Lopéramide

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Lopéramide
Structure du lopéramide
Structure du lopéramide
Identification
Nom UICPA 4-[4-(4-chlorophényl)- 4-hydroxy-1-pipéridyl]-
N,N-diméthyl- 2,2-diphényl-butanamide
No CAS 53179-11-6
34552-83-5 (HCl)
No EINECS 258-416-5
252-082-4 (HCl)
Code ATC A07DA03 A07DA05
Propriétés chimiques
Formule brute C29H33ClN2O2  [Isomères]
Masse molaire[1] 477,038 ± 0,029 g/mol
C 73,02 %, H 6,97 %, Cl 7,43 %, N 5,87 %, O 6,71 %,
(513,506 avec HCl)
Données pharmacocinétiques
Demi-vie d’élim. 9,1 à 14,4 heures (moyenne de 10,8 heures)
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le lopéramide (R18553) est un antidiarrhéique employé contre les diarrhées aiguës ou chroniques.

Mode d'action[modifier | modifier le code]

Le lopéramide est un analogue structurel des opiacés – agonistes opioïdes des récepteurs µ - son action sur le péristaltisme permet de ralentir le transit intestinal. La molécule a également un effet anti-sécrétoire par augmentation du flux hydro-électrolytique de la lumière intestinale vers le pôle plasmatique de l’entérocyte (réabsorption), et réduction de flux inverse (sécrétion).

Il stimule l'absorption d'eau et d'électrolytes au niveau de l'entérocyte. Il inhibe également le péristaltisme (inhibition de la calmoduline), augmentant ainsi le temps de transit du contenu du tube digestif. Ce faisant, il risque aussi de favoriser l'action de certaines bactéries et leurs toxines en prolongeant leur séjour dans l'intestin ; c'est pourquoi le lopéramide est une arme à double tranchant, à employer avec précaution et à proscrire lors de certaines infections sévères, telles celles causées par salmonella, shigella ou Clostridium difficile.

Le lopéramide conduit également au ralentissement des contractions de l'intestin par son activité agoniste des récepteurs opioïdes[2], l'incapacité du lopéramide à traverser la barrière hémato-encéphalique préserve le système nerveux central de son effet[3].

Historique[modifier | modifier le code]

C’est en 1963 que Paul Janssen, Docteur en pharmacologie, découvre le lopéramide. Le lopéramide donne naissance à une nouvelle classe thérapeutique : celle des ralentisseurs de la motricité intestinale.

Le médicament est lancé en Belgique sous le nom d’Imodium® sous forme de gélule alors délivrable uniquement sur ordonnance. En France l’autorisation de mise sur le marché (AMM) est accordée en 1975.

Le lopéramide seul est présent dans 32 médicaments (Arestal®, Diaretyl®, Diastrolib®, Ercestop®, Gastrowell loperamide®, Imodium®, Imodiumcaps®, Imodiumlingual®, Imodiumliquicaps®, Indiaral®, Peracel®, et génériques) et en association dans un médicament (Imodiumduo®) en France[4].   

Il peut être disponible sans ordonnance pour les adultes et enfants de plus de 15 ans en traitement de la diarrhée aiguë passagère sans dépasser les 2 jours de traitement.

Indication thérapeutique[modifier | modifier le code]

La diarrhée se caractérise par des selles abondantes et fréquentes, avec plus de trois selles en 24 heures, de consistance molle voire liquide. Elle apparaît de manière brutale mais brève et dure généralement moins d’une semaine. Elle diminue et disparait le plus souvent spontanément en moins de 3 jours après la prise d’un traitement symptomatique. On dit que la diarrhée est aiguë lorsqu’elle évolue depuis moins de 2 semaines. Lorsqu’elle évolue depuis plus d’un mois, c’est une diarrhée chronique [5].

N’essayez pas de prendre en charge vous-même les symptômes et consultez rapidement votre médecin, si : la diarrhée s’accompagne d’une forte fièvre ou de vomissements répétés, vos selles contiennent des glaires et/ou du sang, si vous avez fait récemment un voyage dans un pays tropical, votre diarrhée s’accompagne d’une perte de poids brutale (+ de 2 kg), la diarrhée survient au cours ou après un traitement antibiotique, vous présentez un terrain vulnérable : maladie connue des valves du cœur, traitement qui diminue les défenses immunitaires de votre organisme (traitement immunosuppresseur ou chimiothérapie en cours)[5].

La diarrhée peut entrainer des pertes importantes d’eau et d’électrolytes comme le sodium et le potassium qui peuvent être responsables de déshydratation. Celle-ci se caractérise par une grande soif, la bouche et la langue sèche, une faible quantité d’urine, une peau sèche qui garde le pli au pincement, une somnolence, une confusion, un regard terne et un enfoncement des yeux, un manque de réaction[6]. En cas de diarrhée, il est donc important de boire plus que d’habitude, notamment des boissons contenant du sucre et du sel comme de l’eau sucrée ou des bouillons de légumes[6].

Manger plus fréquemment et en plus petite quantité des repas contenant des aliments faciles à digérer : riz, pâtes, carottes cuites. Eviter le lait, les fruits (sauf les bananes), les légumes crus et les boissons glacées. En cas de gastro-entérite, se laver les mains à l’eau et au savon après chaque selle et avant chaque repas[6].

En complément des conseils hygiéno-diététiques, un anti diarrhéique peut être pris[6].

Le lopéramide est pris par voie orale et est considéré comme efficace dans le traitement symptomatique des maladies diarrhéiques de causes variables, y compris : la diarrhée aigüe, non spécifique, la diarrhée du voyageur, la diarrhée causée par une motilité altérée, diarrhée chronique et la diarrhée causée par le syndrome du côlon irritable. D’autres indications, sous surveillance médicale, comprennent la diarrhée induite par la chimiothérapie ou des inhibiteurs de protéase[7].

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

Pharmacodynamie[modifier | modifier le code]

Le lopéramide a un effet ralentisseur du transit ainsi qu’un effet anti-sécrétoire. Ces effets sont rapides et durables tout en respectant les caractères bactériologiques et parasitologiques des selles. [2]

L’effet antidiarrhéique commence à apparaître environ 1 à 3 heures après la première prise. Les effets sont prolongés[8].

Pharmacocinétique[modifier | modifier le code]

Absorption : l’action du lopéramide est presque exclusivement locale, il est peu absorbé par le corps lorsqu’il est pris par voie orale[8].

Distribution : le lopéramide franchit très peu la barrière hématoencéphalique, combiné à sa faible absorption par voie orale, le lopéramide a un effet minimum sur le système nerveux central[6].  

Métabolisme : le lopéramide est principalement métabolisé par le foie, et son élimination se fait par les selles[8].

Sa demi-vie est d’environ 10 heures[8].

Tolérance[modifier | modifier le code]

Le lopéramide est généralement bien toléré si la dose et la durée d’utilisation recommandées sont respectées[7]. Dans le cas d'une diarrhée aigüe, si aucune amélioration n’est observée dans les 48 heures, un médecin devrait être consulté. Le lopéramide peut être utilisé pour des périodes plus longues, uniquement sur ordonnance et sous surveillance d’un médecin. Les effets secondaires les plus communs sont associés à la réduction de la motilité intestinale (ralentissement du transit) : douleurs abdominales, ballonnements, lourdeur abdominale, nausées, constipation. Ils sont pour la plupart limités dans le temps du fait de la courte durée du traitement dans la majorité des indications[7],[9].

Divers[modifier | modifier le code]

Le lopéramide fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. (en) « Lopéramide hydrochloride », sur The American Society of Health-System Pharmacists,
  3. (en) « NCI Drug Dictionary », sur National Cancer Institute (consulté le 24 mai 2017)
  4. Fiche VIDAL
  5. a et b Affsaps – Bien vous soigner avec des medicaments disponibles sans ordonnance-Diarrhée passagère de l’adulte – Juin 2009
  6. a, b, c, d et e Site internet : ameli-santé - Gastro entérite de l'adulte _ que faire et quand consulter (consulté le 17/01/17)
  7. a, b et c Hanauer SB, The role of loperamide in gastrointestinal disorders. (Le rôle du lopéramide dans les troubles gastro-intestinaux), Rev Gastroenterol Disord 2008;8(1):15-20
  8. a, b, c et d Collège Nationale de Pharmacologie Médicale, Anti-diarrhéiques : les points essentiels
  9. Baker DE, Loperamide: A pharmacological review, Rev Gastroenterological disorders 2007; vol 7 suppl 3
  10. WHO Model List of Essential Medicines, 18th list, avril 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Compendium suisse des médicaments : spécialités contenant Lopéramide