Bataille de Bakou

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La bataille de Bakou (azéri : Bakı döyüşü ; russe : Битва за Баку ; turc : Bakü Muharebesi) qui s'est déroulée entre juin et septembre 1918 a opposé une coalition de l'Empire ottoman et de l'Azerbaïdjan, dirigée par Nouri Pacha contre les forces soviétiques, puis anglo-arméniennes dirigées par Lionel Dunsterville. La bataille est la conclusion de la campagne du Caucase, et le début de la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan[1],[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

L'offensive ottomane du Caucase en 1918.

En 1917, le front russe du Caucase s'écroule après l'abdication du Tsar Nicolas II. Le 9 mars 1917, un Comité spécial de Transcaucasie est établi par le gouvernement provisoire de Russie, afin d'administrer les régions occupées. Il ne dure pas longtemps et en novembre 1917, le commissariat transcaucasien est créé par les bolcheviques. Le 5 décembre 1917, l'armistice d'Erzincan est signé entre les bolcheviques et l'empire ottoman[3]. Les troupes russes quittent alors le front en grande majorité. Certains rejoignent la campagne de Perse, en violation de l'accord d'armistice[4]. Le général Nikolaï Baratov reste à Hamadan, et le colonel Lazar Bitcherakhov et 10 000 hommes se maintiennent à Kermanshah. Ces forces sont aidées d'officiers de liaison britanniques[4].

En 1918, les Britanniques invitent les Arméniens à former une force militaire, sous le commandement de Lionel Dunsterville à Bagdad[5]. Ces troupes prirent le nom de Dunsterforce[5]. Leur but militaire était d'atteindre le Caucase à travers la Perse, pendant le déroulement de la campagne de Perse, et le bassin pétrolifère de Bakou[5]. Il était prévu de recruter plus de forces dans le Caucase[5]. Le 10 février 1918, le Sejm décide son indépendance. Le 10 février, la République démocratique fédérative de Transcaucasie est proclamée. Celle-ci était anti-bolchevique et voulait la séparation de la Transcaucasie et de la Russie. Le 27 février, la Dunsterforce est envoyée de Bagdad dans la région, avec des officiers et des instructeurs[4]. La Dunsterforce reçoit pour mission de garder le front intact et de mettre un terme aux plans d'Enver Pacha[4]. Le 17 février, La Dunsterforce arrive à Enzeli, où des bolcheviques leur refusent le passage vers Bakou[4].

Le 3 mars 1918, le grand Vizir Talaat Pacha signe le traité de Brest-Litovsk avec les bolcheviques. Celui-ci prévoit le retour aux frontières d'avant-guerre et l'incorporation des villes de Batoumi, Kars, et Ardahan à l'Empire ottoman. Entre le 14 mars et avril 1918, une conférence de paix réunit le Sejm et l'empire ottoman.

Le 30 mars 1918, après 10 jours de négociations, des nouvelles de massacres de musulmans et Azerbaïdjanais à Bakou arrivent. Par conséquent, les journées qui suivent provoquent des massacres interethniques, appelés jours de Mars. Il y eut plus de 120000 morts dans le gouvernorat de Bakou[6],[7],[8]. Avant ces jours, les Azerbaïdjanais demandaient l'autonomie au sein de la Russie, mais ensuite ils réclament l'indépendance et un soutien ottoman.

Le 5 avril 1918, Akaki Tchenkéli de la délégation transcaucasienne accepte le traité de Brest-Litovsk comme base des négociations, et demande aux gouvernants de rejoindre son opinion[9]. Les autres représentants transcaucasiens se considèrent, eux, comme en guerre contre l'empire ottoman[9]. Quelque temps après, la troisième armée ottomane prend Erzéroum, Kars et Van[4]. Enver Pacha voulait rattacher la Transcaucasie à l'Empire ottoman dans le cadre du touranisme[4]. Cela aurait donné aux puissances centrales des ressources pétrolières, et à travers le contrôle de la Caspienne, menacé l'Inde britannique[4].

Le 11 mai 1918, une nouvelle conférence de paix s'ouvre à Batoumi[10]. Les Ottomans demandent de contrôler Tbilissi, Alexandropol et Etchmiadzin. Leur objectif était la construction d'une voie ferrée, pour relier Kars et Djoulfa à Bakou. Les Arméniens et Géorgiens commencent à bloquer les négociations. À partir du 21 mai, les armées ottomanes reprennent leur offensive. S'ensuivent la bataille de Sardarapat (21–29 mai), la bataille de Karakilisa (24–28 mai), et la bataille d'Abaran (21–24 mai).

Le 26 mai 1918, la fédération transcaucasienne est dissoute avec la déclaration de l'indépendance de la république démocratique de Géorgie, suivie rapidement par celle de la République d'Arménie (1918-1920), et de la république démocratique d'Azerbaïdjan. Le 28 mai, la Géorgie soutient l'expédition allemande dans le Caucase, à la fois contre les bolcheviques et les Ottomans[11]. Le gouvernement d'Azerbaïdjan déménage de Tbilissi à Gandja. Le 27 août, l'Allemagne obtient de la Russie bolchevique un quart de la production pétrolière de Bakou en échange de la destruction de l'armée islamique du Caucase. L'empire allemand, alors allié à l'empire ottoman, demande à Enver Pacha de retarder l'offensive en Azerbaïdjan, mais celui-ci ignore la demande.

En mai, sur le front de Perse, Nouri Pacha, frère d'Enver Pacha, s'installe à Tabriz pour organiser l'armée islamique du Caucase, dans le but de combattre Arméniens et bolcheviques[4]. Ses troupes contrôlent une bonne part de l'Azerbaïdjan, ce qui conduit certains éléments de la société azerbaïdjanaise à s'opposer aux Turcs[12].

Le 4 juin 1918, l'Azerbaïdjan et l'empire ottoman signent un traité d'amitié et de coopération qui précise (clause 4) que l'armée ottomane assurerait un appui militaire s'il était nécessaire pour assurer paix et sécurité dans le pays.

Prélude[modifier | modifier le code]

L'armée islamique du Caucase, commandée par Nouri Pacha, comprenait des troupes ottomanes et azéries. Elles comprenaient environ 14 000 fantassins, 500 cavaliers, et 40 pièces d'artiellerie[4]. 30 % des hommes étaient ottomans, le reste d'Azerbaïdjan ou du Daguestan[12].

Les forces à Bakou étaient dirigées par le général tsariste Dokoutchaev[13], aidé par le colonel arménien Avetisov[4]. Ils commandaient 6 000 hommes de la république centrocaspienne[4]. Une grande majorité était arménienne, mais certains soldats étaient Russes. Ils disposaient de 40 canons de campagne. Les forces soviétiques d'Amazasp, sortant d'une guérilla contre les Turcs, voyaient tout musulman comme un ennemi potentiel[14].

La mission britannique, du Major-Général Lionel Dunsterville prend ses ordres le 18 janvier 1918[4], quitte Bagdad le 27 janvier, avec des véhicules[4]. Dunsterville avait environ 1 000 hommes sous son commandement, avec des canons de campagne, des mitrailleuses, trois voitures blindées, et deux avions. Il traverse la Perse pour aller à Bandar-e Anzali.

Killigil

Bataille[modifier | modifier le code]

Un contingent des forces de Dunsterville, en route vers Bakou.
Troupes arméniennes dans une tranchée .

À l'extérieur de la ville[modifier | modifier le code]

Le 6 juin 1918, l'Armée Rouge de Grigory Korganov reçoit l'ordre d'attaquer Gandja[14]. L'Azerbaïdjan, incapable de se défendre demande l'aide de l'Empire ottoman, en application de la clause 4 du traité entre les 2 pays. Les troupes soviétiques pillent et tuent les musulmans pendant leur avance vers Gandja[14]. Cependant, une partie des troupes devant arriver restent à Volgograd (Tsaritsyne à l'époque) sous ordre de Joseph Staline. De même, une partie de la nourriture destinée à la population affamée de Bakou est détournée vers Tsaristyne. Cela fut préjudiciables aux troupes soviétiques[15].

Du 27 juin au 1er juillet 1918, près de Göyçay, l'armée ottomane défait l'armée rouge, puis marche vers Bakou. À ce moment, Bitcherakhov était proche de Qazvin, essayant d'aller vers le nord[4]. Après avoir battu certains des Jangalis, il se dirige vers Bakou[4]. De retour le 22 juin, il veut bloquer l'armée du Caucase à Alyaty Pristan'[4]. Cependant, il arrive trop tard, et continue au nord vers Derbent, pensant attaquer l'armée du Caucase. Il ne laisse à Bakou que quelques Cosaques[4]. En plus des Russes, les Jangalis harcèlent la colonne Dunsterville[4].

Le 26 juillet 1918 un coup d'état renverse les bolcheviques à Bakou[4]. Le nouveau gouvernement de la République de Caspienne centrale veut arrêter Stepan Chahoumian, mais celui-ci s'empare de l'arsenal et de 13 bateaux, et s'enfuit avec 1200 soldats rouges en direction d'Astrakhan. La flotte de la Caspienne, loyale au nouveau gouvernement, leur fait faire demi-tour[4].

Le 30 juillet 1918, l'armée islamique du Caucase arrive à la périphérie de Bakou, ce qui force Dunsterville à immédiatement envoyer ses hommes, arrivés le 16 août[4].

Le 17 août 1918, Dokoutchaev commence une offensive à Diga[4]. Il avait prévu que 600 Arméniens dirigés par le colonel Stepanov attaqueraient au nord de Bakou[4]. À l'aide de renforts, il fermerait l'Abşeron pour tenir une forte position défensive. L'attaque échoua par manque d'artillerie [4]. Par conséquent, ses troupes se retirèrent un peu au nord de Diga[4].

Ville de Bakou[modifier | modifier le code]

Les derricks de Bakou bombardés pendant la bataille.
Soldats russes et arméniens peu avant une attaque, près de la ligne de front.

La bataille de Bakou commence le 26 août lorsque l'armée islamique du Caucase lance une attaque contre une entrée de la ville[4],[16]. Malgré un manque d'artillerie, les forces britanniques et la garnison de Bakou tiennent leurs positions dans Bakou et une colline-la colline Binagadi-au nord de la ville[4]. Cependant, devant la puissance de feu ottomane, elles doivent se retirer jusqu'à la ligne de chemin de fer[4].

Les 28 et 29 août, les forces ottomanes pilonnent la ville, et attaquent la colline Binaghadi avec plus de 500 hommes. Les troupes britanniques beaucoup moins nombreuses doivent se retirer plus au sud[4].

Les 29 août et 1er septembre les forces ottomanes prennent les positions de Binaghadi et Dina. Les troupes britanniques et caucasiennes ont subi de lourdes pertes, mais celles des troupes ottomanes sont si élevées que Mürsel Bey n'est pas en mesure de poursuivre son offensive. L'armée de Bakou peut alors se réorganiser[4] . Devant la situation, Dunsterville déclare aux représentants de la République de Caspienne centrale qu'il préfère retirer ses troupes si la situation devient catastrophique. Pendant ce temps-là Bisherakhov capture Petrovsk, ce qui lui permet d'envoyer de l'aide à Bakou. Ce sont alors 600 hommes, dont des cosaques, qui redonnent espoir aux défenseurs[4].

Du premier au 13 septembre, les forces ottomanes n'attaquent pas. Pendant ce temps, les assiégés se préparent et envoient des patrouilles aériennes constantes[4]. Dans son journal, Dunsterville note des atrocités commises par des Arméniens sur des musulmans[17]. Le 12 septembre, un officier déserteur suggère que l'assaut aura lieu le 14 septembre[4].

La nuit du 13 au 14, l'attaque commence, à l'ouest de Bakou. Après une contre-attaque qui arrête les forces ottomanes, la situation devient critique et les défenseurs se replient sur la ville d'Anzali[4].

Le 30 octobre, l'Armistice de Moudros est signé et les forces ottomanes se retirent de la ville.

Atrocités[modifier | modifier le code]

Événement de Mars[modifier | modifier le code]

Le 9 mars 1918, le général Talychinski, commandant de la disivision arménienne, et certains de ses commandants sont arrêtés. Le 30 mars, se basant sur des rumeurs infondées que les Azerbaïdjanais du bateau Evelina seraient prêts à se révolter contre les soviets, ceux-ci désarment l'équipage[14],[18]. Les trois journées de conflits inter-ethniques, appelées Évènements de mars, ont vu 12000 Azerbaïdjanais massacrés par les bolcheviques et les Arméniens[19].

Événements de septembre[modifier | modifier le code]

En septembre 1918, les troupes de l'armée islamique du Caucase commencent à entrer dans la ville. Les Arméniens se regroupent dans le port pour s'échapper[20]. Les troupes régulières attendirent deux jours pour entrer dans la ville, pendant que des Azerbaïdjanais armés massacrèrent des Arméniens en vengeance des événements de mars[21],[22]. C'était un des derniers grands massacres de la première guerre mondiale[23].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative pour les soldats britanniques à Bakou.

Les Britanniques perdirent 200 hommes, tués, manquant ou blessés. Mürsel Bey admit 2000 pertes ottomanes[4]. Sur les 80 000 Arméniens de Bakou, entre 9000 et 10 000 ont été massacrés en septembre, soit à peu près autant que les Azerbaïdjanais en mars[12]. Au total, 20 000 Arméniens sont morts ou ont été déportés[24].

Aucun baril de pétrole ne fut exporté avant que les Ottomans et les Allemands ne signent l'armistice[4]. Le 16 novembre, Nuri et Mürsel Bey quittent la ville[4].

Il y a à Bakou un mémorial aux soldats ottomans morts au combat, et un autre pour les soldats britanniques.

Dirigés par le général William Thomson, 5000 soldats britanniques, dont une partie des forces de Dunsterville, arrivent à Bakou le 17 novembre, et imposent la loi martiale jusqu'à ce que l'ordre public soit rétabli.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Leslie Missen, Dunsterforce. Marshall Cavendish Illustrated Encyclopedia of World War I, vol ix, Marshall Cavendish Corporation, (ISBN 0-86307-181-3), p. 2766–2772.
  • (en) Dudley S. Northcote, Current History, New York Times Co., (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Yale, William (1968) Near East: A Modern History p. 247
  2. Dadyan, Khatchatur(2006) Armenians and Baku, p. 118
  3. Tadeusz Swietochowski, Russian Azerbaijan 1905–1920, p. 119
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah, ai, aj, ak et al (Missen 1984)
  5. a, b, c et d (Northcote 1922)
  6. "New Republics in the Caucasus", The New York Times Current History, v. 11 no. 2 (March 1920), p. 492
  7. Michael Smith.
  8. (Russian) Michael Smith.
  9. a et b Richard Hovannisian, The Armenian people from ancient to modern times, p. 292-293
  10. Ezel Kural Shaw History of the Ottoman Empire and Modern Turkey.
  11. Lang, David Marshall (1962).
  12. a, b et c (en) Tadeusz Swietochowski, Russian Azerbaijan, 1905–1920: The Shaping of National Identity in a Muslim Community, Cambridge, Cambridge University Press,
  13. (ru) Довольно вредное ископаемое by Alexander Goryanin
  14. a, b, c et d Firuz Kazemzadeh.
  15. (en) Miklós Kun, Stalin: An Unknown Portrait, Central European University Press,
  16. Pierre Comtois, « World War I: Battle for Baku », HistoryNet (consulté le 19 juillet 2007)
  17. Lionel Dunsterville, « The Diaries of General Lionel Dunsterville, 1918 », Great War Documentary Archive (consulté le 10 janvier 2009)
  18. Документы об истории гражданской войны в С.С.С.Р.
  19. F. Kazemzadeh. op. cit., p. 73.
  20. Christopher, Armenia, page 260
  21. (en) Marshall Alex, The Caucasus Under Soviet Rule, Taylor & Francis, , 96 p. (ISBN 978-0-415-41012-0, lire en ligne)
  22. (en) G. F. Milne, « War Office, 7th January, 1921 », The London Gazette, Fourth Supplement,‎ (lire en ligne)
  23. Andreopoulos, George(1997) Genocide: Conceptual and Historical Dimensions University of Pennsylvania Press, (ISBN 0-8122-1616-4), p. 236
  24. (en) Bruno Coppieters, Commonwealth and Independence in Post-Soviet Eurasia, Routlege, (ISBN 0-7146-4480-3), p. 82

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