Natoufien

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Natoufien

Définition
Lieu éponyme Ouadi-en-Natouf (Cisjordanie)
Auteur Dorothy Garrod, 1928
Caractéristiques
Répartition géographique Levant
Période Épipaléolithique
Chronologie 14 500 à 11 500 ans AP
Type humain associé Homo sapiens
Tendance climatique Tardiglaciaire

Subdivisions

Natoufien ancien
Natoufien récent

Le Natoufien est une culture archéologique de l'Épipaléolithique, attestée au Levant entre 14 500 et 11 500 avant le présent, et caractérisée par les premières expériences de sédentarisation. Elle doit son nom à la vallée du Wadi en-Natouf en Cisjordanie où elle a été identifiée par l'archéologue britannique Dorothy Garrod en 1928.

Les sites du Natoufien ont été découverts dans les régions bordant la côte méditerranéenne de l'Asie, notamment près du Mont Carmel et en Galilée, dans ce qui semble être le cœur de cette culture et la région où la sédentarisation est la plus avancée. Plus largement les sites associés de près ou de loin au Natoufien s'étendent du Sinaï jusqu'au Moyen-Euphrate.

Le Natoufien est couramment divisé en deux période principales, dites ancienne et récente. La première, qui coïncide avec une phase de climat plus chaude et humide que par le passé, voit l'essor des villages de chasseurs-cueilleurs dont la subsistance repose sur une vaste gamme de ressources, et qui emploient un outillage lithique très divers. La seconde phase coïncide avec une phase de refroidissement, et voit un reflux de la sédentarité, très marqué dans le Levant Sud, tandis que des sites plus importants se développent dans le Moyen-Euphrate.

En l'état actuel des connaissances, rien n'indique que les Natoufiens aient été des agriculteurs, mais il est possible que certains vestiges de céréales sauvages témoignent des premiers essais de domestication des plantes.

Découverte et caractérisation[modifier | modifier le code]

Dorothy Garrod (au centre) et deux collaborateurs devant la grotte de Shuqba en 1928.

Le Natoufien est découvert par l'archéologue britannique Dorothy Garrod, venue au Moyen-Orient dans le but d'y identifier des cultures préhistoriques (elle est également à l'origine du Zarzien du Zagros). En 1928 elle entreprend les fouilles d'une grotte située près du village de Shuqba dans la vallée du Wadi en-Natouf, située dans les collines de l'ouest de la Judée. Y avaient auparavant été découverts divers objets préhistoriques. Elle repère entre les niveaux du Paléolithique supérieur et ceux de l'âge du bronze un ensemble de microlithes relevant du mésolithique, soit la période de transition entre le paléolithique et le néolithique. Elle conduit dans les années suivantes d'autres fouilles cherchant à préciser les caractéristiques de l'industrie lithique de cette période, au Wadi el-Mughara, vallée située sur le flanc ouest du Mont Carmel (notamment la grotte d'el Wad)[1]. Elle propose en 1929 de désigner cette industrie comme « Natoufienne », d'après le nom du premier site sur lequel elle a été identifiée. Dans les mêmes années, les fouilles du Français René Neuville dans différentes grottes permettent d'aboutir à une première proposition de périodisation de cette industrie lithique. On définit alors progressivement les Natoufiens comme des chasseurs-cueilleurs du mésolithique pratiquant une culture des céréales (au regard des faucilles retrouvées sur les sites) et aussi un début de domestication des animaux, les domestications étant alors plutôt vues comme une cause de la sédentarisation et donc antérieures ou contemporaines à celle-ci. Dans les années 1950, les fouilles israéliennes à Nahal Oren, et françaises à Mallaha (par Jean Perrot) chamboulent cette conception. La découverte des maisons permet ainsi d'identifier les Natoufiens comme les plus anciennes communautés sédentaires connues, puis Perrot met en évidence le fait que l'agriculture et l'élevage ne sont pas connus à cette période. Il propose de qualifier la période d'« épipaléolithique » pour marquer la continuité avec les phases antérieures. Cette interprétation d'une période de sédentarisation sans domestications, donc une phase antérieure au Néolithique à proprement parler (qui marque la transition entre l'économie « prédatrice » des chasseurs-cueilleurs et l'économie « productrice » des agriculteurs-éleveurs), reste la base des propositions actuelles. Mais l'étude de la période reste incontournable pour comprendre la néolithisation au Proche-Orient, puisqu'elle en pose les bases étant donné que la sédentarité est couramment vue comme une condition nécessaire au développement de l'agriculture. Les recherches ont depuis précisé les connaissances du Natoufien grâce aux nouvelles fouilles et à de nouvelles recherches amorcées à partir des années 1970, qui ont notamment élargi l'horizon géographique du Natoufien (travaux des Israéliens O. Bar-Yosef, A. Belfer-Cohen, A. N. Goring-Morris, du Français F. Valla, des Américains D. O. Henry et A. E. Marks)[2].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le Natoufien est une culture de l'épipaléolithique récent. Dans son aire géographique, il succède au Kébarien (épipaléolithique ancien), et plus précisément à sa dernière phase, le « Kébarien géométrique »[3].

Cette période peut être divisée en deux ou trois sous-périodes, certains insérant une phase finale[4] :

  • Natoufien ancien : d'environ 15/14 500 à 13 500 AP[5] : c'est la période développement de la sédentarité et des villages, aussi celle durant laquelle ces communautés villageoises du Levant Sud sont le plus importantes[6].
  • Natoufien récent : débute vers 13 500 (ou un peu avant) AP[7] : c'est une phase de changement, voyant un recul de la sédentarité et une modification des stratégies de subsistance dans le Levant Sud (en particulier l'abandon des sites du Carmel et de Galilée qui semblent avoir joué un rôle moteur durant la première phase) ; cela est peut-être la conséquence des changements climatiques (climat plus froid et sec du Dryas récent), ou bien parce que les communautés ont trop exploité leur environnement, ou bien plusieurs facteurs sociaux, démographiques et environnementaux conjugués[6],[8].
  • Natoufien final (éventuellement) : c'est courte période (autour de trois siècles) qui pourrait durer jusqu'en 11 700/11 500 environ AP, non admise par tous les auteurs[4],[7].

Au Natoufien succèdent un ensemble de cultures, situées entre la toute fin de l'épipaléolithique et le tout début du néolithique : le Harifien identifié sur des sites du Néguev[9], et surtout le Khiamien, qui est souvent regroupé dans le Néolithique précéramique A[10],[11].

Extension géographique et cultures voisines[modifier | modifier le code]

Localisation des sites du Natoufien et associés.

Le Natoufien se développe dans le sud du Levant, correspondant actuellement aux territoires d'Israël et de la Palestine. C'est une région organisée autour de plusieurs ensembles d'orientation nord-sud : à l'ouest une plaine littorale étroite, puis une chaîne de montagnes et plateaux, avec notamment la Haute Galilée, puis une dépression (la vallée du Jourdain) et enfin une autre chaîne de montagnes. À l'ouest la zone climatique est de nos jours de type méditerranéen, puis plus à l'est il devient de type steppique[12]. Les Natoufiens ont essentiellement développé leurs villages dans la partie méditerranéenne, en particulier autour du mont Carmel et de la Galilée qui semblent être le foyer du Natoufien ancien. Au Natoufien récent l'horizon géographique s'est élargi dans toutes les directions possibles, y compris dans les espaces désertiques, même s'il ne s'agit là que de sites temporaires[4].

La question de savoir s'il faut inclure des sites du nord du Levant dans l'appellation « Natoufien » a été débattue. Manifestement les sites anciennement découverts qui se développent sur le Moyen-Euphrate durant la période récente, en particulier (Abu Hureyra), présentent des traits similaires à ceux des sites natoufiens[4]. La découverte d'autres sites comme Jeftelik au Liban ou la grotte de Dederiyeh en Syrie centrale (contemporaine du Natoufien ancien) tendent à rendre plus courante la dénomination de Natoufien dans le Levant nord, ou du moins à y chercher une variante régionale (un « Natoufien du nord » ?)[13].

D'autres sites sédentaires à maisons rondes se développent durant une période contemporaine de la fin du Natoufien final, dans la région du Haut-Tigre : Körtik Tepe, Hallan Çemi[14].

Le Natoufien est en tout cas contemporain d'autres cultures voisines. Si la situation de la Haute-Mésopotamie n'est pas connue, dans le Zagros a été identifié le Zarzien, qui voit peut-être aussi des expériences de sédentarisation dans sa période finale[15].

En Anatolie centrale, du matériel microlithique présentant de fortes similitudes avec celui du Natoufien se retrouve près du site de Pınarbaşı, dans la plaine de Konya. Ce lieu étant situé à proximité de gisements d'obsidienne, il est probable que les deux étaient mis en contact par les réseaux de circulation des objets taillés dans cette roche, qui se retrouvent, en quantité certes très limitée, au Levant méridional[16].

À Chypre, le site d'abri d'Aetokremnos est le seul qui puisse être considéré comme contemporain du Natoufien, dans sa période récente. Son industrie lithique présente néanmoins de fortes divergences avec celles des sites du Natoufien récent, aussi les possibles relations entre les deux ensembles restent mal comprises[17].

Conditions climatiques et sociétés[modifier | modifier le code]

Les évolutions du Natoufien sont manifestement liées aux fluctuations du climat durant cette période. Mais si les archéologues s'accordent pour reconnaître que des liens existent entre les deux, en revanche il n'y a pas forcément de consensus entre eux quant à leur interprétation.

Le Natoufien débute au moment où s'achève le maximum tardiglaciaire, marqué par un climat froid et sec, et que s'ouvre la phase d'adoucissement appelée Bölling-Alleröd, aussi marquée par des précipitations plus importantes[18], phase qui dure en gros de 14 500 à 13 000 AP[19]. Ces conditions climatiques se recoupent avec le Natoufien ancien et expliqueraient l'essor de la sédentarité permise par un milieu plus généreux en ressources alimentaires, le mode de vie mobile n'étant plus forcément le seul viable[20].

Le Natoufien récent coïncide de son côté avec une phase de refroidissement brutal, le Dryas récent, épisode qui débute vers 13 000/12 800 AP, après le début de la phase récente du Natoufien, et dure un peu plus d'un millénaire[21]. Ces nouvelles conditions climatiques semblent avoir eu un impact majeur, et sont généralement tenues pour avoir impulsé le début du processus de néolithisation. O. Bar-Yosef estime que la plus grande incertitude régnant autour de la disponibilité des ressources végétales et animales a posé deux alternatives aux sociétés de l'époque : soit devenir plus mobiles afin d'obtenir des ressources, quitte à chercher la confrontation avec d'autres groupes ; soit s'établir durablement sur un territoire où des ressources sont disponibles, et le défendre. Ces deux solutions seraient visibles dans le corpus archéologique de la période[5]. L'accroissement de la sédentarité chez certains pourrait être à l'origine des premières expériences de domestication des plantes et animaux. Mais d'autres ont estimé au contraire que la documentation archéologique plaide uniquement en faveur d'une plus grande mobilité et que les conditions étaient très défavorables au développement d'une agriculture[22]. Une recherche de 2016 a cependant conclu que le Dryas récent du Levant sud avait été certes plus froid que le Bölling-Alleröd, mais pas plus sec, contrairement à l'opinion la plus courante ; s'il a été plus mal vécu pour les communautés sédentaires de la région méditerranéenne, en revanche dans la vallée du Jourdain où le climat est meilleur les groupes sédentaires auraient mieux subsisté[23]. F. Valla est de son côté plus sceptique quant à l'influence du climat et refuse d'y voir un facteur explicatif unique ou principal[8].

Les habitats natoufiens et les débuts de la sédentarisation[modifier | modifier le code]

Mur de maison natoufienne à El Wad, sur le flanc ouest du Mont Carmel

La sédentarité[modifier | modifier le code]

Depuis les travaux de Jean Perrot à Mallaha, la sédentarité s'est imposée comme une problématique centrale dans les études sur le Natoufien. Il reste cependant beaucoup à faire pour bien saisir le processus, ses causes et ses modalités[24].

La sédentarité se repère par un faisceau d'indices relevés sur un site, mais aucun n'est jugé décisif s'il est pris isolément[25],[26]. L'architecture pérenne, la présence de mobilier lourd (mortiers) ou les pratiques funéraires (présence d'un cimetière) sont des éléments souvent pris en considération. Les indices sont aussi à rechercher dans la présence d'animaux commensaux des hommes sur les sites, attirés par la perspective de grappiller les réserves ou restes alimentaires des villageois : des souris ayant les caractéristiques de l'espèce « domestique » (Mus musculus) ont été identifiées à Hayonim alors qu'elles sont absentes des sites antérieurs au Proche-Orient ; la présence du chien domestique va dans le même sens, ainsi que celle du moineau[27],[5],[28].

En tout cas s'est progressivement imposée l'idée qu'il ne fallait pas envisager une sédentarité généralisée au Natoufien : s'il y a pu y avoir une partie des groupes qui restait sédentaire, résidant toute l'année dans des villages et hameaux, d'autres parties devaient se déplacer en bandes de façon saisonnière[29]. L'organisation des sites du Natoufien reflète cela. À l'extrémité inférieure se trouvent un ensemble de petits sites, faisant de 15 à 100 m2, qui ne sont sans doute que des établissements temporaires ; à l'autre extrémité, des « villages » ou « hameaux »[30] d'environ 1 000 m2 ou plus, avec des constructions en dur ; entre les deux, des sites intermédiaires présentant parfois des constructions en dur. Il est généralement estimé que l'organisation du peuplement associe pour un même groupe un village permanent, donc qualifiable de sédentaire, et un ensemble de campements ou « stations » occupées sur une base temporaire, saisonnière[6],[31]. La société natoufienne est donc certes moins mobile que celles qui la précèdent, connait les premières expériences de sédentarité, mais elle n'est pas pour autant entièrement sédentaire. Elle a de ce fait pu être qualifiée de « semi-sédentaire »[5].

L'évolution vers la sédentarité peut se faire à partir d'un camp de base temporaire, qui le devient de moins en moins. Mais déterminer pourquoi une communauté fait ce choix est difficile. Selon certains, il faut privilégier les facteurs internes, attractifs : une communauté rencontre un lieu où elle peut bénéficier de ressources suffisantes en permanence, aussi elle décide de s'y installer et de ne plus en partir, ou peu. Selon d'autres, ce sont des causes externes qui incitent une communauté à faire le choix de se stabiliser en un seul lieu pour s'assurer des ressources, et les défendre. Dans le cas du Natoufien, comme vu plus haut, la cause externe serait climatique. Pour plusieurs scénarios il est supposé que l'amélioration climatique après la fin du dernier maximum glaciaire ait entraîné une croissance démographique et une diffusion géographique des groupes de chasseurs-cueilleurs, qui rentreraient donc en ligne de compte dans les choix de peuplement et de stratégie de subsistance des communautés de cette période[25],[32]. Cela renvoie aux théories traditionnelles expliquant les origines de la sédentarité et de l'agriculture par des réactions à des phénomènes de pression démographique, le « modèle d'équilibre » (equilibrium model) de L. Binford et la « révolution du large spectre » (broad spectrum revolution) de K. Flannery[33]. Il convient pour d'autres d'analyser le Natoufien comme une période d'expérimentations et de fluidité dans les structures résidentielles (et plus largement sociales), avec des réponses diverses selon les endroits et les périodes, et cette adaptabilité explique pourquoi s'observent aussi des « retours » à un mode de vie plus mobile[34].

La question des antécédents mérite également d'être scrutée pour étudier le rythme de la mise en place de la sédentarité : les structures d'habitat d'Ohalo II, site du début de l'Épipaléolithique (v. 23 000 AP cal.), sont des huttes de forme circulaire semi-enterrées, manifestement des ancêtres des huttes et maisons de l'époque natoufienne et, en plus des similitudes dans l'économie (voir plus bas), le site a manifestement été occupé sur plusieurs années car il y a plusieurs phases successives de constructions. Cela qui indiquerait que l'installation durable sur un site n'est pas une innovation du Natoufien, même si Ohalo II n'est généralement pas considéré comme un site sédentaire (notamment en raison de l'absence de commensaux)[35],[28].

Les sites du Natoufien ancien[modifier | modifier le code]

Le Natoufien ancien est la phase qui voit l'apparition des villages, et les plus importants de cette époque, donc « une société semi-sédentaire florissante » selon O. Bar-Yosef[5].

Ils sont établis dans des sites favorables au développement de communautés de chasseurs-cueilleurs, à la rencontre de terroirs différents (vallées, plateaux et montagnes, bois, marécages, etc.). Ils tirent profit de la présence de sources pérennes, même d'un lac dans le cas de Mallaha. Ce sont soit des sites de plein air, ou bien ils s'établissent sur une terrasse près d'un abri naturel ou d'une grotte comme à Hayonim, comme cela se faisait déjà au Paléolithique supérieur[36],[37].

Les maisons construites sont de forme circulaire ou semi-circulaire, semi-enterrées. Leur diamètre fait entre 5 et 7 mètres en général, et elles couvrent autour de 25 m2 au sol. La partie basse des murs sont le résultat du creusement, parfois tapissés de couches de pierre, lesquelles peuvent servir d'assise aux superstructures assurant l'élévation au-delà de la fosse sont apparemment faites à partir de parois en matières organiques (végétaux, peaux). Des poteaux en bois servent dans quelques cas à soutenir la toiture. Les maison disposent d'un foyer, mais pas d'autre équipement intérieur en général. Elles sont souvent reconstruites au même emplacement par les générations suivantes. À Mallaha elles sont alignées les unes par rapport aux autres, en revanche sur des sites comme Hayonim elles sont agglutinées. Des plus petites constructions de 1,5-2,5 mètres de diamètre ont sans doute des fonctions autres que l'habitat, des traces de cercles en pierre pouvant correspondre à des structures mobiles. D'autres en revanche se singularisent par leur taille et d'autres aspects : la maison 131 de Mallaha qui a ses parois couvertes d'enduit peint en rouge, des traces de poteaux, trois foyers, et y ont été retrouvés des restes animaux et aussi un fragment de crâne humain, qui laisse présumer un usage rituel ; à Wadi Hammeh 27, trois grandes constructions avec traces de poteaux, la plus grande faisant 15 mètres de long et disposant de banquettes et comprenait un monolithe gravé[38],[39],[37]. Estimer la population de ces sites est complexe, car on ne sait pas exactement combien de personnes vivaient dans les constructions dégagées. Les propositions ne peuvent être que très vagues : il a été proposé que les villages de l'époque abritent quelques familles, entre 45 et 200 individus, et une moyenne de 59 individus par site a été avancée[40].

Du côté des sites temporaires, Beidha, en Jordanie du sud, est une « station » de chasseurs occupée de façon répétée durant le Natoufien ancien, sans structure d'habitat pérenne, avec des foyers et fosses à feu et de nombreux os brûlés, qui a surtout livré un matériel lithique[41]. La grotte de Shuqba, où ont été mis au jour de nombreuses faucilles et des foyers, mais très peu de matériel de broyage, pourrait avoir servi de site temporaire pour la cueillette des céréales en altitude moyenne avant de les ramener dans un site permanent en fond de vallée[42].

Les sites du Natoufien récent[modifier | modifier le code]

Au Natoufien récent, la tendance change : les sites sont de taille plus réduite, les maison aussi (autour de 10 m2 à Mallaha)[43]. Le site de Rosh Horesha-Saflulim dans le Néguev couvre un espace vaste (4 000-5 000 m2) mais dispose de peu de structures pérennes, servant peut-être de site temporaire d'agrégation pour des bandes mobiles qui sont dispersées le reste de l'année. Le site voisin de Rosh Zin comprend des petites maisons (3-5 mètres de diamètre) agglutinées, formant des sortes de « ruches ». Cette tendance se retrouve par la suite sur les sites « harifiens » de la même région[44].

D'une manière générale, il semble que la sédentarité recule, les groupes redevenant plus mobiles, sur un plus vaste espace. Cela peut être lié au refroidissement du climat (Dryas récent), ou bien à une exploitation trop intensive de leur milieu par les communautés sédentaires du Natoufien ancien qui aurait obligé leurs successeurs à modifier leur organisation sociale et économique. Les villages les plus importants sont désormais plus au nord, dans la région du Moyen-Euphrate, zone dont le caractère « natoufien » est débattu, avec Mureybet et Abu Hureyra[6], ce dernier atteignant peut-être 100 à 300 habitants[45].

Stratégies de subsistance : une société de chasseurs-cueilleurs[modifier | modifier le code]

La cueillette et la consommation de céréales[modifier | modifier le code]

Les Natoufiens sont des chasseurs-cueilleurs, donc au sens large des « collecteurs ». Leur alimentation repose avant tout sur la cueillette des plantes poussant autour de leurs villages et campements, qui variait grandement selon les saisons. Il n'en reste plus grand chose sur les sites archéologiques, aussi se repose-t-on en bonne partie sur les connaissances acquises sur les sites des périodes précédentes (notamment celles d'Ohalo II) et du nord du Levant contemporain des phases finales du Natoufien (Abu Hureyra et Mureybet) : céréales et autres graminées, légumineuses, fruits, noix, peut-être les glands. La présence de lames de faucilles indique également la cueillette de céréales sauvages (et aussi de paille pour la construction)[5],[46],[47].

Des cas de cueillette intensive de plantes ont été identifiés, en s'appuyant sur la présence de nombreuses faucilles, de matériel de mouture, et de structures identifiées comme des « silos » (ce qui n'est probablement pas le cas pour beaucoup d'entre elles). Mais la documentation archéologique ne fournit pas d'indices plaidant en faveur d'une domestication à cette période, là encore plutôt des pratiques très sélectives et intensives qui relèveraient au mieux d'une « pré-domestication »[48],[49],[50] ; du reste certains estiment que des expériences de culture des plantes ont déjà eu lieu avant, au début de l'Épipaléolithique à Ohalo II[51].

Bassins creusés dans la roche, grotte de Raqefet (en) (Israël).

Les trouvailles sur les sites natoufiens indiquent en tout cas que la manière de consommer les céréales a évolué de façon décisive au cours de cette période. Les méthodes de broyage des grains existent avant cette période puisqu'elles sont attestées au Kébarien. Cependant les sites natoufiens, et en particulier ceux de la période récente, témoignent d'un développement et d'une amélioration des instruments de mouture, avec l'apparition de mortiers coniques, dont le fond est moins large que l'ouverture, ce qui permet une mouture plus efficace, et la production de farine, ce qui a été démontré par une expérimentation[52]. Le site de Shubayqa 1 en Jordanie a livré des restes de sortes de galettes de pain, faites d'orge, de blé, d'avoine et de scirpe aquatique, une plante poussant dans des milieux humides[53]. Selon M. Rowlands et D. Fuller, c'est à ce moment que commence à se mettre en place le régime culinaire de base de l'Asie du sud-ouest (et, par influence, l'Europe et une partie de l'Afrique), reposant sur la consommation de céréales moulues puis cuites dans des fours sous forme de galettes et de pains, avec aussi la consommation des viandes rôties, par opposition à la cuisine de l'Asie orientale, qui repose plutôt sur les céréales et autres aliments bouillis ou cuits à la vapeur[54]. Autre signe de l'évolution dans l'usage des grains, la grotte de Raqefet (en), site natoufien en Israël dédié à l'ensevelissement des morts, a également livré des traces de fermentation de céréales et brassage d'une sorte de bière, dans des mortiers creusés directement dans la roche[55]. Néanmoins ces formes élaborées de consommation des céréales pourraient être limitées à des événements festifs. En tout cas du point de vue quantitatif les sites natoufiens ont surtout livré des restes de plantes sauvages ne correspondant pas aux futures céréales fondatrices domestiquées au Néolithique, qui ne constituent qu'environ 10 % des restes botaniques collectés pour la période[47].

Chasse et pêche[modifier | modifier le code]

La gazelle de montagne (Gazella gazella), animal le plus chassé par les Natoufiens.

La chasse concerne aussi une importante variété d'animaux, gros gibier, petits mammifères et autres : chevreuils, bovins, chèvres, équidés, sangliers, gazelles, lièvres, renards, tortues, oiseaux, etc. La pêche est également attestée, à Mallaha situé près d'un lac, ou à Hayonim près de la mer[56]. Au regard de cette diversité, la stratégie de subsistance des Natoufiens rentrerait dans la catégorie des stratégies à « large spectre »[57].

La présence récurrente de la gazelle sur les sites natoufiens, où elle constitue entre 40 et 85 % du gros gibier[58], nuance cependant cette vision des choses, car il semble que sa viande ait été le principal apport en protéines animales des communautés natoufiennes. Il a pu être proposé que des expériences de contrôle poussé de cet animal aient été conduites, une sorte de « proto-domestication ». Sans doute est-il plus raisonnable de considérer qu'il s'agit d'une chasse sélective, intensive, de cet animal[59],[57],[50].

Évolutions et adaptations[modifier | modifier le code]

La question de savoir si les communautés villageoises sédentaires, dont l'apogée se situe au Natoufien ancien, auraient « surexploité » leur milieu pendant les deux millénaires que couvre cette période, a été posée. F. Valla considère ainsi que leur organisation économique n'aurait dans ce cas plus été soutenable, consommant des ressources plus vite que le milieu pouvait les renouveler, et finalement entraîner un changement dans l'organisation des stratégies de subsistance (qui se voit dans la modification du peuplement, cf. ci-dessus)[60],[6]. Concernant la période récente, d'autres ont souligné la présence plus importante de petit gibier au détriment du gros gibier plus chassé par le passé, ce qui refléterait une réponse à un stress alimentaire plus important et serait également lié à la mobilité[57],[32].

N. Munro voit plutôt le Natoufien et plus largement l'Épipaléolithique récent du Proche-Orient (v. 23000-12000 AP) comme un temps d'expérimentations, les évolutions dans les pratiques de chasse reflétant des tentatives de meilleure maîtrise des ressources, qui en fin de compte mettent en évidence certaines espèces qui vont faire l'objet d'une tentative de contrôle puis de domestications dès le début du Néolithique, avec certes des échecs (la gazelle étant le plus évident, cet animal n'étant manifestement pas approprié pour la domestication). Cette phase préparatoire explique pourquoi les domestications se produisent en plusieurs endroits du Proche-Orient dès que les conditions climatiques sont meilleures[61].

À Abu Hureyra, les changements dans la subsistance durant le Dryas récent se font par une perte de diversité dans les plantes consommées, avec une place plus grande pour les graines. Dans ce contexte, trois grains de seigle ayant une morphologie domestique ont été identifiés et daté d'environ 13/12 000 AP. Ce serait la plus ancienne attestation connue de plante cultivée. Le seigle domestiqué n'est attesté que 2 000 ans plus tard. Ce résultat a été questionné, quoi qu'il en soit la possibilité qu'une proto-agriculture ait été pratiquée sur ce site est envisageable[62],[63].

Bioarchéologie et conditions de vie[modifier | modifier le code]

Des études bioarchéologiques ont pu être conduites sur des squelettes provenant des sites natoufiens, qui ont livré environ 400 dépouilles d'individus. Très peu de traces de traumatismes liés à des violences ont été repérées. La pathologie la plus courante est l'arthrose, la dentition plutôt en bonne santé, il y a en fin de compte peu de traces de maladies et de déficiences. En fin de compte les Natoufiens sembleraient à plusieurs égards en meilleure santé que les premières sociétés néolithiques. Néanmoins, l'échantillon (limité) d'Abu Hureyra a présenté plus de traces de déformations attribuées aux activités de mouture des grains, avant tout chez les femmes, plus que chez les populations néolithiques. Il semble aussi que la mortalité soit plus forte pour les individus de 20 à 40 ans que durant le néolithique, et que cela concerne plus les Natoufiens que les Natoufiennes qui sembleraient avoir eu une espérance de vie plus longue[64].

Chiens domestiques[modifier | modifier le code]

La présence de chiens dans des tombes natoufiennes, une à Mallaha et une autre à Hayonim, illustre, avec d'autres sites en Europe et en Asie, le fait que le chien ait été domestiqué bien avant le Néolithique, avant les épisodes de domestication des moutons, chèvres, cochons et vaches. Il est en effet estimé que ces chiens natoufiens ont une morphologie domestique et non sauvage, et le fait qu'ils soient enterrés avec des humains indiquerait une proximité avec ceux-ci qui relèverait de la familiarité et du compagnonnage[65]. La place du chien dans le processus de domestication des animaux est à part (avec celle du chat) : cet animal n'est pas une source de nourriture, ou du moins ça ne l'est que très occasionnellement, c'est avant tout un auxiliaire pour la sécurité et la chasse (et, avec le développement ultérieur de l'élevage, la garde des troupeaux). Peut-être que la présence plus forte de petit gibier rapide tels que les lièvres sur les sites du Natoufien récent puis des périodes suivantes du début du Néolithique serait liée à une utilisation plus importante du chien pour la chasse[66]. Le processus de domestication aurait été initié par un rapprochement entre des loups et des groupes humains de chasseurs-cueilleurs, peut-être à l'initiative des premiers (une « auto-domestication »), avant qu'ils ne soient apprivoisés puis pleinement intégrés par la domestication (qui implique une reproduction contrôlée par les hommes), quoi qu'il en soit cela est antérieur au Natoufien. Les analyses génétiques sur des spécimens fossiles ont montré que le chien a été domestiqué à un stade précoce du Paléolithique supérieur, généralement situé entre 20 000 et 40 000 ans avant le présent, même si le lieu d'origine reste inconnu et la période précise débattue par les chercheurs, dont certains envisagent deux épisodes indépendants possibles de domestication[67],[68].

Les industries et arts natoufiens[modifier | modifier le code]

Les sites natoufiens ont livré une vaste gamme d'outillage lithique. La matière première est locale, même si de l'obsidienne venant d'Anatolie a parfois été mise au jour[69].

Du côté de la pierre taillée, l'industrie lithique natoufienne est définie après les propositions de D. Garrod par des outils débités par percussion indirecte, de façon à produire des lames à bords rectilignes ou non, notamment les microlithes en forme de demi-cercles ou croissants, lunates (qui en fait se retrouvent sur une vaste zone, du des Monts Taurus jusqu'au Sinaï), et des lamelles à bords plus rectilignes. La retouche bifaciale semi-abrupte dite « Helwan » est une caractéristique de la période ancienne ; d'autres retouches servent à faire des dents et encoches sur les lames. Dans la continuité du Kébarien, les microlithes sont de loin les plus représentés et ont souvent des formes géométriques (triangles, demi-cercles), mais on retrouve aussi des objets plus larges : pointes, burins, perforateurs, grattoirs, lamelles, pics, herminettes, etc. On repère des évolutions temporelles, comme la tendance à la réduction de la taille des microlithes en forme de segments de cercles, aussi l'augmentation des formes géométriques, et des variantes régionales comme la présence des couteaux à dos courbe au Levant sud et les pointes massives et herminettes sur le Moyen-Euphrate. En revanche les pointes de projectiles n'ont pas été identifiées clairement, alors qu'il s'agit d'un objet caractéristique des phases suivantes ; certains microlithes devaient être employés pour armer des flèches. L'emmanchement des microlithes se fait manifestement par groupes de deux ou trois. Certaines lames présentent un lustre brillant sur leur rebord, qui semble être dû à leur emploi pour couper des tiges de plantes, riches en silice ; elles étaient donc emmanchées sur des faucilles[70],[71].

La pierre polie comprend notamment des faucilles, polissoirs et des outils de broyage : meules plates et molettes, pilons et mortiers. Ce mobilier lourd est caractéristique du Natoufien, notamment le grand mortier profond (50-60 cm) et des sortes de « bassins » de 30 cm environ, qui sont parfois fixes, creusés dans des roches. La vaisselle en pierre est également courante au Levant sud : vases en basalte, d'un diamètre de 15 cm, parfois avec des décors incisés ou festonnés. Les « pierres à rainures », galets ovales aplatis avec une large rainure sur leur côté, sont également caractéristiques des sites de cette époque, mais leur usage est indéterminé (des hampes de flèches ?)[72],[73].

Les objets en matières osseuses sont très présents au Natoufien après avoir été plutôt laissés de côté au Kébarien. L'outillage en os est alors très divers, sans doute parce qu'il est destiné à autant d'usages : des pointes, dont certaines sont barbelées, des poinçons, des couteaux, des sortes de hameçons barbelés ou courbes, des manches, parfois décorés de figures animales, servant pour la couture, la chasse, la pêche, et aussi des perles et dents percées employées pour faire des ornements. Les animaux dont les os sont travaillés sont autant du gros gibier (gazelle, aurochs, cervidés) que du petit (renards, lèvres, oiseaux). Les techniques de travail de l'os sont variées (raclage, abrasion, rainurage, sciage, percussion, etc.), la perforation se développe[74].

Les défunts sont parfois enterrés avec des parures, qui fournissent d'autres indications sur les productions de l'époque. Beaucoup sont faites à partir de « dentale », des coquillages[75]. Les coquilles servent à former des colliers, des ceintures, des bandeaux, etc., parfois combinés avec des perles en os, qui sont manifestement des biens de prestige. Ces objets se retrouvent parfois dans des sites localisés bien à l'intérieur des terres ce qui implique des échanges à longue distance et aussi une forme de communauté culturelle entre tous ces régions. A contrario l'emploi de canines de renard à Hayonim et de craches de cerfs à el Wad semblent être des spécificités locales[76].

Plusieurs outils étaient décorés, en général par des incisions formant des motifs géométriques simples. Sur certains objets en revanche le travail aboutit à des sculptures, en os ou en calcaire. Les sites natoufiens ont livré les premières figurines animales connues au Levant[5] : des extrémités de manches de faucilles et couteaux ont la forme de ruminants, représentant la tête seule ou bien tout le corps. Pourquoi avoir choisi de décorer de la sorte des objets qui ont en principe une fonction utilitaire ? Peut-être faisaient-ils l'objet d'échanges, ou bien ils étaient destinés à des occasions spéciales, ou destinés à servir de biens funéraires. Les incisions ont pu servir à identifier certaines personnes[77].

Les représentations humaines sont rares. En ronde-bosse, elles sont plus schématiques que les représentations animales. Il peut s'agir d'une tête humaine, d'une figurine féminine, la plus originale étant une représentation d'un homme et d'une femme en train de s'accoupler trouvée à Ain Sakhri[78],[79].

Pratiques funéraires[modifier | modifier le code]

Les tombes sont courantes sur les sites du Natoufien. Cela est sans doute lié à la sédentarité : cela reflète au moins un établissement durable sur le site, peut-être aussi une façon d'associer les vivants et leurs ancêtres défunts et affirmer la continuité de la communauté villageoise. Une soixantaine de tombes ont été mises au jour à Mallaha, une quinzaine à Hayonim, une vingtaine à El Wad, une quarantaine à Nahal Oren. En revanche elles sont moins nombreuses dans les sites « périphériques » situés hors du foyer natoufien. Les pratiques varient grandement selon les lieux et l'époque. Les tombes sont rarement situées sous les maisons, plutôt placées en marge des villages, ou dans des sites qui semblent dédiés aux pratiques funéraires. Au Natoufien ancien la plupart des sépultures de Hayonim sont multiples, en revanche à Mallaha elles sont individuelles. Les corps sont en général disposés en position plus ou moins fléchie, mais dans des postures diverses. Au Natoufien récent les fosses collectives sont les plus courantes à Mallaha, mais durant la phase finale l'individualisme redevient la norme. Il y a manifestement des cas de manipulation et réorganisation des tombes après une première inhumation, en particulier durant l'époque récente ; dans certains cas à Hayonim les crânes ont même été prélevés, ce qui inaugure une pratique de manipulation des cadavres destinée à devenir courante durant le Néolithique proche-oriental. Les corps sont parfois associés à des parures, ou à des restes d'animaux. Un foyer entouré de trous de poteaux dans le cimetière de Nahal Oren pourrait refléter des pratiques rituelles. Il y a manifestement un sens symbolique derrière tout cela, mais il reste énigmatique[76],[80].

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Diverses propositions ont été faites quant à l'organisation sociale de l'époque natoufienne.

Comme vu plus haut, il est difficile de déterminer combien de personnes habitaient dans les résidences de l'époque, et également quels liens entretenaient les habitants d'un même site. Était-ce un ensemble de familles nucléaires, ou des familles étendues, ou encore quelque chose entre les deux ? L'analyse de 17 individus enterrés au cimetière de Hayonim a révélé que 8 d'entre eux n'avaient pas de troisième molaire (la « dent de sagesse ») : la répétition de ce trait génétique pourrait indiquer que les unions s'y faisaient au sein d'un groupe limité[81]. Mais il est difficile de généraliser ce cas isolé. L'organisation en famille étendue est couramment vue comme plus sûre dans ce contexte de subsistance, car en mesure d'organiser un partage de la nourriture et des vivres, qui devait jouer un rôle social important, peut-être au cours de rites festifs[45]. K. Flannery et J. Marcus proposent que les maisons les plus courantes soient destinées à des familles nucléaires, les plus petites à des individus isolés (veuves, veufs, seconde épouse) et pour les plus grandes constructions de Mallaha et Wadi Hammeh 27 ils proposent d'y voir des « maisons de célibataires », qui dans certaines sociétés étudiées par l'ethnographie servent de résidence aux jeunes hommes non mariés, ou bien de lieux où ils passent des rites initiatiques[82].

Quoi qu'il en soit le Natoufien semble bien voir de nombreux changements sociaux survenir. Avec l'apparition de villages permanents, sont construits les premiers bâtiments communautaires, des parties de sites sont destinées à des fonctions précises, notamment les cimetières, et la présence de mobilier de broyage dans des espaces ouverts semble indiquer une forme collective d'organisation du travail. Les variations entre les pratiques mortuaires, et aussi l'élaboration de parures, figurines et objets gravés semblent refléter l'affirmation d'un sens du collectif, et aussi de statuts personnels. La sédentarisation pourrait avoir conduit à une affirmation plus grande de la territorialité des groupes, et de leur identité. Les groupes villageois devaient en tout cas être liés à d'autres par des réseaux matrimoniaux. Il n'y a en revanche quasiment pas de traces de violences qui indiqueraient des tensions entre groupes[83].

Plus précisément au sujet des inégalités sociales, l'analyse des sépultures n'a pas donné lieu à des interprétations convergentes, tant s'en faut. Certains ont vu dans les individus enterrés avec des ornements une preuve de stratification sociale accrue, d'autres estiment qu'il n'y a aucune trace de hiérarchies sociales dans les nécropoles. Par suite, on a pu aussi bien caractériser l'organisation sociale natoufienne comme une chefferie, que rejeter l'idée d'une société à inégalités marquées et donc la voir comme égalitaire[84]. Les colliers en dentales, identifiés sur 8 % des tombes natoufiennes, pourraient servir à distinguer des personnes éminentes[85]. Il y a d'autres cas de distinction d'individus particuliers, comme dans les tombes à chiens de Mallaha et Hayonim. La sépulture la plus spectaculaire a été mise au jour à Hilazon Tachtit, site funéraire situé à une dizaine de kilomètres de Hayonim. Elle comprend le corps d'une femme âgée d'environ 45 ans à sa mort, entourée d'objets funéraires divers disposés à proximité de son corps suivant un arrangement manifestement très étudié : une cinquantaine de carapaces de tortue complètes et certaines parties du corps d'un sanglier, d'un aigle, d'une vache, d'un léopard et de deux martres, ainsi qu'un pied humain complet, et un pilon et un mortier. Cette accumulation, importante pour cette période, indique que cette femme avait un statut social important. Les découvreurs de la sépulture proposent de l'identifier comme une chamane[86].

Les divergences entre les pratiques funéraires de la période ancienne et la période récente ont également suscité des hypothèses : ainsi pour certains le changement des inhumations en groupe aux inhumations individuelles traduirait un passage d'une organisation communautaire égalitaire à une organisation dans laquelle le rang des individus est plus marqué ; mais d'autres au contraire estiment que les cimetières de la période récente reflètent une cohésion sociale plus forte[84]. O. Bar-Yosef, dans son interprétation du passage d'une société sédentaire à une société plus mobile durant le Natoufien récent, considère que la première est plus inégalitaire que la seconde[87].

B. Hayden est de ceux qui interprètent les sépultures avec un matériel plus important que la coutume comme attestant d'une volonté de distinguer le statut des individus, en les inhumant avec des biens de prestige (obsidienne, vaisselle en basalte, plumes, coquillages), et identifie certains squelettes des inhumations collectives et les crânes prélevés comme des témoignages de sacrifices d'accompagnement ou d'anthropophagie, distinguant ainsi le défunt principal. La présence de nombreux restes animaux associés à des foyers également attester de festins organisés par les élites sociales, et donc témoigner de la création d'inégalités plus marquées. Pour lui la société natoufienne est de type société « à maison » tel que défini par Claude Lévi-Strauss, dirigées par des familles dominantes alors que d'autres se consacrent au travail[88]. L'idée que les rites festifs seraient utilisés par des personnes à des fins personnelles pour affirmer leur prééminence sociale est défendue par d'autres chercheurs[85].

L'analyse des squelettes et de leurs pathologies a également donné lieu à des propositions quant au partage des tâches entre Natoufiens et Natoufiennes. Selon J. Peterson, elle est peu marquée. Certes la musculature des femmes indiquerait qu'elles pratiquent des mouvements bilatéraux liés au broyage, et celle des hommes un exercice plus courant de la chasse, mais les deux accomplissaient des tâches ardues[89],[90].

Langue[modifier | modifier le code]

Les linguistes russes Alexander Militarev et Viktor Aleksandrovich Shnirelman considèrent que les Natoufiens figurent parmi les premiers locuteurs du Proto-afro-asiatique[91]. Si on suit cette propositions, leurs descendants se seraient alors étendus dans le reste du Moyen-Orient et en Afrique du Nord et de l'est durant les millénaires suivants, en même temps que le mode de vie néolithique élaboré au Proche-Orient. Néanmoins la plupart des chercheurs se penchant sur les origines des populations locutrices de langues afro-asiatiques les situent plutôt sur le continent africain[92].

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Laure Dubreuil, Étude fonctionnelle des outils de broyage natoufiens, 2002 (thèse de doctorat disponible en ligne)
  • Fanny Bocquentin, Pratiques funéraires, paramètres biologiques et identités culturelles au Natoufien, 2003 (thèse de doctorat disponible en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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