]. À la vue du château, Henri IV se serait exclamé : « Ventre Saint-Gris, les ducs de Bretagne n'étaient pas de petits compagnons[26] ». Une tradition populaire dit que l'édit a été signé dans la Maison des Tourelles, édifice situé quai de la Fosse et détruit en 1944[27],[28], mais il semble en fait avoir été signé au château, dans le Petit Gouvernement[29].

Au début du XVIIe siècle, la défense du château est améliorée par Louis XIII et le cardinal de Richelieu, qui est gouverneur de Bretagne. Ce dernier fait d'ailleurs apposer ses armoiries sur les murs et les vitraux de la chapelle. Les travaux de fortification consistent principalement à aménager les terrasses des quatre tours d'entrée en plateformes d'artillerie, et ils ont vocation à renforcer le poids du château dans la défense royale contre le parti protestant, dont le Poitou voisin est un bastion[30]. Le roi Louis XIII vient à Nantes en personne en 1614, pour une « cérémonie des écrouelles » dans la cour du château à la suite de son couronnement. Son frère Gaston d'Orléans se marie au château en 1628, en plein jugement de la conspiration de Chalais dirigée contre le roi[31].

Prison royale[modifier | modifier le code]

Portrait du cardinal de Retz, l'un des prisonniers du château les plus célèbres.

Au cours du XVIIe siècle, le château de Nantes perd son rôle politique et son prestige royal. Les rois viennent peu à Nantes, et le château n'a plus grand intérêt stratégique. Les gouverneurs de Bretagne, représentants du roi dans la province, ne résident plus à Nantes, mais ils se font remplacer par un intendant qui loge à Rennes. Le château est surtout occupé par des militaires retirés du service et des invalides[32]. Il fait aussi office de prison, et notamment pour les prisonniers de marque, car la prison pour le droit commun se trouve au château du Bouffay. Des chefs de conspiration ou des intrigants politiques sont ainsi enfermés au château, comme Henri de Talleyrand-Périgord, enfermé dans la tour des Espagnols avant son exécution[31], et en 1719, les coupables de la Conspiration de Pontcallec[32]. Le théologien Jean Le Noir, accusé d'hérésie, meurt dans sa geôle du château en 1692. Le Janséniste François Louvard est enfermé au château en 1728, mais il est transféré à la Bastille la même année[33]. Le chef de la Fronde, le cardinal de Retz, est lui aussi détenu au château, en 1654. D'avantage placé en résidence surveillée qu'en cellule, il parvient à s'évader[30], et ce fait inspire vraisemblablement la chanson populaire Dans les prisons de Nantes[34].

Le château est aussi une prison militaire, 129 prisonniers de guerre espagnols sont ainsi détenus entre 1643 et 1654[32], après avoir été capturés lors des batailles de Rocroi et Mardyck[35]. À la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, les prisonniers militaires sont surtout des marins anglais, venant des ports de Bristol, Londres, Dublin, Philadelphie ou Boston, et capturés lors de combats navals[36]. La fonction carcérale du château remonte probablement à son origine, et l'historiographie conserve la mémoire de l'enfermement de Gilles de Rais dans la Tour Neuve en 1440[37]. Le duc de Mercœur avait aussi écroué au château le maire de Nantes, Charles Harouys, et d'autres seigneurs loyalistes en 1589[35].

Armoiries de Louis XIV ajoutées au Grand Gouvernement en 1670.

Le dernier roi venu au château est Louis XIV. Lors d'un séjour en 1661, alors qu'il est venu assister aux États de Bretagne, il profite de son éloignement de Paris pour faire arrêter Nicolas Fouquet. En 1670, un incendie d'origine inconnue détruit une partie du Grand Gouvernement, et le roi fait reconstruire l'édifice dans le goût du XVIIe siècle, en créant un grand escalier d'honneur à la place de l'escalier à vis extérieur, et en plaçant ses armes au-dessus de cet escalier. Il fait aussi construire un campanile au sommet de l'entrée principale, côté douves[38].

En 1784, le château est transformé en arsenal sous ordre de Louis XVI et du maréchal de Ségur. Ceux-ci veulent suivre les leçons données par la Guerre d'indépendance des États-Unis, et disposer de dépôts d'artillerie prêts à ravitailler les forts de la côte en cas d'attaque par la mer. La terrasse construite par Mercœur au XVIe siècle est détruite pour faire place au Harnachement, nouveau bâtiment servant à entreposer les canons et à fabriquer l'artillerie[39].

Révolution française[modifier | modifier le code]

L'explosion du château en 1800.

Pendant la Révolution, le château échappe aux destructions. Le 19 juillet 1789, son capitaine en remet les clés à la Ville de Nantes, qui les redonne aussitôt au capitaine, un geste symbolique qui exprime que c'est la Nation et non plus le roi qui place le château sous le commandement du capitaine[39]. Néanmoins, le lendemain, la population, au courant de la Prise de la Bastille, investit le château. Les Nantais, apeurés par les événements, veulent savoir si le château ne renferme pas des caches d'armes ou de munitions qui pourraient être utilisées contre eux[40]. La démolition du château est demandée par les sections révolutionnaires locales, qui voient en lui un moyen de contrôler la ville, et un lieu qui coûte cher à entretenir[39]. Cette démolition est refusée, et la Ville l'achète en 1791 pour 12 millions de livres. Il est repris par l'État l'année suivante, car le déclenchement des Guerres révolutionnaires peut à nouveau le rendre utile à l'armée. Les symboles ducaux et royaux présents sur les façades sont martelés en avril 1793, et remplacés par les emblèmes de la révolution. Ainsi, un bonnet phrygien est placé sur le bastion Mercœur, et la devise de la république est inscrite au-dessus du porche d'entrée[41]. Pendant la Révolution, le nombre de prisonniers au château explose. Alors qu'aucun n'est mentionné en 1789, en 1793 les autorités déplorent la surpopulation du lieu et ses conditions d'hygiène terribles[42]. Des prêtres réfractaires sont notamment détenus dans la tour des Jacobins[41].

Alors que, contrairement à la Bastille, il a échappé au démantèlement en 1789, le château connaît la plus grande catastrophe de son histoire le . À midi, un plafond vermoulu de la tour des Espagnols s'effondre sur les réserves de poudre qui y sont stockées. Elles explosent. La déflagration fait entièrement sauter la tour, ainsi que les édifices voisins. Une bonne part du Grand Gouvernement s'effondre, faisant disparaître la salle des archives, la chapelle, et l'ancien logement du lieutenant du roi. Les archives des ducs de Bretagne échappent à la catastrophe, car elles ont été transférées aux archives départementales peu avant. L'explosion détruit aussi largement le quartier situé près du château. Soixante cadavres sont retrouvés dans les ruines du château. La tour des Espagnols et la partie détruite du Grand Gouvernement ne sont jamais reconstruites. La tour du Fer à cheval, où se trouvaient l'essentiel des réserves de poudre, n'est pas atteinte par l'explosion[43]. Lors de la Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815, le château retrouve brièvement un rôle défensif, et la brèche est refermée par un mur percé de créneaux de fusillade[44].

Premières restaurations[modifier | modifier le code]

L'entrée du château en 1900. Le campanile et la couverture du chemin de ronde sur les tours, alors disparus, sont restitués dans les années 2000.

Le château reste aux mains de l'armée jusqu'après la Première Guerre mondiale. Il est classé en tant que poste militaire dans la liste des places fortes en 1821, et l'artillerie doit désormais le partager avec le génie. Dans les années 1840, l'armement du château est constitué de quatre canons et de six obusiers[44]. Après l'explosion de 1800, ses murs sont trop fragilisés pour qu'il serve de prison efficace, mais il accueille encore quelques prisonniers jusqu'en 1830. Les derniers détenus civils du château sont dix-huit manifestants arrêtés place Graslin, au cours des Trois Glorieuses. D'abord enfermés au Bouffay, le commandant les transfère discrètement au château alors que la foule réclame leur libération. Une échauffourée s'ensuit et entraîne la mort d'une quinzaine de personnes. Après cet événement, et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les seuls prisonniers du château sont des soldats en punition[45].

Dès le XIXe siècle, l'intérêt historique et architectural du château est peu à peu découvert et mis en valeur. Les premiers travaux de restauration ont lieu en 1853, lors de la destruction du bastion Mercœur, qui empêchait la construction de la voie ferrée vers Saint-Nazaire. Au cours de la destruction, la tour du Port est redécouverte, puis sa partie supérieure, arasée par Mercœur, est reconstruite[46]. Les premiers vrais travaux de restauration sur le reste du château sont ensuite conduits en 1855[47], et le château fait partie des premiers Monuments historiques désignés par Prosper Mérimée en 1840[48]. D'autres campagnes de travaux sont réalisées, permettant la restauration de la tour de la Couronne d'Or et des lucarnes des logis. Cette restauration n'est pas totalement fidèle à l'original, car des monogrammes d'Anne de Bretagne et des gargouilles néogothiques sont ajoutées[49]. Les maîtres d'œuvre font gommer les traces postérieures à la Renaissance, pour figer le château dans une époque comprise entre le XVe siècle et le XVIe siècle, c'est-à-dire sa période de construction et d'habitation par la famille ducale[50]. Henri Deverin, architecte des monuments historiques au début du XXe siècle, projette en vain de reconstruire la partie disparue en 1800, et de la réinterpréter à la façon de Viollet-le-Duc pour faire du château un nouvel hôtel de ville néogothique[51].

Musées et nouvelles restaurations[modifier | modifier le code]

Éclairage nocturne mis en place en 2007.

En 1911, alors qu'il est une propriété de l'État, une convention entre le ministère de la Guerre et la municipalité permet d'échanger le château contre l'ensemble « Couvent de la Visitation- Caserne Bedeau » appartenant à la ville, et qui abrite déjà un régiment d'artillerie[52]. La Ville entre officiellement en possession du château en 1915, mais à cause de la Première Guerre mondiale, celui-ci reste techniquement occupé par l'armée jusqu'en 1920[53]. Le maire Paul Bellamy décide de faire du château un musée. Joseph Stany Gauthier, professeur aux Beaux-Arts, imagine un musée d'arts décoratifs, fondé en 1921, et dont il devient le conservateur l'année suivante[54]. Le musée ouvre au public en 1924[55], et rapidement, il élargit ses collections vers l'art populaire régional[54]. En 1939, douze salles sur dix-neuf sont ainsi dédiées à l'art populaire. Ces salles se concentrent surtout sur la côte bretonne sud, de la Cornouaille à la presqu'île guérandaise, avec aussi une collection provenant du marais breton en Vendée. Le musée participe au rayonnement de la culture bretonne, par exemple en organisant une grande exposition sur la région en 1936, et en contribuant aux expositions universelles de 1937 et 1939[54]. En 1943, les Allemands réquisitionnent le château et y construisent un petit blockhaus. Le musée des Salorges rejoint le bâtiment du Harnachement en 1956, car ses locaux d'origine ont été détruits par les bombardements[56]. Consacré aux industries portuaires de Nantes, ce musée avait été fondé rue des Salorges en 1934[57].

Après 1945, de nouveaux travaux sont effectués sur le monument, mais les budgets alloués ne permettent pas d'opérations de grande envergure. La démolition du Harnachement est proposée, afin de redonner à la cour toute sa superficie, mais le bâtiment est conservé par vœu de la municipalité. Les courtines sont restaurées juste après la guerre, et la poterne sud est condamnée par sécurité. Les lucarnes et la toiture du Grand Logis sont rénovées dans les années 1950[58]. À la fin du XXe siècle, le château montre des signes d'usure profonde. Des lieux sont fermés au public pour des raisons de sécurité, l'accumulation successive des collections dans les musées nuit à leur cohérence, et les sculptures en tuffeau sont très abîmées[59].

Une campagne de travaux en profondeur est décidée dans les années 1980, et la municipalité choisit dans le même temps de regrouper à terme les collections des musées municipaux pour former un unique musée d'histoire locale. Les premiers travaux démarrent en 1989, et ils s'accompagnent de fouilles archéologiques, qui permettent de mieux comprendre l'histoire du site[60]. Ils s'étalent jusqu'à la réouverture du monument en 2007, et ils nécessitent une fermeture totale du site pendant trois ans. Le parti de cette restauration a été de préserver les différents ajouts successifs, qu'ils soient du XVIIe siècle ou du XIXe siècle, pour présenter le château dans sa continuité historique[61]. Les travaux ont parfois été radicaux, car il fallait adapter des édifices du XVe siècle pour en faire un musée moderne. Des poutres métalliques ont été insérées dans les logis, des trous percés dans les murs pour passer des fils et un ascenseur ajouté en plein milieu[62]. Certaines décisions, et notamment le choix de reconstruire des éléments disparus depuis plusieurs siècles, ont d'ailleurs été controversées[63]. Un parcours en accès libre et un éclairage nocturne sont imaginés pour aider le visiteur à mieux comprendre les lieux, et le château est considéré comme le premier objet exposé du musée[62]. Conséquence de la transformation de la communauté urbaine de Nantes en métropole, le château devient un équipement métropolitain le [64].

Architecture et intérieur[modifier | modifier le code]

Plan du château et ses principaux éléments.
  •      XIVème siècle
  •      XVème siècle
  •      XVIème siècle
  •      XVIIème siècle
  •      XVIIIème siècle
  •      XIXème siècle

Logis[modifier | modifier le code]

Dispositions générales[modifier | modifier le code]

Plan du premier étage des logis au XVe siècle, avec la fonction supposée de chaque salle.

Les bâtiments les plus grands et les plus imposants du château sont les logis. Ils étaient destinés à loger la famille ducale et l'administration du duché, mais aussi à accueillir avec faste les visiteurs de marque, et à abriter les centaines de courtisans du duc. Adossés à la courtine, le Grand Logis et le Grand Gouvernement sont les logis les plus anciens, et ils ont été construits par François II au XVe siècle. Le duc ne les a jamais vus achevés, et à chaque séjour qu'il fait à Nantes, sa Cour doit se loger ailleurs dans la ville[65]. La disposition générale des logis, regroupés le long de la muraille, semble inspirée par le château de Langeais ou par celui de Châteaudun, tous deux construits dans les années 1460[66]. Après le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, ces logis ont été occupés de façon discontinue, et leur aménagement intérieur à la Renaissance est très mal connu. Aucun meuble ou décor de cette période n'a été conservé, alors qu'en 1491, les secrétaires de Charles VIII mentionnaient des tapisseries, des livres, des étoffes, des tableaux, des bijoux, des coffres de vaisselle ou encore des chandeliers[67]. Après l'union de la Bretagne à la France, le château devient une résidence royale rarement visitée. L'occupation militaire du château, qui dure plusieurs siècles, altère fortement les logis, et leur transformation en musée rend difficile la lecture des intérieurs[68].

Plans des logis du château en 1752, montrant leur état avant l'explosion de 1800, et l'usage de chaque pièce :

Grand Logis[modifier | modifier le code]

Le Grand Logis, avec sur sa droite la tour de la Couronne d'Or.

Le Grand Logis est l'édifice le plus imposant au sein du château. Il offre une façade assez rustique, aux portes d'entrée petites et au ras du sol. Le mur est plane et la seule décoration vient de l'accolade et des corniches des fenêtres. Le style est tout à fait gothique, avec un décor sculpté grotesque[69]. Le caractère imposant du monument réside dans ses grandes lucarnes, qui évoquent celles de Blois[69], Amboise, Meillant et du Verger[70]. Exécutées dans un style gothique flamboyant, elles adoptent un plan uniforme, avec une fenêtre inscrite dans une arche surmontée d'un gâble, le tout encadré par deux piliers terminés par des pinacles, qui sont reliés au gâble par un réseau de pierre transparent[70]. Malgré cette unité dans la disposition générale, les lucarnes sont toutes différentes les unes des autres, par la taille et les motifs de décor[69]. Ainsi, la quatrième en partant de la gauche présente des piliers à double torsade, motif rare dans l'art flamboyant. Une balustrade à jour relie les lucarnes et accentue leur effet aérien[69], et le tout est posé sur une corniche ornée de feuillage et de masques servant à évacuer les eaux de pluie[70]. À l'origine, les tympans des lucarnes portaient les symboles de Louis XII et d'Anne de Bretagne : des L et des A accompagnés des armes de France et de Bretagne[70], décor disparu puis partiellement recréé lors d'une restauration en 1861[69].

Le logis vu des douves, entre la tour des Jacobins et celle du Port.

Sous François II, le Grand Logis n'était pas, comme son nom pourrait le suggérer, l'habitation ducale. Il était plutôt dévolu au logement et à l'entretien de la suite et des domestiques[71]. Les salles du premier étage étaient peut-être destinées à l'administration du duché, l'une aurait été la salle du Grand Conseil de Bretagne, et l'autre la salle de réunion des clercs[15]. Le rez-de-chaussée comprend deux vastes salles, qui étaient des cuisines. Elles possédaient toutes les deux un plafond à voûtes d'ogive retombant sur un pilier central, mais ce plafond a été détruit dans la cuisine sud. Les deux cuisines étaient séparées par un escalier droit qui descend jusqu'à une porte qui ouvrait sur les douves. Cet accès permettait le déchargement de cargaisons de bateaux directement dans le château. L'escalier est encadré par deux murs porteurs, qui contiennent les conduits de cheminée des cuisines, et ces deux murs ont dû être prolongés jusqu'au dernier étage. Par conséquent, le logis présente à chacun de ses étages un plan peu commun, avec deux grandes pièces séparées par une pièce plus étroite[72]. Au XVIIIe siècle, sous l'administration militaire, l'étage noble correspondait aux appartements du major, le reste de l'édifice étant partagé entre des soldats subalternes[73].

Le rez-de-chaussée est particulièrement haut de plafond (7,65 mètres), et le premier étage est bien plus bas (4,95 m) tout comme le deuxième (4,30 m). Cette disposition inhabituelle s'explique par l'importance donnée aux cuisines, qui devaient nourrir un grand nombre de personnes. Cette grande hauteur de plafond posait cependant des contraintes au niveau de l'escalier à vis qui dessert les étages. Pour rejoindre le premier étage, il fallait qu'il fasse soit une révolution et demie, soit deux révolutions et demie. La première solution, qui oblige à avoir un étage plutôt bas de plafond (3 m) fut choisie, mais corrigée par une astuce. En effet, le plancher de l'étage est plus bas de 36 cm par rapport au palier de l'escalier. Une astuce similaire a aussi permis d'avoir un deuxième étage un peu plus haut que le palier, permettant de rehausser encore la hauteur de plafond du premier étage[72]. Les caves du logis étaient initialement destinées à devenir les deux cuisines, mais pendant le chantier de construction, le rehaussement de la cour du château a nécessité leur déplacement au rez-de-chaussée. Les pierres d'attente visibles sur la façade côté cour rappellent que François II avait projeté une aile en retour qui se serait étendue le long de la courtine de Loire[71].

Voûtes d'une des deux anciennes cuisines.

À la mort de François II en 1488, le Grand Logis n'est probablement pas terminé. Ainsi, lorsque Charles VIII séjourne au château en 1491, un pont en bois doit être construit entre le bâtiment et sa chambre située dans la tour des Jacobins, ce qui montre que les planchers ne sont pas encore posés entre les deux édifices. La construction s'est sans doute arrêtée au troisième étage, et elle n'a repris qu'après la mort de Charles VIII, lorsqu'Anne de Bretagne retrouve le plein contrôle des affaires bretonnes. La duchesse fait alors terminer les fenêtres du troisième étage, qui sont plus petites que les autres, et moins ornementées. La fenêtre centrale est élargie pour être surmontée d'une grande lucarne, et initialement, chaque fenêtre devait recevoir un gâble comme dans les étages inférieurs. Finalement, le projet fut altéré, et Anne décida d'aménager un étage supplémentaire dans les combles, sûrement pour loger la nombreuse suite que son titre de reine de France autorisait. De nouvelles fenêtres furent ajoutées, accompagnées des fameuses grandes lucarnes[74].

Au fil des siècles, le bâtiment s'est fortement dégradé, et il a progressivement perdu ses cheminées, ses lucarnes côté douve, et tout son décor interne. Les lucarnes des douves ont été rétablies en 1970. La même année, il fut décidé de restaurer les charpentes, et notamment de restituer le lambris en berceau qui servait de plafond au quatrième étage. Cette restitution est néanmoins erronée, car elle masque de l'intérieur les fenêtres en lucarne, alors qu'à l'origine le lambris contournait les fenêtres pour qu'elles puissent éclairer l'étage[75].

Tour de la Couronne d'Or[modifier | modifier le code]

La tour de la Couronne d'Or entre les deux logis.

La tour de la Couronne d'Or se trouve entre le Grand Gouvernement et le Grand Logis. Elle contient deux escaliers à vis qui desservent ces bâtiments. Les niveaux supérieurs comprennent deux loggias, ajoutées par Anne de Bretagne. La tour a été restaurée une première fois entre 1892 et 1907, les travaux portant sur la conservation du décor sculpté, la restauration des baies, et la réouverture des loggias qui avaient été condamnées. Lors de la campagne de restauration des années 2000, l'une des grandes décisions a porté sur la reconstruction ou non des flèches qui surmontaient la tour à la Renaissance. Ces flèches avaient disparu entre 1660 et 1720, probablement victimes d'un défaut de conception[76]. À l'époque, l'architecture classique et surtout les considérations militaires privilégiaient l'horizontalité, et l'existence de ces flèches avait peu d'importance. La reconstruction a finalement été décidée par l'architecte des monuments historiques, pour qui les flèches avaient une valeur architecturale forte, puisqu'elles inscrivaient le château dans le paysage de la ville. Les documents historiques étant lacunaires, il est d'abord suggéré de construire une structure moderne en verre, mais les flèches sont reconstruites en définitive dans une optique de restitution historique, selon les principes de la Renaissance[77].

Les deux loggias des niveaux supérieurs.

La tour doit probablement son nom au puits qui se trouve devant et dont la ferronnerie qui évoque une couronne a pu être dorée à l'origine. Placée à un angle obtus entre les deux grands logis, elle offre une délicate transition entre les deux, grâce à son aspect très ornementé et à ses lignes élancées. Moins austère que les logis, elle est aérée par ses nombreuses fenêtres, ses loggias et les arcatures du bandeau du sommet. Les deux loggias, situées dans les niveaux supérieurs, figurent parmi les rares loggias Renaissance de France. Dans l'Ouest, on en trouve d'autres sur l'hôtel Goüin de Tours et l'hôtel d'Alluye de Blois. Les loggias de Nantes, commandées par Anne de Bretagne, sont peut-être l'œuvre de Jean Perréal, architecte de son époux Charles VIII. Murées par la suite, elles servirent de cellules de prison à l'époque moderne, et les murs présentent de nombreux graffitis de prisonniers[69]. Bien qu'inspirées par la Renaissance italienne, les loggias de Nantes ne suivent pas l'architecture antique, mais elles sont au contraire purement gothiques dans leur décoration, mêlant des motifs rayonnants à des motifs flamboyants. Les gâbles à deux ressauts concaves de la loggia supérieure forment un motif rare dans les années 1500, mais qui sera courant dans les années 1510 et 1520[78]. Les hermines et les A couronnés qui ornent la loggia sont une création du début du XXe siècle[79].

Le grand escalier, du côté du Grand Logis, s'arrête au dernier étage de ce bâtiment. Il est coiffé à son sommet d'une voûte en palmier qui repose sur la vis. Le petit escalier, du côté du Grand Gouvernement, est plus haut et il dessert le toit en terrasse de la tour[69]. À l'origine, le grand escalier devait lui aussi desservir le toit, et la tour se terminait probablement par des lucarnes. L'ajout des loggias a détruit cette disposition. La première loggia permet de relier les deux escaliers, et la seconde, au-dessus, n'est desservie que par le petit escalier. Elle offre un accès à la « chambre haute », une pièce ajoutée par Anne de Bretagne au-dessus du grand escalier, suivant la mode de la fin du XVe siècle. Cette pièce, directement accessible depuis les appartements ducaux, était vraisemblablement réservée à l'usage de la duchesse, comme en témoigne le décor raffiné de la cheminée. Anne a également montré à Loches le même intérêt pour les pièces offrant des espaces ouverts et des vues étendues[80]. La disposition rappelle aussi Amboise, où l'appartement d'Anne de Bretagne s'ouvrait sur une galerie surmontant deux escaliers[81]. Le petit escalier de la tour, qui ne commence qu'à partir du premier étage, semble avoir été rajouté au moment même de la construction sans avoir été projeté plus tôt. Il avait une fonction privative[82].

Grand Gouvernement[modifier | modifier le code]

Le Grand Gouvernement, avec à gauche les trois travées du XVe siècle, et à droite l'escalier et les travées du XVIIe siècle.

Le Grand Gouvernement, achevé au début des années 1480, était destiné à loger le duc et sa famille[72]. C'est le logis qui a subi le plus d'altérations au fil de son histoire. En partie détruit par un incendie au XVIIe siècle, il est reconstruit dans le goût de l'époque par Louis XIV, mais l'explosion de la tour des Espagnols en 1800 l'ampute largement[53]. À l'époque de son achèvement, le bâtiment présentait une architecture entièrement gothique. Sa façade sur cour, munie de dix travées symétriques, était marquée en son centre par la tour du grand escalier à vis extérieur[83]. Les fouilles archéologiques des années 2000 ont montré que cet escalier était identique en taille à celui de la Couronne d'Or, avec un diamètre de 4,20 mètres[84]. De plan hexagonal, il se terminait par des lucarnes, de la même façon que sur l'escalier de Montreuil-Bellay. Il était vraisemblablement richement orné[85].

Le logis possédait aussi une aile en retour, disparue en 1800. Les trois travées de gauche du Grand Gouvernement, qui sont les seules à avoir échappé à l'incendie de 1670, montrent encore leur apparence du XVe siècle. Le rez-de-chaussée offre des ouvertures simples et disposées de façon irrégulière, mais les ouvertures des étages sont organisées en travées, avec un décor feuillagé présent sous l'appui, dans l'ébrasement, et surtout dans le gâble qui couronne chaque fenêtre. De tels gâbles sont rares en Val de Loire, mais ils sont présents sur la cathédrale de Nantes[85]. Le Grand Gouvernement est à cheval sur l'entrée principale du château, qui passe à travers son rez-de-chaussée. Cette disposition n'est pas courante parmi les châteaux de la Loire, mais elle apparaît sur d'autres châteaux bretons comme Vitré et Suscinio[84].

Façade reconstruite sous Louis XIV.

Après l'incendie de 1670, le logis a subi une transformation à la fois interne et externe. A l'intérieur, un grand escalier a notamment été ajouté, et à l'extérieur, la façade a été remodelée dans le style classique. Les fenêtres à meneaux ont fait place à des fenêtres à la française, les lucarnes gothiques ont été supprimées au profit de lucarnes arrondies plus simples, et surtout, l'escalier à vis extérieur a été détruit puis remplacé par un grand escalier d'honneur en fer à cheval, qui conduit à un perron à l'étage, protégé par un baldaquin sur colonnes. Un fronton en plein cintre, contenant les armes royales, est placé au sommet du bâtiment, dans l'axe du perron, et accentue sa monumentalité. L'aile en retour, dont il ne reste que deux travées après l'incendie, est elle aussi reconstruite dans le style classique. L'architecte en profite pour corriger l'alignement des deux bâtiments pour qu'ils se joignent à angle droit, et il ajoute une tour d'escalier dans l'angle. Cela permet de faire écho à la tour de la Couronne d'Or de l'autre côté, et rappelle les travaux de reconstruction du château de Blois quelques décennies plus tôt. Le réalignement de l'aile fait que celle-ci ne suit plus la forme de la muraille à laquelle elle est adossée. Malgré les trois travées de gauche restées de style gothique, le Grand Gouvernement devait offrir un visage monumental, et le décor des façades rappelle le Parlement de Bretagne à Rennes et les réalisations de François Mansart. L'explosion de 1800 ayant détruit l'aile latérale ainsi que six travées du bâtiment principal, il est désormais difficile de mesurer cette monumentalité, l'escalier se trouvant par exemple désaxé par rapport au milieu de la façade[86].

Le Grand Gouvernement à gauche, et à droite la Conciergerie. La partie détruite en 1800 reliait les deux.

La première restauration du Grand Gouvernement, qui date de 1907, a tenté de gommer les ajouts classiques. Des lucarnes gothiques ont ainsi été replacées sur chaque travée. Lors de la campagne de restauration des années 1990 et 2000, les architectes ont opté pour conserver les modifications effectuées au XVIIe siècle : les lucarnes gothiques ont été gardées dans la partie qui n'avait pas été reconstruite après l'incendie, mais les autres ont retrouvé leur aspect classique. Le décor d'origine des lucarnes classiques, qui représentait des trophées militaires, n'a pas été restitué, car les sources manquaient à son sujet. En revanche, l'escalier extérieur a retrouvé son baldaquin, et les armoiries de Louis XIV, disparues à la Révolution, ont été replacées au-dessus[61]. Une travée supplémentaire a enfin été ajoutée à l'édifice, côté nord, afin de pouvoir y loger des équipements techniques et un ascenseur qui permet de rejoindre le chemin de ronde en évitant les escaliers[87].

Le Grand Gouvernement comprend trois pièces à chaque étage, mais avant l'explosion de 1800 il y en avait quatre. A l'époque de François II, l'étage principal accueillait la salle de parement où se trouvait le trône, la grande salle, qui servait aux réceptions, et une chambre, certainement celle du duc, suivie d'une deuxième plus petite. Des latrines étaient situées dans des renfoncements du côté des douves[15]. Les pièces avaient de très grands volumes, avec une hauteur sous plafond de 6 mètres, et le décor devait être raffiné, même s'il ne reste qu'un soffite d'embrasure sculpté. Le deuxième étage devait être réservé à la duchesse Anne, et il était relié au premier par un escalier privé. Au rez-de-chaussée, les cuisines ducales devaient se trouver dans la pièce qui est la plus au sud, et qui conserve trois cheminées ainsi que de grandes voûtes d'ogive reposant sur un pilier central[88]. L'aile nord, entièrement détruite en 1800, comprenait la salle des archives au rez-de-chaussée, la chapelle qui se trouvait juste au-dessus, et d'autres pièces qui servirent de logement au lieutenant du château sous l'Ancien régime. Au XVIIIe siècle, le premier et le deuxième étage du Grand Gouvernement étaient affectés au logement du gouverneur, les pièces du rez-de-chaussée ayant été transformées en chambres pour les prisonniers[73]. À cette période, on pouvait accéder au premier étage directement depuis l'extérieur grâce à l'escalier d'honneur, et la porte principale ouvrait tout de suite sur l'escalier intérieur ajouté après 1670 et détruit au XIXe siècle. Cet escalier séparait en deux l'étage, avec d'un côté l'appartement du gouverneur, de l'autre celui de sa femme, tous les deux organisés à la mode de l'époque, avec une chambre, une antichambre et un cabinet[89].

Conciergerie[modifier | modifier le code]

La Conciergerie est aujourd'hui un élément isolé du château, adossé à la tour du Vieux Donjon. Construite au XVIIIe siècle, elle était à l'origine reliée au Grand Gouvernement par son aile en retour, qui abritait le logement du lieutenant du château. Cette aile a disparu lors de l'explosion de 1800. Derrière la Conciergerie, le pignon occidental du Vieux Donjon était en fait un mur interne, et ses ouvertures correspondaient aux portes qui reliaient l'aile au Donjon et à la Conciergerie[90]. La Conciergerie est desservie par un escalier à vis du XVe siècle, qui servait originellement à l'aile détruite en 1800[91]. Cet escalier a été largement remanié dans les années 2000. Avant la campagne de restauration, il ne possédait plus extérieurement d'éléments architecturaux gothiques. Celle-ci a entrepris de lui restituer son toit conique et la décoration des fenêtres[63].

Petit Gouvernement[modifier | modifier le code]

Le Petit Gouvernement.

Le Petit Gouvernement, appelé « Logis du Roy » à l'époque de sa construction sous François Ier, et un petit logis situé près de la tour de la Rivière. Il est isolé des autres, puisqu'il est situé à l'opposé dans la cour du château. Mal documentée, son histoire n'est pas bien connue. Il aurait servi de logement au lieutenant du roi, alternativement du Grand Logis, avant d'être transformé en prison au XVIIIe siècle[92]. Henri IV, qui aurait fait effectuer des travaux dessus, l'aurait habité. Son attrait architectural réside dans ses grandes lucarnes à cintre et à pilastres recoupés de losanges, et dans ses cheminées décorées d'un jeu de brique et d'ardoise[69].

Le Petit Gouvernement a été profondément modifié au fil des siècles, et seul le sous-sol semble toujours présenter le plan d'origine. Il comprend deux pièces en enfilade, ouvrant sur une pièce centrale plus grande, qui elle-même donne dans deux réduits qui ne communiquent pas entre eux. Un escalier, probablement ajouté au XVIIe siècle ou XVIIIe siècle et bouché depuis, permettait de relier directement ce sous-sol à l'extérieur. Le rez-de-chaussée présente le même plan, mais des cloisons et des portes ont été successivement ajoutées, et les deux petites pièces ont été réunies en une seule au début du XXe siècle. L'étage, bien plus haut que le rez-de-chaussée, comprend deux grandes pièces suivies d'une petite, qui se trouve au-dessus des réduits des niveaux inférieurs. Il est accessible par un escalier situé dans la tour de la Rivière[93]. Les murs et les cheminées de cet étage présentent des moulures fines, et l'écoinçon du chanfrein d'une porte présente un décor floral qui ressemble à un autre décor présent dans la chambre du roi au Louvre. Ce motif daterait de l'aménagement effectué sous Henri IV. De nouvelles fenêtres sont ajoutées à cet étage au XIXe siècle. Les combles du deuxième étage ont été aménagés en bureaux dans les années 1970[92].

Le Petit Gouvernement est collé à un bâtiment plus petit de quatre étages. Ce bâtiment, construit au XVIe siècle ou au XVIIe siècle, puis agrandi au début du XIXe siècle, renferme un escalier du XVe siècle, encastré dans la muraille. L'escalier, destiné au départ à la tour de la Rivière voisine, dessert aussi les étages du Petit Gouvernement[92].

Enceinte et éléments défensifs[modifier | modifier le code]

Dispositions générales[modifier | modifier le code]

Vue extérieure du château, avec l'entrée principale.

Le château des ducs de Bretagne est conçu pour être autant un palais résidentiel qu'un ouvrage défensif. Alors que depuis la cour le visiteur voit surtout les façades en tuffeau des logis, c'est un tout autre visage que le château offre de l'extérieur. Construit pour résister à l'artillerie du XVe siècle, il a toutes les caractéristiques de la forteresse de l'époque[68]. C'est une place forte de transition, à mi-chemin entre le château fort du Moyen Âge et l'ouvrage bastionné de l'époque moderne[94]. Les courtines et les tours, aux murs épais de schiste et de granit, sont basses et munies de chambres de tir situées au niveau du sol, tandis que les terrasses sur les tours pouvaient accueillir des canons. En revanche, les mâchicoulis, présents tout autour du château, n'avaient qu'une fonction décorative. Débordant au-dessus des courtines, les façades en tuffeau des logis animent la silhouette extérieure du château. La hauteur des logis par rapport aux tours défensives inverse d'ailleurs le rapport traditionnel entre ces deux éléments[68]. Endommagées lors du siège de 1487, les défenses du château ont été restaurées sous Anne de Bretagne, et vraisemblablement aussi par son beau-fils François Ier[94]. Ce dernier a pu envisager le château comme un point de défense face à une éventuelle attaque anglo-espagnole venue de la mer[92].

Courtines[modifier | modifier le code]

La courtine de Loire.

Les courtines remontent toutes à la construction du château sous François II. Tout le système de fortification semble en place dès 1486. Il se caractérise partout par un appareil en assises de schiste et de granit alternées, qui permet un effet esthétique tout en renforçant le mur. La courtine sud-ouest, située entre la tour du Port et celle des Jacobins, et sur laquelle s'appuie le Grand Logis, est particulièrement haute. Elle fait 18 mètres de haut pour 37 mètres de long et de 3,80 à 5,30 mètres d'épaisseur à sa base. Elle comportait autrefois une porte, fermée au XVIe siècle et qui se trouve désormais à moitié noyée par l'eau des douves. Cette porte donnait directement dans le Grand Logis[95]. Une canonnière protégeait cette entrée. Les mâchicoulis qui couronnent la courtine semblent postérieurs et ils auraient été terminés par Anne de Bretagne au début du XVIe siècle. Près de la tour du Port, la courtine marque un fléchissement, qui traduit l'existence au moment des travaux d'un élément à contourner. Il a pu s'agir de l'enceinte de Pierre de Dreux, détruite à ce moment-là[96].

Au sud, la courtine de Loire va de la tour du Port à la tour de la Rivière, et elle forme la façade la plus longue du château. Elle comprend en son centre une poterne. Haute de quinze mètres, la courtine a été réparée et améliorée à de nombreuses reprises[97]. La courtine semble au départ avoir été beaucoup plus basse, car avant le nivellement de la cour intérieure, le sol était également plus bas de plusieurs mètres. Les cinq canonnières basses qui existaient sont devenues inaccessibles après le nivellement, à l'exception de celle proche de la poterne. Les mâchicoulis de cette courtine ont été ajoutés par François Ier, ils portent son monogramme, deux F affrontés, accompagné du C retourné de sa femme Claude[98].

La courtine de Loire et les monogrammes de François Ier, deux F affrontés, accompagnés une fois sur deux du C renversé de Claude de France.

Entre la tour de la Rivière et la tour du Fer à Cheval s'étend la courtine du Levant, longue de 37 mètres et haute de 15 mètres. Cette courtine est composée de trois niveaux superposés, les deux premiers appartenant à la construction d'origine. Ils présentent le même appareil en schiste et granit que sur les autres courtines, et ils sont séparés l'un de l'autre par une rangée de mâchicoulis. Le deuxième niveau comprenait une galerie d'artillerie, condamnée, qui était ouverte par des fenêtres et des canonnières[99]. Le troisième niveau, en haut, a été construit par le duc de Mercœur, lorsque celui-ci a fait ajouter une terrasse d'artillerie qui surplombait la Loire. La terrasse a disparu, mais ce côté a été conservé. Il porte des croix de Lorraine, symbole du duc[100]. Au XVIIIe siècle, une porte avait été ouverte dans la courtine, pour fournir un accès direct à la Loire, mais elle a été rebouchée au début du XXe siècle[99].

La courtine nord s'étend sur 48 mètres et elle est formée de trois pans désaxés. Elle fait 15 mètres de haut pour une épaisseur variant entre 5,60 et 7,30 mètres. Ses trois pans sont assez différents les uns des autres. Celui contigu à la tour du Fer à Cheval présente ainsi une ligne de mâchicoulis à mi-hauteur. Le pan central comprend la porte du Bon Secours, une entrée secondaire munie d'une guette de défense et autrefois d'un pont-levis, dont il reste le logement des bras[101]. La courtine nord est reliée au châtelet d'entrée par un mur élevé au début du XIXe siècle, qui remplace la portion de courtine et la tour des Espagnols, disparus lors de l'explosion de 1800. Ce mur, muni de meurtrières, est de qualité médiocre par rapport au reste de l'enceinte[44].

Châtelet[modifier | modifier le code]

Le châtelet, avec la tour du Pied de Biche à gauche et la tour de la Boulangerie à droite.

Le châtelet, qui correspond à l'entrée principale du château, comprend deux tours, celle du Pied de Biche au nord, et celle de la Boulangerie au sud. Elles portent chacune un bas-relief illustrant les armoiries ducales. Ces deux tours communiquent côté cour avec le Grand Gouvernement, et elles lui ont servi d'annexe. Ainsi au XVe siècle, leur pièce du premier étage servait de garde-robe[102]. La tour du Pied de Biche doit son nom à la forme d'un cachot qu'elle contenait, tandis que la tour de la Boulangerie doit son nom à la boulangerie qui se trouvait dans son sous-sol. À l'époque moderne, ces deux tours, ainsi que les tours voisines des Jacobins et des Espagnols, ont principalement servi de cachots, et les geôles qui s'y trouvaient étaient réputées pour leur dureté[103]. Ainsi, au XVIIIe siècle, le deuxième étage des tours du Pied de Biche et de la Boulangerie correspondait à des cellules appelées « chambres noires », et le sous-sol de la tour du Pied de Biche était appelé « l'Enfer »[104]. Dès le XVIe siècle, la population nantaise craint ces cachots, et « se faire menacer du Pied de Biche » devient une expression consacrée[105]. Les deux tours sont coiffées de pavillons carrés, qui renferment chacun une pièce, et le chemin de ronde qui contourne ces pavillons est couvert. La couverture du chemin de ronde, restituée dans les années 2000, est cependant un ajout du XVIIIe siècle, car à l'époque de la construction du château, les tours étaient couvertes en terrasse[63].

Le campanile entre les deux tours.

La partie centrale du châtelet, située entre les deux tours, comprend les deux entrées, la grande, qui donne sur la cour intérieure du château, et la petite qui conduit directement à l'intérieur du châtelet. Les deux entrées sont munies de ponts-levis, restaurés dans les années 2000 pour retrouver leur aspect du XIXe siècle, c'est-à-dire leur dernière époque d'utilisation. Le pont-levis de la petite entrée a retrouvé sa configuration d'origine, et il est légèrement plus bas que le grand pont-levis, la cour du château étant 30 à 80 centimètres plus haute qu'au XVe siècle[87]. Au-dessus des entrées, le châtelet comprend un premier étage, ouvert par une fenêtre à meneau qui éclaire le chemin de ronde, puis un second étage, éclairé par une fenêtre plus petite, et dont la fonction est inconnue. Cette partie a été modifiée à plusieurs reprises depuis le XVe siècle. Lors de la campagne de restauration des années 2000, elle a retrouvé l'aspect qu'elle avait entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle. D'après un dessin réalisé par Nicolas Poictevin en 1715, l'architecte des monuments historiques a pu restituer toute la partie qui avait été arasée ultérieurement, au-dessus de la fenêtre à meneau. Le clocheton couvert d'ardoise, ajouté au XVIIe siècle en même temps que la reconstruction du Grand Gouvernement, a ainsi pu être restitué, tout comme le fronton en plein cintre percé d'un oculus[87]. Le clocheton portait à l'origine une horloge publique, que les habitants pouvaient voir de l'extérieur du château. L'horloge n'a pas été replacée pendant la restauration, mais le clocheton a tout de même retrouvé sa girouette décorative, qui représente un drapeau à fleurs de lis et le soleil de Louis XIV[106].

Tour des Jacobins[modifier | modifier le code]

La tour des Jacobins.

La tour des Jacobins faisait face au couvent des Jacobins de Nantes. Positionnée au sud du châtelet et contre les logis ducaux, elle était en symétrie avec la tour des Espagnols. La tour n'a pas d'escalier, et chacun de ses étages communique avec les logis[102]. La tour des Jacobins, construite au point de jonction entre le Grand Gouvernement et le Grand Logis, se trouve aussi à l'arrière de la tour de la Couronne d'Or. Son étage est utilisé à la Révolution comme cachot, et l'un des murs est orné de nombreux graffitis de prêtres réfractaires[40]. Elle fut parfois appelée « tour des Anglais », en référence aux Anglais qui y ont été détenus[69].

L'espace entre la tour des Jacobins et celle de la Couronne d'Or est occupé au rez-de-chaussée par une salle rectangulaire. Dotée d'une cheminée, elle devait cependant être pauvrement éclairée. Elle a probablement servi initialement de salle de gardes, ceux-ci pouvant ainsi protéger les escaliers de la Couronne d'Or. Les étages au-dessus de cette pièce n'ont jamais été terminés, même si la cheminée du premier étage a été installée. Entre cette pièce et le Grand Gouvernement se trouve aussi une courette laissée vide. L'achèvement des étages de la courette et de la salle auraient permis de faire la liaison entre le Grand Logis et le Grand Gouvernement, sans passer par les escaliers à vis[107].

Tour du Port[modifier | modifier le code]

La tour du Port.

La tour du Port se situe à l'angle sud-ouest du château. Englobée au XVIe siècle dans un bastion qui saillait sur la Loire, elle n'a été redécouverte qu'en 1854, lors de la démolition de ce bastion. Elle fait quinze mètres de haut pour une dizaine de mètres de diamètre. Elle devait comporter un étage couvert à l'origine, mais celui-ci correspond au toit en terrasse reconstruit en 1845. Extérieurement, la façade est marquée par l'alternance de schiste et de granit et par des mâchicoulis de type breton, ornés de motifs trilobés, reposant sur trois consoles positionnées en pyramide inversées. À l'intérieur se trouve une grande salle au rez-de-chaussée, couverte par une voûte d'ogive ornée des armes ducales. Une cheminée monumentale et deux fenêtres complètent la pièce. En-dessous se trouvent les restes d'une autre salle qui était initialement prévue pour être au rez-de-chaussée, mais que le nivellement de la cour a rendu trop basse[97].

Tour de la Rivière[modifier | modifier le code]

La tour de la Rivière.

La tour de la Rivière, qui correspond à l'angle sud-est du château, est celle qui a été le moins altérée. Faisant onze mètres de diamètre pour quinze mètres de haut, elle est similaire à la tour du Port, et elle présente les mêmes mâchicoulis bretons. Le rez-de-chaussée, situé en dessous du niveau de la cour du château, n'a pas changé après le nivellement de celle-ci. Sa salle ne comprend qu'une fenêtre, ainsi qu'une grande cheminée gothique et un four à pain. Elle possédait autrefois deux casemates. L'étage comprend aussi une salle, voûtée sous Henri IV. Une canonnière située sur le côté est de la tour est encadrée par deux boulets de canon, l'un en fonte l'autre en pierre. Ils rappellent une tradition du XVe siècle et ils auraient été placés par Anne de Bretagne à la suite du siège de 1487[108]. La fenêtre de l'étage côté cour présentait autrefois un décor inhabituel et remarquable, détruit dans les années 2000. Désormais remplacée par une fenêtre à meneau entourée d'un décor feuillagé, cette fenêtre n'avait pas de meneau, et une retombée pendante en pierre faisait écho devant la fenêtre aux culots qui soutenaient l'archivolte[63].

Tour du Fer à Cheval[modifier | modifier le code]

La tour du Fer à Cheval.

La tour du Fer à Cheval occupe l'angle nord-est du château. Elle a été construite suivant le plan classique des tours à canons bretonnes du règne de François II. Comme son nom l'indique, elle possède une forme en fer à cheval, et elle fait 30 mètres de long pour 18 mètres de large. Elle fait aussi 18 mètres de haut. Son front d'attaque était protégé par un batardeau long de 18 mètres, dont des vestiges subsistent. Comme le reste du château, la tour a subi les conséquences du nivellement de la cour, et son sous-sol était destiné au départ à devenir un étage de plein-pied[100]. Il est divisé en deux pièces, et il comprend six grandes casemates. Le rez-de-chaussée en comprend autant. Les trois étages, accessibles par un escalier à vis, ont été réaménagés plusieurs fois à partir du XVIe siècle. La grande hauteur de la tour devait lui permettre de dominer la butte Saint-Pierre et les encorbellements de muraille du château. Son mur extérieur fait plus de sept mètres d'épaisseur[109].

La tour du Fer à Cheval semble avoir été projetée après le début des travaux de reconstruction du château. Il est même possible qu'elle est été édifiée après le siège de 1487, qui aurait montré la faiblesse de ce côté du château[110]. La tour a cependant été terminée sous François II, même si c'est Anne de Bretagne qui a fait construire la façade côté cour. La tour est tournée vers l'ancien lit de la Loire, et elle permettait de battre en enfilade à la fois la boire de Mauves et le canal Saint-Félix, tout en donnant aussi sur le faubourg de Richebourg et sur la route venant de l'Est[111]. Les éléments en tuffeau de la tour, c'est-à-dire sa façade sur cour et la lucarne placée à l'arrière, sont de style gothique flamboyant. La façade se termine par un grand gâble plane, encadré par un pinacle et par la tourelle d'escalier. Le décor trahit l'épuisement du gothique à la Renaissance : certains gâbles tendent par exemple à prendre la forme de bulbes. On trouve également des faisceaux de colonnettes décoratives tordues, comme au château de Blois[69].

Vieux Donjon[modifier | modifier le code]

Le Vieux Donjon est une tour adossée à la courtine nord. C'est le seul élément survivant de l'ancien château de la Tour Neuve, et il marquait la jonction entre le château et les remparts de la ville. Contrairement à ce que son nom suggère, la tour n'a jamais été un donjon, mais elle a toujours servi de simple tour d'enceinte. Son plan polygonal irrégulier et ses murs en moyen appareil de granit tranchent avec le reste des éléments du château. Le Vieux Donjon englobe une tour d'enceinte datant du Bas-Empire, de 8,60 mètres de diamètre. Cette tour antique a été réemployée lors de la construction du château de la Tour Neuve au XIIIe siècle, puis elle a été reprise par Jean IV vers 1367, lorsqu'il a fait restaurer quatre tours du château. Ces tours adoptaient toutes un plan polygonal, mais le Vieux Donjon est la seule qui soit conservée lors de la reconstruction du château au XVe siècle. Elle est alors incorporée dans l'aile en retour du Grand Gouvernement, et ses étages font partie du logement du lieutenant du roi[112].

Bastion Saint-Pierre[modifier | modifier le code]

Le bastion Saint-Pierre.

Le bastion Saint-Pierre a été construit au XVIe siècle sur les ordres du duc de Mercœur, afin d'adapter le château à l'artillerie moderne. Le duc avait aussi fait construire un bastion côté Loire, et une terrasse à l'emplacement du Harnachement, mais ils ont été détruits ultérieurement. Le bastion Saint-Pierre est situé au nord du château, en direction de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Sa principale utilité était de protéger le point de jonction entre la muraille nord du château, et les remparts de la ville. Il a été aménagé en terrasse au XXe siècle. Dans les années 2000, des fouilles ont permis de découvrir un reste possible d'échauguette[113].

Tour des Espagnols[modifier | modifier le code]

Fondations de la tour.

Cette tour a disparu en en 1800 et il n'en reste que les fondations, visibles dans les douves. Elle devait son nom aux prisonniers espagnols qui y avaient été enfermés au XVIIe siècle. Elle s'appelait à l'origine « tour de l'Épargne », et sa salle du premier étage était utilisée pour stocker le trésor ducal au XVe siècle. Comme la tour des Jacobins, elle n'avait pas d'escalier, et chacun de ses étages communiquait avec le Grand Gouvernement et avec son aile nord[102]. La tour a servi d'entrepôt de poudre pendant la Révolution, et l'effondrement d'un plancher a provoqué son explosion en 1800[43].

Autres éléments[modifier | modifier le code]

Puits[modifier | modifier le code]

Le puits, situé au pied de la tour de la Couronne d'Or, date du XVe siècle. Il comprend une margelle en granit surmontée d'une grande structure en fer. La base forme un heptagone, et la structure en fer comprend sept poulies[69]. Chaque angle de la margelle est orné d'une sculpture d'un animal ou d'un hybride, dans la tradition des gargouilles. Sur un côté, apparaît également un blason, trop érodé pour l'identifier. Les sculptures possèdent chacune un conduit d'évacuation, qui ne tient pourtant aucun rôle fonctionnel. Elles représentent des créatures choisies pour leur puissance symbolique : le lion, le sanglier, un animal à écailles qui est peut-être un dragon, et un corps de singe à visage humain[114].

Pont de Secours[modifier | modifier le code]

Le Pont de Secours.

Le pont de Secours est un pont secondaire, situé au nord du château. Construit à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle[115], en bois sur de hautes piles maçonnées, il permet de traverser les douves et de relier le château à l'extérieur. Ce pont, transformé de multiples fois, avait disparu en 1863, mais sa reconstruction a été décidée pendant la campagne de restauration des années 2000. Son environnement avait changé depuis, puisque le cours Saint-Pierre avait été créé de l'autre côté, et que la modification du niveau de la cour du château et la construction de la rue Prémion avaient bouleversé ses abords. Lors de la reconstruction du pont, il ne restait plus que la base de ses piles, et la poterne d'entrée dans l'enceinte du château avait également perdu ses éléments défensifs. Il a ensuite retrouvé son aspect de la Renaissance, avec des piles alternant schiste et granit et une surface en bois[116].

Harnachement[modifier | modifier le code]

Le Harnachement, construit en 1784 dans un style utilitaire, n'a aucun lien avec les bâtiments plus anciens du château. Vaste édifice rectangle haut de deux étages, il occupe un fond de cour, le long de la courtine sud-est. Sa construction est intervenue dans le contexte de la Guerre d'indépendance des États-Unis, le gouvernement français redoutant une grande revanche militaire de la part de l'Angleterre. Il devait servir à fabriquer et entreposer armes et munitions, qui pouvaient être envoyées dans les arsenaux de la côte en cas de besoin[117]. Il accueillit le musée de la Marine en 1956[118], et il sert depuis 2007 aux expositions temporaires du musée d'Histoire de Nantes.

Archéologie[modifier | modifier le code]

Muraille gallo-romaine[modifier | modifier le code]

Vestiges d'un mur romain visibles dans le sous-sol du musée.

Le château est construit à cheval sur l'ancienne enceinte gallo-romaine de Nantes, construite au IIIe siècle. Des fouilles archéologiques menées entre 1922 et 1945, en 1992 puis de 2001 à 1007, ont permis de retrouver ou de restituer la totalité du tracé du rempart sous l'emprise du château[119]. Entre la cathédrale et le château, ce rempart correspondait d'ailleurs à l'enceinte médiévale, qui réemployait à cet endroit les bases des fortifications romaines. La muraille gallo-romaine passait précisément du Vieux Donjon à la tour des Jacobins, pour ensuite gagner la rive de la Loire[120]. Deux tours ont été découvertes dans la cour, elles sont identiques, et elles ressemblent beaucoup à une autre tour qui existait plus au nord sur l'actuel cour Saint-Pierre. Elles font environ 8,60 mètres de diamètre, et elles forment un demi-cylindre solidaire de la muraille. Leur base était pleine à l'origine, mais elles semblent avoir été évidées au Moyen Âge. Elles comprenaient aussi une salle aveugle dont le plafond correspondait à la hauteur du chemin de ronde. Les deux tours du château sont distantes d'une trentaine de mètres, et elles sont situées à des points d'inflexion de la muraille[121]. D'autres vestiges de l'Antiquité ou du Haut Moyen Âge ont été trouvés sous la tour des Jacobins ainsi que dans la cour d'honneur. Le sous-sol de la tour renferme une section gallo-romaine longue de 7 mètres et épaisse de 80 centimètres, arasée puis réemployée dans un mur antique postérieur. Près de l'escalier du Grand Gouvernement, les archéologues ont aussi découvert les vestiges de deux murs antiques qui reposent sur les restes d'un mur plus ancien. Il est impossible de dater précisément ces vestiges, ni de retrouver leur fonction d'origine, car ils sont trop petits et morcelés[120].

Château de la Tour Neuve[modifier | modifier le code]

Des fouilles menées dans les années 1930, 1940 et 2000 ont permis de dégager les fronts nord, nord-est, sud-est et sud de l'ancien château. Les archéologues se sont cependant limités au sommet des maçonneries, n'explorant que très rarement les niveaux inférieurs. Lors de la construction du nouveau château par François II, la Tour Neuve n'a été que partiellement démolie, et le remblaiement sur plusieurs mètres de la cour a enfoui ses restes. Le sommet des maçonneries retrouvées correspond donc le plus souvent à la limite entre le premier étage et le rez-de-chaussée. Les rez-de-chaussée ainsi que les caves sont théoriquement conservés en-dessous[122]. Au cours de ses trois-cents ans d'existence, le château de la Tour Neuve a été remanié à plusieurs reprises, et les fouilles ne peuvent restituer que son aspect du XVe siècle, avant sa démolition. Le gros donjon circulaire était construit juste derrière la muraille gallo-romaine, et il était entouré par une cour fortifiée probablement rectangulaire, elle-aussi située à l'intérieur de l'enceinte antique. Cette cour ainsi que le donjon sont vraisemblablement les tout premiers éléments construits, au début du XIIIe siècle. Une deuxième cour a été ajoutée peu après du côté extérieur de la muraille, puis une troisième cour a été insérée entre la deuxième et le cours de la Loire. Une terrasse défensive a enfin été construite contre la dernière cour. Cette terrasse daterait de la fin du XIVe siècle, et elle serait la dernière partie à avoir été construite[123].

Musée d'histoire de Nantes[modifier | modifier le code]

Conception et muséographie[modifier | modifier le code]

L'une des salles consacrées à l'image de Nantes.

La création du Musée d'histoire de Nantes est décidée en 1990. Le château accueille déjà à l'époque deux musées, l'un dédié aux arts populaires de la région, l'autre à l'histoire maritime et industrielle de Nantes, mais ceux-ci souffrent de leur vétusté. Les bâtiments sont en très mauvais état ; le Grand Logis est fermé depuis les années 1970 à cause de son délabrement, et seuls deux niveaux sont encore ouverts dans le Grand Gouvernement. Ces deux bâtiments sont rénovés et rouvrent en 2007 lors de l'inauguration du nouveau musée. Celui-ci choisit de présenter au visiteur à la fois un parcours de ses collections, et des bâtiments dans lesquelles elles se trouvent[57]. Des éclairages et une signalétique particulière soulignent les détails remarquables au fil des salles, comme des cheminées, des chambres de tir, des graffitis de prisonniers ou des charpentes[124].

Le musée est divisé en sept grandes séquences, qui présentent chacune un aspect ou une période de l'histoire nantaise. La première est consacrée à l'histoire de la ville et du château jusqu'au XVIIe siècle, la deuxième à l'image de la ville de Nantes et à ses symboles, la troisième au Commerce triangulaire, la quatrième à la Révolution française, la cinquième au port du XIXe siècle, la sixième aux deux guerres mondiales, et la septième à l'époque contemporaine et aux projets futurs[125]. Le musée comprend trente-deux salles. Dix-sept salles se trouvent dans le Grand Logis et la tour des Jacobins attenante, et quinze autres se trouvent dans le Grand Gouvernement. Tous les niveaux, des sous-sols aux combles, sont occupés[124]. Les escaliers de la tour de la Couronne d'Or constituent le principal chemin d'accès d'un étage à l'autre, et le musée possède aussi un ascenseur[125]. Celui-ci se trouve dans le vide des Jacobins, espace haut de 26 mètres qui est présenté comme une coupe architecturale, avec son empilement de cheminées conçues pour des étages jamais achevés[126].

Salle consacrée à la Première Guerre mondiale.

Le mobilier de présentation a été choisi pour sa sobriété, afin que le regard du spectateur reste concentré sur les objets et sur le château. Les salles étant relativement petites, une certaine parcimonie a aussi été privilégiée pour favoriser la visibilité[127]. Les couleurs choisies sont des camaïeux et la seule vraie couleur, le rouge, indique les éléments non-muséaux, comme la boutique, l'accueil est les éléments techniques. Sa teinte sang de bœuf est inspirée du Moyen Âge. Les salles consacrées à l'esclavage offrent cependant une rupture dans la muséographie. Le décor des salles suggère, avec des cloisons en bois, les cales de bateaux négriers[128]. Le musée accorde un grand rôle aux nouvelles technologies, avec par exemple des bornes interactives, une visite virtuelle de la ville au XVIIIe siècle, et trois films, l'un racontant la vie d'Anne de Bretagne, un autre l'histoire du château, et un autre qui est un portrait de ville commandé à Pierrick Sorin[129].

Collections[modifier | modifier le code]

Le musée expose plus de 1150 œuvres, choisies pour leur signification et leur capacité à traduire un thème. Les objets présentés sont très divers : peinture, sculpture, plans, maquettes de bateau, affiches, photographies, films, éléments architecturaux, mobilier, ou encore outils[124]. Ces objets font partie des collections municipales nantaises, qui comptent un total de 50 000 objets, dont la vaste majorité est en réserve. Ces collections sont hérités des anciens musées municipaux, notamment ceux situés dans le château : musée d'Art décoratif, musée d'Art populaire régional et musée des Salorges, consacré au port et industries de Nantes, mais aussi le musée de Nantes par l'image, installé Porte Saint-Pierre de 1927 aux années 1960, le musée d'Art religieux situé à La Psallette de 1933 à 1969, et le musée colonial du Grand-Blottereau, existant de 1902 à 1954. Parmi tous les objets des collections municipales, aucun n'a de lien direct avec le château[130].

Certains objets sont le résultat d'acquisitions menées expressément pour l'ouverture du musée en 2007, par exemple les porcelaines de Chine, achetées pour illustrer la place de Nantes dans l'histoire de la Compagnie des Indes[131]. Depuis l'ouverture du musée, d'autres acquisitions sont effectuées selon les opportunités, et un appel a été fait en 2008 auprès de la population nantaise pour retrouver des objets liés aux guerres mondiales[132]. Ces objets sont venus étoffer la partie consacrée à l'histoire contemporaine, notamment lors d'une refonte partielle des salles en 2016[133]. 30 % des objets exposés concernent la Traite des Noirs et l'esclavage, domaines d'expertise du musée. Ces objets comprennent des livres de compte, des gravures, tableaux, figures de proue de bateaux, des objets de torture, des meubles ou encore des colliers de perles[134]. Les périodes allant de l'Antiquité à la Renaissance sont traitées rapidement, car elles sont largement abordées par un autre musée de la ville, le musée Dobrée. Le château renferme cependant un bateau en bois du XIIIe siècle retrouvé dans le Brivet. Il possède aussi un plan-relief de Nantes au Moyen-Age, réalisé en 1859, et exposé dans la même salle que la tapisserie dite « des États de Bretagne », commandée en 1585. Le XVIIe siècle nantais est surtout illustré par des gravures et des documents écrits. L'importante séquence dédiée à l'image de la ville et à ses symboles regroupe des affiches publicitaires anciennes, des objets fabriqués pour des entreprises locales comme LU et Amieux Frères, ou encore une aquarelle de Turner et la partition de la chanson Nantes de Barbara. Plusieurs salles présentent la vie nantaise au XVIIIe siècle, avec des meubles, des étoffes, de la vaisselle, et la période révolutionnaire est notamment illustrée par une peinture anonyme représentant les Noyades de Nantes. Parmi les autres pièces remarquables se trouve une grande maquette représentant le port de Nantes, réalisée pour l'Exposition universelle de 1900[135].

Parcours des visiteurs[modifier | modifier le code]

Le château se reflétant dans le miroir d'eau.

Le musée est organisé selon un système de cheminement unique, qui permet de passer dans chaque salle l'une après l'autre. Le temps de visite est estimé à trois heures par le musée, mais des circuits plus courts sont proposés selon des thématiques, par exemple le musée en vingt objets, le château d'Anne de Bretagne, visite familiale, ou encore l'esclavage. Les salles peuvent être découvertes avec un audio-guide multilingue (français, anglais, allemand, italien, espagnol et breton)[125]. Des visites guidées sont organisées à heure fixe[136].

La librairie-boutique, située au rez-de-chaussée du musée, est un point de passage au début et à la fin du parcours. Elle propose des objets et des livres en lien avec le musée et le château, et notamment les ouvrages édités par les Éditions du Château des Ducs de Bretagne. La Conciergerie et le Vieux Donjon accueillent un café-restaurant, Les Oubliettes[125].

L'accès aux douves et à la cour intérieure du château sont gratuits. Côté douves et côté cour, un parcours de visite libre a été établi, avec des plaques informatives disposées régulièrement. Celles-ci permettent au visiteur de comprendre le château, ses éléments et son histoire. Les plaques sont multilingues et munies d'illustrations ainsi que de repères chronologiques. Le parcours est prolongé dans le reste du centre-ville par d'autres plaques similaires, installées à partir de 2005. Le programme de restauration achevé en 2007 a permis d'ouvrir pour la première fois au public la totalité du chemin de ronde. Long de 500 mètres, le parcours est entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite grâce à un ascenseur. Il permet d'obtenir des points de vue sur le monument, mais aussi sur la ville de Nantes et certains édifices emblématiques comme la cathédrale et la tour LU. Lors de la restauration, les douves ont été entièrement remises en eau, et elles ont été entièrement réaménagées pour devenir un véritable jardin public. Des magnolias, arbres liés de près à l'histoire nantaise, y ont été plantés[137].

Fréquentation[modifier | modifier le code]

Le château des ducs de Bretagne est le site touristique le plus fréquenté à Nantes et dans tout le département de la Loire-Atlantique. Depuis la réouverture en 2007, il accueille en moyenne entre un million et un million et demi de visiteurs par an, tandis que le musée seul accueille autour de 200 000 visiteurs. L'année de réouverture, 2007, a également été une année record, puisque 1 562 000 personnes ont visité le château (284 550 pour le musée), soit le maximum annuel de visiteurs enregistré. Certains événements, comme Le Voyage à Nantes l'été et des expositions temporaires entraînent une augmentation significative du nombre de visiteurs. L'exposition « Samouraï » en 2014 avait ainsi attiré un très grand nombre de visiteurs dans le musée (265 464 comparé à 180 072 en 2013) ainsi que dans la cour (1 448 212 contre 1 301 825 en 2013). Le nombre de visiteurs depuis 2007 est globalement en croissance constante[138]. Avant les travaux des années 2000, le château ne voyait que 330 000 visiteurs par an, et pour la réouverture de 2007, la ville ne projetait que 500 000 visiteurs annuels[139].

En 2016, la grande majorité des visiteurs venaient de France (45 % de visiteurs du département, 28 % du Grand Ouest, de l'arc atlantique et de la région parisienne), tandis que les étrangers représentaient 10 % des visiteurs. Les Espagnols formaient la nationalité la plus représentée. En été, la proportion de visiteurs étrangers avait atteint un pic de 19 %. Les visiteurs individuels avaient compté pour 82 % de la fréquentation, le reste correspondant aux groupes et visites scolaires[138]. En 2017, le musée d'histoire de Nantes était avec ses 230 000 visiteurs le musée le plus visité de Nantes, devant le Musée d'arts (220 000 visiteurs), le Muséum d'histoire naturelle (140 000) ou encore le Musée Jules-Verne (30 000)[140].

Événements et expositions temporaires[modifier | modifier le code]

L'exposition « Samouraï » en 2014.

Depuis sa réouverture en 2007, le château a accueilli de nombreuses expositions temporaires, logées dans le bâtiment du Harnachement. Avant 2007, le site avait déjà présenté des expositions de grande envergure, comme « Les Anneaux de la mémoire », première grande exposition à Nantes sur le Commerce triangulaire, qui s'est tenue au Harnachement en 1992. Elle fut suivie par « Estuaire » en 1997, dédiée au port et à l'estuaire de la Loire, puis par « Jules Verne, les mondes inventés » en 2000[141]. Entre 2007 et 2017, le musée a successivement présenté vingt expositions, parmi lesquelles « Nantaises au travail » et « Austria, une tragédie dans l'Atlantique » (2012), « En guerres 1914-1918 / 1939-1945 » (2013), « Samouraï, 1000 ans d'histoire du Japon » (2014), « Tromelin, l'île des esclaves oubliés » (2016), « Aux origines du surréalisme » et « Les esprits, l'or et le chaman, chef-d'œuvre du musée de l'or de Colombie » (2017). En 2018, le musée a également présenté deux expositions marquantes, « Nous les appelons Vikings », coproduite avec le Musée historique de Stockholm, et « Rock ! Une histoire nantaise », reconnue d'intérêt national. Les expositions présentent soit un aspect de l'histoire ou de la société nantaise, soit un rapport entre Nantes et une autre partie du monde[129].

Le château accueille un grand nombre d'événements culturels, notamment le festival de chant Les Voix bretonnes et le fest-noz La Nuit bretonne, les Nocturnes, qui sont l'occasion une fois par mois de présenter les collections de manière décalées, avec des performances, des expériences sensorielles ou des installations sonores et lumineuses, et Noël au château, pendant lequel des artistes sont invités à investir le monument. Le château organise aussi des lectures et débats liés à l'histoire et l'actualité (Échos) et un festival pour enfants (À nous le château). Il participe enfin aux événements locaux et nationaux, comme les Journées du patrimoine, la Nuit des musées, Le Voyage à Nantes, Aux heures d'été ou encore le festival Scopitone[129].

Personnalités liées au château[modifier | modifier le code]

Hôtes et résidents[modifier | modifier le code]

Anne de Bretagne.

Prisonniers célèbres[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Bertrand Guillet et Aurélien Armide, Le château des ducs de Bretagne : entre grandeur et renouveau : huit siècles d'histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 2e éd. (ISBN 978-2-7535-4879-4). 
  • Olivier Pétré-Grenouilleau, Nantes, histoire et Géographie contemporaine, Plomelin, Éditions Palantines, , 2e éd., 299 p. (ISBN 978-2-35678-000-3). 
  • Bertrand Guillet, Le château des ducs de Bretagne, huit siècles d'histoire, Éditions Château des Ducs de Bretagne,
  • Pierre Chotard, Dans les prisons de Nantes..., Éditions Château des Ducs de Bretagne,
  • Collectif, Château des ducs de Bretagne ; Musée d'histoire de Nantes, Nantes, Musée d'histoire de Nantes, , 107 p. (ISBN 9782906519114)
  • Guy Saupin, Le Château des ducs de Bretagne, Nantes, Musée d'histoire de Nantes, , 20 p.
  • Alain Salamagne, Jean Kerhervé et Gérard Danet, Châteaux et modes de vie au temps des ducs de Bretagne, XIIIe-XVIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-2262-6)
  • Guy Saupin, "Le château des ducs", dans Didier Guyvarc’h, La Mémoire d’une ville. 20 images de Nantes, Nantes-Histoire/Skol Vreizh, Morlaix, 2001.
  • Ouvrage Collectif Flohic, Le Patrimoine des communes de la Loire-Atlantique, vol. 2, Charenton-le-pont, Flohic éditions, , 1383 p. (ISBN 2-84234-040-X)
  • Armel de Wismes, Le vieux Nantes, Nantes, Infolio, , 65 p. (ISBN 9782909449005). 
  • Édouard Pied, Notices sur les rues de Nantes, , p. 123

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'histoire des transports à Nantes, Société académique de Nantes et de la Loire-Atlantique, coll. « Les annales de Nantes et du Pays nantais », , p. 1 & 17
  2. « Nantes », sur monumentshistoriques.free.fr, (consulté le 9 octobre 2018)
  3. a, b, c et d Guillet 2017, p. 12
  4. Guillet et Armide 2016, p. 33
  5. a et b Guillet et Armide 2016, p. 43
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  11. a, b, c et d Guillet 2017, p. 19
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  13. Guillet 2017, p. 21
  14. Guillet 2017, p. 22
  15. a, b et c Guillet 2017, p. 28
  16. a et b Guillet 2017, p. 34
  17. a, b, c, d et e Guillet et Armide 2016, p. 127
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  19. Guillet 2017, p. 36
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  21. Dominique Le Page, Nantes en Bretagne ? Nantes et la Bretagne du Moyen Âge à nos jours, Skol Vreizh, (ISBN 978-2-36758-034-0), p. 46
  22. a, b et c Guillet 2017, p. 38
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  24. a et b Pétré-Grenouilleau 2008, p. 56
  25. Guillet 2017, p. 48
  26. Ange Guépin, Histoire de Nantes : Avec dessins de M. Hawke et 2 plans, Sebire, , p. 260
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