Conquête de Tunis (1535)

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Conquête de Tunis
de 1535
Description de cette image, également commentée ci-après

Représentation de l'attaque de La Goulette par Frans Hogenberg.

Informations générales
Date -
Lieu La Goulette et Tunis, Ifriqiya
Issue Victoire espagnole
Changements territoriaux Prise de Tunis par les Espagnols
Occupation de La Goulette
Belligérants
Fictitious Ottoman flag 2.svg Empire ottoman
Hafsid Flag - Tunisia.svg Hafsides
Pavillon royal de la France.svg Royaume de France
Drapeau de l'Espagne Monarchie espagnole
Emblem of the Papacy SE.svg États pontificaux
Flag of Genoa.svg République de Gênes
Flag of Portugal 1485.svg Portugal
Flag of the Order of St. John (various).svg Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Commandants
Khayr ad-Din Barberousse Charles Quint
García Álvarez de Tolède
Ferdinand Alvare de Tolède
Andrea Doria
Álvaro de Bazán
Louis de Portugal
Forces en présence
Fictitious Ottoman flag 2.svg 82 galères[1]
Pavillon royal de la France.svg 2 galères[2]
398 navires
60 000 hommes
Pertes
Inconnues Inconnues
Coordonnées 36° 48′ nord, 10° 10′ est

Géolocalisation sur la carte : Tunisie

(Voir situation sur carte : Tunisie)
Conquête de Tunisde 1535

Géolocalisation sur la carte : Tunis

(Voir situation sur carte : Tunis)
Conquête de Tunisde 1535

La conquête de Tunis de 1535 oppose les troupes de Khayr ad-Din Barberousse et celles de l'empereur Charles Quint pour le contrôle de Tunis, alors sous domination ottomane depuis sa conquête en 1534.

Elle s'achève avec l'établissement d'une tutelle espagnole sur le gouvernement de Tunis et par l'occupation de La Goulette. Les Ottomans reprennent la ville en 1574.

Contexte[modifier | modifier le code]

Charles Quint est, au début du XVIe siècle le prince chrétien le plus puissant : roi d'Espagne (Castille et Aragon), roi de Naples et de Sicile, il est aussi maître des Pays-Bas et des possessions autrichiennes des Habsbourg, et de surcroît empereur du Saint-Empire romain germanique. L'Espagne contrôle cependant quelques présides ou points d'appui au Maghreb : Melilla depuis 1497, Mers el-Kébir depuis 1505, le Peñón de Vélez de la Gomera depuis 1508, Oran depuis 1509, Bougie et Tripoli depuis 1510, et a un accord avec la dynastie hafside de Tunis. Elle a par contre échouée, en 1510, dans la prise de Djerba et en 1511 aux îles Kerkennah[3].

Son principal ennemi est l'Empire ottoman. Les frères Arudj et Khayr ad-Din Barberousse, cherchent à s'installer au Maghreb. Ils ont pris Jijel en 1514 et, en 1516, le contrôle de la régence d'Alger. En 1519, Khayr ad-Din est sultan d'Alger et vient, en 1534, de se placer sous le contrôle ottoman. La même année, il se rend auprès de Soliman le Magnifique pour lui proposer un plan de conquête de la Méditerranée. Il était prévu la reconquête de tous les présides espagnols, puis la conquête de la Corse, la Sardaigne, la Sicile et enfin des Baléares[4].

Crise tunisienne (1534)[modifier | modifier le code]

Khayr ad-Din Barberousse souhaite conquérir Tunis. La proximité du site avec l'Italie en fait une bonne base de départ pour attaquer la Sicile, la Sardaigne et le royaume de Naples. Il profite des querelles de succession qui, à Tunis, affaiblissent la dynastie hafside : le sultan, Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan, ne contrôle plus que la capitale et ses alentours. Le , Barberousse s'empare de Tunis et parvient même à installer une garnison à Kairouan. Mais Charles Quint décide de réagir : après l'expérience malheureuse du Peñón d'Alger, il ne peut permettre à Barberousse d'installer une nouvelle base corsaire[5].

Forces de Charles Quint[modifier | modifier le code]

Le , Charles Quint prend la tête d'une expédition forte de 250 navires, dont 25 caravelles du roi du Portugal et 48 galères, ainsi que 25 000 hommes, fantassins et cavaliers, ainsi que de nombreux aventuriers. Il a réussi à réunir à Barcelone, autour du pape Paul III, Gênes avec son amiral Andrea Doria, la noblesse portugaise avec l'infant Louis, le beau-frère de Charles Quint, les troupes germaniques et italiens commandées par le marquis del Vasto, gouverneur de Milan et les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ne manque à l'appel, les vénitiens, plutôt associés dans le commerce ottomans et la France, plutôt adversaire de Charles Quint[6]. L'expédition, d'un coût de plus de 400 millions de maravédis, est financée par la rançon de François Ier (187 millions), du servicio de Castille (184 millions), du servicio d’Aragon (26 millions) et d’un don de la duchesse de Medina Sidonia (18 millions)[réf. nécessaire].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Vue de Bab El Bhar et de l'arsenal lors du sac de Tunis par l'armée de Charles Quint.

Le , ces forces débarquent entre Carthage et La Goulette et commencent aussitôt les opérations de siège contre La Goulette et Tunis, que Barberousse avait résolu de défendre avec les 9 000 hommes dont il disposait et des contingents auxiliaires assez nombreux fournis par les Maures[réf. nécessaire]. Barberousse place 200 janissaires dans la forteresse de La Goulette. Il s'enferme avec 200 autres hommes dans la kasbah de Tunis. Après avoir enfermer les chrétiens, il menace de les faire exécuter mais nombreux sont ceux qui moururent de soif pendant le siège[6].

Le siège de La Goulette dure plus d'un mois, Charles Quint s'en empare finalement le [6], bien que cette forteresse soit défendue par 300 pièces d'artillerie et 6 000 hommes[réf. nécessaire].

Deux semaines plus tard, l'armée espagnole livre bataille aux Ottomans et aux Maures dans la plaine de l'Ariana et assiège Tunis. À ce moment, les esclaves chrétiens que Barberousse avait épargnés à la demande de ses officiers, s'étant échappés des bagnes de la ville au nombre de plusieurs milliers, se rendent par surprise maîtres de la kasbah et d'une grande partie de la ville[réf. nécessaire].

Toute résistance étant devenue aléatoire, Barberousse s'enfuit avec les restes de son armée vers Bône puis Alger, tandis que Charles Quint entre dans Tunis le [6], par le faubourg de Bab Souika.

À ce moment, Charles Quint invite l'ancien sultan hafside Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan à entrer en pourparlers avec les notables de la ville pour éviter son pillage, mais ce dernier échoue dans sa mission du fait que les notables avaient tous fui dans les parages du Djebel Zaghouan avec leurs familles en emportant ce qu'ils avaient de plus précieux. C'est alors que le pillage aurait été autorisé pendant trois jours. Toutefois, le butin sera peu important et les troupes frustrées auraient assouvi leur vengeance en massacrant une partie des habitants sans égard pour le sexe ni l'âge. C'est en vain que l'empereur et son entourage s'opposent à cette tuerie[réf. nécessaire].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Charles Quint à Tunis[modifier | modifier le code]

Charles Quint sortant de Tunis à la tête de ses troupes par Jan Cornelisz Vermeyen.
Représentation de Charles Quint annonçant la prise de Tunis au pape Paul III.

Charles Quint et sa suite s'installent dans la résidence hafside de la kasbah, dont les appartements sont d'une « magnificence extraordinaire et meublés royalement »[7]. Les troupes dressent quant à elles leur camp au nord-ouest de la kasbah, sur un emplacement qui gardera par la suite le nom de « Place de l'Empereur » ou « Plateau Charles Quint ». Cependant, l'empereur est tellement incommodé par l'odeur des cadavres décomposés qu'il quitte la capitale le , pour aller séjourner à Radès, dans la banlieue sud. C'est là qu'il crée l'ordre militaire de la Croix de Tunis et décerne plusieurs colliers de cette nouvelle décoration. Cet ordre se compose d'une chaîne en or entrelacée de croix de saint André d'où pend une escopette qui tirait des étincelles de feu d'un caillou avec l'inscription « Barbaria »[réf. nécessaire].

Traité avec le sultan hafside[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, au camp de La Goulette, la chancellerie impériale établit le traité de paix qui doit être conclu avec Muhammad al-Hasan, rétabli sur son trône. Ce traité, signé le , place le souverain hafside sous la protection de l'empereur et de ses successeurs : « le roi de Tunis reconnaît que l'empereur était venu en personne avec une puissante armada prendre les forteresses et la ville de Tunis, pour chasser le tyran Barberousse et le rétablir sur son trône[8] ». En contrepartie, le sultan s'engage à rendre tous les esclaves qui se trouvent dans son royaume, à leur garantir la liberté de circuler et de voyager à leur guise. À compter de ce jour, ni lui ni ses successeurs ne peuvent capturer ni avoir d'esclaves chrétiens, sujets de l'empire ou des couronnes d'Espagne, de Naples et de Sicile. L'empereur Charles Quint, son frère le roi Ferdinand, ou un autre prince qui leur succéderait ne pourront pas non plus consentir qu'il y ait dans leurs domaines des captifs maures sujets du roi de Tunis[8].

Celui-ci accepte sur son territoire la présence de chrétiens en leur accordant la liberté de culte. Il doit par ailleurs refuser d'accueillir les Maures de Grenade, de Valence, d'Aragon et autres endroits du ressort de l'empereur. Il s'engage à les expulser[8]. Il remet à l'empereur tous les droits qu'il détenait sur les villes de Bône, Bizerte, Africa et autres forts, occupées par Barberousse, afin de pouvoir l'expulser ainsi que tous les corsaires qui y avaient refuge[8]. Il cède à Charles Quint La Goulette ainsi que les terres situées une demi-lieue alentour. Les Espagnols ne devaient pas empêcher les habitants de Carthage de prendre de l'eau dans les puits situés à la Tour de l'Eau[8]. Il laisse aux chrétiens de La Goulette toute liberté de commercer dans tout le royaume en échange il recevra les taxes sur les achats et les ventes de marchandises. S'il y a délit, seul le capitaine du fort a autorité et peut les punir[8].

Pour l'entretien de la garnison de la forteresse, le sultan s'engage à payer 12 000 ducats d'or par an. s'il ne satisfait à ce tribut, le capitaine général peut la prélever sur les rentes du royaume. Il reconnaît, réciproquement, la liberté de commercer dans tout son royaume aux sujets de l'empereur. Seul un juge désigné par l'empereur peut connaître les causes, juger et châtier les délinquants[8]. Ses successeurs devront remettre tous les ans, au un impôt consistant en six chevaux et douze faucons sous peine de 50 000 ducats d'or d'amende, 100 000 la deuxième fois. La troisième fois, ils se verraient confisquer leur royaume[8]. Dans le même temps, ses vassaux ne concluront aucune alliance et ne signeront aucun accord avec un prince maure ou chrétien qui pourrait porter préjudice à l'empereur ou aux rois d'Espagne et ses successeurs (et réciproquement)[8].

L'empereur et le sultan s'engagent réciproquement à entretenir de bons liens d'amitié, de respect réciproque et de liberté de commerce sur mer comme sur terre[8]. Enfin, le sultan et ses successeurs s'engagent à n'accueillir ni corsaires ni pirates, ni aucun ennemi, en jurant de tous faire pour lutter contre eux[8].

Situation précaire[modifier | modifier le code]

Le , Charles Quint quitte Tunis et La Goulette en laissant une garnisons de vétérans. Muhammad al-Hasan est restauré sur le trône hafside mais ses sujets ne lui pardonnent pas d'avoir souscrit un traité avec Charles Quint[9]. Par ailleurs, Charles Quint commet l'erreur de ne pas poursuivre Barberousse jusqu'à Alger. La conquête n'a donc pas modifié les rapports de force[9]. En effet, à peine les dernières voiles de l'escadre disparues à l'horizon, les villes de la côte et les tribus de l'intérieur se soulèvent contre le sultan en lui refusant l'obéissance et l'impôt[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Roger Crowley, Empires of the sea, Londres, Faber & Faber, (ISBN 978-0-571-23231-4), p. 61
  2. Edith Garnier, L'Alliance Impie, Paris, Éditions du Félin, (ISBN 978-2-86645-678-8), p. 96
  3. Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 4
  4. Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 20
  5. Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 48
  6. a, b, c et d Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 49
  7. Revue tunisienne, vol. XIII, Tunis, Institut de Carthage, 1906, p. 304
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 50
  9. a et b Anne Brogini et Marie Ghazali (2005) par. 52

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]