Syndrome de l'intestin irritable

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Syndrome de l'intestin irritable

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CIM-10 K58
CIM-9 564.1
MeSH D043183
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En médecine, le syndrome de l'intestin irritable (appelé également troubles fonctionnels intestinaux, ou colopathie fonctionnelle) est une maladie chronique à symptomatologie digestive en rapport avec des modifications de la motricité et de la sensibilité de l'intestin intriquées avec des facteurs psychologiques. Le diagnostic nécessite d'éliminer les pathologies à expression similaire les plus communes. Sans gravité, cette maladie fréquente retentit sur la qualité de vie. Le traitement est symptomatique vis-à-vis des troubles digestifs, associé à une prise en charge psychologique.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Des critères diagnostiques ont été développés (appelés ROME III)[1] et peuvent être classés en deux catégories :

  • douleurs abdominales récidivantes. Ces douleurs abdominales sont généralement exprimées par des crampes intestinales, des ballonnements et/ou des flatulences. Pour être considérés comme un des symptômes du syndrome de l'intestin irritable, ces symptômes doivent être présents au moins trois jours par mois pendant au moins les trois derniers mois. Ces symptômes sont également soulagés par la défécation ;
  • modification du rythme des selles et de leur consistance. Trois cas peuvent être observés :
    1. une accélération du transit intestinal, c’est-à-dire des diarrhées fréquentes,
    2. un ralentissement du transit intestinal, c’est-à-dire des épisodes de constipation fréquente,
    3. un passage rapide entre épisodes de constipation et de diarrhée.
Habituellement, le rythme des selles est le critère le plus fréquemment utilisé. La grande variabilité de ces paramètres entre les hommes et les femmes et en fonction de l’âge des patients rend très compliquée l’identification de ce syndrome[2]. C’est la raison pour laquelle la présence de ballonnement et/ou des crampes intestinales fréquentes sont un des critères de plus en plus régulièrement utilisés. En effet, ce symptôme est retrouvé chez près de 90% des personnes souffrant du syndrome de l'intestin irritable[3].

De nombreux autres symptômes peuvent accompagner les signes digestifs[4] : maux de tête, fatigue, irritabilité, symptômes urinaires ou règles difficiles, dépression…

L'examen clinique est sensiblement normal mais se doit de rechercher une cause autre aux douleurs décrites.

Il n'existait pas de signe biologique spécifique mais certains marqueurs sont en cours d'étude. Ainsi, la présence de calprotectine dans les selles pourrait être une argument en faveur du syndrome[5].

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

C'est une maladie qui pourrait s'être développée avec la sédentarisation et les modes de vie modernes.

Sa prévalence était néanmoins autrefois mal mesurée. Les épidémiologistes cherchent à préciser les contours de ce syndrome afin de mieux le comprendre[6], aux États-Unis notamment[7].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

Les causes précises restent inconnues et sont probablement multiples. Le stress, en particulier dans l'enfance, pourrait jouer un rôle[8],[9]. D'autres pistes mettent en avant l'hypothèse selon laquelle l'accumulation de traumatismes psychologiques et émotionnels pourrait s'avérer susceptible de jouer un rôle déclencheur dans la genèse de l'affection[10],[11].

Une participation génétique est suspectée[12] et certaines mutations sont retrouvées plus fréquemment, comme sur le SCN5A[13]. Les perturbations du microbiote intestinal pourraient jouer un rôle[14].

Le syndrome de l'intestin irritable comporte deux composantes de nature nerveuse. L'une est motrice et concerne des troubles du péristaltisme. La seconde implique une hypersensibilité du système nerveux entérique. Le rôle et l'influence de la flore intestinale restent a préciser.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Cette maladie concerne près de 10 % de la population mondiale[15], le plus souvent des femmes entre 20 et 40 ans (deux fois plus atteintes que les hommes[4]), se répartissant de manière à peu près égale entre les formes à constipation prédominante et celle à diarrhée prédominante (le passage entre ces formes est fréquent).

Les symptômes peuvent apparaître dès l'enfance.

Dans 10 % des cas, le syndrome apparaît à la suite d'une gastro-entérite[16].

Elle a un coût économique important[17], à cause des multiples consultations nécessaires, et, parfois, à cause des erreurs de diagnostic conduisant à un traitement inapproprié.

Traitement[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucun traitement curatif. La diversité des traitements proposées témoigne indirectement d'une efficacité inconstante et ce qui est efficace chez un patient donné peut être complètement inefficace chez un autre

La prise en charge des troubles fonctionnels intestinaux a fait l'objet de la publication de plusieurs recommandations. Celles de l'American College of Gastroenterology datent de 2014[18].

Régimes[modifier | modifier le code]

Un régime riche en fibre améliore les symptômes, même s'l peut cependant exister une exacerbation des douleurs au début du traitement[19]. l'intérêt du son (enveloppe du grain de blé) reste cependant discuté[19]. D'autres fibres, plus solubles comme l'espaghul, extrait du plantain des Indes, pourraient avoir une efficacité meilleure[20].

Les différents régimes à type d'évitement (lactose, gluten...) ont un niveau faible de preuve du point de vue efficacité[21]. Les régimes pauvre en oligosaccharides et en polyols pourraient améliorer les symptômes[22] mais les études le montrant ne sont pas dénuées de limites méthodologiques[23]. L'intérêt d'un régime sans gluten reste contoversé[24],[25]

Traitement non médicamenteux[modifier | modifier le code]

La prise de probiotiques peut prévenir les éventuelles crises[26],[27].

L'activité physique peut améliorer les symptômes[28].

La relation médecin-malade reste un élément important du soin et la seule consultation peut avoir une réelle efficacité[29].

L'administration de faibles doses de charbon actif donne un soulagement des ballonnements, la dyspepsie, la putréfaction flatulente etc.

D'autres types de psychothérapies comportementales peuvent améliorer les symptômes[30].

Une rééducation périnéale de type biofeedback permet également d'améliorer les symptômes de certains patients[31].

La phytothérapie est très souvent utilisée, avec cependant peu d'études en confirmant l'efficacité. Parmi celles-ci, la menthe poivrée[20],[32], l'herboristerie chinoise[33]ou tibétaine[34] semble avoir un effet bénéfique spasmolytique notable.

Traitement médicamenteux[modifier | modifier le code]

Sur le plan pharmacologique, le médecin pourra prescrire des prokinétiques, des antispasmodiques (par exemple Spasmomen ou Duspatalin Retard), des spasmolytiques, des carminatifs, un inhibiteur de la pompe à protons (antiacide), un antidiarrhéique ou un médicament laxatif contre la constipation, ou un antidépresseur à faible dose selon les symptômes les plus incommodants.

Dans les formes diarrhéiques, l'Alosetron, un inhibiteur des récepteurs 5-hydroxytryptamine3, semble avoir une certaine efficacité[35] malgré une toxicité démontrée. Le tegaserod (en), autre médicament de la même classe, a prouvé une efficacité modérée en cas de constipation mais son utilisation a été restreinte du fait de l'augmentation d'accidents cardiaques[36].

Différents antibiotiques ont été essayés, supposés améliorer les symptôme en modifiant la flore intestinale. Ainsi la rifaximine entraîne un gain modéré mais les résultats manquent de recul[37].

Pronostic[modifier | modifier le code]

La gêne est souvent prolongée, pouvant atteindre plusieurs années, dépassant 7 ans dans plus de la moitié des cas[38]. Il n' y a pas, en règle générale, d'évolution vers d'autres maladies. Une résolution spontanée des symptômes est toutefois assez fréquente avec le temps[39]. Il peut entraîner une baisse de la qualité de vie[40], mais aucune conséquence démontrée sur la durée de vie[41].

Sur le long terme, le malade alternera des phases de résolution spontanée, ou d'amélioration objective, avec des phases de rechute, le plus souvent suite à une gastro-entérite ; à la prise d'aliments et/ou médicaments irritant la paroi intestinale ; mais/ou aussi à la suite d'un événement de vie stressant ou d'un accident. Les phases aiguës et les phases de repos -relatif- pourront ainsi alterner sur de très longues périodes (plusieurs mois, voire plusieurs années, dans l'une des phases), touchant d'une manière certaine à la qualité de vie mais dans des proportions très variables[42].

Divers[modifier | modifier le code]

l'impact économique n'est pas négligeable avec un coût annuel proche de 900 euros en France[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Longstreth GF, Thompson WG, CheyWD et al. « Functional bowel disorders » Gastroenterology 2006;130:1480–91.
  2. (en) Miwa H. « Prevalence of irritable bowel syndrome in Japan: Internet survey using Rome III criteria » Patient Prefer Adherence. 2008;2:143-7. PMID 19920955
  3. (en) Ringel Y. et al. « Prevalence, Characteristics, and Impact of Bloating Symptoms in Patients With Irritable Bowel Syndrome » Clinical Gastroenterology and Hepatology 2009;7(1):68-72. PMID 19124113
  4. a et b (en) Whitehead WE, Palsson O, Jones KR. « Systemic review of the comorbidity of irritable bowel syndrome with other disorders: what are the causes and implications? » Gastroenterology 2002;122:1140-56.
  5. Pavlidis P, Chedgy F, Tibble J, Diagnostic accuracy and clinical application of faecal calprotectin in adult patients presenting with gastrointestinal symptoms in primary care, Scand J Gastroenterol, 2013;48:1048-54
  6. (en) Drossman DA, Camilleri M, Mayer EA, Whitehead WE (2002) « AGA technical review on irritable bowel syndrome » Gastroenterology 123:2108–31. DOI:10.1053/gast.2002.37095
  7. (en) Saito YA, Schoenfeld P, Locke GR 3rd (2002) « The epidemiology of irritable bowel syndrome in North America: a systematic review » The American journal of gastroenterology 97:1910–15.
  8. Larry Tremblay, Autotraitement du mal de ventre ou Trucs pour ne plus se tordre de douleur, Victoria, C.-B. : Trafford éditeur, 2007, p. 13-18. (OCLC 174138294)
  9. Devroede, Ghislain, Ce que les maux de ventre disent du passé, Payot, Paris, février 2003, 311 p. ISBN 2-228-89798-1
  10. (en) Rick Nauert (PhD Senior News Editor) et John M. Grohol, « Psychological Trauma Tied to Irritable Bowel Syndrome », PsychCentral,‎ (lire en ligne)
    « A new study suggests the cumulative effects of psychological and emotional traumas may contribute to adult irritable bowel syndrome (IBS). »
  11. (en) Ghislain Devroede, « Early life abuses in the past history of patients with gastrointestinal tract and pelvic floor dysfunctions », dans E.A. Mayer & C.B.Saper, The Biological Basis for Mind Body Interactions, vol. 122 : Progress in brain research, Centre universitaire de santé de l'Estrie, Campus Fleurimont, Elsevier,‎ , 544 p. (ISBN 0080862470 et 9780080862477, lire en ligne), p. 131
    « Moreover, severe sexual dysfunction has been shown to exist in women with irritable bowel syndrome (Guthrie et al. 1987) »
  12. Waehrens R, Ohlsson H, Sundquist J et al. Risk of irritable bowel syndrome in first-degree, second-degree and third degree relatives of affected individuals: a nationwide family study in Sweden, Gut, 2015;64:215-21
  13. Beyder A, Mazzone A, Strege P et al. Loss-of-function of the voltage-gated sodium channel NaV1.5 (channelopathies) in patients with irritable bowel syndrome, Gastroenterology, 2014;146:1659-68
  14. Quigley EM, Bacterial flora in irritable bowel syndrome: role in pathophysiology, implications for management, J Dig Dis, 2007;8:2-7
  15. (en) Drossman DA, Camilleri M, Mayer EA, Whitehead WE, « AGA technical review on irritable bowel syndrome » Gastroenterology 2002;123:2108-31.
  16. (en) Spiller R, Campbell E. « Post-infectious irritable bowel syndrome » Curr Opin Gastroenterol. 2006;22:13-7.
  17. (en) Leong SA, Barghout V, Birnbaum HG et al. « The economic consequences of irritable bowel syndrome: a US employer perspective » Arch Intern Med. 2003;163:929–35.
  18. Ford AC, Moayyedi P, Lacy BE et al. American College of Gastroenterology monograph on the management of irritable bowel syndrome and chronic idiopathic constipation, Am J Gastroenterol, 2014;109(suppl 1):S2-26
  19. a et b Moayyedi P, Quigley EM, Lacy E et al. The effect of fiber supplementation on irritable bowel syndrome: a systematic review and meta-analysis, Am J Gastroenterol, 2014;109:1367-74
  20. a et b (en) Ford AC, Talley NJ, Spiegel BMR et al. « Efficacy of fibre, antispasmodics, and peppermint oil in irritable bowel syndrome: systematic review and meta-analysis » BMJ 2008;337:a2313
  21. Halland M, Saito YA, Irritable bowel syndrome: new and emerging treatments, BMJ, 2015;350:h1622
  22. De Roest RH, Dobbs BR, Chapman BA et al. The low FODMAP diet improves gastrointestinal symptoms in patients with irritable bowel syndrome: a prospective study, Int J Clin Pract, 2013;67:895-903
  23. Camilleri M, Acosta A, Re: Halmos et al., A diet low in FODMAPs reduces symptoms of irritable bowel syndrome, Gastroenterology, 2014;146:1829-30
  24. Biesiekierski JR, Newnham ED, Irving PM et al. Gluten causes gastrointestinal symptoms in subjects without celiac disease: a double-blind randomized placebo-controlled trial, Am J Gastroenterol, 2011;106:508
  25. Biesiekierski J, Peters S, Newnham E et al. No effects of gluten in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates, Gastroenterology, 2013;145:320
  26. (de) Rémy Meier « Probiotika, Die Bedeutung der intestinalen Flora für die Genese und Therapie gastrointestinaler Erkrankungen » Schweiz Med Forum 2007;7:184–91.
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  28. Johannesson E, Simren M, Strid H et al. Physical activity improves symptoms in irritable bowel syndrome: a randomized controlled trial, Am J Gastroenterol, 2011;106:915-22
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  42. (en) Nicholas W. Read (Ed.) Irritable bowel syndrome Londres, Grune Stratton, 1985, (OCLC 11748516), p. 173-197
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Spiller R, Aziz Q, Creed F et al. « Guidelines for the management of Irritable Bowel Syndrome » Gut, mai 2007; DOI:10.1136/gut.2007.119446
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  • Ordre professionnel des diététistes du Québec, Manuel de nutrition clinique, Maladies inflammatoires de l'intestin, chap. 5.7, p. 1-5, 2e édition, Montréal, 1991.