Cairn de Barnenez

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Cairn de Barnenez
Image illustrative de l'article Cairn de Barnenez
Façade sud
À gauche, le cairn secondaire
À droite, le cairn primaire, plus sombre
Présentation
Nom local Kerdi Bras
Chronologie • intervalle entre 5010 et 4400 av. notre ère (chambre G)
• intervalle entre 4580 et 3965 av. notre ère (chambre A)
Type cairn
Période néolithique
Faciès culturel mégalithisme
Fouille 1955-1968, Pierre-Roland Giot
Site internet barnenez.monuments-nationaux.fr
Visite payante, 5,5 €
Caractéristiques
Dimensions 75 × 28 m
Matériaux pierre sèche
Décor oui
Mobilier oui
Géographie
Coordonnées 48° 40′ 03″ N 3° 51′ 31″ O / 48.6675, -3.8586148° 40′ 03″ Nord 3° 51′ 31″ Ouest / 48.6675, -3.85861
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Finistère
Commune Plouezoc'h

Géolocalisation sur la carte : Finistère

(Voir situation sur carte : Finistère)
Cairn de Barnenez

Le cairn de Barnenez (Kerdi Bras en breton) est un monument mégalithique du néolithique se trouvant dans la commune de Plouezoc'h, sur la côte nord du Finistère, en Bretagne, France. Il est constitué de deux cairns en pierre sèche accolés, qui recouvrent onze dolmens à couloir. La construction du cairn primaire a lieu vers 4700 avant notre ère (dans l'intervalle entre 5010 et 4400 avant notre ère), soit quelque 2 100 ans avant la plus ancienne pyramide d'Égypte. La construction du cairn secondaire commence vers 4400, pour se terminer vers 4300.

Les vestiges d'un deuxième cairn, Kerdi Bihan, plus petit et fortement endommagé, se trouvent à une centaine de mètres au nord-ouest de Kerdi Bras. Ils n'ont été fouillés qu'en partie. On y a découvert quelques restes d'un dolmen détruit.

Situation[modifier | modifier le code]

premier plan de pierres et de végétation, séparé par la mer de côtes en arrière-plan
La baie de Morlaix, vue du cairn.

Le monument, appelé Kerdi Bras[1], est situé dans la commune de Plouezoc'h (Finistère), sur la presqu'île de Kernelehen. Ce socle rocheux, sur la rive droite de l'estuaire de la rivière de Morlaix, constitue un promontoire dominant la baie de Morlaix. Il culmine à 45 m NGF[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Construction[modifier | modifier le code]

Les datations de certains dolmens par le carbone 14 ainsi que les matériaux utilisés pour les parements amènent à distinguer deux grandes phases de construction.

  • La partie orientale (le « cairn primaire »), comportant 5 dolmens, est érigée aux alentours de 4700 avant notre ère[3]. La métadolérite locale utilisée pour les parements lui donne une teinte sombre[4].
  • À l'ouest, le « cairn secondaire », deux fois plus important en volume[5], comporte 6 dolmens : le plus ancien (dolmen F) est construit vers 4400, le plus récent (dolmen A) vers 4300[6]. Les parements de la façade arrière ainsi que les deux parements les plus internes de la façade avant sont composés de blocs de métadolérite[7]. Les parements les plus extérieurs de la façade avant sont constitués de granite rapporté de Stérec (aujourd'hui une île), à 1 km plus au nord[8],[9], : le bas de la façade a une teinte plus claire.

Ravages et sauvegarde[modifier | modifier le code]

En 1807, l'amas de pierres est cité dans le cadastre napoléonien, puis, en 1850, lors d'une réunion scientifique, par le maire de la commune de Plouezoc'h. Ces signalements ne suffisent pas à protéger le monument. En , un entrepreneur de travaux publics outrage un premier cairn, Kerdi Bihan, long de 25 à 30 m, situé une centaine de mètres au nord-ouest de Kerdi Bras[10]. Au printemps 1955, il commence à détruire le grand cairn, éventrant les chambres A, B, C et D. Il est stoppé par les autorités, alertées par Pierre-Roland Giot, directeur des antiquités historiques de Bretagne.

Celui-ci entame des fouilles qui vont s'échelonner jusqu'à 1968[11]. En urgence, à sa demande, le , le cairn fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques[12]. De 1956 à 1968, il est consolidé et restauré[13]. André Malraux le qualifie de « Parthénon mégalithique[5] ».

Description de l'ensemble Kerdi Bras[modifier | modifier le code]

Structure de l'ensemble[modifier | modifier le code]

Plan général de l'édifice.

Le cairn Kerdi Bras est de forme allongée, ce qui est peu courant en Armorique, et n'existe ni en Irlande ni en Grande-Bretagne ni dans la péninsule Ibérique[14]. Trapézoïdal, s'étirant en s'élargissant de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest, il recouvre 11 dolmens à couloir ouvrant au sud-sud-est.

Une fois terminé, le monument pouvait avoir une hauteur de 8 m[15]. Au début des fouilles, éboulé, il est long de 95 à 90 m, pour une largeur maximale de 30 à 35 m et une hauteur de l'ordre de 5 m[16]. Il a aujourd'hui une longueur de 75 m pour 28 m dans sa plus grande largeur[5], et une hauteur moyenne de 6 m. Ce qui permet d'estimer son volume global entre 6 500 et 7 000 m3, et son poids entre 12 000 et 14 000 tonnes.

Structure des dolmens[modifier | modifier le code]

La structure des onze dolmens de Kerdi Bras est variée. Les couloirs ont des murets de pierre sèche supportant des tables (dalles de couverture). Dans certains couloirs, de grandes dalles verticales sont plaquées contre ces murets. À l'exception des chambres B et H qui sont entièrement mégalithiques, les chambres de Kerdi Bras sont en pierre sèche, couvertes par une voûte en encorbellement. Les chambres A et D, en pierre sèche, sont partiellement mégalithiques.

Appareil des encorbellements[modifier | modifier le code]

Certaines voûtes en encorbellement (celles des chambres F, G, G′) nous sont parvenues intactes plus de 6 000 ans après leur construction. Pourtant, le Massif armoricain a certainement connu, sur une période aussi longue, des séismes d'amplitude prononcée[17]. Construites en plaquettes granitiques, en tas de charge, les voûtes sont maintenues par les pierres du cairn, plus petites. Ces dernières, entassées au hasard, ne demandent qu'à rouler dès lors qu'elles ne sont pas contrebutées par un parement ou par un revêtement[17].

Gravures du couloir J (la première) et de la chambre H.

Au printemps 1955, après la destruction par les carriers, la section de la voûte de la chambre C a permis d'examiner l'appareil de l'encorbellement[18]. Pour construire 1 m2 d'une voûte soignée comme celle de la chambre C, il faut compter de 1 à 1,5 m3 de plaquettes granitiques[17]. Certaines dallettes atteignent de 1,50 à 2 m de longueur, pour une largeur de 20 à 30 cm, et une épaisseur de 15 à 20 cm — parfois même de 30 cm. Muraillées en couches radiales, elles sont inclinées[18] de 10 à 15° vers l'extérieur. L'épaisseur étant variable, de petites pierres ou plaquettes servent d'intermédiaires ou de cales. Bien des pierres se fissurent ou se cassent du fait du poids du cairn, des tassements, des irrégularités de niveau et des différences de résistance des matériaux. Malgré cela, tant que rien ne bouge tangentiellement, l'ensemble reste stable[17].

Depuis la consolidation de la chambre C en 1958[19], on ne voit plus l'appareil de son encorbellement[18].

Gravures[modifier | modifier le code]

Certains dolmens sont décorés par des symboles gravés d'outils, d'armes et d'animaux. On retrouve aussi sur les parois la répétition de la forme Q.

Mobilier[modifier | modifier le code]

Les objets découverts lors des fouilles sont peu nombreux, mais très divers. On trouve notamment des lames de hache polies, des pointes de flèche et des lames en silex. Des morceaux de poteries de deux types attestent d'une seconde utilisation du site (aux alentours du IIIe millénaire av. J.-C.) Cette hypothèse expliquerait aussi la découverte d'un petit poignard en cuivre et de pointes de flèche plus élaborées.

Description du cairn primaire[modifier | modifier le code]

Le massif n'est pas très élevé. Le parement interne est bien plus haut que le parement externe. Le dessus du cairn est arrondi.
Le cairn primaire, vu du nord-est. Au premier plan, le bas massif, derrière lequel émerge le haut du massif intermédiaire. On distingue le parement interne (le plus haut) et le parement externe (sur les massifs et le long de la façade nord).

Le cairn primaire est prolongé à l'est par un bas massif. Entre eux, au nord-est, s'intercale un deuxième massif, plus haut que le premier. Le cairn primaire est long de quelque 35 m, pour une largeur moyenne de 20 m. Il abrite cinq dolmens.

Parements[modifier | modifier le code]

Il s'offre à la vue ceinturé de deux parements. Le parement externe a été trouvé dans un moins bon état de conservation que le parement interne. C'est pourquoi la restauration l'a fait moins haut qu'originellement[20].

Le cairn primaire a une orientation générale d'environ 70°, le cairn secondaire d'environ 57°. Mais il semble que des couloirs ont un jour été rallongés et que la façade principale du cairn primaire a été réaménagée. Elle s'aligne plus ou moins sur celle du cairn secondaire : le parement externe du cairn primaire est à 60 ou 62°, ce qui le rapproche de l'angle du cairn secondaire, et donne son unité à la façade principale de l'ensemble, avec une légère inflexion[21].

On a détecté, en arrière du parement interne, un fragment de troisième parement, reliant les entrées primitives des couloirs G et G′. Il n'a pas été dégagé. Le prolongement de ce parement n'a pu être trouvé[22].

Parvis[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée. À gauche, un large orthostate. À droite, 4 petits orthostates.
Entrée du dolmen H. À droite, le massif de contrefort.

Il n'y a pas trace d'utilisation rituelle sur la façade arrière du cairn primaire, pas plus qu'à l'extrémité est. Quant au parvis — lieu privilégié devant la façade principale de tous les monuments —, il n'a guère livré de restes mobiliers évoquant des cérémonies. Mais les structures extérieures encadrant l'entrée H sont remarquables[23]. À gauche, un grand orthostate en métadolérite, large d'un mètre, est plaqué contre le parement. À droite, s'élèvent quatre petits orthostates, hauts en moyenne de 80 cm, eux aussi plaqués contre le parement. Puis, entre la quatrième de ces pierres et l'entrée I, court un massif de contrefort, long de 4 m, profond de 80 cm. Il n'a livré aucun mobilier, et on en est réduit aux conjectures quant à une fonction rituelle[24].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Dans le cairn primaire, seul le dolmen G est daté. Sa chambre obtient la date la plus haute de l'ensemble de Barnenez. Ce qui ne fait pas pour autant du dolmen G et de son jumeau G′ les deux plus anciennes constructions du cairn primaire[25]. Ils peuvent aussi bien en être les plus récentes, car G voisine avec le plus proche dolmen du cairn secondaire, F, qui lui ressemble beaucoup[26].

On ignore donc lequel des cinq dolmens fut bâti en premier. On doit se contenter de formuler des hypothèses.

  • Pierre-Roland Giot est tenté de voir en H le dolmen le plus ancien[27]. Celui-ci occupe en effet une place centrale dans le cairn primaire : tout s'articule autour de lui avec symétrie. Il tranche sur les autres par son architecture, par ses techniques de construction, par ses matériaux massifs[28].
  • Le plus ancien pourrait également être J, le plus en hauteur[21].

Dolmen J[modifier | modifier le code]

dalle trapézoïdale exposée debout. Un rectangle y est sculpté, pouvant symboliser un visage et surmonté de 15 longs traits courbes en gerbe pouvant figurer des cheveux. Un cartel dit : « Déesse de Barnenez »
Reproduction de la première table du couloir J.

Le dolmen J, long de 9 m, est le plus oriental de tout Kerdi Bras. Il occupe à peu près, dans la surface couverte par l'édifice, le point le plus élevé[29]. Il est très endommagé : il se trouve dans une zone du cairn où sans doute, depuis longtemps, on avait pris l'habitude de prélever des pierres[30].

Avant-couloir et couloir[modifier | modifier le code]

extrémité est du cairn. La partie couverte du couloir est murée.
Avant-couloir et entrée du dolmen J. À droite, le massif est.

Le dolmen J est le seul du cairn primaire à être pourvu d'un avant-couloir. Celui-ci, long d'un mètre, est découvert. Son entrée s'aligne sur le parement externe. Cet avant-couloir, du fait de sa position privilégiée, pouvait avoir une fonction rituelle. Mais on n'y a trouvé aucun mobilier permettant de conforter une telle hypothèse[29].

Le couloir couvert (6 m) est le plus court du cairn primaire. Ses murets en pierre sèche (c'est-à-dire sans mortier) portent les tables. Sa première table, en granite, est alignée sur le parement interne du cairn (et non sur le parement externe, comme pour les 4 autres dolmens du cairn primaire). Sur sa face inférieure, est gravé un rectangle surmonté d'une gerbe de 15 lignes courbes en 2 registres divergents. On trouve en Bretagne d'autres exemples de cette figure, dite « en marmite » (sans anses, ici)[31], qui donne lieu à diverses interprétations : figure humaine avec cheveux, déesse mère, voile de barque[32]… L'endroit où elle se trouve est inhabituel, ce qui fait penser à un réemploi[30].

Sous la deuxième table, un faux-support est plaqué contre le muret ouest. Les tables suivantes ont disparu[32]. On trouve encore deux petits faux-supports contre le muret ouest[30].

Chambre[modifier | modifier le code]

La chambre, de forme indécise (3 m de diamètre), est en pierre sèche. Elle n'a conservé sa muraille que sur une hauteur d'1,50 m. Sa voûte en encorbellement, trouvée effondrée, est reconstituée en 1961[29].

Dolmen I[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée.
Entrée du dolmen I. À gauche, le massif de contrefort.

Le dolmen I est long d'environ 10,50 m[33]. Il a une entrée basse (100 à 110 cm)[34].

Dans le couloir, long de 7,50 m, en très bon état, ce sont les murets en pierre sèche qui soutiennent seuls les tables de granite. La première partie de ce couloir est couverte de 3 tables. De très courts orthostates (75 à 80 cm de haut[34]) y bordent les deux murets, sans jouer le rôle de supports. La deuxième partie du couloir est couverte de 4 tables. On n'y trouve que 2 faux-supports, l'un à droite, l'autre à gauche, juste avant l'entrée de la chambre[31].

La chambre, circulaire, couvre environ 7 m2. Les murs sont restés intacts jusqu'à environ 2 m de hauteur, tandis que la voûte en encorbellement est trouvée effondrée. En 1961, elle est reconstituée[33].

Dolmen H[modifier | modifier le code]

Le dolmen H est, selon Pierre-Roland Giot, « le plus spectaculaire de tous les dolmens de Barnenez[35] ». Il n'a livré que très peu de mobilier : quelques débris de poterie[36].

Couloir[modifier | modifier le code]

Le plan indique le tracé des parements interne et externe, des massifs et des 5 dolmens (en distinguant muraille de pierre sèche et pierres debout).
Plan du cairn primaire.

Le couloir, d'une construction très soignée, bien plus spacieux que celui des autres dolmens, est long de 7 à 7,50 m[37], pour une largeur de 110 cm et une hauteur moyenne de 120 cm. Les 7 tables sont portées exclusivement par les murets de pierre sèche, contre lesquels sont plaquées de grosses dalles verticales[36] : 7 dalles (et un fragment) côté ouest, 9 dalles côté est. Le couloir remonte : le plancher se relève progressivement de 50 cm, et le plafond de 40 à 50 cm, ce qui limite la pénétration des rayons solaires, même en hiver[37].

Antichambre[modifier | modifier le code]

L'ensemble antichambre et chambre a une longueur d'environ 4 m pour une largeur moyenne de 1,75 à 2 m, ce qui représente une surface totale de 8 m2[38].

L'antichambre a une muraille de pierre sèche, haute de 2,50 m, plus ou moins circulaire, contre laquelle sont plaquées de grosses dalles. La petite voûte encorbellée est effondrée. Elle devait culminer à 3 m. Ne laissant qu'un étroit passage de 80 cm, 2 petits orthostates marquent la séparation avec la chambre[36]. Ils ne supportent pas la grande table sous laquelle ils se trouvent[38].

Chambre[modifier | modifier le code]

Entièrement mégalithique, la chambre à une forme polygonale. Elle est délimitée par 5 grosses dalles, dont 2 sont partagées avec l'antichambre. Ces 5 dalles supportent une très grande table. Entre les dalles verticales et la table, des petits murets comblent les vides[36].

La chambre est ornée de nombreuses gravures…

  • Sur le petit orthostate ouest de l'entrée, les signes sont très profondément gravés. Ce sont 3 triangles (haches) et un arc.
  • Sur les autres piliers, les gravures sont plus frustes et simplement piquetées : triangles, signe en U (cornes), croix, lignes ondulées, lignes brisées[31]

Dolmen G′[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée.
Entrée du dolmen G′.

Situé entre le dolmen G et le dolmen H, le dolmen G′ doit sa dénomination au fait qu'il a été découvert après tous les autres, en juin 1957. Par son plan et par ses dimensions, il a des ressemblances avec le dolmen G[39]. Sa longueur est d'environ 12,50 m. Hormis quelques charbons de bois et un éclat de silex (et, à l'entrée, deux tessons, probablement de l'âge du fer), il n'a pas livré de mobilier[40].

Couloir[modifier | modifier le code]

Le couloir est « tortueux et irrégulier[25] ». Il a une longueur de 10,40 m environ[40]. Ses murets sont bâtis en pierre sèche. Il est recouvert de 12 tables. L'entrée a un petit orthostate, qui ne supporte pas la première table.

Le couloir a d'abord une hauteur de 120 à 130 cm, pour une largeur de 80 à 90 cm. À 6 m de l'entrée, il rétrécit de façon très marquée : la hauteur n'est plus que de 80 à 90 cm, et la largeur moyenne de 70 cm. À l'endroit du redent, il y a une rupture dans l'appareillage des parois et, au-dessus, tout autour de la sixième table, le cairn comporte un parement interne, perpendiculaire au couloir. Tout cela donne à penser que le couloir a été fait en deux étapes : on a construit d'abord un couloir primaire de longueur moyenne (4,40 m), couvert de 6 tables ; puis on l'a prolongé par un couloir secondaire de 6 m, couvert lui aussi de 6 tables[41],[42].

Une des dernières dalles est brisée. Le sol est recouvert de pierraille. On a trouvé dans ce couloir un bourrage de grosses pierres[41].

Chambre[modifier | modifier le code]

Circulaire, bien conservée, la chambre est petite : son diamètre moyen est de 2 m, pour une hauteur de 2,80 m. Parois et voûte en encorbellement sont en pierre sèche (granite mêlé, pour ce qui concerne la voûte, de quelques dalles de schiste bleu). Une dalle de schiste bleu ferme l'encorbellement. Le sol est recouvert de pierraille[41]. Une fine dalle sur chant était disposée de façon oblique à l'ouest de l'entrée de la chambre[40]. Elle a mystérieusement disparu dans les années 1960[35].

Dolmen G[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée.
Entrée du dolmen G. À gauche, le massif externe.

Le dolmen G est le monument le plus occidental du cairn primaire. Intact, il a une longueur d'environ 13,50 m. En dehors de charbons et d'un débris d'os, il n'a pas livré de mobilier[42].

Couloir[modifier | modifier le code]

Long d'environ 11,60 m[43], le couloir est le plus long du cairn primaire[44]. Tortueux et irrégulier comme celui de G′, il s'incurve doublement, formant un s très aplati. Ses murets sont bâtis en pierre sèche. À l'entrée, plaqués contre les parois, se dressent deux petits piliers, sur lesquels repose la première des 13 tables (dalles de couverture) du couloir. La hauteur est d'abord, sous les deux premières tables, de 50 à 60 cm. Puis elle remonte à 100-110 cm. La largeur, dans cette première partie du couloir, est de 100 cm[36].

À 7 m de l'entrée, le couloir rétrécit nettement (un peu moins cependant que dans le dolmen G′) : sa seconde partie ne fait plus que 50 cm de large, tandis que le plafond descend jusqu'à 70 cm. À l'endroit du rétrécissement, on trouve dans le cairn la trace du même parement interne qu'au-dessus du couloir G′[43]. La partie proche de l'entrée (le couloir secondaire), longue de 7 m, est pourvue de 8 tables. La partie proche de la chambre (le couloir primaire), longue de 4,60 m, est couverte de 5 tables[42].

Le sol est entièrement recouvert d'une couche de 25 à 30 cm de pierraille. Le couloir a été obstrué volontairement sur 4 m, entre les tables 4 et 9 : à cet endroit, le « pavage » a été trouvé recouvert — plus haut que dans le couloir G′, parfois jusqu'au plafond — d'un amoncellement de grosses pierres de taille. L'arrivée dans la chambre était également à demi obturée d'un amoncellement de pierres, parmi lesquelles se trouvait un fragment de tibia humain[45].

Le couloir secondaire est daté entre 4330 et 4005[46].

Chambre[modifier | modifier le code]

Circulaire, bien conservée, la chambre a des dimensions proches de celles de la chambre G′ : d'un diamètre moyen de 2 m pour une hauteur de 2,60 m. Comme dans la chambre G′, parois et voûte sont en pierre sèche : les parois sont faites de dalles plates de granite jaune superposées ; la voûte, en encorbellement, est également faite de petites dalles de granite superposées, auxquelles se mêlent quelques plaques de schiste bleu. Une dalle de schiste ferme l'encorbellement[42].

Des charbons de bois trouvés dans la chambre en 1968 sont datés par le carbone 14 entre 5010 et 4400 avant notre ère[3].

Description du cairn secondaire[modifier | modifier le code]

Long de 40 m, large de 28 m à la proue, le cairn secondaire abrite six dolmens[5]. À l'arrière, dans la zone dévastée en 1955, quatre des chambres (A, B, C, et D) sont visibles.

Parements[modifier | modifier le code]

Vue arrière de l'ensemble des deux cairns.
Façade arrière. À gauche, le cairn primaire, reconnaissable à ses deux parements. Au centre, les trois parements arrière du cairn secondaire. À droite, la zone dévastée.

Si le cairn primaire est ceint de deux parements concentriques, le cairn secondaire en compte plus :

  • trois au nord (façade arrière) ;
  • quatre au sud (façade avant) — et même, par endroits, six murets l'un derrière l'autre.

L'accroissement de la pente sur laquelle le cairn est construit est certainement la cause de la multiplication de murets de renforcement[7],[47].

Façade arrière[modifier | modifier le code]

Comme sur le cairn primaire, les parements arrière du cairn secondaire sont en métadolérite locale[7]. La façade arrière compte trois parements :

  • le parement externe est dans la continuité du tracé de celui du cairn primaire. Dans la zone transformée en carrière, on a retrouvé ses fondations, qui sont aujourd'hui visibles ;
  • le parement intermédiaire pourrait se raccorder au parement interne du cairn primaire, moyennant un petit redent ;
  • le parement interne ne prolonge aucun parement du cairn primaire[7].

Façade avant[modifier | modifier le code]

Vue avant du cairn secondaire.
Façade avant. En bas, les deux petits contreforts encadrant la porte B.

Sur la façade avant, les deux parements les plus internes sont en métadolérite, comme les parements arrière et comme les parements du cairn primaire. Les quelques blocs de granite qui s'y mêlent, dans certaines parties, sont une erreur de reconstitution.

Les parements plus extérieurs sont en granite[48]. Pierre-Roland Giot propose une explication : il pourrait s'agir d'un surplus du granite utilisé pour les structures des dolmens, une fois ceux-ci terminés[47].

Dans la partie est (de l'entrée C au cairn primaire), on compte quatre parements. Le seul ajout est un petit massif de contrefort d'angle, partant de l'entrée F et accolé au massif ouest du cairn primaire[47].

À l'ouest, entre les couloirs A, B et C, on compte six parements : des massifs de parement « en coin » viennent s'intercaler entre les parements principaux ; et deux petits contreforts sont ajoutés entre les trois entrées[47].

Proue du cairn secondaire[modifier | modifier le code]

Vue de trois-quarts de l'ensemble du cairn, proue en premier plan. À la proue, la série de grosses dalles verticales du parement médian. Sur l'arrière du cairn, la partie détruite montre en coupe l'étagement des trois parements.
Proue du cairn secondaire vue de l'ouest.

Le cairn secondaire s'évase à la proue.

Vue de trois-quarts de l'ensemble du cairn, proue en premier plan. À la proue, on remarque la série de grosses dalles verticales du parement médian.
Proue du cairn secondaire vue du sud-ouest.

À l'ouest de l'entrée A, à la corne sud-ouest, on retrouve six parements : deux massifs de parement « en coin », qui viennent s'intercaler entre les parements principaux ; et le contrefort de la corne — prolongement des deux petits contreforts qui courent entre les entrées C, B et A[47]. Ce contrefort vient s'intercaler à l'ouest entre parement médian et contrefort externe.

On ne compte plus, dans la partie centrale de la proue, que quatre parements. Les deux parements les plus internes, en métadolérite, sont renforcés d'un parement médian. L'armature de ce dernier est constituée d'une série de grosses dalles verticales — de granite et de métadolérite —, sur lesquelles s'appuient des maçonneries sèches[49].

Ce parement médian, formant deux cornes, est lui-même doublé du parement d'un large contrefort externe, « assez bas et réduit en quelques assises posées sur de très grands blocs de fondation[49] ».

Dolmen F[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée. L'avant-couloir n'est pas couvert.
Avant-couloir et entrée du dolmen F. En bas, à droite, le contrefort.

Le dolmen F est le plus oriental du cairn secondaire. Il est donc situé entre le dolmen G (cairn primaire) et le dolmen E (cairn secondaire). Il mesure 14 m[50].

Il est difficile de savoir si tous les dolmens du cairn secondaire ont été construits dans une même période. La question se pose notamment pour le dolmen F qui, selon Jean L'Helgouach, « laisse perplexe ».

  • Sa chambre n'est pas dans l'alignement des cinq autres chambres du cairn secondaire, mais dans celui des chambres du cairn primaire.
  • Sa chambre est plus étroite et plus haute (3,50 m) que les autres chambres du cain secondaire[51]. Elle a le même diamètre (2 m) que les chambres voisines G et G′, qui appartiennent au cairn primaire[52].
  • Le couloir semble avoir été allongé, comme ceux des dolmens G et G′.
  • Enfin, les datations viennent conforter l'idée « raisonnable » selon laquelle le dolmen F aurait été construit « à peu près en même temps » que G et G′[26] :
    • intervalle entre 5010 et 4400 avant notre ère pour la chambre G[3] ;
    • intervalle entre 4330 et 4005 pour la prolongation du couloir G[46] ;
    • intervalle entre 4720 et 4040 pour la chambre F[53].

Avant-couloir et couloir[modifier | modifier le code]

Le couloir est le plus long (12 m) et le plus étroit de tout le cairn de Barnenez. Il comprend une courte partie à ciel ouvert. Cet avant-couloir est particulièrement étroit. Vingt petits tessons de poterie y ont été trouvés. Un contrefort, sans doute secondaire, le borde à l'est. Une quinzaine de petits tessons ont été trouvés le long de la façade, près du coin occidental de l'entrée[54].

Le couloir est construit en pierre sèche. Quelques faux-supports sont plaqués sur les murailles, ou plus ou moins intégrés dans la maçonnerie[51]. Une des tables de couverture s'est rompue, provoquant un éboulement dans la seconde moitié du couloir[55]. Celui-ci présente plusieurs traces de prolongation, notamment à 4 m de la chambre[26]. Le couloir a été fouillé aux deux tiers, et une quinzaine de tessons y ont été trouvés, ainsi que des charbons de bois[56]. Les charbons de bois du niveau le plus élevé donnent l'intervalle entre 4320 et 3650 avant notre ère[57].

Chambre[modifier | modifier le code]

La chambre, intacte[55], a un diamètre de 2 m, soit une surface de 3 m2 environ[54]. Ce faible diamètre de base, pour une hauteur de 3,50 m, donne à l'encorbellement, bien préservé, un profil très aigu[52]. Les dernières pierres de cet encorbellement ne sont pas très grandes. Une petite dalle plate sert de clef de voûte[51].

Le sol de la chambre se compose d'une couche de 40 cm de glaise, recouverte de 30 cm de pierraille[54]. Sa partie sud-ouest a été fouillée. Elle a livré des charbons, un fragment d'os et un minuscule tesson de poterie[56]. Les charbons donnent une date entre 4720 et 4040 avant notre ère[58].

Dolmen E[modifier | modifier le code]

vue de face de l'entrée, murée.
Entrée du dolmen E.

Le dolmen E a une longueur de 13,60 m. Son entrée ne fait pas plus de 80 cm de hauteur[59]. Il n'y a pas d'avant-couloir à ciel ouvert : la première table du couloir — la plus en avant de tout le cairn secondaire — rase le bord extérieur du cairn[51].

Couloir[modifier | modifier le code]

Le couloir, long de 10,50 m[59], est entièrement construit en pierre sèche[60]. Sa base, plus étroite que le sommet, varie de 75 à 100 cm de large. Elle se rétrécit jusqu'à 50 cm en milieu de couloir, au passage du parement interne. Deux orthostates se trouvent côte à côte le long de la paroi est, non loin de la chambre[61]. Des coquilles de mollusques (huîtres, palourdes, patelles) ont été trouvées[50].

Chambre[modifier | modifier le code]

La chambre, entièrement en pierre sèche, effondrée, n'a plus que 3 m de hauteur. Le sommet de l'encorbellement est détruit[60]. Il devait à l'origine culminer à 4 m. Le sol dessine un ovale assez irrégulier d'un diamètre moyen de 3 m (jusqu'à 3,60 m)[50], ce qui donne une surface d'environ 7 m2[59]. Au milieu de la chambre, se trouvait un important amas de débris végétaux brûlés[50], daté de 900 de notre ère (haut Moyen Âge)[60]. Sur le pourtour de la chambre, comme dans le couloir, des coquilles de mollusques ont été trouvées[50].

Dolmen D[modifier | modifier le code]

Vue de trois quarts d'une chambre en encorbellement éventrée. Des dalles sont plantées debout, en cercle, certaines incorporées dans la muraille. On aperçoit au fond à droite le débouché du couloir.
Chambre D.

Le dolmen D est intéressant par le mobilier qu'il livre, témoin des phases successives d'occupation[62] :

  • 70 g d'objets en silex dans le couloir, et 335 g dans la chambre ;
  • 50 g de quartz et 380 g de pierres variées dans le couloir ;
  • 510 g d'objets en dolérite ;
  • 2 675 g de poterie estimée du néolithique moyen dans le couloir, et 155 g dans la chambre[63] ;
  • 751 g de céramique campaniforme dans le couloir, et 96 g dans la chambre ;
  • 8 230 g de poterie grossière (estimée comme faisant le lien entre le chalcolithique et les débuts de l'âge du bronze) dans le couloir, et 1 600 g dans la chambre ;
  • la base d'un pot à piédestal de l'âge du fer ;
  • 180 g de tessons peut-être médiévaux dans l'entrée de l'avant-couloir[64].

Avant-couloir et couloir[modifier | modifier le code]

Vue de face de l'avant-couloir et de l'entrée, qui a une grille. Au fond du couloir, on voit le jour et un orthostate de la chambre éventrée.
Avant-couloir et couloir du dolmen D.

Le couloir comporte un avant-couloir à ciel ouvert, qui connaît une fréquentation très active au néolithique moyen (poterie fine). Cette fréquentation reprend au chalcolithique (poterie campaniforme) et dans la période de poterie grossière qui mène à l'âge du bronze[63].

Comme souvent à Barnenez, la première table est en métadolérite, tandis que les suivantes sont en granite. Le couloir, sensiblement rectiligne, en excellent état, a des murs en pierre sèche[65]. Un peu plus étroit vers l'entrée qu'à l'approche de la chambre, il est couvert de 10 tables. Un vide important existe entre la première et la deuxième[66], ce qui a provoqué un éboulement. C'est peut-être par cet endroit que des visiteurs tardifs ont pénétré dans le dolmen. Une datation a pu s'effectuer à partir de charbons trouvés dans le couloir. Ils donnent l'intervalle entre 390 et 5 avant notre ère. Les visiteurs tardifs seraient donc de la période de La Tène[67].

Chambre[modifier | modifier le code]

Des quatre chambres éventrées en 1955, celle du dolmen D est la plus endommagée[68]. Lorsque pelle mécanique et bulldozers sont stoppés, elle n'est plus qu'un tas d'éboulis au-dessus duquel subsiste un mètre carré d'encorbellement[69].

Construite en pierre sèche, elle est circulaire. Des petites dalles verticales la rendent polygonale, d'un diamètre allant de 2,30 à 2,50 m, ce qui donne une surface utile d'environ 6 m2. Ces dalles ont entre 0,15 et 1 m de largeur pour une hauteur, au-dessus du remplissage, de 0,80 à 1 m[65]. Quelques unes sont manquantes. Elles étaient originellement plaquées contre les parois[62]. Lors de l'opération de consolidation, il s'est révélé nécessaire de les incorporer dans la muraille de soutien : c'est le seul point sur lequel il a fallu adopter un parti différent de l'original[70]. On a trouvé dans la chambre des fragments très altérés d'ossements humains[71].

Dolmen C[modifier | modifier le code]

Dans le dolmen C, on a trouvé des poteries partout, mais en quantité plus importante sur le parvis, dans l'avant-couloir et à l'entrée du couloir. En revanche, les silex étaient surtout dans le couloir et dans la chambre, ce qui souligne le rôle du silex dans le mobilier funéraire[69]. Couloir et chambre ont livré 250 g de fragments ou éclats de quartz[72].

Avant-couloir et couloir[modifier | modifier le code]

Vue de face. L'avant-couloir est à ciel ouvert. L'entrée du couloir ne semble pas murée.
Avant-couloir et entrée du dolmen C.

L'avant-couloir à ciel ouvert est assez long : 4,45 m[72]. On y a trouvé 1 500 g de tessons de poterie, dont un vase campaniforme[69].

Le couloir couvert mesure 7,45 m. Ses parois en pierre sèche ne sont revêtues d'aucun orthostate. Il est couvert de neuf tables. Sa partie sud a livré 260 g de tessons de poterie néolithique, 30 g de tessons de poterie campaniforme, une petite hache polie, une armature de flèche tranchante, une lame de silex[72]. Sa partie nord, près de la chambre, porte des traces de fréquentation tardive :

  • néolithique final (fond de pot, lame de silex, retouchoir ou « briquet » en silex) ;
  • chalcolithique (360 g de tessons de vases campaniformes)[19].

Mais la datation par le carbone 14 de charbons de bois révèle une fréquentation plus tardive encore : une période entre La Tène et l'époque gallo-romaine[19].

Chambre[modifier | modifier le code]

Chambre en encorbellement éventrée. On voit le débouché du couloir, avec lumière venant de l'entrée au fond de ce couloir.
Chambre C.

Éventrée par les carriers, la chambre n'a plus, en juin 1955, qu'un tiers de sa paroi[73]. Elle est entièrement en pierre sèche[62]. De forme vaguement circulaire, elle a un diamètre de 2,40 à 2,50 m, ce qui donne une surface d'environ 5 m2. Sa paroi orientale se trouve dans le prolongement de la paroi orientale du couloir. Le plan du dolmen dessine donc un q. Le sommet de l'encorbellement devait se situer à 4 m ou 4,25 m au-dessus du sol de la chambre[74].

Dans le remplissage, à peu près au même niveau, à même le plancher, on a trouvé des objets allant du néolithique moyen au calcholithique[75] :

  • mobilier lithique : 110 g d'objets en silex, dont 14 armatures de flèches tranchantes et un deuxième retouchoir ou briquet ;
  • céramique : 625 g de tessons de poterie néolithique fine, ou parfois un peu plus grossière[74] ;
  • un petit poignard en cuivre arsénié[75].

Là encore, la datation de charbons de bois témoigne d'une fréquentation plus tardive :

  • entre le bronze moyen et le premier âge du fer, période dont il n'y aucune autre trace à Barnenez ;
  • entre l'époque de La Tène et le début de l'époque gallo-romaine, comme dans le couloir[75].

Kerdi Bihan[modifier | modifier le code]

Le cairn[modifier | modifier le code]

Kerdi Bihan est le cairn voisin, plus petit, situé à une centaine de mètres, au nord-ouest. Déjà entamé au XIXe siècle, il mesure encore au début des années 1950 quelque 25 à 30 m d'ouest en est, pour 10 m du nord au sud[76]. En novembre 1954, les carriers pratiquent dans sa partie la plus haute un passage pour les camions et les engins de chantier, faisant disparaître un dolmen[77].

Les fouilles de Pierre-Roland Giot ne concernent que les décombres de ce secteur récemment outragé. Les autres parties du cairn sont laissées pour témoins. On ignore donc si Kerdi Bihan contient d'autres dolmens à l'ouest ou à l'est de celui qui a disparu[78].

Le seul dolmen connu[modifier | modifier le code]

Il ne reste rien des parois du couloir et de la chambre du dolmen. Elles devaient être entièrement en pierre sèche. À deux ou trois mètres de l'emplacement de la chambre, on retrouve une table de couverture de trois mètres de diamètre. Trois ou quatre dalles plus petites peuvent avoir été des tables du couloir. La chambre était sans doute « subcirculaire ou légèrement polygonale[77] ». On ne sait rien de l'orientation du couloir.

L'endroit où se devine le sol de la chambre est fouillé. On y trouve 730 g de tessons de poterie néolithique[77] et trois silex, dont deux grattoirs discoïdes, sur éclat cortical. On ne trouve pas de grattoirs de ce genre dans le grand cairn[77].

Fonction des cairns[modifier | modifier le code]

Pierre-Roland Giot trouve réducteur de considérer les cairns sous leur seul aspect fonctionnel de sépultures. Pour lui, ces monuments « démesurés et prestigieux » ont peut-être d'abord une « signification symbolique » envers le monde des morts et celui des vivants. Il est tenté de voir en eux des lieux de communion jouant un rôle social et religieux de tout premier plan[79].

Accès, visite[modifier | modifier le code]

la partie ravagée du cairn laisse apparaître quatre chambres (trois seulement figurent sur la photo), qui présentent trois structures différentes
Partie détruite par l'utilisation du cairn comme carrière. Elle permet de comparer trois structures différentes de chambre : de gauche à droite, chambres C, B et A.

De Morlaix, la route D 76 mène au bourg de Plouezoc'h, puis se dirige vers la presqu’île de Kernelehen. Au lieu-dit Kergaradec, on quitte la D 76 en poursuivant tout droit, pour s'engager dans la presqu'île.

Propriété de l’État comme une centaine d’autres monuments, le cairn de Barnenez est géré, animé et ouvert à la visite par le Centre des monuments nationaux. Le bâtiment d'accueil abrite une exposition. L'accès au site est payant (5,50 € en 2016[80]). Il se fait par un escalier. Les personnes handicapées arrivent au cairn par un chemin (un peu plus long). Une aide extérieure peut leur être nécessaire sur l'herbe qui recouvre la butte.

On ne visite pas les dolmens. Mais on découvre, à l'arrière du cairn secondaire, dans la partie dévastée qu'il a fallu renoncer à reconstituer, les quatre chambres entamées par les engins de travaux publics. Cette vue « en coupe pédagogique » permet d'appréhender la diversité des structures dolméniques de Barnenez :

  • chambre C entièrement en pierre sèche, avec voûte en encorbellement ;
  • chambre B entièrement mégalithique ;
  • chambres D et A en encorbellement, avec dalles mégalithiques plaquées contre la muraille de pierre sèche.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1955 », sur persee.fr, Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 53, no 5, 1956, p. 326.
  2. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, Université de Rennes I, 1987, t. I, p. 13.
  3. a, b et c Gif 1309 : 5750 ± 150 BP, soit l'intervalle (à 95 % de confiance) entre 5010 et 4400 avant notre ère. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 37. — Dans l'intervalle entre 4938 et 4330 avant notre ère, dit Jean L'Helgouac'h, in Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouac'h, Jean-Laurent Monnier, Préhistoire de la Bretagne, Ouest-France, 1998, p. 243.
  4. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 243 et 244.
  5. a, b, c et d « Lire le document de visite », sur barnenez.fr, Grand cairn de Barnenez, Centre des monuments nationaux, janvier 2015 (consulté le 16 avril 2016).
  6. Dans l'intervalle entre 4720 et 4040 avant notre ère pour la chambre F, entre 4580 et 3965 pour le dolmen A. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 249 et 250.
  7. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 93.
  8. « Île Stérec », sur bretagne.developpement-durable.gouv.fr, Atlas des sites classés du Finistère, ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, 2011, p. 85 et 86.
  9. Jacques Briard, Dolmens et menhirs de Bretagne, sur books.google.fr, Gisserot, 2000, p. 11.
  10. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 20, 21, 27-30.
  11. Jacques Briard, Barnenez, sur books.google.fr, Gisserot, 2000, p. 3.
  12. « Notice no PA00090230 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  13. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 243.
  14. On trouve au Danemark et en Suède des dolmens à couloirs (dolmens en T) groupés dans de grands tumulus rectangulaires. Jean L'Helgouach, Les Sépultures mégalithiques en Armorique : dolmens à couloir et allées couvertes, Laboratoire d'anthropologie préhistorique de la faculté des sciences de Rennes, 1965, p. 32-34.
  15. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 250.
  16. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 31.
  17. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 64.
  18. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 63.
  19. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 67.
  20. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 88 et 89.
  21. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 52.
  22. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 88.
  23. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 91.
  24. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 92.
  25. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 33.
  26. a, b et c Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 249.
  27. En 1958 — soit un an avant la première datation radiocarbone d'un dolmen à couloir européen (le dolmen central de Carn) —, Pierre-Roland Giot estime que les dolmens bâtis en premier sont B et H, « du fait qu'ils possèdent de très grosses dalles ». Pierre-Roland Giot, « Circonscription de Rennes », sur persee.fr, in Gallia Préhistoire, vol. 1, no 1, 1958, p. 129.
  28. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 247.
  29. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 50.
  30. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 49.
  31. a, b et c Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1956 », sur persee.fr, in Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 54, no 7-8, 1957, p. 363.
  32. a et b Pierre-Roland Giot, « Circonscription de Rennes », article cité, p. 129.
  33. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 48.
  34. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 47.
  35. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 40.
  36. a, b, c, d et e Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1956 », article cité, p. 360.
  37. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 41.
  38. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 42.
  39. Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1956 », article cité, p. 358, note 2.
  40. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 39.
  41. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 38.
  42. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 36.
  43. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 34.
  44. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 246.
  45. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 34 et 35.
  46. a et b Gif 8406. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 248.
  47. a, b, c, d et e Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 94.
  48. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 85.
  49. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 95.
  50. a, b, c, d et e Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1956 », article cité, p. 358.
  51. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 80.
  52. a et b Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 248.
  53. Gif 1556. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 249.
  54. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 81.
  55. a et b Pierre-Roland Giot, « Circonscription de Rennes », article cité, p. 124.
  56. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 82.
  57. Gif 1116 : 5100 ± 140 BP. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 82.
  58. Gif 1556. Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 249. — Giot dit entre 4705 et 3955 avant notre ère (Gif 1556 : 5550 ± 140 BP). Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 82.
  59. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 78.
  60. a, b et c Pierre-Roland Giot, « Circonscription de Rennes », article cité, p. 123.
  61. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 77.
  62. a, b et c Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Campagne de fouilles de 1955 », article cité, p. 328.
  63. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 76.
  64. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 77.
  65. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 70.
  66. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 74.
  67. GRN 1972 : 2135 ± 55 BP. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 75.
  68. Pierre-Roland Giot, « IVe circonscription », sur persee.fr, Gallia, vol. 14, no 2, 1956, p. 194.
  69. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 69.
  70. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 75.
  71. Pierre-Roland Giot, « IVe circonscription », op. cit., p. 195.
  72. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 68.
  73. Pierre-Roland Giot, « IVe circonscription », article cité, p. 192.
  74. a et b Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 65.
  75. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 66.
  76. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 28.
  77. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 29.
  78. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 30.
  79. Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, op. cit., t. I, p. 195 et 196.
  80. « Informations pratiques », sur barnenez.fr, 2016 (consulté le 8 avril 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, Université de Rennes I, 1987, 2 vol.
  • Jacques Briard et Nicolas Fediaevsky, Mégalithes de Bretagne, Ouest-France,‎ .
  • Pierre-Roland Giot, Barnenez : un grand cairn mégalithique, Le Doaré,‎ , 15 p.
  • Charles-Tanguy Le Roux et Yannick Lecerf, Le Grand Cairn de Barnenez : mausolée néolithique, Monum, Patrimoine, coll. « Itinéraires du patrimoine »,‎ , 48 p. (ISBN 2-85822-671-7, ISSN 1159-1722, notice BnF no FRBNF39035385).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, « Le cairn méridional de Barnenez-en-Plouézoc'h (Finistère) : campagne de fouilles de 1956 », in Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 54, no 7-8, 1957, p. 358-366.
  • Pierre-Roland Giot, « Circonscription de Rennes », in Gallia Préhistoire, vol. 1, no 1, 1958.
  • Maurice Mesnard, « Le tumulus de Barnenèz en Plouézoc'h », Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Mémoires Saint-Brieuc, vol. 107,‎ , p. 50-52 (résumé).

Brochures[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, Le Cairn méridional de Barnenez-en-Plouézoc'h (Finistère) : campagne de fouilles de 1955, 1956. Extrait du Bulletin de la Société préhistorique française, LIII, 1956, no 5-6, p. 326-333.
  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, Première campagne de fouilles aux cairns de Barnenez, en Plouézoc'h, Brest, 1956. Extrait du Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. LXXXI, 1956.
  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, Deuxième campagne de fouilles aux cairns de Barnenez, en Plouezoc'h, Brest, 1956. Extrait du Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. LXXXII, 1956.
  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, Le Cairn de Barnenez en Plouezoc'h (Finistère) : architecture et mobilier de la tombe C, Rennes, 1957.
  • Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouach, Troisième campagne de fouilles au cairn de Barnenez, en Plouézoc'h, Brest, 1958. Extrait du Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. LXXXIII, 1957.
  • Pierre-Roland Giot, Barnenez, Ouest-France, Caisse nationale des monuments historiques, 1991, 30 p.
  • Jacques Briard, Barnenez, Gisserot,‎ , 16 p. (ISBN 2-87747-499-2, notice BnF no FRBNF37185635, présentation en ligne, lire en ligne).

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