Grande guerre turque

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La grande guerre turque, guerre de la sainte ligue ou cinquième guerre austro-turque se déroula de 1683 à 1699. Elle opposa l'Empire ottoman au Saint-Empire romain, sous le règne des empereurs élus de la Maison de Habsbourg, et ses provinces, l'électorat de Bavière, l'électorat de Saxe, les cercles de Souabe et de Franconie, et ses alliés la Pologne, rejointe en 1684 par les États pontificaux, Venise, la Toscane, Gênes, l'Espagne, le Portugal et la Savoie, ces États formant une Sainte Ligue.

Les causes de la guerre[modifier | modifier le code]

Avec la guerre qui venait de se terminer contre la Russie, le « Grand Sultan » a désormais les mains libres contre la Monarchie des Habsbourg. Il trouve un allié en la personne de Louis XIV qui désire occuper les Habsbourg à l'Est pendant qu'il annexe des territoires à l'ouest (Politique des Réunions). Léopold Ier a fort à faire avec la Hongrie royale qui comprend une forte minorité protestante. Alors que Léopold Ier est prêt à faire des concessions aux protestants, Louis XIV pousse le comte Imre Thököly, chef des insurgés hongrois, à durcir ses exigences, afin d'empêcher toute réconciliation. Dans le même temps, le roi de France fait savoir par l'intermédiaire de son ambassadeur à Constantinople, Guilleragues, que son royaume observerait une stricte neutralité en cas de conflit entre la Sublime Porte et la monarchie des Habsbourg. Le Sultan commence par soutenir les révoltés hongrois.

À Vienne, la diplomatie de l'empereur est plus occupée à nouer des alliances contre la France afin que cette dernière cesse sa politique des Réunions. La diplomatie pontificale joue un rôle essentiel pour orienter les énergies contre l'Empire ottoman. Elle permet notamment l'alliance avec le roi de Pologne, Jean Sobieski. Cette dernière est signée le 31 mars 1682. L'empereur fournirait une armée de 60 000 hommes tandis que le roi de Pologne fournirait une armée de 40 000 hommes qui resterait sous son commandement. Convaincre Venise est moins difficile dans la mesure où la République craint une offensive turque sur la Dalmatie, et ce malgré le traité signé en 1669.

À l'automne 1682, la guerre paraît inévitable, dans la mesure où le sultan n'a pas voulu renouveler la Paix de Vasvár et revendique des territoires en Hongrie royale. En août 1682, le sultan Mehmed IV prend la décision de la guerre contre Léopold Ier. L'armée doit se rassembler à Belgrade en mai de l'année suivante. Les Habsbourg multiplient alors les efforts pour constituer une coalition. Louis XIV adopte une attitude de stricte neutralité et interdit à ses officiers d'aller aider l'empereur. Eugène de Savoie-Carignan déroge à cette règle et passe définitivement dans le camp impérial.

L'armée turque compte 110 000 hommes auxquels il faut rajouter 20 000 Tatars de Crimée, 6 000 hommes du prince de Transylvanie, 6 000 hommes des voïvodes de Valachie et Moldavie et 6 000 cavaliers Malcontents. Contre cette armée de 150 000 hommes, la Monarchie danubienne ne peut aligner que 70 000 hommes. Elle peut compter sur la contribution militaire du Saint-Empire estimée à 40 000 hommes et sur le contingent polonais.

En 1686, lors des opérations devant aboutir à la reconquête de Buda, la coalition chrétienne met en ligne une armée de 52 000 soldats expérimentés et commandés par des chefs capables, mais divisés sur des questions de préséance[1].

Opérations militaires[modifier | modifier le code]

Le siège de Vienne[modifier | modifier le code]

Siège de Vienne par les turcs (1683)
Article détaillé : Siège de Vienne (1683).

Le 14 mai 1683, Kara Mustafa est nommé commandant en chef de l'armée ottomane. Après avoir été passée en revue à Belgrade par le Sultan, elle fait route vers la Hongrie. Elle est bientôt rejointe par Thököly. L'objectif initial de cette armée est la prise des forteresses de Raab/Györ et Komárom mais Mustafa annonce à son conseil son intention de prendre Vienne. Le gouvernement de Vienne s'est préparé à cette éventualité et a pris les mesures nécessaires à un siège. L'armée impériale, commandée par le duc Charles V de Lorraine est chargée de freiner l'avance des Turcs ottomans. Ces derniers, après avoir bousculé les troupes de Charles de Lorraine le 2 juillet, arrivent devant Vienne le 14 juillet.

Pendant que Kaplirs et Starhemberg organisent la défense de la ville avec l'aide du bourgmestre Liebenberg, Charles de Lorraine attend les renforts. Kara Mustafa répartit ses troupes à l'ouest de la ville et entreprend d'attaquer par le sud-ouest. Des tranchées sont creusées afin d'atteindre le pied de la muraille. Pendant ce temps, l'artillerie ottomane bombarde la ville. En septembre, la ville est prête à tomber. Mais les renforts tant attendus arrivent au fur et à mesure. Finalement, l'armée coalisée compte 60 000 ou 70 000 hommes qui sont mis sous le commandement de Jean Sobieski.

Ce dernier fait traverser le Danube à son armée, prend le Kahlenberg et s'installe sur les hauteurs qui dominent la capitale. Kara Mustafa estime qu'il peut à la fois poursuivre le siège et contenir l'armée de secours. Mais c'est sans compter sur la défection du khan de Crimée et de Thököly. Le 12 septembre 1683 s'engage la bataille de Vienne. Le duc de Lorraine parvient en fin de journée à pénétrer dans les tranchées turques et à libérer la ville. Même si les pertes sont faibles des deux côtés, les Turcs lèvent le siège.

La contre-offensive des Impériaux[modifier | modifier le code]

Les alliés hésitent à poursuivre les Turcs dont les troupes restent importantes. Le roi de Pologne se lance mais il est battu à Parkany/Štúrovo. Avec le soutien de Charles V de Lorraine, les deux hommes parviennent finalement à prendre la ville puis Esztergom le 25 octobre. Ils y battent les Turcs le 1er novembre puis l'armée polonaise se replie. Kara Mustafa est étranglé sur ordre du Sultan le 25 décembre. L'empereur est tenté de négocier afin de reprendre la lutte à l'ouest mais son entourage et le pape le poussent à exploiter sa victoire et à écarter toute menace ottomane. En 1684 se constitue la Sainte-Ligue avec le pape, l'empereur, la République de Venise, Malte et la Toscane. L'armée impériale lance l'offensive sur la Hongrie alors que les Hongrois se rallient à Léopold Ier. Pest tombe mais Buda reste aux mains des Turcs.

Charles de Lorraine échoue, au terme d'un siège sanglant, à prendre Buda en 1684; la campagne de 1685 est destinée à préparer la conquête de la capitale hongroise dans de meilleurs conditions : il conquiert ainsi les villes de Ersékujvar/Nové Zámky sur la rive gauche du Danube et Esztergom sur la rive droite en 1685. Ces succès en apparence modeste permettent de dégager la route directe vers Buda, facilitant les opérations autour de la ville[2]

Dans le même temps, la flotte vénitienne harcèle les côtes turques, mal défendues. Le 2 septembre 1686, à l'issue d'une campagne minutieuse préparée par les succès de l'année précédente[2], Charles de Lorraine s'empare de Bude après avoir mis le siège devant la ville, dont la population est en partie massacrée par les troupes coalisées[3]. Les Vénitiens s'emparent de Lépante et des Petites Dardanelles le 24 juillet 1687, de la Morée et de Corinthe le 9 août 1687 et enfin d'Athènes le 25 septembre.

En 1687, les Turcs lancent une contre-offensive en Hongrie mais ils sont battus à la bataille de Mohacs le 12 août. En dépit de ce retour, l'exploitation de la victoire de Buda se prolonge : les villes hongroises tombent les unes après les autres, ouvrant la route de Belgrade, conquise le 8 septembre 1688[4].

Maximilien-Emmanuel de Bavière remplace Charles de Lorraine, malade, et lance une troupe de 13 000 soldates en direction de la Transylvanie[5]. Il occupe Kolozsvar/Cluj et contraint le prince Apaffy à signer un traité par lequel il reconnaît la souveraineté de l'empereur et lui verse tribut en échange de quoi il se voit reconnaître sa propre sécurité, les privilèges de la Transylvanie et la liberté religieuse. Le 9 mai 1688 est signé le traité d'Hermannstadt/Sibiu entre l'Électeur de Bavière et le prince de Transylvanie par lequel la Transylvanie devient un protectorat de la Maison d'Autriche. Seules les villes d'Eger ou Albe Royale restent aux mains des Turcs.

Maximilien-Emmanuel de Wittelsbach s'empare, lors du Siège de Belgrade (1688), de la ville blanche, avec l'aide du Chef de guerre serbe Jovan Monasterlija. Dans le même temps se réunit la diète de Presbourg où les Hongrois acceptent de reconnaître Joseph, fils aîné de Léopold comme roi héréditaire de Hongrie. L'offensive des armées impériales sur les possessions ottomanes en Europe provoque une grave crise politique à Istanbul. La Sublime Porte est contrainte de demander la paix mais les Habsbourg refusent. Les troupes impériales poussent leur avantage et pénètrent en Bosnie, remontent la vallée de la Morava jusqu'à Nich. Une révolte serbe permet aux Impériaux d'occuper Vidin, Skopje et Prizren en 1689. Les Impériaux vont même jusqu'en Valachie et négocient avec les boyards le passage de la suzeraineté ottomane à celle de l'empereur germanique.

Cependant le début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg permet de soulager le front est. Le grand vizir Mustafa Köprülü mène même une contre-offensive en Hongrie avec l'aide de Thököly. Après avoir battu les Impériaux à la bataille de Zărnești le 21 août 1690, ce dernier obtient de la Diète avec l'appui du Sultan le titre de prince de Transylvanie. Les Turcs reprennent Nis puis Belgrade le 14 octobre 1690. Les Impériaux se ressaisissent et battent les Turcs à la bataille de Slankamen le 19 août 1691. Mustafa Köprülü trouve la mort dans la bataille. Cette victoire ne leur permet tout de même pas de reprendre Belgrade. Les Turcs y consolident leurs fortifications. Le Danube devient la frontière entre les deux empires. Dans le même temps, les Turcs mettent en échec toutes les tentatives vénitiennes de récupérer la Crète et Chio.

À partir de 1695, le sultan Mustafa II (1695-1703) relance l'offensive sur le front des Balkans mais l'empereur dépêche Eugène de Savoie sur le front est et obtient l'appui inespéré du tsar de Russie, Pierre le Grand, qui tente de s'emparer d'Azov. Il parvient à le faire en 1696 avec l'aide d'ingénieurs envoyés par Léopold.

L'année 1697 est consacrée à une campagne en Hongrie, menée par Eugène de Savoie, envoyé dans le royaume de Saint-Étienne sur sa demande[6]. La campagne débute au printemps 1697 après plusieurs mois de préparation minutieuse : un attaque est prévue contre Bihać, mais échoue définitivement le 7 juillet 1697[7].

Le 11 septembre 1697, Eugène de Savoie remporte une victoire décisive lors de la bataille de Zenta sur des unités Turques inexpérimentées[8]. Cette défaite turque coûte la vie au grand vizir, assassiné par les janissaires, et ouvre la Bosnie aux troupes impériales. Le nouveau grand vizir Hüseyin Pacha demande la paix. Cette paix est également désirée par Léopold dans la mesure où la succession d'Espagne approche. Cette victoire n'est pas suivie d'opérations de grande ampleur en raison de l'épuisement des troupes chrétiennes, et son exploitation se limite à deux raids tactiques en Bosnie et sur le Danube, au cours desquels les villes de Sarajevo et Pancevo sont incendiées[9].

Le traité de Karlowitz[modifier | modifier le code]

Durant une campagne de 1698 destinée à affirmer la prépondérance du Saint-Empire face aux Ottomans, les négociateurs des parties en présence se retrouvent à partir du mois de mars 1698, afin de fixer les conditions de la défaite ottomane[10].

Le 26 janvier 1699 est signé le traité de Karlowitz entre les Habsbourg, Venise, la Pologne et l'Empire ottoman, après plus de dix années durant lesquelles les membres de la Sainte Ligue les Ottomans, encouragés par la France, refusent de négocier une paix de compromis[11].

Clauses territoriales[modifier | modifier le code]

Les Habsbourg annexent à leurs possessions la Hongrie et la Transylvanie tandis que le Banat de Timișoara reste à l'Empire ottoman. L'empereur reconnaît le pluralisme confessionnel en Transylvanie. La République de Venise conserve la Morée, Corinthe, l'île de Sainte-Maure ainsi que des places en Dalmatie et en Bosnie. La Pologne récupère la Podolie perdue en 1672. Le sultan confirme la liberté de culte à ses sujets catholiques et permet aux marchands du saint-Empire de commercer librement dans l'empire ottoman.

Conséquences diplomatiques[modifier | modifier le code]

Pour la première fois, le sultan ottoman s’intègre dans les règles de la diplomatie européenne, traitant d'égal à égal avec les souverain chrétiens[10]. Le sultan signe également la paix avec la Russie au traité de Constantinople le 15 juillet 1700. Il perd définitivement Azov et reconnaît la suzeraineté russe sur les Cosaques Zaporogues. La Sublime Porte promet d'interdire aux Tatars de nouvelles razzias.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bérenger, 2005, p. 598
  2. a et b Bérenger, 2005, p. 595
  3. Bérenger, 2005, p. 603
  4. Bérenger, 2005, p. 609
  5. Bérenger, 2005, p. 597
  6. Nouzille, 2005, p. 630
  7. Nouzille, 2005, p. 632
  8. Nouzille, 2005, p. 636
  9. Nouzille, 2005, p. 637
  10. a et b Nouzille, 2005, p. 638
  11. Nouzille, 2005, p. 627

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Maillard, Relations de la bataille donnée en Hongrie entre les Impériaux et les Turcs. (1687), 1690.
  • Lucien Bély, Les relations internationales en Europe - XVIIe ‑ XVIIIe siècle, Paris, PUF, coll. « Thémis/Histoire », (ISBN 2-13-051755-2)
  • Jean Bérenger, « Le siège de Bude de 1686 », Dix-septième siècle, vol. 4, no 229,‎ , p. 627-639 (DOI 10.3917/dss.054.0591, lire en ligne) (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Georges Castellan, Histoire des Balkans, XIVe ‑ XXe siècle, Paris, Fayard, (ISBN 2-7028-3492-2)
  • Jean Nouzille, « La campagne décisive du prince Eugène en Hongrie (1697) », Dix-septième siècle, vol. 4, no 229,‎ , p. 327-639 (DOI 10.3917/dss.054.0627, lire en ligne) (inscription nécessaire) – via Cairn.info

Voir aussi[modifier | modifier le code]