Menthe poivrée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Mentha ×piperita

Menthe poivrée

La Menthe poivrée (Mentha ×piperita) est une plante herbacée de la famille des Lamiacées. C'est une menthe issue d'une hybridation spontanée hexaploïde entre Mentha aquatica et Mentha spicata.

Historique[modifier | modifier le code]

Les peuples de l'Antiquité babylonienne, égyptienne et gréco-romaine connaissaient et utilisaient plusieurs espèces de menthes mais certainement pas la menthe poivrée qui est le résultat d'un croisement spontané opéré à l'époque moderne.

En 1753, au début de la nomenclature moderne, Linné reconnaissait Mentha piperita, une menthe pourvue d'une forte saveur piquante, comme une espèce à part entière parmi 10 espèces de menthes du genre Mentha[1].

Les naturalistes ont longtemps accepté son statut d'espèce croissant naturellement dans les milieux humides, avant de se rendre compte qu'elle était issue d'une hybridation. Au XXe siècle, Murray et al.[2] (1972) croisèrent Mentha aquatica (2n=96) avec M. spicata (2n=48) et sur les 32 000 pieds qui survécurent, ils procédèrent à des analyses organoleptiques suivies par des analyses chromatographiques de l'huile essentielle pour sélectionner au final quelques hyrides proches du cultivar 'Mitcham' poivré (2n=72=96/2+ 48/2), complètement stérile.

Les données génétiques et historiques permettent de reconstruire l'histoire de l'apparition de la menthe poivrée suivant le scénario suivant. Peu avant le XVIIIe siècle, apparut spontanément en Angleterre, une menthe poivrée « peppermint », réputée pour sa saveur fraiche et épicée. On en trouve des spécimens caractéristiques conservés dans l'herbier du British Museum à Londres. Le naturaliste Anglais, John Ray (1628-1705) en avait obtenu des pieds du comté de Hertfordshire, en 1696 et l'avait décrite[3] dans la seconde édition de sa Synopsis. Considérée comme une plante médicinale digestive et aromatique[4], elle fut admise dans la London Pharmacopoeia sous le nom de « Mentha piperitis sapore » en 1721. Les apothicaires Français la considèrent bonne pour l'estomac.

La culture et le commerce de cette menthe épicée Black Peppermint commença à Mitcham en Angleterre et se répandit dans le monde entier par multiplication végétative. Un centre de production majeur se trouve aux États-Unis, en raison d'un climat favorable[5].

Description[modifier | modifier le code]

La menthe poivrée est une plante herbacée, vivace à drageons, hémicryptophyte. Elle se dresse de 10 cm jusqu'à 75 cm, voire 1 m de hauteur.

Les tiges et les rameaux sont rougeâtres, à section carrée[6].

Les feuilles sont opposées et décussées. Ce sont des feuilles simples, pétiolées, 4 à 10 cm de long, velues et d'un vert foncé sur la face supérieure, se teignant de nuances rougeâtres au soleil et de rouge cuivré à l'ombre. Elles sont ovales-lancéolées à marge dentée. Elles sont recouvertes de gros poils sécréteurs arrondis dans lesquels s'accumulent les substances volatiles odorantes.

Les inflorescences sont des épis terminaux très raccourcis, comparables à des capitules. Les fleurs sont petites, violet pâle, presque régulières. Elles comportent un calice tubuleux, parcourus par de nombreuses nervures saillantes. Faiblement velu, il est terminé par 5 dents lancéolées et acuminées. La corolle est formée de 4 lobes presque égaux. La lèvre supérieure, émarginée, est issue de la soudure des 2 pétales dorsaux. La lèvre inférieur est formée par les 3 pétales ventraux. Les 4 étamines sont saillantes. Sur un disque nectarifère, repose 2 carpelles.

La floraison s'effectue de juillet à septembre.

Les fruits sont des tetrakènes.

Composition[modifier | modifier le code]

La feuille de menthe poivrée contient de nombreux métabolites secondaires aromatiques : des acides-phénols, des flavonoïdes (glycosides de la lutéoline et de l'apigénine), des triterpènes. On extrait des feuilles une huile essentielle principalement constituée de menthol (30 à 40 %), de menthone et d'autres monoterpènes. Cette huile essentielle[7] est responsable de l'odeur puissante de la menthe poivrée. Les feuilles de bonne qualité destinées à un usage pharmaceutique donnent plus de 9 ml d'huile essentielle par kg de feuilles sèches (Pharmacopée européenne, 6e éd., 2008, modif. avril 2009)[8].

Utilisation[modifier | modifier le code]

La menthe poivrée est utilisée depuis fort longtemps en nature et pour son huile essentielle. Des archéologues en ont trouvé des feuilles séchées dans des pyramides d'Égypte datant du premier millénaire avant notre ère. Hippocrate et Aristote l'employaient comme anaphrodisiaque (calmant, anesthésiant). Comme à toutes les menthes, la tradition lui attribue des propriétés aromatiques (toniques, fortifiantes) et des propriétés digestives (combattre les lourdeurs, les ballonnements, les gaz).

Antispasmodique du fait l'action de l'acétate de menthyle (ester) sur la musculature lisse, la menthe était considérée autrefois comme une panacée. Le menthol et l'huile essentielle sont antibactériens et antioxydants[9].

Si les propriétés attribuées à la feuille de menthe n'ont pas été évaluées rigoureusement par des essais chez l'humain, les propriétés spasmolytiques (= antispasmodiques) de l'huile essentielle ont été confirmées par des essais cliniques en double aveugle versus placebo[10], notamment chez des patients souffrant de douleurs abdominales et de ballonnements (syndrome dit du « côlon irritable »). Elles ont aussi été vérifiées par des essais comparatifs lors d'examens radiologiques ou endoscopiques. Le menthol induit une sensation de froid par stimulation des thermorécepteurs : cela explique l'impression subjective de mieux respirer (en cas de rhume, par instillation nasale), aussi bien que le soulagement d'un prurit (par application locale).

Actuellement, les principales indications thérapeutiques « traditionnelles » admises (en France) pour la feuille et la sommité fleurie de menthe poivrée sont les suivantes :

  • traitement symptomatique de troubles digestifs (ballonnement, lenteur à la digestion, etc.), y compris ceux qui sont attribués à une origine hépatique ;
  • traitement adjuvant des douleurs liées aux troubles fonctionnels digestifs ;
  • pour faciliter les fonctions d'élimination urinaire et digestive.

En usage local, les médicaments à base de menthe sont utilisés (de fait ce sont généralement des produits à base d'huile essentielle):

  • en cas de prurit, comme adoucissant et comme protecteur (ex. : crevasses, piqûres d'insectes) ;
  • en cas de nez bouché, de rhume ;
  • pour l'hygiène buccale ;
  • comme antalgique dans les affections buccales ou pharyngées.

Autres utilisations possibles par voie externe de l'huile essentielle : soulager les maux de tête (EMEA), migraines et sinusites, les démangeaisons cutanées, les algies rhumatismales et musculaires (usage reconnu en Allemagne) (se renseigner auprès d'un aromathérapeute, médecin ou pharmacien par précaution car c'est une substance très active).


Utilisée aussi dans la fabrication du schnaps en Alsace par macération[réf. nécessaire]

Précautions d'emploi (pour l'huile essentielle) :

  • L'huile essentielle de menthe et le menthol peuvent provoquer des troubles graves chez le jeune enfant lorsqu'ils sont appliqués sur les narines et le visage (risque de détresse respiratoire, de coma). La monographie élaborée par l'Agence européenne du médicament (EMEA) précise que son usage n'est recommandé ni avant huit ans, ni chez la femme enceinte ou allaitante. Son utilisation par voie cutanée est réservée à l'adulte[11] ;
  • L'obstruction des voies biliaire et l'inflammation de la vésicule biliaire constituent des contre-indications ;
  • Le contact avec les muqueuses et les yeux peut provoquer des irritations ;
  • De rares cas d'allergie ont été signalés à la suite d'application cutanée. Ne pas utiliser dans le bain ou sur l'ensemble du corps.
  • Certains auteurs préconisent de ne pas l'utiliser chez des sujets épileptiques.

Utilisation en cuisine[modifier | modifier le code]

La menthe poivrée est appréciée et utilisée dans la confection de nombreux plats. Néanmoins, il convient de relever que son mariage avec d'autres plantes est complexe et fréquemment à éviter. Elle peut être utilisée dans un gigot d’agneau, les pommes de terre, petits pois ou salades, une entrée à base de yogourt, une sauce ou un dessert au chocolat[12]. Finalement, elle rentre dans la confection de nombreux cocktails.

Culture[modifier | modifier le code]

On cultive la menthe poivrée en Europe, en Asie, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord. On plante, en général, la menthe poivrée en mars, avril. On peut la bouturer en mars, juillet et août. On la récolte en mai, juin, juillet, août, septembre et octobre. Elle doit, de préférence, être plantée dans un endroit ensoleillé. Elle nécessite un sol drainé, fertile et frais. Elle requiert un pH entre 6 et 7.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Référence Biodiversity Heritage Library (Biodiversity Heritage Library) : 358597#page/18
  2. Murray, M. J., D. E. Lincoln, and P. M. Marble, « Oil composition of Mentha aquatica x M. spicata F1 hybrids in relation to the origin of x M. piperita. », Canad. J. Genet. Cytol., vol. 14,‎
  3. Eduard Gildemeister, Friedrich Hoffmann, The Volatile Oils, vol 1, Wiley,‎
  4. (en) « Chapter 45 Peppermint », dans D.J. Charles, Antioxidant Properties of Spices, Herbs and Other Sources, Springer Science,‎
  5. Rodney B. Croteau, Edward M. Davis, Kerry L. Ringer et Mark R. Wildung, « (−)-Menthol biosynthesis and molecular genetics », Naturwissenschaften, vol. 92, no 12,‎ , p. 562–577 (ISSN 0028-1042, 1432-1904, DOI 10.1007/s00114-005-0055-0, lire en ligne)
  6. Marie-Pierre Arvy, François Gallouin, Épices, aromates et condiments, Belin,‎
  7. « Huile essentielle de menthe poivrée », sur Les huiles essentielles - Guide de l'aromathérapie,‎ (consulté le 8 janvier 2014)
  8. Bruneton, J. (2009). Menthe in : Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., Tec & Doc, Paris, p. 631-638.ISBN 978-2-7430-1188-8
  9. McKay, D.L. et Blumberg, J.B. (2006) A review of the bioactivity and potential health benefits of peppermint tea (Mentha piperita L.), Phytother. Res., 20, 619-633
  10. Ford, A.C. Talley N.J., Spiegel, B.M. et al. (2008). Effect of fibre, antispasmodics, and peppermint oil in irritable bowel syndrome : systematic review and meta-analysis, BMJ, 337, a2313
  11. HMPC (2007). Community herbal monograph on Mentha x piperitae L., aetheroleum
  12. http://www.teainspiration.ch/le-ptit-coin-des-tisanes/menthe-poivree/